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LES OCNHA-LUONG ET LES BALAT-LUONG

Dans bien des circo i istances ce délégué royal gênait Tadministration, Tentravait et, désireux de supplanter celui qu'il venait surve i% intriguait près du roi et dans la province, afin d'à < iier sa chute; beaucoup des plaintes qui parvenaient aux ministres étaient inspirées par lui et par ses agents, rédigées souvent par l'un d'eux avec une grande perfidie et avec une mauvaise foi habile. Dans bien des provinces, on voyait la population se partager entre le gouverneur et l'agent royal et deux partis ennemis se créer. J'ai, pour ma part, connu un ocnhaluong qui tenta de faire assassiner le gouverneur près duquel on l'avait placé.

Cette conduite des ocnha-luong ou des balat-luong était moins précise quand le roi les avait envoyés de la capitale, quand ils n'appartenaient point à la province où ils allaient exercer leur mission, parce qu'ils pouvaient moins espérer et moins compter sur les habitants. Elle était presque toujours ce que je viens de dire quand le pouvoir central avait la mauvaise inspiration de les choisir parmi les mandarins du pays et surtout, quand ce titre d'ocnha-luong ou de balat-luong était concédé à un personnage qui l'avait acheté ou auquel il avait été donné comme récompense ou afin de l'indemniser d'une fonction perdue et de le faire patienter dans l'attente d'une autre. Dans ce cas, l'ocnha-luong ou le balat-luong était le gouverneur futur, le chauçai-sî^oc en expectative, celui que les habitants regardaient comme le successeur du chauvai-sroc en fonctions; les intrigues étaient alors faciles et nombreuses ; les haines entre les deux fonctionnaires s'allumaient terribles et le ministère était assailli de plaintes de toutes sortes venant des deux camps.

Régulièrement, en l'absence du chauvai-sroc, l'ocnhaluong devait administrer la province, expédier les affaires, remplacer en un mot le gouverneur, mais celui-ci,

méfiant, désignait presque toujours un autre mandarin, Tun de ses balat, un de ses juges à cette fonction et paraissait ignorer la présence de Tenvoyé royal que le gouvernement avait placé près de lui. L'ocnha-luong réclamait alors à Phnom-Penh , mais les ministres tenaient rarement compte de ses réclamations et, quand ils répondaient, ils l'invitaient à se renfermer dans ses attributions d(î haut surveillant. C'est, dans ce cas, que le gouverneur était au palais aussi fortement soutenu que l'ocnha-luong, c'est que les présents qu'il envoyait aux ministres étaient plus riches que ceux adressés par son rival.

En somme, ces envoyés royaux à titre perpétuel étai(4it ce que le pouvoir central, ce que les circonstances, ce que le caractère des deux personnages, — le surveillant et le surveillé, — voulaient qu'ils fussent. Il arrivait quehiuefois que l'ocnha-luong prenait absolument la place du chauvai-sroc et qu'il administrait la province sous ses yeux, et pour son compte, sans que le pauvre gouverneur osât réclamer ou protester près du pouvoir central.

Les ocnha-luong me paraissent avoir été, dans le passé, les agents actifs de la royauté dans l'œuvre de la c(^ntralisation, et avoir joué au bénéfice des rois du Cambodge le rôle que jouent au Laos les kha-luong siamois au profit du roi de Siam. Ces derniers, envoyés de la cour de Bangkok pour la représenter à la cour des princes laotiens, pour les surveiller, ont si bien su manœuvrer que, aujourd'hui, vivement soutenus par les ministres et par le roi, ils dominent absolument les chau-muong laotiens et les tiennent dans un état de suggestion véritablement extraordinaire. Ils sont les agents du pouvoir central chargés de ruiner l'influence des princes indigènes et de se substituer lentement à eux. Les habitants résistent d'ordinaire et se serrent autour de

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