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il est permis de penser avec Ilarnack que le chiffre indiqué pour Tannée reste exact, si on corrige Terreur sur le règne, et se rapporte en réalité à Marc-Aurèle : Epiphane qui a placé la mort de Justin sous Hadrien a lait ici une seconde confusion tlu même ofenre. Ce serait donc en 172 que Tatien aurait fondé son sisa7/.aA£T:v héréti(pie dans la Mésopotamie. Cette fondation fournissait bien en elî'et le point de repère auquel devait naturellement s'arrêter celui qui le premier (Africain? cf. Ilarnack, p. 288) a voulu marquer à son rang dans une chronologie le schisme de Tatien, et je pense que la notice de saint Jérôme s'v rapporte implicitement, comme le fait explicitement celle d Epiphane.
On peut se demander dès lors si la rupture déclarée s'est produite à Rome même, ou seulement après le départ de Rome, en Orient. On est tenté assurément de croire d'abord que ce fut à Rome même, comme on le pense généralement ; parce qu'on s'explique ainsi d'une façon très simple pourquoi Tatien a quitté Rome. Mais il peut se faire qu'il soit parti simplement suspect, comme il Tétait certainement, sans qu il v eut eu entre lui et les chefs de l'Eglise romaine autre chose que des dissentiments n'allant pas jusqu'à la séparation formelle. Si Ion admet — ce point me paraît certain — que le Discoiii^'i n'a pas été composé h Rome, si d autre part on rejette — il me paraît difficile de ne pas le faire, parce qu'il me paraît difficile de ne pas croire le Z)/^co//rs postérieur h la mort de Justin, — Thvpothèse de Harnackque le séjour de Tatien dans la capitale aurait été coupé en deux par une absence, durant laquelle le Discoiws aurait été composé, on est conduit à trouver plus vraisemblable qu'il n'y ait pas eu encore h Rome de scandale irréparable, puisque le Discours, bien qu il renferme force passages incontestablement suspects, et bien que certaines lacunes ou réticences n'y soient sans doute pas moins suspectes, n'apparaît cependant nulle part comme ouvertement hérétique. Je reconnais toutefois que ce fait peut s expliquer aussi parce que Tatien, s'adressant aux Grecs, et non aux fidèles, ne doit pas et ne veut pas entrer dans le vif des questions où ses opinions particulières pourraient se faire jour.
Ainsi donc que Tatien ait quitté Rome hérétique avoué, ou qu il n'ait pris nettement position cjucn Orient, il a fait le pas décisif en 172 : il fonde en 172 son z:zy.zAyj.i\z-/ hérétique en Mésopotamie. Il a donc quitté Rome en 171, ou peut-être même dès 170, si, comme il est possible, il n'a pas choisi du premier coup et sans tâtonnement sa nouvelle résidence. C'est donc en 171
RECHERCHES q«
approximativement que se placerait la composition du Discours aux (h-ecs. Je n'ignore pas qu'en m'arretant h cette date, je m'écarte singulièrement d'une opinion qui a pour elle de très forts garants, et que je contredis /ahn aussi bien qu'IIarnack. Mais Funk* et Kukula ont déjà émis l'avis que l'on devait rabaisser notablement les dates ordinairement reçues pour la conversion de Tatien et la composition de son apologie ; selon le premier c'est dans la période iGS-iÔy qu'il faut situer celle-ci; selon Iesecond^ cest en 172-173 ; ma thèse ne diffère, on le voit, que par une nuance de celle de Kukula ; c'est que je ne crois pas démontré Y^\q Discours soit la leçon d'ouverture du oioa^y.aAsTcv. Je ne dirai rien de la carrière de Tatien après son retour en Orient. Mes recherches avaient uniquement pour objet le X't^oz, et je m'arrête à la date où il me semble qu'on doit le placer.* Je crois sans doute très vraisemblable que le Diatessaron a été composé en Orient, après 172, mais tout ce qui touche au Diatessaron est particulièrement délicat et ne pourrait être examiné que dans une étude spéciale.
Nous avons pris l'habitude de désigner sous le nom à'apolo<ries tous les écrits qui présentent, à l'adresse des païens, la justification du christianisme ; mais ces divers écrits diffèrent entre eux par le fond et la forme ; on peut, en tout cas, les distinguer en deux catégories très nettes : les suppliques adressées aux empereurs ou aux magistrats, où l'élément essentiel, générateur, est la réfutation des accusations dirigées contre les chrétiens et la protestation contre la législation dont ils sont victimes, l'élément accessoire — quelque importance qu'il puisse prendre, —
1. Zar Chronologie Tatians: Theologische Qaartalschrift, LXV n 210-233 liatillol, p. 91, a adopté les dates de Funk. ' 1 • J
2, Les conclusions de Kukula au sujet de la date ont été adoptées notamment V^rm^onîelà {Zeitschnft far .ùssenschaftltche Théologie, XLIII, 487-02)- Hdgenfeld croît que le Discours a été composé à Rome, et en cela, il a ïort' je crois ; il pense d'autre part, avec raison cette fois, me semble-t-il, que latien dirige alors une école qui n'est pas encore hérétique, bien qu'il soit en marche vers 1 heresie. Drœseke {Zeitschnft fur mssenschaftUcke Théologie, XLllI <)o3-i2) a accepté les principaux résultats de Kukula ; il y a donc un mouvomen't réel en sens contraire de Zalin et de Harnack.
xvn. — Le (Uscours de Tatien.
qS TATIEN — LE DISCOURS AUX GRECS
l'exposé apologétique de la doctrine, joint à la polémique contre le pai^anisnie, forment la première; la seconde se compose des manifestes adressés au grand public où inversement rexposé doctrinal et la polémique dominent, la discussion juridique et politique n'intervenant qu'en seconde ligne. Combien d'autre part les deux genres sont voisins et peuvent facilement se confondre, il est aisé de la comprendre d'après cette définition même, et nous en avons un témoignage éclatant dans ce fi\LtqueTerlullien a pu faire servir à cette double fin le même ouvrage, légèrement modilié : sous le titre iVApologélifjue, il en a fait une supplique aux macristrats ; sous celui cVAd Aationes un manifeste au public.
Le Discours aux Grecs de l'atien appartient à la seconde catécforie. Dans cette sorte d'ouvrages, les apologistes chrétiens entreprennent une tache analogue à celle qu'avaient assumée avant eux les défenseurs de la philosophie contre les préjugés du vulo-aire. Les Discours aux (jrecs ou aux Nations sont comme une transformation chrétienne de ces Proireptiques ou de ces Exhortations dont on peut donner comme type X Hortensias de Cicéron. Ils sont nés évidemment des besoins mêmes que créait aux chrétiens leur situation dans l'empire, non d'une imitation voulue de cette prédication populaire païenne ; mais dès Torigine l'affinité entre les deux genres s'est révélée, et les apologistes eux-mêmes en ont eu le sentiment : il y en a comme le signe dans cette adaptation d'une prosopopée du Clitophon, qui revient, comme une sorte de leit-niotiv, dans tous leurs écrits : depuis Justin et Tatien où on la rencontre pour la première fois, jusqu'à Tertullien où on la retrouve avec surprise dans le De Pallio\ ils ont aimé à se comparer au Socrate idéal des Cyniques, qui monte sur une borne au coin des rues, pour haranguer en plein vent la foule, avec le ton solennel d'une divinité de tragédie, débitant sa tirade du haut de U\j:ç/y:rr,. C'est l'attitude même que prennent volontiers Dion Chrysostome ou Epictète".
De même que les auteurs de Protrep tiques, avant de faire l'éloge de la philosophie, devaient préalablement charger avec vigueur contre les vices et les préjugés du public, pour déblayer le terrain, de même les apologistes, pour préparer la victoire de la foi. La polémique a donc tenu toujours une place considérable dans leurs ouvrao-es: elle en tient beaucoup chez Tatien, qui avec son tem-