‹ Recherches sur le Domesday; ou, Liber censualis d'Angleterre, ainsi que sur le Liber de Winton et le Boldonbook, contenant Io. une description de ces registres, pour servir d'introduction; 2o. trois tables accompagnées de notes historiques et généalogiques sur les familles françaises et anglaises inscrites dans ces registres; 3o. un glossaire; 4o. une statistique de l'Angleterre;Chapitre 8 sur 11 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Utilité et UMige de oe Registre.

Le Domesday acquit bientôt une grande influence en Angleterre. Sa confection avait donné au Conquérant une connaissance exacte de

tous les domaines appartenant à la couronne ; elle lui avait révélé le nom f rétat et l'influence que pouvaient exercer sur le peuple les anciens et les nouveaux propriétaires » en raison de l'étendue et de la nature de leurs possessions. Ce registre lui donna aussi les moyens de s'assurer » en cas de guerre , des ressources qu'il pouvait tirer de la population agricole ou militaire du pays » et » suivant les circonstances , il était en mesure d'accroître ses propres revenus ou de diminuer les taxes exigées par les collecteurs. Aussi Futilité et les avantages qu'on pouvait tirer du Domesday furent-ils généralement reconnus par toutes ies classes de l'État ; et il fut même considéré comme un Iwre d'appely que le prince, ainsi que les tenants en chef et les sous-tenants, pouvaient invoquer contre ceux qui chercheraient à contester leurs droits ou les services qu'Us se devaient les uns aux autres, en raison de leurs tenures.

On trouve , en effet , dans les siècles suivants , une multitude de réclamations, appuyées uniquement sur le Ihmesday. Pierre de Blois cite une clameur de ce genre , faite, sous le règne de Henri P' , par les religieux de Groylande, dont les chartes avaient été brûlées lors de l'incendie de leur monastère. Leur demande se termine ainsi : Venerabi" lis enim Abbas Jofridas Eveshamium adiens, et manerium repetens, tran$cripium Chartœ resta/aratianis CroyUmdiœ oitendit , et inter cœteraetiam auctorikUem regiiDoMEmAY prœtaeti in suum auxilium allegavit (1).

Sous le roi Jean , l'abbé de St-Edmond réclama, d'un homme d'arme de révèque d'EIy , certains droits dont il jouissait. T. R. E. Et inde protvUit earta$ divereorum regum et prmterea point deinde Buper Rotulum Wintoniae vel Domesday {2).

Kdham (3) cite également une question, soulevée pendant la douzième année du règne d'Edouard III , tendant à savoir si les terres de Roger de Huntingdon étaient tenues du Roi, ut de corona ou ut de baronia.

(1) Rer. Ànglic. ScHp. 7el. U I, p. ii4.

(2) Àbbrev. Pladt. 1** année du r^e de Jean , Saffolk , Roi. p. 22.

(3) Kelham, Ihmesd. IUu$tr. p. 245.

vel honore. Pour la résoudre , ce prince ordonna au lord trésorier et aux barons de TEchiquier de se faire assister des juges et des membres de soD conseil, pour faire des recherches, à ce sujet , dans le Domesday- Book. Après une longue enquête , ceux-ci rapportèrent qu'ils avaient efTectivement trouvé, dans ce registre, quelque chose qui semblait avoir quelques rapports avec cette question ; mais que les expressions du Domesday étaient telles, qu'ils n'étaient pas en état d'en donner une interprétation aussi exacte que les mots de ce registre semblaient le faire entendre. Nescimus interpretaiionem facere, nisi quatenusverba inde sonant (1).

Nous voyons aussi , dans les plaids d'Edouard III , que la possession d'un ancien domaine ne pouvait être reconnue que par extrait du Domesday^ et ses diverses parties, par enquête, a Ancien demesne doist » estre averre per record de Domesday quant at gros et nient a parcel, » mes parcel puit esse averre par pais et ceo que le court poit averrer » per record , ne serra james trie per pais. Et fuerint al averrement que » le lieu ou le pris fuit fait, fuit franke fee, etc. (2) »

L'utilité du Domesday ne saurait être mise en doute aujourd'hui , quand bien même on ne l'envisagerait -que sous le point de vue historique de l'Angleterre, ou en raison de l'éclat qu'il jette sur les familles françaises qui contribuèrent à la conquête de ce royaume ; mais, comme livre cadastral et sous le rapport des transactions sociales, son utilité est d'autant plus incontestable, qu'on a remarqué avec surprise que cet ouvrage n'avait offert jusqu'ici que de très-légères erreurs, qui ne pouvaient porter préjudice ni à la couronne ni aux propriétés particulières. Aussi le nom de Zivre du jugement lui est-il resté sans contest. Enfin, son usage est d'autant plus répandu , que , lorsqu'une clameur ou un procès s'élève entre particuliers , les droits du réclamant ou la défense de l'inculpé acquièrent une nouvelle évidence par ce même registre. Dans ce cas, les barons de l'Échiquier, sur la demande qui leur est

(1) Domesday^ pp. 175 et 197.

(2) Abbrev. Pladl. 2". année da règne d'Edouard IIl.

adressée par le juge de la cour devant laquelle le procès est pendant , lui remettent une copie de la partie du Domesday qui concerne la matière en discussion , et cette copie » attestée par les officiers de TEchiquier » décide seule la solution du procès.

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