‹ Recherches sur le Discours aux Grecs de TatienChapitre 76 sur 90 · Le disciple d'Epicure, Cf. Diog., L. II · texte numérisé non relu

Le disciple d'Epicure, Cf. Diog., L. II

TRADUCTION FRANÇAISE ET NOTES (xXI-XXIl) l3']

succédé le dédain — un homme qui était autre intérieurement qu'il ne feignait extérieurement d'être, se pavanant, se disloquant de toutes faVons, tantôt jetant des regards étincelants, tantôt ployant les mains avec souplesse, pareil à un possédé, à travers son masque de plâtre, tantôt paraissant en Aphrodite, tantôt en Apollon ; en ce seul homme je voyais un accusateur de tous les dieux, un abrégé de la superstition, un bouffon qui parodiait les actions héroïques, un acteur de meurtres, un interprète d'adultères, un trésor de folie, un professeur de débauche, un prétexte à condamnations capitales^. Et je le voyais applaudi par tous; mais moi je le répudiais, lui qui n'est que mensonge, en son impiété, en son art, comme en sa personne-. Mais vous, vous êtes la proie de ces gens, et vous outragez ceux qui ne veulent pas s'associer à vos coutumes. Je ne veux pas rester bouche bée en présence d'un chœur qui chante, et je ne veux pas m'assimilera celui qui s'incline^ et se meut contre nature. On nasille et on débite des choses honteuses, on fait des mouvements inconvenants, et vos filles et vos fils contemplent ceux qui sur la scène enseignent l'adultère. Elles sont belles, vos salles d'audition qui publient tout ce qui s'accomplit criminellement dans la nuit, et réjouissent les auditeurs parce qu'on y profère des paroles honteuses. Ils sont beaux, vos poètes qui par le geste comme par le discours trompent ceux qui les écoutent !

XXIII. — J'ai vu des hommes alourdis par l'entraînement*^, traînant en quelque sorte le fardeau de leurs chairs ; des récompenses et des couronnes les attendent ; les agonothètes les appellent non pour un acte de bravoure, mais pour une compétition qui n'est qu'insolence et discorde ; j'ai vu couronner'' celui qui frappait le plus fort. Les spec-

1. KaxaStxaî^o^jLc'vwv à'^op[a.7jv. Cela surprend au premier abord. Mais la conjecture de Wilamovvitz xopoa/.iÇou.s'voiv est difficile à défendre ; après xivaî.'owv ^raiOôUTrjv, âcpop[j.7Jv, avec un mot du même ji^enre que y.iva!,0(ov, convient évidemment assez mal. Que veut dire Tatien ? Fait-il allusion, comme on l'a pensé, aux accès de fureur contre les chrétiens qui se produisaient parfois au sein des foules pendant les spectacles ? (Tertullien, de Spect., 36 : illic in nos quotidiane leones expostulantur...) ou bien à la condamnation de Socrate et aux Nuées ? Les deux allusions sont possibles : la première tirerait plus de vraisemblance du fait que la description de Tatien se rapporte directement aux spectacles de son temps ; il nous peint, en traits à la Tertullien, les acteurs de mimes ou de pantomimes. jMais un souvenir classique à la fin de cette peinture réaliste n'est pas non plus impossible.

2. Kukula, p. 3o, me paraît avoir très bien vu que xaî Tr,v âOcOtr,-a, xal xà Itzixt]- OcU[j,ata, xaî xôv avOpfo-ov sont compléments de 'i>c'joo[jL£vov, non de -apTjXrj^âjj.Tjv, comme le voulait l'explication traditionnelle, encore suivie par Harnack.

3. Faut-il traduire vôusiv par cligner de iœil'^ (Harnack : deni /Avinheni), ou bien : se courber, s'infléchir'^ Le voisinage de xivojfj.ivto est en faveur du second sens.

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