‹ Recherches sur le droit public des CambodgiensChapitre 27 sur 63 · INTRODUCTION XLIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLIX

poèmes. » Cette étymologie me paraît bien subtile, trop subtile pour être satisfaisante. Je lui préfère celle-ci : péak samré, « langage des Samré ». Les Samré sont un peuple sauvage qui habite la province d'Angkor, à peu de distance des ruines de la grande capitale et chez lequel je trouve un grand nombre de mots qui ont pénétré dans la langue cambodgienne. Je sais bien qu'il y a quelque différence entre samrai et samré, mais cette différence pourrait bien s'expliquer par ce fait que les Cambodgiens, pour ne pas avouer que leur langue est d'origine sauvage, ont légèrement déformé le mot samré afin de lui donner ime signification plus noble. Cette petite supercherie linguistique est bien dans le caractère des Khmers qui affectent un grand mépris pour toutes les peuplades sauvages qui les entourent.

Ce que je viens de dire au sujet de la langue cambodgienne m'amène à parler des caractères employés pour récrire.

Les annales enseignent que le même roi, qui ordonna la création d'une langue nouvelle, cessa d'employer l'écriture sanscrite et adopta, ainsi que tous les gens de sa race, les caractères chams. D'autre part, les lettrés khmers affirment que les aksa moûl ou « caractères ronds, complets », encore employés pour écrire le pâli ainsi que ceux trouvés sur les pierres gravées en langue pâli sont les anciens caractères chams modifiés. Ce qui est certain c'est que les caractères chams employés pour les inscriptions chames que j'ai eu l'occasion de voir, les caractères que j'ai vus sur les anciennes pierres gravées par les Cambodgiens en langue pâli ou en vieux khmer, et les aksa moûl aujourd'hui employés dans les ouvrages religieux m'ont paru, les uns et les autres, n'être que des transformations des caractères déwanagari. Pour moi, la parenté des caractères qu'on emploie ou qu'on a employés au Cambodge avec les caractères autrefois

employés par les Malais de Java, par les Siamois, par les Barmans, par les Thibétains, par les Ghams (1) et par beaucoup d'autres peuples, n'est pas contestable.

Mais alors comment expliquer qu'ils sont devenus ceux du peuple cambodgien qui, provenant de l'Inde, devait avoir d'autres caractères et qui les avait certainement puisqu'on a trouvé au Cambodge des inscriptions en caractères sanscrits anciens?

11 est à peu près certain que les aborigènes, à l'arrivée des Ghams et des Malais en Indo-Ghine, ne connaissaient pas l'écriture et que leur langue ne s'écrivait pas plus qu'elle ne s'écrit aujourd'hui. Je suppose alors que les Ghams, peu nombreux, qui les avaient soumis à leur puissance, durent apprendre leur langue et l'écrire avec leurs propres caractères. Quand les Chhçéa-Préam et les aborigènes, leurs alliés, eurent vaincu les Ghams, les premiers durent se trouver dans l'obligation de parler la langue du pays; ils trouvèrent plus simple de continuer, pour l'écrire, d'employer les caractères chams qu'ils connaissaient peut-être, de préférence aux caractères sanscrits qui, déjà, ne servaient qu'à écrire la langue savante qui n'était peut-être plus la langue vulgaire. Si cette hypothèse est fondée, la leçon des annales khmères est la bonne en ce qui concerne les caractères adoptés; ne pouvant écrire la langue des aborigènes avec les caractères employés dans les Indes, les nouveaux venus adoptèrent les caractères chams que les Ghams avaient adaptés au langage des peuplades qu'ils avaient vaincues et soumises et qui, dès lors, se trouvaient sous leur domination.

J'ai dit plus haut que la langue samré avait fourni un grand nombre de mots à la langue aujourd'hui parlée

(1) Probablement par les anciens Annamites, avant l'adoption des caractères idéographiques des Chinois.

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