LE DEY
Le royaume actuel du Cambodge est divisé non seulement en khêt ou provinces, mais en dey ou terres, qui comprennent chacun un certain nombre de provinces. Mais aujourd'hui, le khêt est devenu Tunité administratrive, le dey n'est plus guère qu'une ancienne division territoriale dont on a gardé le souve'nir ; il n'est plus une division administrative.
Qu'est-ce donc que le dey ? Le dey me paraît être l'ancienne unité administrative et, plus loin dans le passé, le fief cédé par la couronne à des dignitaires puissants qui, par là, devenaient sinon indépendants, du moins en moyens de le devenir ; plus loin encore, il a peut-être été quelque royaume tributaire de l'empire des Varmans, vaincu et soumis à l'hégémonie cambodgienne. On sait, par ce qui s'est passé en Europe, combien les anciennes divisions territoriales sont durables, combien de révolutions il faut pour les briser, et que les populations en gardent encore le souvenir alors même que le brisement est déjà ancien.
Si je ne me trompe, les dey seraient donc des anciens royaumes indépendants — vaincus par les Cambodgiens, soumis à leur hégémonie, tributaires d'abord, — puis annexés et cédés en fiefs à des seigneurs puissants, à des princes du sang, — puis repris par le roi et remis à des
hauts fonctionnaires chargés do les administrer pour le compte de la couronne et sous la surveillance des ministres, — et enfin, brisés en provinces et n'existant plus dans le présent qu'à Tétat de souvenir.
Ces dey, qui sont aujourd'hui au nombre de cinq, — Thbaung-Khmoum, Ba-Phnom, Kompong-Soai, Poursat et Tréang, — étaient beaucoup plus nombreux autrefois lorsque le royaume était plus vaste. Tout d'abord, les seize provinces centrales que M. Aymonnier(l) désigne sous le nom de provinces de Chado-Muhk ou des a quatre bras » devaient bien former deux ou trois terres. La grande province de Battambang, qui comprend plusieurs districts aujourd'hui siamois, devait en former une ; la province d'Angkor, la terre de Korat, la terre de Chantaboun et laCochinchine devaient bien en former cinq ou six autres.
Quoi qu'il en soit, voici les dey et les khétque chacun d'eux comprenait encore en 1875, d'après M. Aymonnier:
Dej^ de Thbaung-Khmoum, — Sanibau, Samboc, Kratié, Kanchor, Ghalhung (Ghhlang), Thbaung- Khmoum et Totung-Thngay, soit sept provinces alors placées sous la direction du Véang.
Dej- Ba-Phnom. — Prey-Veng, Péam-Chor, Ba-Phnom, Svai-Tep, Romduol et Lœuk-Dêk, soit six provinces qui obéissaient au Kralahom.
Dejy Kompong-Sçai. — Ghi-Krêng, Staung, Kompong- Svai, Prey-Kedey, Baray, Stung-Trang, Kompong-Siém et Chœung-Prey, soit huit provinces qui, sauf la province de Prey-Kedey, recevaient les ordres du Ghauvéa.
Dej^ Poursat. — Poursat, Kreko, Krang (Kresa), Babaur, Roléa-Pier, Thpong, Kompong-Som, soit sept provinces soumises au Ghakrey.
(1) Géographie du Cambodge^ 1876, p. 47.