‹ Recherches sur le lait au point de vue de sa composition, de son analyse, de ses falsifications et surtout de l'approvisionnement de ParisChapitre 16 sur 16 · DES MOYENS DE RÉPRIMER LES FALSIFICATIONS DU LAIT · texte numérisé non relu

DES MOYENS DE RÉPRIMER LES FALSIFICATIONS DU LAIT

Bien des moyens ont déjà été tentés par la laiterie pour réprimer ces abus. Des galactomèlres et des lactodensimètres Quevenne ont été envoyés dans chaque dépôt, et des instructions suffisantes ont été données aux chefs de ces établissements. Mais quand on pense que cinquante à soixante fournisseurs arrivent tous à la fois, apportant des quantités de lait très-différentes qu’il faut mesurer et inscrire, nous nous demandons s’il est possible d’exiger de ces employés une opération aussi délicate qui demanderait un temps beaucoup trop long.

Si l’emploi de ces instruments est impossible aux chefs des dépôts, qui peuvent à la rigueur opérer de pied ferme, comment la réclamer des ramasseurs, quand on fait attention au nombre de fournisseurs qu’ils sont obligés de visiter, à l’heure du ramassage qui, dans la saison d’hiver, a toujours lieu dans l’obscurité, et surtout à la promptitude du service? Partis du dépôt pour arriver quelque temps après la traite, il faut, quoi qu’il arrive, que ces employés soient encore de retour quelques heures avant le départ par le chemin de fer, afin de permettre le mélange du lait qu’ils apportent avec la traite du matin, qui a pu être maintenue à une basse température toute la journée.

Pour nous rendre un compte exact de toutes les opérations de ce commerce, nous avons voulu assister plusieurs fois au ramassage du lait. Nous avons pu nous convaincre que l’emploi du pèse-lait était impossible par les ramasseurs, puisqu’ils ne descendent jamais de leur voiture,'et qu’ils auraient à se prononcer sur du lait dont la traite n’a eu lieu qu’une demi-heure et quelquefois moins avant leur arrivée.

On a souvent eu recours aux commissaires de police, qui rendent quelquefois de grands services; mais si l’on envisage qu’il faut souvent les aller chercher à 20 ou 25 kilomètres de distance du centre d’approvisionnement, traverser plusieurs villages où l’on donne l’éveil, on verra bientôt que ce moyen n’est pas suffisant, et qu’il ne peut être mis en pratique. En effet,

s’il arrive le plus souvent aux chimistes de ne pouvoir se prononcer sur la falsification d’un lait à la simple inspection du lactodensimètre, cette difficulté sera bien plus grande encore chez un commissaire de police qui n’a que rarement l’occasion de se servir de cet instrument.

Dans l’incertitude, on prélève des échantillons pour les soumettre à l’analyse; les pharmaciens des villes ou des bourgs sont seuls appelés à se prononcer dans ce cas. Qu’arrive-t-il alors? Ou le pharmacien n’a pas à sa disposition tous les instruments nécessaires pouf ce genre d’analyse, ou bien ayant tout intérêt à ne point formuler un rapport défavorable à. ses meilleurs clients, il préfère avouer qu’il n’est pas apte à se prononcer en pareille matière.

Poussant plus loin le désir de bien faire, quelques maisons de gros de Paris n’ont pas reculé devant des sacrifices énormes pour faire analyser indistinctement tous les laits de leurs fournisseurs, renvoyant les plus coupables que d’autres maisons rivales acceptaient, et reconnaissant bientôt que la fraude s’exerçait du plus grand au plus petit, du plus pauvre au plus riche, et du simple particulier aux autorités mêmes du pays. Ce moyen suprême, s’il a réussi à améliorer un peu la position, l’a-t-il rendue meilleure? Nous répondrons non, et il ne pourra suffire qu’autant qu’on sévira sur les premiers fraudeurs avec la même sévérité qu’on le fait à Paris.

On a proposé dans ces derniers temps, pour faire cesser la fraude au point de départ, d’exiger le plombage des boîtes. Mais ce moyen dans tout ce qu’il pourrait avoir d’avantageux n’est pas praticable, car chaque fournisseur ne peut répondre à l’avance de donner toujours une boîte complète, condition indispensable pour l’expédition. A cet inconvénient viennent s’ajouter l’emploi d’un matériel beaucoup trop considérable et la difficulté d’expédier par le chemin de fer des pots de différentes grandeurs, depuis fl litres jusqu’à 20.

Un seul moyen selon nous remédiera au mal. Que l’on nomme des inspecteurs possédant une éducation scientifique suffisante, ayant droit de verbaliser'et de saisir le lait dans les gares des chemins de fer et dans les laiteries de Paris. Ces employés visiteront à tour de rôle les dépôts de tous les laitiers indistinctement, assisteront à l’arrivée des fournisseurs et prélèveront un échantillon des laits les plus suspects pour être analysés à Paris ;

enfin ils accompagneront les ramasseurs quand il le faudra. Nous ne doutons pas que le bruit de quelques condamnations sévères se répandant dans la campagne, ne fasse cesser un abus qui s’exerce depuis si longtemps. C’est alors que sévissant plus souvent contre les laitiers en gros dans les gares des chemins de fer et chez les crémiers dans Paris, on arrivera à distinguer réellement l’honnête commerçant de l’infatigable falsificateur.

En terminant noire travail, qu’il nous soit permis d’exprimer toute notre gratitude et notre reconnaissance à MM. Bussy, Caventou, Chatin, Chevallier, Gaultier de Glaubry, Guibourt, Lecanu, Régnault, professeurs ; Figuier, Lutz, Reveil, Soubeiran, agrégés de l’École de pharmacie.

Nous demanderons aussi à MM. Bouchardat et Chevallier de vouloir bien nous pardonner les nombreux emprunts que nous avons faits à leurs publications sur le lait.

Vu bon à imprimer.

Le Directeur de l'École de pharmacie, BUSSY.

Permis d’imprimer,

Le Éice-Recleur, ARTAUD.

mpriroé pur E, Thunot et fi - , î(i, ruo Racins.

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