Cf. i'"t' partie, p
7. La traduction d'Otto : rii^i^ressioues, pour i-'.ço'.-rrl'jS'.;, fait contresens. Ici Talien ne parle plus, comme au chapitre précédent et comme il le fera encore [)lus bas, des maladies causées par les démons, de la possession, mais du concours qu'ils prêtent, par la magie, à leurs adorateurs.
TRADUCTION FRANÇAISE ET NOTES (xVII-XVIIl) l3l
leur méchanceté ; ils ont fixé Tusag-e particulier de chacune de ces recettes, et quand ils voient les hommes disposés à accepter l'aide qu'ils leur donnent par ce moyen, ils réussissent à les asservir en les secourant ^ Est-il donc honorable de se mettre au service de l'adultère? Est-il bon de venir à l'aide de la haine ? Et doit^on attribuer à la matière plutôt qu'à Dieu le secours apporté aux insensés? C'est par ruse que les démons détournent les hommes de la vraie religion, les faisant avoir foi en des herbes et des racines ; mais si Dieu avait créé ces choses pour faire ce que veulent les hommes, il aurait créé des choses mauvaises, tandis qu'il a créé tout ce qui est bien, et que c'est la malice des démons qui a abusé pour faire le mal de ce qui est dans le monde ; tout ce qui rentre dans la catégorie du mal est leur œuvre, non celle de l'Etre parfait. Gomment, si je n'ai fait aucun mal pendant ma vie, un débris de mon cadavre, quand je serai réduit à l'inaction, débris privé de mouvement et même de sensation, produirait-il un effet sensible ? Comment celui qui est mort de la mort la plus lamentable pourrait-il servir à la veng^eance de quelqu'un ^ ? S'il en était ainsi, n'aurait-il pas commencé par se protéger contre son propre ennemi ? S'il peut venir en aide à autrui, il sera bien plutôt encore son propre vengeur.
XVIII. — La médecine et toutes ses formes ne sont qu'artifices du même genre. Si l'on est guéri par la matière parce qu'on croit en elle, on le sera mieux encore par la puissance de Dieu si l'on y a foi ^. Car, ainsi que les poisons sont des composés matériels, de même les remèdes sont delà même essence. Si nous rejetons les mauvais éléments de la matière^, certains souvent, au moyen de l'union de quelqu'un de ces éléments mauvais avec d'autres, bons par eux-mêmes ■', entreprennent de guérir et peuvent abuser de choses mauvaises en vue du bien. Et
1. Le texte est ici très difficile; •j7::»Àa'i.oavov':c; (que Wilamowitz a voulu corriger en ajXXa|j.6âvov:3;) ne peut s'expliquer que si on le prend dans lui sens rare, autorisé seulement par IIipj)Ocrate, 402-3, celui de : secourir un malade.
2. Ce sont les hiœtjthaitafoi, comme l'on disait: ceux qui sont morts de mort violente et dont les âmes étaient évoquées de préférence dans les conjurations magiques. Cf. Tertullien, De anima, 57.
3. Tatien parle ici comme un Christian scientist. Sur cette thèse de Tatien, cf. Recherches, p. 46. (Cf. aussi saint Augustin, De doct. chr., 45.)
4. Ce sont les poisons (ôrjXiQTrjpta), dont il vient d'être question, et Tatien passe ensuite aux remèdes qu'il ne condamne pas moins. — Le texte est ici douteux. La correction de l'indicatif Tzapaix&jasOa en l'optatif (faite par Schwartz) n'est peutêtre pas nécessaire ; on est plus tenté d'écrire £7:i~r]0£'jao'jai au lieu de £7utTr]0£uoja'. ; quant à àv xaTa/prfaovTar (Schwartz, xav), la tournure est si incorrecte, qu'il est douteux que Tatien ait pu l'employer. — Cf. sur ce passage, Kukula, p. 29.
5. è^^' i-zipo'/ (le mélange d'une chose mauvaise) avec une d'autre espèce, par opposition à tr]v oauXoTs'pav uàtjv.
109 TATIE> — r.E DISCOURS AUX GRECS
comme celui qui a pris son repas avec un brigand, sans être brigand lui-même, partage son châtiment pour avoir mangé avec lui, de la même façon celui qui n'est pas méchant, mais s'est associé au mauvais, s'en servant en vue de ce que l'on juge bon, sera puni par Dieu, le souverain juge, pour cette association. Car pourquoi celui qui a foi dans l'organisation de la matière ne veut-il pas avoir foi en Dieu? Pourquoi n'as-tu pas recours au maître le plus puissant, et préfères-tu te soigner comme un chien, au moyen de l'herbe, ou comme un cerf au moyen de la vipère, comme un porc au moyen des écrevisses ou comme un lion au moyen des singes ^ ? Pourquoi diviniser les éléments du monde? Pourquoi te faire invoquer comme un bienfaiteur par le prochain que tu guéris ? Obéis à la puissance du Logos: les démons ne guérissent pas, ils captivent les hommes par ruse, et l'admirable Justin -a dit justement qu'ils sont comparables à des brigands. Car, comme ceux-ci ont coutume de faire des captifs et de les rendre ensuite à leurs parents moyennant rançon, ainsi ces prétendus dieux se glissent dans les membres de certains hommes, puis par des songes font croire en leur puissance, ordonnent aux malades de paraître en public, à la vue de tous, et après avoir joui des éloges qu'on leur décerne '^ ils s'envolent hors du corps de ces malades, mettent un terme à la maladie qu'ils avaient eux-mêmes causée et rétablissent les hommes en leur état primitif.
XIX. — \'ous donc qui n'avez pas l'intelligence de ces choses, laissezvous instruire par nous qui savons, vous qui prétendez^ dédaigner la mort et pratiquer l'abstinence, ^'os philosophes sont si loin de se soumettre à cette discipline qu'il en est qui reçoivent de l'empereur six cents pièces d'or par an ' sans utilité ; pour ne pas même laisser pousser leur barbe gratuitement. Crescens par exemple*^, qui avait fait
1. Ce sont là des exemples d'àvT'-âGc'.ai. Cf. Pline, Hist. nat., XX^ , 8 ; Elien, I/ist. i'ar., I, 9 ; Plutarque, Sr/np., II, 7.
2. Ce mot de Justin ne se retrouve pas dans les écrits conservés. L'emprunt à Justin porte sans doute non pas seulement sur le mot Ar^'j-xi (déjà plusieurs fois employé antérieurement par Tatien en parlant des démons) mais aussi sur le commentaire qui suit. La phrase de Tatien a été citée par Euscbe, //. E., l\ , 16, 7.
3. Wilamowitz a bien corrigé le texte en rétablissant ici iv/ccoaitov pour vf/.orsu'ojv ; il n'est pas impossible qu il y ait là, comme il l'a pensé, une allusion à la maladie d'Aristide. — Tertullien s'est peut-être inspiré de ce passage (^Apologéiirjue, XXII : « Laedunt enlm primo ; dehinc remédia praecipiunt ad miraculum nova sive contraria ; j)0st quiC desierunt laedere, et curasse creduntur. »
4. Schwartz pense qu'il y a ici une lacune et supplée quelque chose comme -ajaaOc oï avant à='yovt3;. Bien que la phrase soit — si on n'admet pas cette lacune — trop concise et obscure, peut-être est-il permis de croire avec Kukula, p. 5, que ÀsVovtcç peut se rattacher à i/.raiosjssOc.