LA GAPITATION DES CHINOIS
Lbs étrangers au royaume, qui sont considérés par les Cambodgiens comme appartenant à une race différente de la leur et qui ne sont pas leurs voisins, sont tenus de payer un impôt de capitation, dit dam-riét^ plus élevé que \e pôn-khluon des régnicoles, des Ghams, des Malais, des Siamois, des Laotiens et des Annamites. Ces étrangers sont principalement les Chinois et les Indiens. Les seuls Européens et Américains de race européenne en sont dispensés.
L'impôt que les étrangers sont tenus d'acquitter est actuellement perçu par desocnha-luong qui sont en même temps chargés de percevoir l'impôt personnel des Annamites, mais autrefois, et il y a quelques années encore, le dam-riét était affermé à un Chinois qui le faisait percevoir par ses agents. Il produisait environ 70.000 piastres ou 250.000 francs en 1890 et 1891, mais le roi était loin de toucher cette somme.
Il est probable qu'à cette époque la capitation des étrangers était très faible, puisque, sous Ang-Duong et au commencement du règne de Norodom, jusqu'en 1870, nous la trouvons fixée à 6 ligatures, un peu moins d'une piastre. Norodom la porta à 20 ligatures pour les ouvriers chinois et à 30 ligatures pour les commerçants.
Après le coup d'Etat du 24 juin 1884 qui mit, pour deux ans, le pouvoir entre nos mains, cette capitation fut portée à 5 piastres 50. Quand nous rendîmes au roi, en janvier 1887, l'administration de son royaume, il la trouva à ce taux et se garda bien de la ramener au taux qu'il avait autrefois fixé ; la seule modification apportée quand, en 1891, le dam-riét fut perçu par des ocnha-luong et pour le compte du roi, fut qu'on distingua entre la part du trésor et celle des percepteurs et des hauts dignitaires de la province; la capitation se trouvait être de 5 piastres plus une « coutume » de 50 cents.
La « coutume » était notablement plus élevée que le dey-ca payé par les régnicoles, et les étrangers privilégiés, mais, en retour, ni les Chinois, ni les Indiens soumis à la capitation n'étaient tenus de recevoir chez eux les délégués royaux ou le fermier, ni de fournir gratuitement les hommes chargés de porter l'impôt au trésor royal et l'escorte jugée indispensable. « C'est pour cette raison, me dit un ocnha-luong, que leur dey-ca était plus élevé. ))
Une autre disposition les atteignait encore : tandis que les autres contribuables ne devaient l'impôt personnel entier que de vingt et un à cinquante ans, et l'impôt personnel réduit de cinquante et un à soixante ans, les Chinois, comme les Annamites d'ailleurs, le devaient acquitter de dix-huit à cinquante ans, mais à partir de ce dernier âge les vieillards ne devaient plus le payer. Donc, pour les Chinois et les Indiens une seule catégorie, mais en somme une aggravation de l'assiette de l'impôt. J'ajouterai que cette aggravation était justifiée par ce fait que lesChinois et les Indiens sont des industriels, des commerçants, des planteurs habiles, qui gagnent des salaires ou font des fortunes autrement considérables que les autres contribuables. "*
D'autre part, il faut ajouter que les fermiers et les