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LA FERME DE L'OPIUM

Avant 1850, l'opium pénétrait librement au Cambodge; il était importé par les Chinois sous forme de boules et ceux qui fumaient le faisaient bouillir euxmêmes et le préparaient pour leur consommation personnelle. On ne rencontrait que quelques commerçants établis qui en cédaient de tout préparé aux Chinois passagers, mais tous ceux qui avaient une demeure fixe, une barque de commerce, le bouillaient pour euxmêmes.

Phnom-Penh, en 1858, était alors un centre commercial de deux cents familles chinoises environ, que visitaient constamment des jonques de commerce ; par suite de cette circonstance, la vente de Topium bouilli y avait acquis une certaine importance. C'est alq^ s qu'un Chinois obtint du roi Ang-Duong, au prix de 80 barres d'argent par an, la fernu3 de l'opium bouilli (lotéa-chaudao) pour toute la province de Phnom-Penh. Oudong, qui était alors la capitale du Cambodge, n'avait pas de fermier et la vente de l'opium y était libre, mais ne s'y pratiquait guère, d'abord parce que les Chinois fumeurs d'opium y étaient peu nombreux et aussi parce que le roi ne manquait jamais d'exprimer son mépris pour les fumeurs et les marchands d'opium. On dit qu'il était très affecté quand il apprenait qu'un mandarin qu'il estimait s'adonnait à ce stupéfiant.

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Presque tout ropium en boule qui pénétrait au Cambodge était débarqué à Kompot par des jonques chinoises qui rapportaient de Singapoore et de Bangkok où, déjà à cette époque, le nombre des Chinois fumeurs d'opium était très considérable. L'opium n'acquittait qu'un faible droit d'entrée à Kompot, mais à Phnom-Penh, où il y avait un fermier de l'opium bouilli, on devait payer pour chaque boule importée dans la province de Phnom-^ Penh un autre droit, le droit du lotéa-chaudao.

La ferme de l'opium bouilli de Phnom-Penh devait nécessairement amener la création de la ferme de l'opium en boule qui tendait à devenir l'objet d'un commerce important. Cette ferme fut créée en 1868 et concédée au Chinois Wat-Seng qui l'avait proposée au roi et demandée pour lui. Le droit de vendre de l'opium bouilli fut alors concédé par le fermier principal à des sous-fermiers, qui ouvrirent des débits dans les centres chinois les plus importants, et nul ne put plus faire bouillir de Topium, soit pour le vendre, soit même pour le fumer personnellement. Les fumeurs qui n'avaient point acheté le droit de cuire devaient s'approvisionner chez le fermier ou chez les sous-fermiers.

Le revenu que le roi Norodom tirait de cette ferme s'accroissait à chaque renouvellement du contrat. Elle lui produisait plus de 150.000 piastres en 1883 et la Société française, qui fut dépossédée en 1884, réalisait un bénéfice des plus considérables. Ayant su recruter des agents habiles et actifs, elle avait si bien organisé la vente sur tous les points du territoire cambodgien que ses recettes ne pouvaient que s'accroître lorsque la convention de 1884, qui mettait toute l'administration du Cambodge entre nos mains, vint supprimer les conventions passées par le roi et substituer la Régie au fermage. Les recettes atteignirent alors, au cours des années suivantes, les sommes que voici : 300.000 piastres en 1884 ; —

320.000 piastres en 1885 ; — 277.000 piastres en 1886 300.000 piastres en 1887 ; — 325.000 piastres en 1888 280.000 piastres en 1889 ; — 285.000 piastres en 1890 347.000 piastres en 1891 ; — 209.000 piastres en 1892 et 252.000 piastres en 1893 (1).

Une tentative d'affermage de ropiuin pour trois ans fut de nouveau tentée en 1890, mais elle échoua, par suite de rabaissement du prix de vente de l'opium que Tadministration crut pouvoir imposer à la ferme. Le fermier cambodgien fut obligé de résilier son contrat fin décembre 1891 et subit de ce fait une perte assez considérable. C'est à cette diminution, maladroite au point de vue financier et coupable au point de vue moral, mais qui a mis ou à peu près un terme à la contrebande de l'opium en Cochinchine et au Cambodge, qu'il faut attribuer la diminution des recettes de 1892 et 1893.

L'opium, qui en 1890 valait 50 piastres le kilogramme, ne vaut plus aujourd'hui que 30 piastres.

On ne pourra, de ce fait, atteindre avant longtemps les recettes de 1884, 1885, 1887 et 1891, qui ont varié entre 300.000 et 347.000 piastres. L'abaissement du prix de l'opium n'a pas été une opération fructueuse ; elle n'est pas une opération morale. Il valait mieux réaliser de grosses recettes en vendant très cher l'opium à fumer, qui est un stupéfiant et un poison, puisqu'on ne peut pas en interdire absolument l'introduction et la consommation, que faire des recettes plus faibles en vendant davantage et meilleur marché. La loi commerciale sur laquelle on s'est appuyé pour accomplir cette a réforme », comme on disait alors avec emphase, n'était pas applicable à l'opium, qui est un poison, dont la consomma-

(1) Ces quatre derniers chiffres sont donnés d'après les prévisions de recettes qui ont été justifiées.

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tion est forcément plus limitée que la consommation des autres objets de commerce, à Topium que nous vendions un prix forcé ei\ec un bénéfice bien supérieur au prix (l'achat. On a donc commis tout à la fois une faute politique et une faute financière.

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