‹ Recherches sur le Discours aux Grecs de TatienChapitre 85 sur 90 · Iliade, VIII · texte numérisé non relu

Iliade, VIII

3. Rappel de ce qui a été dit plus haut : y.av Trpejou-'.osç di'., môme les vieilles femmes (et les vieillards) viennent se faire instruire de nos doctrines.

4 Iliade, II, 212, 219. Ce développement, à partir de la phrase sur Achille, est introduit par Tatien avec sa brusquerie ordinaire, et le lien avec le contexte semble fort lâche. Il ne semble guère pouvoir être cherché que dans l'idée suivante : chez vous-mêmes, comme chez nous, a-t-on jamais fait attention aux différences d'âge, de santé, de beauté pour juger les hommes ? Exemples : Achille, Néopolème, Philoctète et même Thersite.

5. navxsç ol [jOuXo'^xsvoi ©iXoaoï)£Tv r.'xy' f,[xlv àvOpwjcot où xo ôoojfjLôvov ôoy.'.;jLà^O[j.£v où§£ Toù; x:poatovTa; tj^iv è.T.o a/rJ|j.atoç /.pt'vojjLcv, sic, codices. Schwartz a supposé une lacune d'un mot (un verbe)avant rap' T^f^xXv, et corrigé avOpwTcoi en o'I, ce qui est hardi. Kukula parlant de la même idée écrit rA'jiirsi^ t,olo' f]tj,Tv avOpojTZOï, oi; TCapôiaiv paraît, malgré les analogies qu'il cite, bien insuffisant. Je crois possible qu'il n'y ait pas de verbe à suppléer, zl^si pouvant être sous-entendu, mais comme, en cette hy[)othèse, àvOpwTîot ne donne pas de sens (je ne crois pas, malgré ce qui précède, où il est question des femmes et des enfants, qu'on puisse aisément entendre : tous ceux qui veulent accepter nos doctrines sont pour nous également des hommes, comme s'il y avait àvops;), j'en induis que c'est avOpco::oi qui est altéré. J'ai pensé à -xvTc; o\ [jOuXo[Xcvoi ç'.Xoao'^ctv ~ap' r];xTv à~oo£-/.TO'!. Où xô opcoacvov ooy.>xxÇ,0[x=.'j suivrait avec asyudète.

lOO T\lli:> LE DISCOL us AL\ GUECS

XWIII. — Cela m'a excité à vous montrer, d'après ce qui est estimé chez vous, que nous sommes saj::es, tandis que chez vous il va beaucoup de folie. \'ous qui dites que nous ne faisons que bavarder entre femmes, jeunes ^ens, vierj^es et vieillards, et qui nous raillez pour n'être pas avec vous, écoutez quelle frivolité rèj^ne chez les Grecs'. Oui, la g^loire que vous recherchez tant rend bien plus frivoles les pratiques usuelles dans vos mœurs ; rien de plus inconvenant que votre irynécée-. Lvsippe a représenté en bronze Praxilla^ qui n'a rien écrit d'utile dans ses poèmes, Ménestrate Léarchis, Silanion Sapho la courtisane, Naucydès Krinna la Lesbienne. Boïscos Myrtis, Céphisodote Myro de l^yzance, Gomphos PraxaiToris, et Amphistrate Glito. Car que dire dAnyté, de Télésilla et de Nossis*? L'une a été représentée par Euthycrate et Gé-

1. Sur ce catalogue de statues féminines, qui, quoique Tatien en montre bien lui-même le lien avec son argumentation, prend les proportions d'un hors-d'œuvre, cf. Kalkmann, Hheinisches Muséum, XLII, p. A89. — Kukula, p. 38-89, et Tatians Altersie^veis und Kïmstlerkatalog (Programme du i^^ gvmnase de Vienne, 1900), et Recherches, p. 47-

2. Ar,sa:v£'. yào [xàÀAOv O'.x oôçr^c (ù\x ociçr^ç jxàXXov, le Parisinus) ;:oXÀ7;; tojv r.xo' jjjlTv ÈOtjJv (7;;jLtv Oîwv, le Parisinus) zx i-\-T,o cJ'j.x-x y.x\ o:'x tt;; yjva'xo)vÎT'.oo; xT/T^'j.rr^v-1 (sic le Marcianus et le Mutinensis, corrigé de àa/oaovcîTS et le Parisinus ; àa/T,;xovcT, Wilamowitz et ScliAvartz). La traduction de Harnack : Alhern sind euere Kuntsu'erke, da sie bei euch in hœherem Ansehen stehen als eure Sitten ; ne j>eut se défendre, parce que Ta £r:'.Tr,03j;jLa-:a ne peut désigner les statues, et parce que la construction du commencement de la phrase paraît alors inextricable. On n'acceptera pas volontiers non plus la correction de Kukula 01 a 0 Cl y 7;:, au sens de : les écoles de philosophie, pour Giàoo;rjç(p. 87). Je crois que tout l'embarras que cette phrase a donné vient de ce qu'on a mal compris à quoi se rapporte uàÀÀov. On a perdu de vue la phrase précédente : Vous qui dites que nous ne faisons que bavarder entre femmes, etc., écoutez quelle fri^'olité ÇKr^z.o'i) chez les Crées. Il me paraît clair que Tatien veut dire: « ^ ous nous traitez de frivoles (çAuaseîv Iv ^uvatçi =^Àr;paiv£tv), mais vous l'êtes bien plus, comme le prouve une de vos pratiques les plus entachées de vaine gloire (la manie des statues, accordées même aux femmes: Ta sriTr.osjaaTa tûv ~xp' 6;xîv sOoiv Xr,pa!vc'., O'.a oo;t: rroÀAf^ç. ;jLàÀÀov (r, f/xcîç çX'japouu.3v). »

3. Sur ce groupe de poétesses, cf. Kalkmann (/. c.,p. 5o6) qui compare un groupement analogue dans lépigramme d'Antipater de Sidon Çinth., IX, 26). — Praxilla de Sicyone (milieu du v* siècle) composa des scolies et des dithyrambes; Léarchis est la plus inconnue de toutes ces poétesses; je ne parle pas de Sapho; Erinna, donnée comme amie de Sapho, mais sans doute d'époque plus récente, est connue par sa Quenouille. Myrtis, d'Anthcdon en Béotie, est de la génération qui a précédé Pindare; Mvro (ou Mœro) de Byzancc est la mère du poète tragique Homère, de réjjoque alexandrine; rien à dire de Praxagoris et Clito. De ces diverses statues, une seule est identifiée: la Sapho de Silanion (Kalkmann, ib.).

!i. Anytc. dcTégée (commencement du in« siècle), dont il nous reste de jolies épigrammes dans l'anthologie, et qu'Antipater, dans l'épigramme citée ci-dessus, appelle : un Homère femme. — Télésilla, d'Argos, se rattacherait plutôt par la date

TRADUCTIOIV FRANÇAISE ET KOTES (wXIIl) l5l

phisodote, l'autre par Nicérate, l'autre par Aristodote, comme Mnésarchis rEphcsienne par Euthycrate, Corinne par Silanion, Thaliarchis TArg^ienne par Euthycrate*. J'ai voulu vous citer ces femmes pour que vous ne vous imag^iniez pas que nous faisons rien de nouveau et que, prenant pour comparaison les pratiques que vous pouvez trouver chez vous, vous n'aillez pas railler nos femmes philosophes. Sapho n'était qu'une fille débauchée, ivre d'amour, qui chantait sa propre luxure, tandis que toutes les nôtres sont sages ; nos vierges, leurs quenouilles en main -, répètent les paroles divines; cela vaut mieux que les vers de cette femme. Ainsi rougissez de vous montrer les disciples de filles, quand vous raillez celles qui vivent selon notre discipline, avec l'assemblée dont elles font partie. Que vous a appris de respectable Glaukippè, qui mit au monde un enfant monstrueux, comme le montre son elTigie de bronze, œuvre de Nicérate, fils d'Euctémon, Athénien ? Si elle enfanta un éléphant, était-ce une raison de rendre des honneurs publics à Glaukippé^? Praxitèle et Hérodote vous ont représenté Phryné la courtisane*, et Euthycrate a fait le bronze de Panteuchis, qui avait conçu des œuvres dun séducteur. Bésantis"% reine des Péoniens, avait mis au monde un enfant noir; Dinomène s'est appliqué à en conserver la mémoire par son art. Je condamne Pythagore pour a voir représenté Europe assise sur le taureau^, et vous pour avoir honoré

aux premières poétesses du groupe qui précède : — Nossis de Locres est du commencement de l'époque alexandrine. Aucune de ces statues n'est identifiée.

1. Mnésarchis et Thaliarchis sont pour nous des inconnues. — Corinne est l'élève de Myrtis et la rivale de Pindare. — Peut-être y a-t-il une copie de la statue de Corinne par Silanion dans une statuette de marbre « représentant une jeune fille debout, tenant un rouleau, avec une capsa à sa gauche ; sur le socle est gravée l'inscription KOPINNA, d'une authenticité indiscutable ». S. Reinach, liesue critique, 1898, n« 3, p. 5i ; et Répertoire de La Statuaire grecque et romaine, tome II, p. 664-

2. C'est sans doute la mention faite un peu plus haut d'Erinna qui amène ce détail.

3. Il est difficile de ne pas identifier Glaukippé avec l'Alkippé dont parle Pline l'ancien (//. A^, VII, 34- — Kalkmann note toutefois que Pline ne parle pas expressément d'une statue d'Alkippé).

4. La Phryné de Praxitèle est encore une statue connue par des témoignages autres que ceux de Tatlen.

5. Je signale (cf. Kalkmann, /. c), le texte de Pline qu'on a rapproché de cette phrase de Taticn : cf ... jNicœi nobilis pyctœ, Byzanti génitif qui, adulterio .Ethiopis nata matre nihilo uteris colore différente, ipse avum regeneravit iEthiopem. H. N., VII, 5i. » Mais sommes-nous on présence de deux traditions sur deux faits distincts, ou bien y a-l-il une confusion, soit chez Pline, soit chez Taticn."^ La première hypothèse me paraît la plus vraisemblable.

0. L'œuvre de Pythagore est aussi une de celles que nous connaissons par d'autres témoignages. Cf. Kalkmann (/. c).

par son art cet accusateur de Zeus. Je me ris de la science de Micon *, qui représenta une «^jénisse, et sur elle une Niké, parce que Zeus ayant enlevé la lille d'Ai^énor- a remporté le prix de l'adullère et de linconlinence. Pourquoi Hérodote d'Olynthe a-t-il fait ren]<;ie de Glyccre la courtisane et d'Ar^^ie la joueuse de cithare? l)ryaxis a représenté Pasiphaé, dont vous commémorez la luxure comme si vous souhaitiez que les femmes d'aujourd'hui lui ressemblassent. 11 y avait une certaine Mélanippe, pleine de sagesse^; c'est pourquoi Lysistrale en fit l'effigie: et vous ne voulez pas croire qu'il y a chez nous des femmes qui ont la la sagesse en partage!

XXXIW — Très vénérable aussi est le tyran Phalaris, qui se nourrissait d'enfants à la mamelle; grâce à l'œuvre* de Polystrate l'Ambraciote, on le montre aujourd'hui encore comme un homme admirable. Ainsi les Agrigentins craignaient de regarder le visage de ce mangeur d'hommes, et les érudits se vantent de le contempler à travers son image. N'est-il pas horrible de voir le fratricide honoré chez vous, qui, ayant sous les yeux les images de Polynice et d'Etéocle, n'anéantissez pas ces souvenirs de leur méchanceté en les "jetant dans une fosse avec leur auteur Pythagoras? Pourquoi, grâce à Périclyménos, si une femme a mis au monde 3o enfants, jugez-vous et considérez-vous son elligie comme une œuvre admirable*"? Elle avait atteint le comble de l'incontinence; elle devait donc être un sujet d'horreur, elle méritait d'être comparée à la truie dont parlent les Romains, qui elle-même,

1. Ce passage est un des ])lus difficiles à interpréter du catalogue. Les manuscrits donnent Mr|/,covo;. On a corrigé soit en Mî/tovo; (sic Schwartz et Kukula), que j'ai accepté, comme plus proche de la leçon des manuscrits; soit en Mjowvo; (Morel, Otto, Kalkmaiin), en pensant à sa célèbre vache; mais, si l'on accepte celte dernière conjecture, on comprend assez difficilement ce que vient alors faire ici la Xiké. Les explications de Kalkmann (p. 5i5) qui pense que Tatien ne connaissait la fameuse vache que par ouï-dire et qu'il a fait de graves confusions, ayant dans l'esprit à la fois la vache de Myron et le groupe de la Niké sacrifiant un taureau, me paraissent bien peu satisfaisantes.

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