LES APANAGES
De ce qui précède, il résulte qu'il y a actuellement au Cambodge, à côté du territoire royal, deux apanages, celui de TObbaréach et celui de la reine-mère, mais qu'il y en avait autrefois trois : les deux apanages ci-dessus dits et celui de TObbajouréach..., ou bien quatre et même cinq : l'apanage du Préa-ang-Keu-Féa et l'apanage du Somdach-Préa-ang-Keu, deux hauts dignitaires dont j'ai parlé plus haut.
Il est bien difficile, sinon impossible de savoir de quelles provinces se composaient autrefois ces apanages, mais on connaît le nom des provinces qui les formaient sous le dernier roi. C'étaient:
Pour l'apanage de l'Obbajouréach alors entre les mains de rObbaréach, les provinces Phnom-Srouck, Soai- Romiet et Sitho-Paréang qui, depuis ont été réunies en une seule province, " Sitho-Kandal et Kompong-Leng.
180 DROIT PUBLIC CAJffiODGIEN
Pour l'apanage de TObbaréach alors entre les mains du Préa-ang-Keu-Féa, les provinces de Lovéa-Em, Khsach- Kandal, Péarang, Ka-Thom et Kong-Pisey.
Pour Tapanage de la reine-mère, les provinces de Muhk-Kompul, de Prey-Kedey et d'An-long-Réach.
Pour l'apanage de Somdach-Préa-ang-Keu, la province de Glihung-Prey.
Une observation curieuse à faire c'estque les provinces d'un apanage sont loin, au Cambodge, de former un territoire unique ; elles sont au contraire répandues au travers du royaume, quelquefois groupées par deux ou trois, mais le plus souvent isolées et, par conséquent, difficiles à administrer.
11 est probable que les provinces qui composaient ces apanages étaient, dans le passé, absolument indépendantes de l'autorité royale et exclusivement administrées au nom de celui qui les avait obtenues et par des agents nommés par lui. Les revenus entiers qu'on en tirait appartenaient alors aux grands personnages qui en étaient les seigneurs. Chacun d'eux avait une cour calquée sur celle du roi, des ministres et des fonctionnaires nommés par eux. Je trouve encore, à la tête des krom du somrap trey et du somrap chetva, des ministres des transports par terre et par eau chargés de la guerre et de la marine, des ministres des finances et du palais, des ministres de la justice, c'est-à-dire toute une administration capable d'assurer le gouvernement et là défense de l'apanage.
Mais, avec le temps, l'esprit de centralisation qui domine toutes les monarchies, ces apanages ne se transmettant pas par voie d'héritage naturel mais par un système de succession qui remet fréquemment entre les mains du roi les apanages formés avec quelques-unes des provinces du royaume, et les lui laisse souvent quand il n'y a pas d'Obbajouréach, d'Obbaréach, de reine-mère