‹ Recherches sur le droit public des CambodgiensChapitre 24 sur 63 · INTRODUCTION XLV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLV

pas les ancêtres du peuple cambodgien qui porte aujourd'hui leur nom, ils n'en seraient que les conquérants. C'est de leur arrivée que daterait l'arrêt dans la construction des temples et la décadence du Cambodge.

Maintenant, qu'on me permette une observation : N'est-il pas curieux que ni les Chinois, ni les Annamites qui ont des chroniques très anciennes, datant de plusieurs milliers d'années, n'aient pas enregistré ces faits importants, ces immigrations en Indo-Chine qui cependant en modifiaient si profondément la géographie politique et ethnographique I

Elles ne parlent ni de la conquête du Cambodge par les Chams, ni des établissements malais de l'Occident, ni de l'arrivée des Chhvéa-Préam en Indo-Chine, ni de celle des Laotiens, ni de la venue des Khmers et, je dirai mieux, le nom de Crung-Campouchéa, nom officiel, savant, que portait et que porte encore le Cambodge, leur est inconnu. Le nom qu'elles donnent aux Cambodgiens est toujours le même et, aujourd'hui encore, pour les peuples de l'Indo-Chine et de l'empire chinois, les Cambodgiens sont demeurés des Chams: Caomen en annamite ; Campin en langue chinoise ; Khamin en langue siamoise et en langue laotienne.

On a cru voir dans le mot Campouchéa qui, au dire des lettrés cambodgiens, veut dire nouvellement sorti de l'eau, le radical de Caomen, de Campin, de Khamin et de Cham, Ne pourrait-on pas voir aussi le mot khmer dans le mot khamin qui se prononce plutôt khmen que khamin avec une aspiration entre la lettre k et la lettre m. Le mot khmer que nous prononçons khmère à la française est prononcé khmê par les indigènes, également avec une aspiration entre les lettres k et m. Je ne présente ceci que comme une hypothèse nouvelle qui détruirait ce que j'ai dit plus haut de l'apport de ce mot par lesPégouana bouddhistes, mais comme hypothèse

pure et dans le but d'attirer l'attention des savants spécialistes qui, beaucoup plus autorisés que moi, peuvent Texaminer avec fruit (1).

En tous cas, ce qui est certain, c'est que, au xvi® siècle, on distinguait encore au Cambodge deux races principales, les Khomen (Khmen, Khmê ou Khmer) et les Cambodgiens, et que Barros, considéré par Francis Garnier (2) comme « le plus ancien et le plus consciencieux des auteurs portugais », ne les confondait pas. C'est peut-être que la fusion d.es races khmère et cambodgienne, aujourd'hui complète, n'était pas encore faite.

Christoval de Jaque, qui écrivait un demi-siècle plus tard, ne distingue plus les deux races, mais il observe encore que les femmes des nobles sont plus blanches que les hommes, ce qui pourrait bien indiquer que le mélange des races était encore imparfait.

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