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LE DEY

Dey Tréang. — Krang-Samré, Phnom-Srouck, Kong- Pisey, Kompot, Kandal-Stung, Bâti, Tréang, Bountéay- Méas, Péam, Saang, Ka-Thom, Prey-Krebas, soit douze provinces qui, sauf Kompot, Phnom-Srouck, Kandal- Stung et Kong-Pisey, obéissaient au Youmréach (i).

Toutes les provinces de ces dey qui obéissaient aux ministres du roi, leurs Ghauvai-komnan-khêt (2) comme les appellent les Cambodgiens, faisaient partie du domaine royal; les autres obéissaient soit aux ministres de rObbaréach, soit à ceux de la reine-mère et faisaient partie des apanages de ces hauts dignitaires.

J'estime que ces dey, tout en se perpétuant à travers les siècles, ont dû souvent changer de frontières et qu'il faut considérer les renseignements que donne M. Aymonnier comme définissant seulement les dey en 1875.

(1) Cette attribution des dey a aussi varié avec le temps ; au xvii* siècle, les terres étaient ainsi réparties : le Chakrey avait le dey Ba-Phnom ; le Kralahom îivait celui de Thbaung-Khnïoum ; le Youmréach celui de Tréang, qu'il a encore ; le Véang celui de Poursat et le Chauvéa celui de Kompong-Svai qu'il administre encore aujourd'hui.

(2) Gouverneur suzerain des provinces.

LES SDAGH-TRANH

Les sdach-tranh (1) sont les hauts fonctionnaires, chargés de surveiller les gouverneurs des dey qui leur sont confiés. Ils sont presque toujours en même temps gouverneurs de la province qui a donné son nom au dey. En temps ordinaire ils n'ont aucune autorité sur les gouverneurs des provinces de leur terre et ne peuvent que signaler leur conduite, quand elle est mauvaise, aux ministres dont ils dépendent. Encore, ne sont-ils guère crus sur parole et sont-ils peu écoutés. En temps de guerre ou de révolte, ils peuvent être appelés à prendre la direction dos opérations militaires, à lever les troupes, à veiller à la sécurité du pays, mais, la paix ou Tordre rétabli, ils doivent licencier tout leur monde et reprendre leur place au rang des autres gouverneurs.

Il n'en était pas ainsi autrefois : le sdach-tranh était le gouverneur héréditaire du dey et les gouverneurs des provinces actuelles étaient ses lieutenants ; sous ses ordres et sous le nom de chau-muong ceux-ci administraient les muong qui n'étaient que des districts du dey.

Ces muong étaient à peu près ce que sont les khêt ou provinces actuelles. Alors l'autorité du sdach-tranh s'étendait sur tout le territoire où il a le droit aujourd'hui d'exercer sa surveillance, et c'était à lui que devaient s'adresser les sous-gouverneurs de son dey. C'était de

(1) Souverain d'un grand territoire. Le mot sdach, quand il egt seul, se traduit généralement par roi II est alors synonyme de luong.

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lui qu'ils tenaient leurs fonctions et leurs cachets; il pouvait les casser, les remplacer ou les maintenir (1).

Une tradition enseigne que, clans le passé, les dey étaient gouvernés par des princes de la famille royale, mais qu'il fallut, par la suite, les confier à des madarins moins puissants, et moins capables de soulever contre l'autorité royale les peuples qu'ils commandaient. « Ils étaient alors, me dit un vieux lettré, souvent en guerre entre eux et toujours en révolte ou sur le point de se révolter contre le roi. »

C'est probablement à la suite de la dépossession de ces princes, qu'on crut devoir restreindre l'indépendance des sdach-tranh qui les remplacèrent ; ceux-ci conservèrent cependant, jusqu'à il y a trente-cinq ans, l'administration complète de leur terre. Ils continuèrent même de percevoir pour leur compte l'impôt sur les produits de la terre (ponsrou et pon-chom-car) ; ils furent seulement tenus de verser au roi, le grand justicier, le tiers des recettes de justice (2). Cependant, une modification d'une certaine importance fut apportée dans les usages : l'eau du serment que buvaient les fonctionnaires nommés par le sdach-tranh, ne fut plus consacrée par les armes du chef du dey, elle fut consacrée par les armes du roi, et apportée dans les dey par les sdach-tranh qui la présentaient à leurs fonctionnaires. Le serment de fidélité

(1) Précédemment, je crois que la fonction de chaii-muong était héréditaire dans la même famille et qu'il était choisi par les kromokar du muong, mais que ceux-ci avaient le droit de choisir dans cette famille celui qui leur paraissait le plus digne ou qui leur convenait le mieux. En 1883, le chef de la province de Tonlé-Repou, une province cambodgienne du Laos, fut choisi par les kromokar de la province, parmi les neveux du décédé, et ce fut le deuxième neveu qui fut élu. Le chau de Bassac, duquel dépend cette province, ratifia l'élection. (Le chau de Bassac est le sdach-tranh du chau-muong de Tonlé-Repou).

(2) Les revenus du roi provenaient alors surtout des provinces qui n'étaient pas soumises aux sdach-tranh et qu'il faisait administrer par des chau-muong nommés par lui.

ainsi prêté n'était plus prêté au sdach-tranh, mais au roi entre les mains des sdach-tranh.

C'est ainsi que les sdach-tranh furent peu à peu dépouillés de leurs attributions et virent entre leurs mains diminuer leur autorité; nommés par le roi, lui devant tout, obligés de défendre leur situation toujours menacée par les appétits des autres mandarins, ils ne surent pas défendre leur autonomie administrative, et, quand l'autorité royale, afin de parfaire l'œuvre de centralisation poursuivie depuis des siècles, transforma les anciens districts en provinces royales, ils ne purent que s'incliner et ratifier l'usurpation du pouvoir central. Les chau-muong, tout en demeurant sous les ordres des sdach-tranh, furent nommés par le roi et furent tenus de venir deux fois par an boire l'eau du serment, non plus à la forteresse du sdach-tranh qui ne les nommait plus, mais au palais du roi dont ils tenaient leurs fonctions.

Les sdach-tranh conservèrent cependant, encore quelques années, le signe visible de leur puissance passée, l'attribution qui la caractérisait le mieux, c'est-à-dire le droit de haute justice ; leurs tribunaux, comme ceux du roi, pouvaient condamner à mort, tandis que les tribunaux des provinces ne pouvaient juger que les petites affaires. Ils ont, il y a vingt-cinq ans environ, sous le roi actuel, perdu cette dernière bribe de leur autorité, et les grands crimes ne peuvent plus être jugés par eux ; tout d'abord, ils relevèrent du chau-krom-sala ou tribunal royal, ils relèvent maintenant du conseil des ministres dont l'ordonnance royale d'octobre 1890 a maladroitement fait un tribunal de première instance. Sauf en ce point que les sdach-tranh sont les seuls fonctionnaires provinciaux qui comptent dix sac, ils sont à peu de chose près ce que sont les gouverneurs des provinces placées sous leur surveillance et qui comptent sept, huit et neuf sac.

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Je ne crois pas que la dépossession des princes sdachtranh se soit faite tout d'un coup et définitivement ; il y a certainement eu des résistances, des retours en arrière ; plusieurs fois peut-être, la royauté a été obligée de rendre à des princes les dey qu'elle avait confiés à des mandarins royaux. Je trouve une trace de ces reculs dans un passage de Ghristoval de Jaque : « Les procès sont jugés par les seigneurs du pays..., qui rendent très bien la justice parce qu'ils sont désintéressés... Autrefois leurs fonctions étaient confiées à des gens de la classe moyenne, mais on leur a enlevé ce droit parce qu'ils se laissaient gagner par des présents. »

Avant l'époque que Ghristoval de Jaque désigne par cette expression « autrefois », les princes ou seigneurs du pays gouvernaient les provinces ; puis on leur avait retiré leur gouvernement, et leurs fonctions furent confiées à des gens de la classe moyenne ; mais cela n'avait duré qu'un temps et la royauté avait dû les investir de nouveau ; il est probable qu'alors les nouveaux feudataires étaient des princes de la famille royale et non plus, comme par le passé, des descendants des anciens seigneurs du pays, qui peut-être, se transmettaient le pouvoir par voie d'hérédité. Gomme ces nouveaux chefs des dey devinrent ce que les anciens avaient été, la cause des troubles qui compromettaient la royauté, celle-ci les déposséda de leurs terres et en confia le gouvernement à la classe moyenne qui l'avait déjà eu et perdu.

Les choses ont certainement dû se passer ainsi (1),

(1) C'est en effet ainsi que les choses se sont passées. Depuis que ceci est écrit j'ai eu connaissance d'une tradition qui renseigne que les sdachtranh ont été créés après la mort de Préa-Chey-Ches-Sda, sous son suc cesseur, le roi Préa-Srey-Thommo-Réach, qui régna de 1627 à 1635. Avant cette réforme, les princes royaux avaient le gouvernement des dey et menaient un grand train de maison. Comme ils étaient turbulents et ambitieux, peu soumis aux ordres du roi, on crut devoir les remplacer par les sdach-tranh pris parmi les mandarins.

mais comment, à la suite de quels événements? Voilà ce qu'il est difficile de dire. Ce qui est certain ou tout au moins ce qui me paraît hors de doute, c'est que le gouvernement des dey a passé des seigneurs aux princes royaux, et des mains de ceux-ci aux mains des agents du roi, le plus souvent pris dans la classe moyenne et plus dévoués au roi que les princes, parce qu'ils tenaient tout de lui, leur condition sociale et leur situation.

Quoi qu'il en soit les sdach-tranh sont les seuls gouverneurs des provinces qui aient droit aux insignes quasiroyaux, et qui puissent s'abriter sous le parosol rouge à franges d'or que les chauvai-sroc ordinaires ne peuvent arborer. Seuls de tous les hauts dignitaires de l'extérieur, c'est-à-dire des provinces, ils ont droit défaire porter derrière eux la boite à bétel en or quand ils assistent aux cérémonies ou aux fêtes. Il y a dix ans à peine, quand le roi les nommait, il leur faisait encore présent, conformément aux coutumes anciennes, d'une veste en étoffe rouge qui constituait leur uniforme et indiquait leur haute dignité ; c'était avec cette veste rouge, leur parasol rouge à franges d'or, leur boîte à bétel en or travaillé, qu'ils se présentaient au palais, prenaient place dans les cortèges royaux, assistaient aux cérémonies du palais, venaient boire l'e^u du serment, recevaient les ordonnances royales, les délégués du pouvoir central et assistaient aux grandes fêtes religieuses qui s'organisaient dans leur province. Quand ils parcouraient leurs dey ils étaient accompagnés de cinquante hommes armés de fusils et de lances, de sabres indigènes et suivis de leurs porteurs d'insignes.

Leur cachet était aussi et est encore différent du cachet des gouverneurs des provinces placées sous leur surveillance. Gomme les ministres du royaume ils ont droit de placer entre deux cercles concentriques une guirlande de fleurs et de mettre au centre du cachet l'éléphant

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blanc, marque de la souveraineté. Par une exception qui ne s'explique, m'a-t-on dit, que par le rang supérieur du sdach-tranh du dey Kompong-Soai, qui était autrefois un personnage très considérable, le cacliet de ce mandarin porte l'image de Hanuman, à six bras, prince des singes et guerrier fameux.

Il y a soixante et quelques années, ils affirmaient encore leur droit de vie et de mort en faisant sacrifier, aux néac'ta et aux arac de leur province, quand ils prenaient possession de leurs fonctions, un homme condamné par un tribunal ou qu'on arrêtait parmi ceux qui étaient connus comme mauvais sujets.

Cette cérémonie barbare avait lieu devant une grande partie de la population, et avec une certaine solennité et aux sons de la musique. Deux cents hommes vêtus de rouge escortaient la victime; de nombreux éléphants portaient le sdach-tranh et ses mandarins. Ce dernier, abrité sous le parasol rouge à franges d'or, signe visible de sa puissance, était suivi des pages de sa maison qui portaient la boîte à bétel en or, qu'il avait seul dans le dey le droit de faire porter.

Le sacrifice avait lieu devant l'autel des néac-ta. Un homme égorgeait la victime près d'une fosse creusée tout exprès et dix autres étaient chargés de l'enterrer.

Dans la province de Kompong-Soai, la victime humaine est actuellement remplacée par un veau ; dans la province de Thbaung-Khmoum, le sdach-tranh nouvellement nommé fait égorger un buffle.

Le sdach-tranh du dey Kompong-Soai avait le pas sur lesautres; il pouvait prendre place à côté dukralahom, le ministre de la guerre, qui, dans le passé, au temps des grandes luttes avec le Siam, était le premier des ministres. Comme le Somdach-Préa-ang-Keu, il était khnangpos^ dos de serpent, ce qui est un titre aussi élevé qu'ancien. Quand il se rendait à la capitale, le roi, se

conformant à l'usage ancien, envoyait au devant de lui, à plus d'une journée du palais, les éléphants royaux et tout une escorte de mandarins et de guerriers.

Les sdach-tranh sont actuellement bien déchus, ils ne sont plus guère que des gouverneurs ordinaires; cependant ils ont su toujours inspirer assez de respect aux gouverneurs des provinces de leur dey, pour les obliger à leur en donner des marques publiques et pour conserver un prestige ancien que rien ne justifie plus guère, aujourd'hui que leur surveillance est nulle et que la paix est rétablie, qu'il n'y a plus ni les Siamois, ni les Annamites à combattre, plus de rebellions redoutables possibles. Mais ils ont dix sac et le souvenir de leur puissance d'autrefois vit dans la conscience des peuples et maintient le respect. Ils sont, pour cette nation presque sans histoire, le passé aussi mystérieux que l'avenir, le passé qu'il faut respecter comme il faut respecter les ancêtres et tout ce qui vient de l'antiquité.

Le nombre des provinces du Cambodge a nécessairement varié avec retendue du royaume. Les légendes parlent de cent et un rois vassaux qui payaient le tribut aux anciens rois du Gampouchéa ; il est évident qu'il s'agit là des princes feudataires, des gouverneurs nommés par le roi, des chefs des tribus sauvages et des souverains des états soumis par les arroes.

Au temps où la puissance cambodgienne s'étendait à tout le Laos, au Siam, à la presqu'île de Malacca, à la Cochinchine entière et peut-être aussi aux îles de Java et de Sumatra, le nombre des provinces ou états qui avaient accepté ou qui subissaient la domination de la nation établie sur les deux rives du Mékong et du Grand- Lac pouvaient bien s'élever à une centaine.

Sans remonter jusqu'à Préa-Ket-Méaléa, jusqu'aux Varmans, princes encore perdus dans les brumes du passé, en ne tenant compte que des territoires formant actuellement le royaume du Cambodge et de ceux que nous savons pertinemment avoir fait partie de l'empire khmer, depuis le xm® siècle on trguve que le nombre des muong a pu s'élever à un chiffre beaucoup plus élevé que celui des khét d'aujourd'hui : la Cochinchine française avant sa conquête par les Annamites devait former une dizaine de provinces au moins ; la province d'Ang- Kor, la terre de Battambang, les provinces de Stung- Treng, Melou-Prey, Véal-Kantel, Tonlé-Repou, Kou-Kan

qui appartenaient encore au Cambodge au xvin« siècle, formaient au moins une vingtaine de provinces administrées par des gouverneurs nommés par le roi.

Depuis, au xix« siècle, sur le territoire même du Cambodge actuel, le nombre des provinces a sensiblement varié. L'ancien roi Ang-Duong Tavait fixé à cinquante khèt ou provinces : les provinces de Chi-Kreng et de Staung n'en formaient plus qu'une avec celle de Kompong-Soai ; les provinces de Sambau et de Samboc étaient réunies sous le nom de Samboc ; celles de Kratié et de Kanchor sous celui de Kratié; les provinces de Srey-Santhor et de Soai-Romiet étaient réunies sous le nom de la première ; et les provinces de Phnom-Srouck et de Krang-Samré n'en formaient plus qu'une sous le nom de Phnom-Srouck.

Au commencement du règne de Norodom, le nombre des provinces fut porté à cinquante-six et quelques khêt que l'ancien roi avait réunis furent séparés.

On en compte cinquante-sept aujourd'hui, parce que le roi a cru devoir diviser en deux la province de Srey- Santor-Ghhveng et former une nouvelle province à laquelle on a donné le nom d'un ancien muong, Sithor- Paréang. La partie de Srey-Santhor-Chhveng qui forma la province de Srey-Santhor, — et qui faisait partie de l'apanage de l'Obbaréach, — fut versée au domaine de la couronne et la province de Sithor-Paréang continua de faire partie des possessions de l'Obbaréach.

Cependant on ne tarda pas à reconnaître le danger qu'il y avait à augmenter le nombre des provinces et, par suite, celui des administrateurs; une ordonnance royale datée du 15 janvier 1877, — que le représentant du gouvernement français obtint du roi Norodom, et qui devait avoir la valeur et le caractère d'une convention passée entre la puissance protectrice et la nation protégée, — statua que « le nombre des provinces du royaume serait ramené à

ce qu'il était à la mort du dernier roi ». Malheureusement, les nombreux, trop nombreux changements sur*' venus dans le personnel du Protectorat, l'absence d'esprit de suite dont ont fait preuve tous les agents de la République, n'ont pas été favorables à cette réforme; comme beaucjup d'autres obtenues à grand'peine, inscrites sur le papier, insérées à VOfficiel de la Cochinchine, elle a été négligée, abandonnée, puis oubliée.

Sur ces cinquante-sept provinces, quarante-trois sont placées sous la haute direction de cinq ministres, et six sont confiées à la surveillance de six grands dignitaires; cela fait quarante-neuf provinces qui forment ce que j'appelle le domaine royal. Les huit dernières forment l'apanage de l'Obbaréach qui compte cinq provinces, et celui de la reine-mère qui en a trois ; ces hui t provinces sont confiées aux hauts mandarins qui, près de l'Obbaréach et de la Préa-Voréach-Ghini, remplissent les fonctions de ministres. Je vais successivement donner le classement de toutes ces provinces.

Domaine rojyal, — Les neuf provinces qui sont placées sous la haute direction du Ghauvéa ou premier ministre sont les khêt : Kompong-Siem, Ghœung-Prey, Baraï, Kompong-Soai, Staung,.Ghi-Kreng, Promp-Tep, San- Touk et Stung-Trang, soit un territoire limité par la frontière septentrionale, par le grand fleuve, par le Grand-Lac et par les provinces de Kompong-Leng, An-long-Réach et Muhk-Kompul, qui bordent le bras du Grand-Lac.

Les cinq provinces qui obéissent au Youmréach ou ministre de la justice sont les khèt : Tréang, Prey- Krébas, Bâti, Péam et Bountéay-Méas qui forment un territoire limité par la partie méridionale et cambodgienne du bras de Ghaudoc, par la frontière cochinchinoise, par le golfe de Siam et la frontière Sud-Est des provinces de Kompot, Phnom-Srouck et Kandal-Stung.

Les douze provinces qui reçoivent les ordres du Kralahom ou ministre de la guerre sont les khêt : Ba-Phnom, Romdoul, Soai-Téap, Roméas-Ek, Sithor-Kandal, Prey- Veng et Srey-Santhor soit sept provinces qui forment un territoire limité par la frontière cochinchinoise, le grand fleuve et les territoires des sauvages indépendants de TEst ; puis Lœuk-Dek et Péam-Chor qui sont situées dans Ka-Tlioni, cette grande île que forme les deux grands bras du Mékong; plus le khêt Kompot qui est situé sur le golfe de Siam ; le khêt Ka-Sutin qui est situé dans une île du grand fleuve au Nord-Est de Phnom- Penh, en face de la provinc de Sithor-Kandal ; plus le khêt Ponhéa-Lu qui est au Nord-Ouest de la province de Phnom-Penh sur le bras d'Oudong ou du Grand-Lac.

Les quatre provinces que commande TOcnha-Thoméa- Nika, l'un des mandarins faisant fonctions de Véang sont les khêt : Phnom-Penh, qui est isolé, Ghhlong, Thbaung-Khmoum et Totung-Thngay qui sont situés au Nord des sept provinces qui obéissent au Kralahom.

Les cinq provinces qui obéissent à TOcnha-Monti- Roban, haut fonctionnaire qui avec le précédent remplit les fonctions de Véang, sont les khêt : Kompong-Leng qui est isolé au Nord du bras du Grand-Lac, Sambau, Samboc, Kratié et Kanchor qui forment un territoire limité par la frontière laotienne, par le haut Mékong cambodgien et les grandes forêts inexplorées de l'Est. — S'il y avait, comme il y a quelques années, un Ocnha-Véang, au lieu de deux fonctionnaires pour remplir ces fonctions, ces neuf provinces recevraient ses ordres.

Les huit provinces que commande le haut mandarin qui remplit les fonctions de Ghakrey sont les khêt : Roléa- Païr, Phnom-Srouck, Kompong-Som, Thpong, Poursat, Kréko, Krang et Babor, soit un territoire limité par la frontière du royaume au Nord, et, à l'Ouest, par le golfe de Siam et par le Grand-Lac.

Les six provinces qui sont placées sous la direction des six hauts mandarins dont j'ai parlé plus haut sont: les khêt Samrong-Thong et Lovêk qui sont situés au Nord des provinces de Ponhéa-Lu et de Kong-Pisey ; les khêt Kandal-Stung et Saang qui sont au Sud de la province de Phnom-Penh ; le khêt Kien-Soai qui est au Nord de Ka-Thom, et le khêt Kang-Méas qui est au Sud de la province de Kompong-Siem, sur le grand fleuve.

Apanage de VObbaréach, — Cet apanage est composé des khêt Lovéa-Em, Khsach-Kandal, Paréang qui sont à rOuest de Phnom-Penh sur la rive gauche du grand fleuve; du khêt Ka-Thom, dans la grande île, et du khêt Kong-Pisey qui est au Sud-Ouest de Phom-Penh.

Apanage de la reine-mère. — Cet apanage est composé de trois provinces : Muhk-Kompul qui est au Nord de Phnom-Penh, entre le grand fleuve et le bras du Grand-Lac ; Prey-Kedey qui est au Nord du Cambodge et enfermée dans la province de Kompong-Soai ; An-long-Réach qui

est au Nord de Muhk-Kompul, sur le bras du Grand-Lac.

Divisions territoriales françaises. — A la suite du coup d'Etat et de la convention du 17 juin 1884, qui fut si maladroitement obtenue du roi Norodom et qui souleva tout le royaume contre nous, le Cambodge fut, subitement et par un trait de plume, divisé en huit provinces et trente-deux arrondissements.

Chaque province devait être administrée par un résident français avec l'aide d'un chef de province indigène, de chefs d'arrondissements y de chefs de cantons, de maires et de six notables par commune. On le voit, c'était toute la machine administrative de Cochinchine transportée au Cambodge, à l'aveuglette, au milieu d'une population qui ne pouvait guère comprendre ce qu'on prétendait innover.

Ces huit grandes provinces étaient : Phnom-Penh qui devait avoir cinq arrondissemennts formés avec onze

anciens khêt ; — Kompot qui comprenait quatre arrondissements formés avec sept anciennes provinces ; — Poursat qui se composait de trois arrondissements réunissant cinq anciens kliêt ; — Kompong'Chhnang qui devait avoir cinq arrondissements formés avec six anciennes provinces ; — Kratié qui se divisait en deux arrondissements faits de cinq anciennes provinces ; — Kompong'Thom qui avait quatre arrondissements formés avec sept anciens khêt ; — Banam qui avait quatre arrondissements comprenant huit anciennes provinces; — et Kompong'Cham qui devait avoir cinq arrondissements formés avec huit anciennes provinces.

Les chefs-lieux de ces huit grandes provinces étaient situés : un à Phnom-Penh, capitale du royaume ; — un à Kompot, sur le golfe de Siam ; — un à Poursat, au Sud- Ouest du Grand-Lac, à cinquante kilomètres environ de la frontière siamoise ; — un à Kompong-Chhnang sur la rive Ouest du bras du Grand-Lac ; — un à. Kompong- Thom à rOuest du Grand-Lac, dans la terre de Kompong- Soai ; — un à Banam, au Sud-Est de Phnom-Penh ; — un à Kompong-Gham ; — et un à Kratié sur le haut Mékong cambodgien.

Cette organisation ne dura pas, et, en 1887, le Protectorat crut devoir ramener le nombre des résidences à cinq : Phnom-Penh, Kompot, Poursat, Kompong-Thom et Kratié. En 1890, la résidence de Kratié fut transportée à Sambau et deux sous-résidences furent créées : une à la pointe Sa-Mit, à Textrémité Nord-Ouest de la province de Kompong-Som, sur le golfe de Siam, pour mettre une barrière aux empiétements des Siamois ; et l'autre à Soai-Rien (1), à l'extrémité Sud-Ouest du royaume, dans re^nclave que forme la frontière de Cochinchine. Kratié demeura un poste administratif

(1) Devenue résidence en 1893.

SOUS la direction du résident de Sambau ; la sous-résidence de la pointe Sa-Mit fut placée sous les ordres du résident de Kompot, et celle de Soai-Rien, bien que dépendant du résident de Phnom-Penh, reçut les ordres du résident supérieur. En 1894, la résidence de Sambau fut supprimée, et celle de Kratié fut rétablie.

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