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LES OCNHA-LUONG ET LES BALAT-LUONG

leurs princes légitimes, parce que ces princes représentent tout à la fois la nationalité et le passé respecté ; malheureusement ceux-ci sont presque toujours impuissants à les protéger, à les défendre; ils sont, par les kha-luong actifs et ambitieux, de plus en plus réduits au rôle de chau-umong fainéants.

Eh bien, les ocnha-luong cambodgiens me paraissent avoir joué ce rôle dans le passé; c'est à eux, je crois, c'est à leur activité, à leur action constante, que les rois doivent Tunité nationale actuelle, la centralisation administrative qui fait que tout le royaume obéit aujourd'hui aux ordres des ministres et que rien ne peut se faire sans leur assentiment, à leur insu tout au moins.

Tout d'abord, ces missi dominici ne furent pas nommés dans une province à titre perpétuel ils passaient avec une mission précise comme passent aujourd'hui les ocnha-luong, chargés de percevoir les impôts, ils recueillaient les plaintes des habitants et faisaient leur rapport soit au roi, soit aux ministres ; ce n'est que plus tard, à mon avis, que le pouvoir central, étant devenu plus puissant, osa les envoyer résider dans les états feudataires, dans les principautés soumises, avec la mission connue d'y représenter le roi, et la mission secrète de surveiller les princes souverains et de travailler à la ruine de leur autorité, à l'œuvre de la centralisation. Plus tard encore, quand les princes eurent perdu leur influence, quand les ocnha-luong, travaillant pour le compte du roi du Cambodge, eurent assis la leur et affirmé leur autorité, fait en un mot ce que les kha-luong ont fait des chau-muong laotiens, le pouvoir central osa davantage et il augmenta le nombre de ses agents. Les ocnha-luong placés près des sdach-tranh eurent sous leurs ordres des balat-luong placés près des chau-muong, c'est-à-dire des ocnha-luong, résidant au chef-lieu du dey, près du prince souverain ou du haut fonctionnaire

qui en tenait lieu, et des balat-luong qui résidaient au chef-lieu des districts du dey, près des chau-muong, qui les administraient.

Voilà, à mon avis, ce que fut Toeuvre des ocnha-luong dans le passé du peuple khmer. Je sais bien que rien dans les chroniques royales ne justifie cette hypothèse, mais il y a des traces, des traditions populaires mal retenues, mal comprises, démembrées, qui viennent Tappuyer, et surtout, il y a Toeuvre que les kha-luong siamois accomplissent sous nos yeux au Laos. Or, comme les kha-luong siamois ne sont pas autre chose que ce que sont les ocnha-luong cambodgiens, des agents dévoués et stylés du pouvoir central, ses missi dominici, on peut, par analogie, juger de ce que furent dans le passé les agents des rois cambodgiens par ce que sont dans le présent les agents du roi siamois.

Uuoi qu'il en soit, les ocnha-luong et les balat-luong à demeure fixe ont vécu.

Déjà officiellement supprimés en 1877 par Tordonnance royale du 15 janvier, les ministres ne tardèrent pas à en nommer de nouveaux et les luttes que le roi avait^ d'accord avec nous, voulu supprimer, recommencèrent. La nouvelle organisation de 1892, moins connue du public, parce qu'elle n'a pas fait l'objet d'une ordonnance royale aussi détaillée que celle de 1877, les a définitivement supprimés. Aucun traitement n'a été prévu pour eux et ceux qui existaient encore ont été rappelés.

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