‹ Recherches sur le Discours aux Grecs de TatienChapitre 79 sur 90 · Le célèbre cynique, le Peregrinus de Lucien · texte numérisé non relu

Le célèbre cynique, le Peregrinus de Lucien

3. Qui les invitent à leur table. Le texte est donc clair et n'a pas besoin d'être corrigé.

!\. La correction àÀoyov pour aÀoyov, donnée par Schwarlz d'après WilamoAvitz, s'impose; mais Maran l'avait déjà bien vu (et Harnack à sa suite).

5. '0 0£ zcx.payto; as-:' à;'.o~i!î-''a; àV.S'.xo; Y'-^TÎ '^^'-'~^^- "Ex5ixo;, terme qui appartient à la langue ecclésiastique, signifie proprement \'engeur. Il est employé déjà cliapitre xvii (à la fin, à propos des Biœothanati). L'explication que donne Kukula (p. 21-22) de ce passage, à propos du mot à^to-ia-îa, est tout à fait artificielle et tirée par les cheveux; la traduction de Harnack : du wiedevlegst dich selbst, tu te contredis toi-même, est beaucoup trop libre. "Exoizo; yîvrj -jauTOÙ ne peut signifier littéralement que : tu te venges toi-même, tu prends ta défense toi-même (cf. la phrase du cliapitre xvii), et ce qui suit: xàv [xt\ Xà6r);, Xo'.ôopcîç, explique très bien le sens. — Harnack a rapproché la fin de la phrase: /.ai yivîTaî aoi Tî'/vr, Toj -opiTc'.v tÔ s'Àciao^cIv de la i""^ ép. à Timothée, 6, 5, vo-jl'.^ov-wv Tzopiaixov t'Mx: Tr;v cj'jEÔî'.av. Le rapprochement est intéressant, mais il ne prouve pas que Talicn ait pensé à ce texte de saint Paul. On peut se demander si Tatien n'a pas voulu renvoyer aux païens l'injure adressée quelquefois aux chrétiens: yp'.cjtc'a-opo'..

0. Je garde le texte des ms. -âÀ-v T'clva-.. Scinvartz a lui-même retiré (i«<iex : sub verbo roXircJiaOa'.) sa conjecture : ~o).'.-.vjin')%:.

TRADUCTION FRAIVÇAISE ET NOTES (xXV-XXVl) ll\l

combat limmortalilé de lame. \'os écoles se Iraiismeitent des enseig-nemenls contradictoires; en désaccord avec vous-mêmes, vous entrez en lutte contre ceux qui savent s'accorder entre eux. On dit que le Dieu parfait est corporel; je dis qu'il est incorporel. On dit que le monde est indissoluble; je dis qu'il se dissoudra. On dit que l'incendie final reviendra périodiquement; je dis qu'il aura lieu une fois pour toutes. On dit que nous aurons pour juges Minos et Radamanthe; je dis que ce sera Dieu lui-même. On dit que l'âme seule sera immortelle; je dis qu'elle partagera l'immortalité avec la chair à laquelle elle est unie. Quel mal vous faisons-nous, ô Grecs? Pourquoi détestez- vous comme les derniers des scélérats ceux qui suivent la parole de Dieu? Chez nous nul ne mange de la chair humaine; vous qui vous laissez persuader de telles choses, vous êtes de faux témoins ; c'estchez vous que Pélops sert de festin aux Dieux, qu'il devient le mignon de Poséidon, que Kronos dévore ses fils et que Zeus avale Thétis.

XXVI. — Cessez de parader avec les discours d'autrui, et, comme le geai, de vous parer de plumes qui ne sont pas les vôtres. Si vous rendiez à chaque cité ce qui est son apport dans vos doctrines, vos sophismes seraient impuissants. Vous cherchez ce qu'est Dieu et vous ignorez ce que vous êtes. Vous regardez bouche bée vers le ciel, et vous tombez dans l'abîme. Les exposés qui sont dans vos livres^ ressemblent à des labyrinthes, et leurs lecteurs au tonneau des Danaïdes. Pourquoi divisez-vous le temps, en distinguant entre le passé, le présent, le futur? Comment le futur peut- il passer, si le présent est? Comme ceux qui naviguent, croient, dans leur ignorance, à mesure qu'avance le navire, que les montagnes courent, ainsi vous ne comprenez pas que c'est vous qui passez, et que le temps demeure, tant que celui qui la fait le voudra. Pourquoi m'accuser quand je publie mes doctrines, et s'empresser de ruiner tout ce que je dis-? Nêtes-vous pas nés de la même façon que nous? L'organisation du monde n'est-elle pas la même pour vous et pour nous? Comment donc pouvez- vous prétendre que la sagesse n'appartient qu'à vous seuls, quand vous n'avez pas d'autre soleil que le notre, quand le cours des astres est le même pour tous, quand

1. 'TfJLWv Twv (jiSXiojv a'. àvaOc'aci;. Que veut dire âva6c'a£i;? Maran a traduit: pertractationes , donc au sens de Oiae-.; ; Ilarnack, der Inlialt. Je ne connais pas d'autre exemple d'àvâO;-?'.; au sens de Oc'a-.; ou à'ïvMrsiç,. 'AvocOsai; signifie ordinairement offrande, ce qui ne peut être le sens ici. Le mot a été employé par le médecin Arétée de Cappadoce (;:£pi ahicov, etc., ii, 2. éd. Kuhn) au sens de: superposition, qui est bien, avec celui de suspension, d'où offrande, le sens naturel. Je me suis demandé un moment s'il ne fallait pas traduire : amas. L'emploi du moyen àvaxî6c[xat. dans le sens d'exposer (saint Paul, Ep. aux Gâtâtes, 2, 2; àvcO£[j.7]v a-jtoi; to eùay^cXiov, etc.) peut cependant peut-ctre justifier le sens de pertractationes.

2. La conjecture de Schwartz tov xosjjlov ne répond en rien au sens du passage.

l/r^ TATIEK TE HISCOURS AUX GRECS

VOUS ne dilTérez pas de nous par la naissance, et quand vous ne vous disliuLTuez pas davanta«;e des autres hommes par un p^enre de mort particulier? La première orif:^ine de vos radota<^es vient des grammairiens; vous avez divisé la science, et vous vous êtes retranchés de la science véritable, en attribuant à des hommes la désignation de chacune de ses parties'. \'ous ignorez Dieu, vous êtes en lutte les uns avec les autres, et vous vous ruinez mutuellement. Aussi tous, tant que vous êtes, vousn'êtes rien; vous savez vous assimiler les mots ^, mais vous vous parlez les uns aux autres comme laveugleau sourd. Pourquoi avezvous en mains les outils nécessaires pour construire, mais ne savez-vous pas vous en servir? Pourquoi tant de discours, quand vous vous tenez si loin des actes? Enflés par la gloire, abattus dans le malheur, vos manières sont contraires à la raison ; car vous ne faites que parader en public, et vous cachez dans les coins les paroles sérieuses^. Vous

1. Talion veut dire que les écoles portent les noms de leurs fondateurs; quant aux grammairiens, Tatien les nomme ici parce qu'ils sont les auteurs des classifications traditiormclles d'après lesquelles les diverses sciences sont enseignées dans les écoles.

2. Scinvartz r///<^t'.r, sub rér/^o 'jÇiTipî^c'.v) comprend : etsi eloquentiam vobis solis arrogatis ; mais llarnack a bien vu que le sens est autre : die Worte versteht ilir euch anzueignen. Cf. aussi Kukula, p. 3i (mais je ne crois pas nécessaire de lire avec lui orjoiv Ittî pour ojo:v è^ts).

3. Ce passage est selon Schwartz confus et altéré par une lacune. Il est certainement obscur, quoique Kukula (p. 3i) en dise, à cause de l'emploi qu'y fait Tatien du mot de Àoyo; en divers sens (si le texte ne présente pas de lacune, et je crois probable qu'il n'y en a pas en elïet). J'ai accepté la ponctuation de A\ ilamowitz- Schwartz, qui rattache les mots z'jj'.Ô'xvjo •...., etc. (enilés par la gloire, etc.), non à l'interrogation qui précède, mais à la phrase (pii suit, sans être sur que la séparation contraire (adoptée auparavant) ne puisse pas être défendue. Mais cela a peu d'importance pour le sens du morceau en son ensemble. Dans le détail, j'accorde à Kukula queo'.à oo;t,ç, par la gloire, après çj'jfpjfj.îvo'., équivaut à peu près à par le bonheur, comme le montre l'antithèse avec Tai; aoy-sopa!;. Je ne crois pas que nul consente au contraire à traduire ici i/Ti>xy.i'. (= manières, attitudes) par figures de rhétorique. Quant à la phrase or^y-O-j-a iih/ yàp T,0[iT:fjcTB^ toj; oà Àoyouç Iti- ta; Yfovi'a; à-o/.pj-TStc, ce que dit Kukula du sens du mot {XTZo/p'JTTTî'.v n'a rien à faire ici non plus. Une fois admis (cf. supra; je l'admets; mais je comprends aussi qu'on ait des doutes) que le texte est intact, il ne peut indiquer qu'une opposition entre les discours de parade, les discours épidictiqucs ou sophistiques, pleins de vent, et les doctrines plus sérieuses des philosophes (que Tatien combat aussi, mais qu'il ne peut pas ne pas distinguer des sophistes), qui se chuchotent dans l'ombre et la solitude de l'école : comparez, je suppose, un Aristide et un Epictète. — Les mots ItzI -x; yo)v'!aç font involontairement songer aux mots de Cœcilius dans VOctavius (chapitre vnr; noter que quelques lignes plus haut il est question deDiagoras, comme chez Tatien (juclcjucs lignes plus bas): latebrosa et lucifuga natio, in publicum muta, in angulis garrula. Si l'on était certain que Mirmcius se fût servi, pour le discours de Cfocilius, d'un discours écrit réel, contemporain, contre les chrétiens (Fronton?), on pourrait se demander si Tatien ne veut pas rappeler, en le détour-

TRADUCTION IRAISÇAISR ET INOTES (xXVI-XXVll) t/|3

sachant tels, nous vous avons répudiés; nous ne tenons plus en rien à vos doctrines; nous suivons la parole de Dieu. Homme, pourquoi susciter la guerre entre les lettres? Pourquoi entrechoquer leurs sons comme dans un pug'ilat, en balbutiant à la façon des Athéniens, au lieu de parler naturellement? Si tu atticises sans être Athénien, dis-moi pourquoi tu ne dorises pas aussi? Pourquoi le dorisme te paraît-il barbare, l'atticisme plus agréable dans la conversation*?

XXVII. — Si tu t'attaches toi-même à cette culture, pourquoi me combats-tu quand je fais choix des doctrines qui me plaisent? N'est-il pas absurde que le voleur ne soit pas puni à cause du nom qu'on lui applique, avant que la vérité ne soit établie avec précision à son sujet, et que vous nous détestiez, sans examen, sur un préjugé que vous inspirent les outrages qu'on nous adresse? Diagoras était Athénien^, et je sais que vous l'avez puni pour avoir révélé les mystères des Athéniens; mais quand vous lisez ses Discours phrygiens, pourquoi nous haïssez-vous? \ ous avez les traités de Léon \ pourquoi ne pouvez-vous supporter de notre part les mêmes argumentations contre les dieux ? On trouve chez vous les théories d'Apion sur les dieux de l'Egypte, et vous nous mettez au ban comme les plus impies des athées. On montre, selon vous, le tombeau de Zeus Olympien, quoi qu'en dise celui qui accuse les Cretois de mensonge ''^. Toute l'assemblée de vos dieux innombrables n'est rien ; je ne m'en dédirais pas, leur contempteur Epicure portât-il la torche en leur honneur^. Je ne puis révérer les

nant de son sens et en le renvoyant aux {)aïens, le même mot qui aurait inspiré le : iii aiigulis garrula.

1. Tout ceci vise manifestement la manie atticiste, caractéristique du temps des Antonins.

2. En réalité Mélicn. La phrase âXXà toùtov... -i-jj^jxozt^'ax-i m'a l'air d'une sorte de parenthèse, par laquelle Tatien répond à l'objection qu'on pourrait lui faire, et qui se présente tout de suite à son propre esprit: Diagoras a été condamné (car on ne peut songer à corriger en x£T'.[j.r[xa":£, comme y pensait Maran).

3. Léon de Pella, cf. Clément d'Alex., Slroni., i, 822, D (As'wv Se ô Tispi TtT)v xat' Al'yjTtTov Ostov ::paY[j.atcU'ja[j.svoç) ; évhémériste, auteur d'une prétendue /.ef/re d'Alexandre le Grand à sa mère Olympias.

Ix. Callimaque, Hymne à Zeiîs, 8. Kpr^Tc; as': d'ôuitaî, etc.

5. Cotte phrase et la suivante ont été différemment ponctuées et inlcrprclécs par les éditeurs. Un point me paraît clair, c'est que /.àv ô xaxoçpovwv aùrwv 'Etzl'xouco; oaoo'j/fj doit nécessairement se relier à xwv r.oWwj Ocwv t] ô[jiT]yuptç oùoe'v èaxiv, et que toute cette phrase reproduit le mouvement de celle qui précède : -xzo: tou 'OX'jfjLTîîo'j A'-ô; xaO''j[jLaç ôsr/.vuxai xàv (LsjÔîaOa!: -•.; Toù; Kp^xa; Ac'yrj. Maran et ses successeurs n'ont j)u donner à ces mots aucun sens satisfaisant, en les réunissant à la proposition qui suit. Avec notre ponctuation, à quoi Tatien fait- il allusion ? Peut-être à quelque anecdote qui courait sur Epicure, et dont le souvenir se sera perdu (Epicure initié aux mystères, prenant part à la procession sacrée d'Iacchos ?) Je maintiens, quel que soit le sens de cette phrase obscure, que la [)onctua-

I^/l TAXIEZ' LE DISCOURS AUX GRECS

maj^istrats plus que Dieu; la conception que j'ai de l'univers, je ne la dissimule pas. Pourquoi me conseilles-tu de renier ma règle? Pourquoi, toi qui prétends mépriser la mort, m'enj^a^ij^es-tu à l'éviter artificieusement ? .le n'ai pas un C(jeur de biche'; vous, vous cultivez les lonj:^s discours à l'exemple de l'intarissable Thersite. Comment ajouterai-je foi à celui qui prétend que le soleil est une masse incandescente, et la lune une terre? De telles choses ne sont que luttes de discours, et non conformité à la vérité. N'est-il pas insensé d'avoir confiance dans les livres d'Hérodore- sur l'histoire d'Héraclès, qui parlent d'une terre supérieure, d'où serait descendu le lion qu'Héraclès tua? A quoi peuvent servir la diction atlique, les soriles des philosophes, les vraisemblances des sylloj^ismes, les dimensions de la terre, la position des astres, le cours du soleil? Perdre son temps à ces recherches, c'est TalTaire de ceux qui font eux-mêmes une loi de leurs doctrines.

XX\'ni. — Pour les mêmes raisons j'ai condamné aussi votre législation. 11 faudrait en elTet que tout le monde vécût sous un seul et même régime ; or, autant d'espèces de villes, autant de lois établies, de sorte que ce qui est honteux chez les uns est estimé chez les autres. Les Grecs croient qu'il faut avoir en horreur les unions entre fils et mères ; pour les mages des Perses, c'est une coutume très en honneur.

tlon admise est fausse. Que signifie maintenant la phrase suivante ? Wilamowitz a très bien compris qu'on ne pouvait conserver, en faisant de tout cela une seule proposition : toj; àpyovtaç ojO£v "Àc'ov to'j Osoj -/.aTâÀT,'iiv fjv à/oj -sol tûv oXfov TajTr/y oj/. à-oy.pj-TOuia'.. On ne le peut pas, car : 1° que faire du double complément de x.aTaÀr,.!y'.v, toO 6soj d'une part, de l'autre "coî twv oÀojv ? Tatien ne peut s'être exprimé ainsi pour rendre la pensée que Harnack traduit par la périphrase suivante : m^i/ie Erkentniss Gotles,^\'elche ziigjeich das AU hegreifi. 2'^ La reprise avec -y.-j-.r^-i ne se comprend bien que si la phrase commence par ■/.x-:i\T^<lv/ . J'admets donc avec Wilamowitz et Schwartz qu'il manque un verbe comme asoco nécessaire pour donner un sens à tojc àp/ovra:... toj Osoj. Mais je ne puis voir quel sens on attribuerait aux mots xàv... oaoojy^, si on reliait à toi»; ào/ovraç oJoiv -Àsov (asoto Toù" OeoO) un membre de phrase que l'analogie de la proposition précédente oblige du reste à relier à tûv -oÀAoJv... Èat-.v. — Je crois que Kukula fera difficilement accepter sa conjecture : toj; "î'/ovra; oùoàv -Xc'ov -roO OsoO (ceux qui, disciples d' Epicure, ne possèdent plus rien de la di^unite), p. g.

1. On voit ici un exemple curieux de ces brusques associations d'idées par lesquelles Tatien procède souvent et qui rendent si déconcertante sa méthode. Il a dit qu'il méprisait la mort et exprime de nouveau ce mépris en termes qui sont un souvenir homérique (oO/. k'/o) /. aoo'.'av ÈÀaooj = Iliade, I, 225); cette réminiscence en provoque immédiatement une autre (tÔv à'xsTpos-fj ©spai-TiV, cf. Iliade, II, 212), qui sert de transition au développement suivant sur la futilité de la science grecque.

2. Ilérodorc d'IIéraclée, logographe qui avait écrit sur la légende d'Héraclès et celle des Argonautes. Cf. le fragment g dans les Fragmenta de MûUer (t. II, p. 27-

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