Cf. les témoignages, ih'id
RECHERCHES qq
pérament batailleur, n'était jamais plus à son aise que quand il maniait le sarcasme ou l'invective. On Ta toujours considéré avec raison comme le premier ancêtre de cette apologétique virulente qui aime mieux emporter de haute lutte les retranchements de l'ennemi qu'en faire habilement le siège ; de l'apologétique selon Tertullien, selon de Maistre ou Lamennais'. En cela encore les écrivains chrétiens avaient un modèle dans le ton ordinaire de la prédication cynique. Quant au fond de leurs arguments, soit qu'ils attaquent la mythologie et les cultes, soit qu'ils s'en prennent aux écoles philosophiques, soit qu'ils fassent le procès des mœurs et des opinions communes, soit qu'ils réfutent les doctrines de l'astrologie et de la magie, à part quelques confusions, pareilles à celle qu'a commise Justin quand il a identifié Simon le Magicien et Semo Sancus, on peut dire qu'ils n'ont rien inventé. Ils sont allés prendre leurs armes dans l'arsenal très bien fourni de la littérature païenne elle-même. Je crois avoir montré que presque toujours, quand nous analysons les développements de polémique de Tatien, nous pouvons, non pas indiquer avec précision la source directe d'où ils proviennent, mais montrer avec certitude qu'il avait à sa disposition de nombreuses sources païennes et qu'il y a puisé. La mise en œuvre seule lui est personnelle. La partie la plus originale de son Discours est la dernière; ce sont les chapitres où il démontre l'antiquité de Moïse; encore avonsnous vu que, selon toute vraisemblance, même s'il n'a pas emprunté à un juit alexandrin les éléments de sa démonstration, l'exemple de l'apologétique judéo-alexandrine n'a pas été sans influence sur la conception de ce dessein.
Un ouvrage comme le Discours aux Grecs n'est pas une Exposilion de la Foi, c'est une Préparation à la Foi. On ne peut donc espérer y trouver une analyse complète de la doctrine. Tatien sans doute n'a pas le tempérament de Minucius Félix; on ne peut croire qu'il mette autant de tactique que celui-ci à réduire en apparence le christianisme h un minimum, assez facilement acceptable pour un païen incliné au monothéisme et épris de moralité. Lui aussi cependant n'en donne qu'un aperçu assez sommaire, réservant pour plus tard l'instruction plus complète de ceux que sa parole aura su toucher. 11 explique, il est vrai, avec une assez grande précision, la doctrine du Logos; mais en faisant le moins possible appel au témoignage de l'Écriture et en ne mettant jamais