‹ Recherches sur le Discours aux Grecs de TatienChapitre 57 sur 90 · Aristophane, Grenouilles · texte numérisé non relu

Aristophane, Grenouilles

4. Je garde le texte des manuscrits; la transposition de xal, proposée par Wilamowitz et adoptée par Schwartz, est cependant séduisante (;j.a/àç tva ajvTa^arjTc y.où Oswv sp'oTa;. Codd. — Osojv zat spojta; W. S., le sens est alors : les combats et les amours des dieux).

5. 'ApîaTCTZTro;, £v xropçupt'ô'. -spi-aTôv, à^iOT.'.aioiç^ r)awTc'jTa-o. Que veut dire r.îy.-oLztjy/ ? Le sens primitif est: se promener. On a généralement compris : se promener fièrement, en faisant parade de son vêtement de pourpre. Kukula {Tatians Apologie, p. 18-21), notant que ^spiTza-civ, par suite du sens qu'ont pris ses dérivés pour désigner l'école péripatéticienne, se prend assez souvent, à l'époque gréco-romaine, avec la nuance : se promener en enseignant, enseigner, pro])Osc de traduire : Aristippe, le maître de sagesse au manteau de pourpre. TerluWien: Arislides in purpura sub magnâ gravitatis specie nepotatur ÇipoL, 4G), ne semble pas s'être douté de ce sens ; toutefois, comme il n'y a pas chez lui de partici[)e cor-

IIO TAT1E> LE DISCOl RS Al\ GRECS

mandise, et Arislole, qui dans son i^i^norance a posé des limites à la Providence et fait consister le bonheur dans ce qui lui plaisait, a commis aussi lextrème sottise de flatter Alexandre, ce jeune fou furieux', ijui. tout à fait selon les principes aristotéliciens, lit cnca^er comme un ours ou une panthère son ami qui n'avait pas voulu l'adorer, et le traînait ainsi à sa suite. Certes il se conformait parfaitement aux doctrines de son maître, lui qui montrait sa vaillance et son courag^e dans des banquets, qui transperçait de sa lance son familier, son intime ami, et puis pleurait, voulait mourir sous prétexte de chafjrin, pour ne pas encourir la haine de ses familiers. Je rirais volontiers de ceux qui suivent, aujourd'hui encore, les doctrines de ce maître ; ils disent que ce qui est en dessous de la lune est soustrait à l'action de la Providence, et ils veulent prévoir ce qu'on ne peut prévoir, eux qui sont plus proches de la terre que la lune, placés plus bas que son orbite. Ajoutez que le bonheur ne peut être, selon Aristote, chez ceux qui n'ont ni beauté, ni richesse, ni force corporelle, ni noblesse. Laissons donc ces gens-là philosopher à leur guise I

III, — Je n'approuverai pas non plus Heraclite, qui a dit : « Je me suis instruit moi-même » -, parce qu'il était autodidacte et orgueilleux, et je ne le louerai pas d'avoir caché son poème dans le temple d'Artémis, pour que la publication en fût faite plus tard avec mystère. Car ceux qui s'intéressent à ces choses^ disent que le poète tragique Euri-

respondant à Tzzz'.-OL-or/ (et comme peut-être ici Tertullien ne dépend pas de Tatien, mais tous deux d'une source commune; cf. Harnack, Uhei lieferung.'), l'argument n'est pas probant. Cette phrase fait songer à l'anecdote que rapporte Diogène Laërce(ii, 8, 78), mais ne s'y rapporte pas exactement. — J'ai gardé le sens généralement reçu, qui paraît plus naturel que celui que propose Kukula.

1. On ne peut conserver la leçon des manuscrits, 'AÀE^avopo'v ~z ^J.Z'v^r^u.v^o;, •xî'.ca/.'.ov, qui ne donne aucun sens (Harnack : uohl wissend, dass dieser noch ein Jûngling Avar. ?), ni lire avec Maran : ar; |jLî;jLvr,'i.£vo;, ou avec ^olte roj":'. ;j.£|j.vr,aevoç, ce qui n'est pas plus satisfaisant, ^auck en proposant tÔ |j.E;j.r//ô; a reproduit, sous une forme meilleure, une conjecture excellente de Cotelier; je lai adoptée, d'après Schwartz On ne peut cette fois non [)lu5 tirer parti du passage parallgle de Tertullien, qui n'est pas identique: « Aristoteles tam turpiter Alexandro, regendo potins, adulatur. »

2. Heraclite disait: ïrj:Zrpx'j.r^-j , non ioioa^âar//. Mais il n'est pas sur que Tatien l'ait cité exactement; il a pu avoir à l'esprit tel autre fragment; par exemple : ~oÀjtjLaOtTj \6o'^ où ô'.oâ-j/.ci, et faire une confusion entre les deux. Le mot ajTOO'.'oa/Toç qui suit défend la leçon : Èo'.oaçâ'i.r,v.

3. Cf. Diog. Laerce, 11, 22, qui rapporte une tradition selon laquelle Euripide aurait fait connaître à Socrate l'ouvrage d'Heraclite. — Le texte des mn. donne tÔ 'IJsazÀciTc'.ov a/.OTo; -j-ojo a-'o»: -aoaoîow/.sva-.. J'ai rendu ^-oj^laîoKpar réussit à ; nasaoîooj/.c'va'. suffit à exprimer l'idée : communiquer au public, et la conjecture de Schwartz : Toî; a-ojoa'O'.ç n'est peut-être pas nécessaire, quoiqu'elle soit assez séduisante.

TRADUCTION FRANÇAISE ET NOTES (lll) III

pide, ayant abordé à Ephèse cl layaiit lu, peu de temps après, réussit, de mémoire, à faire connaître au public les ténèbres d'Heraclite. Mais la mort de ce philosopbe révéla quelle était son ignorance ; atteint d'hydropisie, comme il pratiquait la médecine, aussi bien que la pbilosopbie, s'étanl fait enduire de bouse de vache, il mourut déchiré par cette fiente solidifiée qui fit se contracter tout son corps ^. Quant à Zenon, qui prétend qu'à la suite du renouvellement du monde par le feu, les mêmes hommes renaîtront pour mener la même existence, par exemple Anytos et Mélétos pour exercer leur métier d'accusateur, Busiris pour assassiner ses hôtes, et Héraclès pour accomplir encore ses exploits, n'en parlons pas : par cette doctrine de l'incendie cosmique, il fait les méchants plus nombreux que les justes, puisqu'il n'y a eu qu'un Socrate, un Héraclès, et quelques autres du même j^enre, rares et peu nombreux ; les méchants se trouveront donc en bien plus ji^rand nombre que les bons-. Et Dieu, selon Zenon, deviendra l'auteur du mal, puisqu'il sera présent dans les cloaques, dans les vers, dans les infâmes. Pour Empédocle, les éruptions volcaniques de la Sicile ont montré sa forfanterie ^ : il n'était pas l^ieu, il mentait en prétendant l'être. Je me ris aussi du radotag^e de Phérécyde, et de Pythagore qui a reçu sa doctrine en héritaf^e, et de Platon qui a imité ce dernier '% quoiqu'il y en ait qui le nient. Car qui donc voudrait rendre témoi(^na<j^e au mariage cynique de Cratès ? Qui ne préférerait répudier le verbiage insolent que parlent ses pareils, pour se tourner vers la recherche de ce qui est vraiment digne qu'on le poursuive ? Ne nous laissons donc pas entraîner par les solennelles assemblées de tous ces gens- là, amis du

1. La tradition que stiit ici Tatien est celle que rapportait Hermippos Cf. Dio^ène l.aerce., IX., [x. xaTaTsivôiJ-cVOv osjTspaTov \i\vj-r^ny.'. /.aï Ta^rjva'- Èv rrj àyo^à.

2. Il faut une ponctuation plus forte entre ces deux phrases que la virgule de Schwarlz ; il faut rétablir un point, comme on le mettait avant lui. Italien a d'abord parle de rîx-j^ioaL; ; il en vient assez brusquement — l'idée des méchants plus nombreux que les bons sert de transition — à critiquer le [)antliéisme stoïcien, l'immanence de la divinité dans les choses les plus viles. — A|j.a ai:, proprement fossés, que l'on rend ici par cloaques, est une expression assez surprenante ; je n'ose toutefois croire qu'il faille la corriger.

3. C'est à-dire en rejetant l'une de ses sandales; cf. Diog. l.aerce, VIII, 69. — Le membre de phrase : -o-jO'o-£p ëXsysv tlva-. xaTS-^^ûocto ne paraît pas nécessiter une correction. S'il en fallait une, celle que Maran avait proposée: 7:ap' ôÀiyov /.ars- ^zxiùtxo, il s'en fallut de peu qu'il ne se fît [)asser pour un Dieu, alors qu'il ne l'était pas (ar, Osô; wv), vaudrait beaucoup mieux, au moins pour le sens, que celles que propose Sclnvartz : toCIto ot' (ovrcôo (corrigé dans la préface, p. vir, en toOto fy-co), et qui ne permettent pas d'expliquer comment la phrase ot'. urj Oiô; (/jv, etc., se rattache à ce qui précède : zo àXai^ovr/.ôv. .. à7:£0£'.;av.

4 Tv]v -îp' -oJTOj [j.{u.rja'.v, Codd. tojtoj;, Schwartz. Mais Tatien a pu confondre la construction de -îoi avec l'accusatif et la construction avec le génitif (cf. Jannaris, n" iG^o).

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bruit plutôt que de la sag^esse ^ qui prêchent des doctrines contradictoires et parlent chacun selon l'inspiration du moment, P^ntre eux les discordes sont nombreuses ; ils se détestent tous les uns les autres ; ils entrechoquent leurs opinions, et par l'eiret de leur vanité se choisissent les places éminentes. alors qu'ils ne devraient })as llatter les j:;ouvernants, fût-ce parla raison qu'ils régnent, mais attendre que les <;rands vinssent à eux ^.

I\'. — Pourquoi en elTet, ô Grecs, vous faire une arme de la dilférence des institutions, et la brandir contre nous, comme dans un pugilat ^ ? Si je ne veux pas me conformer aux usages de certains, pourquoi me haïr comme un affreux scélérat? Le souverain me commande-t-il de payer des impôts ? Je suis prêt à le faire. Un maître me commandet-il d'obéir et de servir? Je sais ce qu'est la servitude^. Car il faut

1. Je ne crois pas qu'on puisse se dispenser d'adopter avec Sclnvarlz la conjcclure de Tliirlby : tfov ç'.ÀO'VJçtov zal où o'aojos'ov. Le texte des manuscrits Ttov çiÀoaoçoiv •/.%'. où ç'.Ào^oçcuv est inadmissible ; il faudrait, si c'était bien la pensée de Tatien, Tôjv o-.Aoao'ç/fov où çiÀoTOçciiv, sans y.x:. — Cette correction a des conséquences importantes ; car la phrase de Tatien devient ainsi une imitation de Justin (Jpologie, II, 3) et peut servir d'argument contre la thèse de Harnack (^Altc/i. L., H, p. 286) que Tatien n'a pas mis à profit les écrits de Justin.

2. Toute la fin de ce chapitre est une alhision mordante aux sophistes et philosophes qui furent si bien en cour pendant toute la période antonine. L'expression de cette idée est singulièrement pénible. Par un de ces sauts brusques qui sont si fréquents chez lui et bien faits pour désorienter, Tatien passe de l'idée : que les sophistes se contredisent et se haïssent Qv.nv. -jlÎv -fj-z ï'.iyjt tov s'tspov, àvTiôoçoO'ai ôi lajToîc. .) à celte autre idée : qu'ils sont ambitieux et flatteurs o'.à Tr^v àÀaro'vc'.av. Le membre de phrase construit avec un participe, qui termine la proposition âvT'.oo^oOî'. 03 lautoT;, to~ouç ï-'.^/.i^i''j<xt'/o\ toIi: - ooj'/ ovt a;, indique leur ambition; il n'y a pas lieu, je crois, de soupçonner avec ^^ ilamowitz (et Schwarlz) une lacune. La suite nous montre que les sophistes sont des tlalteurs. Le texte n'est pas altéré ; s'il satisfait mal le lecteur, la faute en est à Tatien.

3. J'ai dû, comme ailleurs encore, paraphraser quelque peu. Le texte dit : A'-à-rt vac, av5:£; '"EÀat,v£:. (ôarsp iv ~'j-^^<xr^ 'jj^y/.yyjir^ [t,oj\z'j(}i Ta; -oÀiTSia; xaO ' f^acov; mot à mot : comme dans un pugilat, brandir contre nous les institutions (au pluriel, parce que Tatien a dans l'esprit ceci : nous sommes en désaccord, nous clirétiens, avec les institutions de tous les peuples; nous sommes, à côté des Grecs et des Barbares, une race nouvelle, un tsîtovvs'vo;. l*onschab (p. ïS-iq) — qui critique avec raison la traduction de -'x; -oÀ'.Tc.'aç, par Slaatage^vaitcn (trad. de Grœné) — comprend lui-même : die Bevall.erun^ der Stxdle, la population des cités. Mais il ne peut donner aucun exemple à l'appui de ce sens ; et d'autre part, dans la phrase qui suit, vO'jl!|J.O'.; indique clairement (juc -x: -o\'.-v.x; signifie bien : les institutions (Tatien n'emploie cpj'en ce sens le mot T.i/.'.-v.y., assez frécpicnl chez lui, mais, il est vrai, au singulier partout ailleurs qu'ici ; cf. 1 index de Schwarlz.)

!\. Tf// oojAci'av Y'-voSa/.'i). Le sens est. comme la liaison -j.;'/ yà> l'indique dans la phrase qui suit, je sais quelles sont les charges de la servitude et quelles en sont les limites.

TRADUCTION FRANÇAISE ET NOTES (iV-v) ll3

honorer les hommes conformément à la nature humaine, mais c'est Dieu seul qu'il faut craindre ', Dieu qui est invisible aux yeux des humains, que leur art ne peut concevoir. C'est seulement si loji m'ordonne de le renier que je n'obéirai pas ; je mourrai plutôt pour ne pas me montrer menteur et ing-rat. Notre Dieu n"a pas de commencement dans le temps, il est seul sans principe et lui-même est le principe de toutes choses. Dieu est esprit; il n'est pas immanent à la matière ; mais il est le créateur des esprits de la matière et des formes qui sont en elle. On ne peut le voir ni le toucher ; c'est lui qui est le père des choses sensibles et des choses invisibles'^. Nous le connaissons par sa création, et nous concevons par ses œuvres sa puissance invisible^. Je ne veux pas adorer sa création, qu'il a faite pour nous. C'est pour nous que le soleil et la lune ont été créés, comment donc pourrais-je adorer ceux qui sont mes serviteurs ; comment pourrais-je faire des dieux avec du bois et de la pierre ? L'esprit qui pénètre la matière, est inférieur à l'esprit divin ; comme il est analogue à l'âme*, on ne doit pas lui rendre les mêmes honneurs qu'au Dieu parfait. 11 ne faut pas non plus offrir des présents à Dieu, car celui qui n'a besoin de rien ne doit pas être traité par nous comme sil avait des besoins ; ce serait le calomnier. Mais je vais exposer plus clairement notre doctrine.

V. — Dieu était dans le principe, et nous avons appris que le principe, c'est la puissance du Logos. Car le maître de toutes choses, qui est lui-même le support substantiel ^ de l'univers, était seul en ce sens que la création n'avait pas encore eu lieu ; mais en ce sens que toute la puissance des choses visibles et invisibles était en lui, il renfermait

1. Il doit y avoir là (cf. Ponschab, /, c.) un souvenir de la i'*^ Epilre de Pierre, n, 17 : tôv 0:ôv ©oSiiaOï, tÔv |îaa'.Ac'a T-|j.a-:c. Tout le développement est probablement aussi inspiré de Justin. Cf. Becherches, p. 12.

2. 'AopaTwv, codd. Scliwartz, d'après Wilamowitz : ooà-ojv. Mais Tatien veut parler de la matière d'une part, et ensuite des esprits (anges ou démons). Cf. la formule dans Acta Justini, 2 : orj[j.'.o'jvYOv ^zf^ç, T.âiriç, y.-J.mui^, bo7.xric, iz v.rti àooaTO'j-

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