‹ Recherches sur le mécanisme de la voix humaineChapitre 4 sur 13 · PENDANT LE CHANT · texte numérisé non relu

PENDANT LE CHANT

Dans tous les temps, les savans ont chei*-* ché à se rendpe compte de quelle manière se forme la voix humaine, et à expliquer les phénomènes qu'elle ^présente. Avant que pai'ût la théorie de Dodart , les opinions sur cette matière n'avaient aucun caractère véritablement scientifique. Dodart , le premier, s'appuyant sur des observations exactes , avança une hypothèse plus ou moins plausible. Depuis , Ferrein , examinant aussi les faits , en tira des conséquences différentes. Un grand nombre de physiciens et de physiologistes de

tous les pays ont entrepris des recherches dans le même but. De nos jours, des expériences nouvelles ont été tentées par MM. Magendie , Cagniard de la Tour, et plus récemment par M. Savart, qui a consigné dans un méippire Içs résultats de sep tniTaux« Msds^ j^s*qu'ici toutes les investigations n'ont été relatives qu'à la formation de la voix et à la modulation en général , abstraction faite des différens genres de modulation et des moyens modificateurs auxquels ils correspondent.

Il est déjà fort intéressant d'être initié aux mystères de la formation de la voix humaine, de connaître l'action par laquelle elle devient la parole , et celle un peu plus compliquée par laquelle l'inflexion est modulée pendant la déclamation. Cependant il y a loin de là à la modulation du chant, dont la spécialité s'établit non-seulement sur la permanence des sons , sur la succession calculée ^t hai?-* moniqqe des intervalles, n'impoarte qommeut ils se produisent^ et sur la vaaâété ûafiniie d^s intonations ^ mais encore sur c^te p^pn priété du chant d'exister indépendamment 4^ la parole ,k c'est-à-dire de former un discourfij; complet avec l'adaptation d'une des ,v9y 6Uq&

plus ou moins modifiée. Ce haut d^ré de modulation, qui constitue le chant , est celui qui nécessite le travail le plus prononcé et les moyens modificateurs les plus nombreux.

Ces moyens et ce travail ont été de notre part l'objet d'une attention particulière ; nous allons essayer de les décrire, en indiquant, ^ autant qu'il dépendra de nous , quels autres! phénomènes sont pré^umables d'après ce qu'il nous a été permis d'apercevoir.

Prenons d'abord le larynx dans son isole-* ment , et montrons4e dans tout le déploiement de son jeu. La série des sons qui peuvent être modulés, au moyen des muscles du larynx, doit évidemment s'épuiser entre ces deux limites : celle de son rétrécissement et de son élévation âmultanés par lesquels s'opère le rapprochement des lèvres de la- ^otte, et celle de sa distension et de son abaissement paiement simultanés d'où ré** suite leur écartement. Or, examinons ce qui se passe quand le larynx est porté en haut dans l'exercice le plus éminent de ses fonc-* tîons , je veux dire dans le chant.

Si nous nous en rapfiortons à ce qu'on a admis jusqu'à ce jour sur le mécanisme de la

Toix humaine , la contraction de l'hyo-lhy-*' roïdien ayant lieu simultanément avec celle des muscles crico-aryténoïdiens latéraux, de Faryténoïdien oblique , de l'aryténoïdien Iransverse et du tyro-épiglo l tique , produi-' rait le rétrécissement de la glotte, le raccourcissement de la cavité lar3rngienne et de la trachée-artère , enfin l'abaissement de Fépiglotte; de là résulterait exclusivement la fonnation des sons aigus dont la modulation ne serait due qu'au jeu plus ou moins prononcé de toutes ces parties réunies.

La contraction des muscles sterno-thyroï-' diens ayant lieu simultanément avec celle' des muscles cricd-thyroïdiens , ou dilatateurs* antérieurs de la glotte, des crico-aryténoï-' diens postérieurs, ou dilatateurs postérieurs de la glotte , produirait l'inverse de ce qui se passe pour les notes aiguës , c'est-à-dire, l'é*; largissement de la glotte, le prolongement de la cavité laryngienne et de la trachéei^ai'tèrey' l'élévation de l'épiglotte , et par suite la for-^'. mation de notes graves, dont la modulation ne serait due, à son tour, qu'au travail plus ou moins prononcé de la réunion de toutes ces parties.

On voit donc que, jusqu'ici, toutes les théories sur la modulation de la voix faisaient abstraction des muscles de Pos hyoïde , de ceux de la langue et deceux àeXsipartie supérieure^ antériewe et postérieure du tuyau vocaL

Quelques anatomistes cependant, en parlant des muscles laryngiens,' ont admis en certains cas la fixation de l'os hyoïde, afin de mieux définir les fonctions de plusieurs 'muscles du larynx» Le professeur Meckel , en traitant de Faction du muscle hyo-thyroïdien^ dit qu'il sert à élever le larynx , quand l'os hyoïde est fixé en haut. Mais la fixation de l'os hyoïde , dans la modulation de la voix y se borne-t-elle à causer la seule contraction du muscle hyo-thyroïdien ou est-elle nécessaire au travail continuel et parfait de la totalité desmuscles du larynx? Pour moi, j'admets la . seconde proposition avec ses conséquences; ]^2L]onXjexcLém.equeVoshyoïde estfixépour chaque son^ afin de faciliter la contraction des muscles du larynx et par conséquent amener les notes. En efiet , si les muscles de l'os hyoïde étaient coupés ou seulement paralysés, le larynx , abandonné à l'action de ses pro-r près muscles , n'arriverait qu'à la phonation^

en ne produisant plus que des sons impai'faits et monotones, d'une moindre intensité et d'un timbre fêlé. Ces remarques ne sont point hypothétiques ; elles proviennent d'expériences siu* divers animaux chantans , et résultent aussi d'observations pathologiques que je me propose de pubher incessamment.

Je vais énuméren maintenant les muscles qui font mouvoir Vos hyoïde et en même temps le larynx; puis j'établirai l'influence de ceux de la langue; enfin j'examinerai, mais plus tard, les différentes parties qui composent le sommet du tuyau vocal.

Les muscles qui portent l'os hyoïde en haut , dans la modulation de la voix , sont : les ihyro-hyoïdiens , mylo-hyoïdiens , génio^ hyoïdiens et stylo-hyoïdiens ; ils agissent simultanément avec la plupart des muscles de la langue, principalement avec les stylo-^ glosseSy lesquels , au moment de leiu* contrac-* tion , sont aidés par les digastriques ^ au moyen d'une expansion aponévrotique qui se déta-< che du tendon de ces muscles pour aller s'insérer à l'os hyoïde , et le porter en haut. Le génio'glosse ^ les linguales et Vhyo-glosse participent aussi à cette élévation. Il convien-:

drait toutefois de diviser le dernier en tnns muscles, c'est-à-dire en basio, cerato et chondro-glosses , afin de distinguer l'office de ces différentes fibres. Selon cette division , le chondro-glosse est celui des trois qui, avec les autres parties déjà énumérées , contribue le plus à l'élévation de l'os hyoïde , et conséquemment à celle du larynx, toujours dans l'action modulatrice de la voix.

On restera donc convaincu de l'influence qu'exerce la langue dans la modulation, en considérant simplement les rapports qui existent entre ses muscles et l'os hyoïde , et entre ce dernier et le larynx.

D'ailleurs, qu'on examine avec attention les mouvemens de la langue dans le chant de& dififérens genres de voix , on la verra, pour le& notes aiguës , se contracter sur sa base , en même temps s'élargir, et dans le travail le plus prononcé du second registre * des so-

^ Jusqu'à pi*ésent oq a appelé impi^opremeat notes de tête et notes de fausset celles qui , lorsque l'os hyoïde est fixé en haut , sont modulées par le travail de la partie supérieure du tuyau vocal. Ces dénominations ne sauraient être maintenues , parce qu'elles donnent une idée vague et même tout-à-fait fausse des nx^ens modulateurs , comme

prani-sfogati* se relever par ses bords et former une cavité semi-conique , le sommet du cône correspondant à la pointe de la langue **.

de leur source. Ainsi j'appellerai notes surlaryngiennes ceVles dont la modulation est dne an travail presque exclusif de la partie supérieure du tuyau focal , et leur réunion constitue ce que je nomme second registre , pour le dîntypgM^r du premier registre , qui toujours , selon mes idées j n'est composé que des notes de poitrine, que je préfère nommer laryngiennes , n'étant dues presque entièrement qu'à l'ac-^ tion des muscles laryngiens.

Plusieurs méthodes de chant , notamment celle du Conservatoire de Paris , et celle de M. Garaudé^ parlent d'un troisième registre qui n'est qu'imaginaire , parce que son existence exigerait des moyens modificateurs spéciaux, tandis que les notes dont on le compose ne sont dues qu'à la vibration plus ou moins forte des dernières notes du premier registre , ou des premières notes du second. On remarquera que les chanteurs dont la voix se compose de deux registres sont ceux qui éprouvent le plus de difficultés , en ce qu'il leur faut plus d'art pour ménager les transitions d'un registre à l'autre , de façon à les unir pour l'oreille. Aussi les voix composées de deux registres sont celles qui se fatiguent le plus facilement.

* Les soprani-sfogati sont ceux qui , dans les notes aiguës , dépassent, au moyeu du second registre, réchelleor^ dinaire du soprano.

** f^oy, la planche , ûg. n" g.

Toutefois y chez les soprani parfaits , c'està-dire chez ceux cloués d'une voix ronde , sonore et modulée presque exclusivement par un seul registre , la langue prend une position tout-à-faii différente de celle qu'on observe chez les soprani à deux registres distincts. Au Ueu de se relever par ses bords, et de former une cavité semi-conique j elle se hausse , s'étend et se contracte vers sa base , en présentant une surface tant soit peu, rebondie par suite de l'abaissement de ses bords. Chez quelques individus j'ai vu la langue se relever par ses bords , pendant le jeu du premier registre et notamment dans l'émission des sons laryngiens du médium , mais ce fait n'est pas aussi remarquable que celui que nous venons de citer, du jeu du second registre chez les soprani-sfogati.

£n général pour les notes graves, la langue a une action moins prononcée , et conserve à peu près sa position et sa forme ordinaires , en marquant toutefois une légère ondulation. La connaissance de ces faits résulte d'une multitude de recherches auxquelles je me suis livré sur l'organe des plus grands chanteurs de nos jours.

Ainsi, chez mademoiselle Sontag, qui présente en ce moment l'exemple le plus frappant d'acuité et de facilité modulatrice du second registre , j'ai remarqué que cette cavité est plus prononcée que chez tout autre so-

Un fait non moins singulier, c'est que diez les chanteurs doués d'une voix très-sonore ^tprov^iant presque exclusivement d'un seul •registre , le volume et la dimension de la langue sont plus considérables d'un tiers et quelquefois davantage que d'ordinaire. La célèbre madame Gatalani, Lablache et Santini offi:*èM des exemples de ce phénomène. La langue de ce dernier est la plus longue et la plus large que j'aie vue ; aussi quand le génio-glosse a atteint le maœimum de sa contraction , Santini peut se toucher le dessous du menton avec la pointe de la langue ; dans les notes aiguës , son extrémité se replie sur elle-même par sa pointe , et présente à peu près la fornie d'un crochet *.

J'ai observé chez plusieurs chanteiœs que le mouvenient de la mâchoire inférieure,

* F^oy. la planche , fig. n* 2.

ainsi que ceux des lèvres et de la langue, auxquels se joignent parfois certaines grimaces du visage pendant le chant , correspondent en quelque sorte au mouvement interne des muscles qui constituent l'appareil vocal. De la coïncidence frappante que l'on rencontre, à ce sujet , chez les individus dont la voix , forte , sonore, est ti'ès-étendue , quoique bornée au premier registre , il faut conclure qu'en faisant la part de l'habitude , cette combinaison de mouvemens n'est, laplupart du temps, qu'une des conséquences du mécanisme ordinaire de la voix.

Outre les observations que j'ai faites sur madame Pisaroni, et dont je parlerai tGÔlleors avec plus d'étendue , j'ai eu dernièrement l'occasion de constater l'opinion que j'avance , chez une dame , amateur trèsdistinguée, madame la comtesse M

Ayant remarqué à plusieurs reprises que, particulièrement en chantant une certaine note (si bémol sur-aigu)^ la bouche inclinait du côté gauche , je me suis demandé si ce que *je venais de voir provenait d'une mauvaise habitude , ou si c'était le résultat du mécanisme individuel de son organe. Je lui de-

mandai donc la permission d'exaaoMner la partie supérieure du tuyau vocal pendant que cette dame chantait la note indiquée. Je constatai en effet que le mouvement de la bouche et de la mâchoire inférieure dépendait du mé^ canisme de la langue , qui , au lieu de présenter la cavité semi-conique dans son médium, la présentait au contraire latérale gauche , c'est-à-dire qu'elle répondait au coté où la langue était poussée par le mécanisme de ses muscles.

Ce serait ici le cas de signaler l'influence des idiomes dans la modulation du. chant , où la fréquence des voyelles , leurs modifications, leur nombre, leur prononciation, à laquelle l'émission des consonnes est toujours soumise, ont un pouvoir immense. Ce pouvoir s'explique tout naturellement par la position de la langue , dont le travail , combiné avec celui de la partie antérieure de la bouche, amène, selon l'idiome employé, une ouverture plus ou moins favorable à la projection de la note, et par conséquent au charme et à la perfection du chant ^ . D'après ce

* Ayant la facilité de parler plusieurs langues y j'ai vonlci

simple énoncé, et avec la connaissance exacte des principes spéciaux pour la prononciation de chaque langue 9 on se rendra aisément compte de la préférence qu'accordent les grands chanteurs à certaines voyelles pour* filer le trait. Ge sujet exigerait plus dedéveloppemens : nousnoiisproposonsdele traiter complètement danis un travail particulier.

Par ce que nous venons de dire , l'on voit de quelle importance est l'étude des muscles étrangers à ceux du larynx dans le mécanisme du chant. £n parlant dés stylo^losses, nous avons dit qu'au moment dé leiu* contraction^ ils sont aidés par les digastriiques, aunioyen^ d'une expansion aponévrotique. £n effet , ces^ derniers, quand on chante , sont aussi dans

étudier la différence que produirait la même phrase mu^ sicale chantée dans plusieurs langages. Cette différence^ lorsque les langues sont également hien prononcées, est énorme pour l'oreille , si l'on prend comparativement la labguè italienne avec la langue anglaise; elle est progressive en difficulté selon l'ordre suivant : italien, portn-^ gais, espagnol, français, allfsmand, anglais» Il en résulte en. conséquence l'inverse de leur mélodie et de leur charme. . Ge résultat est du aux mouvemens particuliers de la langue et du voile du palais, ainsi qu'aux différentes modiEcations quç subit le tuyau buccal.

une très-grande contraction, comme diacun peut s'en assurer en posant les doigts sur la r^on où ils sont situés ; ils semblent alors n'avoir plus d'élasticité , et leur raideur est telle qu'ils présentent pres([ue la dureté de la pierre.

Mais reprenons ce qui estrelatif au larynx.

A mesure qu'il s'élève , il se restreint par l'action des muscles hyo-thyro'idiens latéraux^ hyo-arjTténoïdiens obliques et hyo^aiyténol-^ diens transçerses, thyra-aryténoïdiem supê^ rieurs j thyro ^aryténoïdiens inférieurs f en* même temps s'opère la contraction des thyroaro-^t glosso^piglottiques y dont le jeu simula tané amène le raccourcissement de la cavitélaryngienne et de la trachée-artère. Dans ce cas , en poussant l'air avec plus ou moins de force y on obtient un son plus ou moins aigu, suivant la portée vocale de l'individu , mais qui , poiu* prendre une moyenne , ne saurait dépasser le sol y limite extrême au-delà de laquelle il est impossible d'atteindre avec le seul secours des muscles dont le jeu vient de s'opérer.

Voyons maintenant de quelle façon a lieu l'abaissement de l'os hyoïde et du larynx , e.t

ce qui se passe quand cet abaissement est parvenu à son maximum.

Cet abaissement s'effectue par l'action des muscles sterno-thyrdidians ^ stemO'hyoidiens et omoplate-hydidiens^ et le larynx , au mo-^ ment de la modulation , s'élargit en même temps par la contraction des muscles cricothyroïdiens , ou dilatateurs antérieurs de la glotte, cric(HiTyténoïdi€ns postérieurs ou dilatateurs postérieurs de la glotte , en amenant l'élargissement et l'alongement de la ca-* vite laryngienne et de la tradbée^artère.

Dans ce cas y en poussant Fair arec plus ou moins de force , c'est un s€»i gràre que Pon obtient , mais qui , avec le seitl secours des muscles mis en action, atteindrait tout au pjlus au^^qu'on dcdt encore considérer comme une moyenne.

G^peodavtt , l'on sait que les tenors-contraltim^ et les soprani-^fogati, dans les notes aiguës, peuvent aller jusqu'au ré sur-aigu et même encore plus haut, ce qui embrasse

"^ Les tenors-contraltini sont ceux qui , daas les notes aiguës, dépassent^ an mojen du second registi'e, l'échèUe ordinaire du ténor.

quatre notes de plus ou huit demi-tons , el l'on n'ignore pas non plus que les baritons^ et les basses dans les notes graves peuvent arriver jusqu'au sol et même plus bas , ce tpii comprend quatre notes de plus , ou huit demi-tons.

Puisque , soit qu'il s'élève et se rétrécisse , soit qu'il s'abaisse et s'élargisse , le larynx ne suffit pas à une série aussi étendue de sond modulés y il est donc naturel d'en conclure qu'il ne constitue pas tout l'appareil vocal : c'est ce que déjà quelques physiologistes ont soupçonné.

M. Savart, dans son mémoire, explique fort ingénieusement la formation de la voix humaine ; il étabUt que la production de la voix humaine est analogue à celle du son dans le tuyau de flûte , et que la petite co«^ lonne d'air contenue dans le larynx et dans la bouche est susceptible , par la nature des

* Que j'appellerai baritenors , parce que cette déuomi-*^ nation est rationnelle en ce qu'elle donne une idée exacte du genre de voix que possèdent les baritenors , tandis qae la dénomination de bariton étant contradictoire à son étymologie, qui provient de barosj pesant, grave, et tonos, ton, conviendrait beaucoup mieux aux basses-tailles.

parois élastiques qui la limitent, ainsi que par la manière dont elle est ébranlée , de rendre des sons d'ime nature particulière , et en même temps beaucoup plus graves que ses dimensions ne sembleraient le comporter.

Plus loin 9 et dans le mémoire qu'il a publié sur la voix des oiseaux, il prouve, par des expériences nombreuses , qu'une masse d'air renfeimée dans un tuyau, dont les parois sont élastiques ou musculeuses, peut produire des sons beaucoup plus graves que ceux qu'elle pourrait rendre si ses parois étaient solides*

Dans l'idée que le son est d'abord produit dans les ventricules, il cherche à démontrer que l'air, qui est contenu dans le tuyau vocal, doit toujours résonner à l'unisson avec le son formé originairement dans les ventricules , et par conséquent qu'il doit les renforcer d'une manière notable. Le savant auteur du mémoire que nous citons , ne se proposant que d'exposer le mécanisme de la formation de la voix humaine , n'est pas sorti des limites qu'il s'était tracées.

Il devenait donc nécessaire d'examiner en détail les modifications que , sous l'influence

— aide la volonté , les muscles vocaux apportent à la forme du tuyau vocal , ainsi qu'à sa tension 9 pour qu'il puisse toujours renforcer de la mianière la plus avantageuse les sons en^ gendres dans les ventricules.

Quelles sont donc ces modifications? Pou?

les découvrir , il s'agit simplement d'observer, c'est-à-dire de voir quels mouvemens s'opë^ rent pendant le chant , qui , comme nous l'avons déjà dit, nécessite certainement, de la part de l'organe de la voix , le travail le pluà éminent.

C'est principalement sur le jeu de la partie supérieure du tuyau vocal que nous devons porter notre attention. Le premier phéno^ mène qui se présente , c'est que dans les sons gravés le palais-molle se hausse par l'acticm de son muscle élévateur, puis au moyen dé la contraction des muscler péristaphf lin in^ terne ei péristaphylin externe y par celle des glosso et pharyngo-staphylin , des mylo et génio-hydidiens , et même par celle des mus^ clés palat(hfharyngiens et stylo^-glosso-pharyngiens , qui s'opère en même temps que l'abaissement du larynx , le voile du palais se porte en arrière et prend une forme arquée*

Dans ce moment la luette ne cesàé pas de consenrer sa position ordinaire , bien qu'en se repliant un peu sur elle-m^e , par la con** traction du muscle palatostaphylin , elle de* vienne plus consistante en raison de son raccourcissement , qui là ramasse à sa base^*

La nature semble avoir ainsi disposé cette partie pour qu'elle se combine dans les soiu graves , soit avec le mouvement interne de l'isthme du gosier, soit avQC celui du larynx , aBn de laisser à l'air im plus libre cours et pour donner plus d'intensité de volume et d'esscH* à la gravité des sons. En effet , pour £ûre vibrer la partie scHaore , ne &ut-ril pas ^ dans ce cas^ une très^grande aspiration?

D'abord , parce que les sons graves exigent {dus d'air que les sons aigus ; ensuite , parce que l'expiratipn est d^autant plus difficile i régler, que le tuyau vocal ayant acquis saa plus haut degré d'accourcissement et d'élargissement , est dans la disposition la moins favorable pour empêcher la sortie de l'air.

* C'est justement le phénomène contraire qui se manifeste dans l'jémission des notes

* f^oy. planches n°* a , $ et 8.

— My —

aiguës. Alors , le voile du palais , après s'être élevé , s'abaisse e.t se porte en avant par Faction toujours plus prononcée des mêmes muscles précédemment énumérés dans la modulation des notes graves , où ces muscles agissent d'avant en arrière simultanément à l'abaissement du laiynx , tandis que pour les notes aiguës , leur mouvement s'opère d'arrière en avant en même temps que le larynx s'élève. Par suite , les tonsilles paraissent se gonfler et serapprochent j la luette , aumoyen de la contraction plus prononcée de son azîgosy se replie entièrement sur elle-même , et dans les notes les plus aiguës du second registre elle disparaît tout-à-fait. L'arrièrebouche alors n'a plus cette forme arquée qu'elle prend pour l'émission des sons graves, mais bien la forme d'un triangle légèrement émoussé à son sommet ^.

Les chanteurs à voix étendue , particulièrement dans les notes aiguës , ainsi que j'ai eu occasion de l'observer chez les premiers tenors-contraltini de l'époque , David et Rubini, et chez les soprani-sfogati les plus

* f^oy. planches n"* 3, 6 et g.

distingués, comme mesdames Mombelli, Fodor, Lalande, Catalani, mesdemoiselles Sontag , Tosi et' autres , ont les parties supérieures du tuyau vocal infiniment plus développées et plus mobiles que les basses-tailles, telles que Lablache ou Ambroggi. Pour citer un exemple des plus fi:'appans , que nous avons sous les yeux , je dirai que chez Santini , dont la voix est la plus étendue et la plus basse possible j l'arrière-bouche présente ime extension qui confirme parfaitement ce que j'ai dit des fonctions de cette partie.

La difTérence que je signale existe aussi, mais d'une manière moins sensible, enti^e le soprano et le contralto. Parmi les hommes, lé bari-tenor tient le milieu ; chez les femraeSy c^est le mezzo^soprano*.

^ J'ai fait tout récemment la même observation sur les ventriloques , en étudiant le mécanisme de la voix surlaryngienne au moyen d^un spéculum que j'ai imaginé. J'ai voulu voir si c'est au jeu de la partie supérieure du tuyau vocal qu'on doit l'effet du ventriloquisme ; j'ai aperçu que lorsqu'on parle en ventriloque, c'est toujours avec la voix surlaryngtenne j laquelle est particulièrement modifiée par un mouvement très- curieux de haussement de la base de la tangué vers la voûte palatine, tandis que sa pointe sert à l'aiticulation des mots dont le ventriloque s'est spéciale-

— SS- II est si vrai que la partie supàîeure du tu jali Tocal concoutt éminemment à la modulation de la voix et spécialement aux notes

ment appliqué à iaire usage. Ainsi le mécanisme de la langue dans le ventriloquisme serait relatif aux mouvemens de sa base et de sa pointe. Le monvemètat de ta base joint à l'abaissement de Tépiglotte sur la glotte Servirait à modlûer d'une &çon particulière les sons sorlaryngiens en tenant Thaleine en résenre , tandis que la poiùte de la lan^ gue contribuerait à l'articulation des mots.

M. Serres , à l'occasion du rapport sur mon Mémoire, prit la parole pour appuyer mes idées sur la voix surlaryngienne. Ce savant rapporte un fait d'un forçat du bagne de T^oulon, qui , ayant eu la partie supérieure du larynx oblitérée par suite d'une cicatrice , pouvait cependant parler avec la voix surlaryngienne , au moyen d'un réservoir d'air qu'il se disait à l'endroit où ces sons se produisent. Je regrette beaucoup de n'avoir pas été à même d'observer cet individu , mais je pense que VeSet de la voix dont il se servait , devait beaucoup se rapprocher du ventriloquisme.

Les parties supérieures du tuyau vocal sont aussi trèedéveloppées et très^mobiles chee les personnes qui ont frit du jeu de la guimbarde une étude particulière. Sans mes Recherches sur l'organe de la voix , ouvrage qui est soos presse dans ce moment , je rappoite l'histoire d'une demoiselle qui joue de cet instrument d'une manière admiraUe. C'est à M. le baron Larrey que je dois cette Agréable connaissance ^ si- précieuse pour l'objet de mes études.

8urlaryngieiines ^ que Ws dianteurs ^ dont la yoiXc se composé dé deux registres, éprouvent un genre de fatigue tout-à-fait différent de celui que ressentent les chanteurs à voix de basse^ de contralto ou de bari-tenôr.

Ainsi, mesdames MombelU , Fodor, Sontag , Tosi, parmi les soprani-^sfogati ; David , Rubini , Gentili et beaucoup d'autres , parmi lés tenors-Cc^ttaltini , ne sont jamais |llus fatigués qu'après avoir chanté les rôles ^ le jeu des notes du second registi^e est le plus fréquemment employé* Cette fatigué s'éiend aux parties qui composéht 1^ sonunet du tuyau yooal sans aller au-delà^ Si oh l'augmentait par un exerâce continu ou forcé , l'on arriverait à détermin^f* ou un affaiblissement du système nerveux de ces parties y ou une inflammation qui se colnmun^uer^t parfois à la tradiée^^artère , mais qui n'atteindrait que très-rar^nent atlx brohches , à la plèvre et aux j^oumons. D'un autre côté , Lablaché, Galli^ Ambroggi^ Santini, Noz- 2ari, Crivelh, mesdames Marianni^ Gata^ lani y et plusieurs autres chanteurs , cheii lesquels le travail du pTéniier rostre est presque ei^clusif , bien que leur voix soit d'un

genre différent, après un exercice plus ou moins forcé , ressentent la fatigue aux régions diaphragmatiques et thoraciques. S'ils continuaient à chanter, leur état de malaise pourrait prendre un caractère inflanmiatoire , et finir facilement et en peu de temps ou par la trachéite ou bronchite , ou par la pleurite ou péripneumonie.

Dans ce second cas , l'affaiblissement du système nerveux des parties qui composent le sommet du tuyau vocal est fort rare.

Quand il n'y a qu'excès de fatigue , dans un état conune dans l'autre , l'usage de certains gargarismes astrigens , et celui à l'extérieur des fiîctions alcooliques camphrées , peuvent hâter la guérison , que le repos seul opérerait à la longue. Mais comme l'affaiblissement de ces parties peut aisément simuler une inflammation, attendu la conformité des symptômes, il faut bien prendre garde de se tromper dans le diagnostic, parce qu'en opposant un traitement anti-phlo- ^stique , soit général, soit local , en cas d'affaiblissement, on augmenterait la maladie, et l'on pourrait même finir par déterminer l'aphonie complète ; dont plusieurs chanteurs et

cantatrices célèbres ont été de nos jours les yictimes.

Outre le fait de David et de mademoiselle Tosi , qui ont failli perdre la voix par l'éfTet d'un traitement tout-à-fait contraire à leur état pathologique , je pourrais citer celui de madaine Mainvielle-Fodor , dont le traitement, poussé encore plus loin, l'a réduite pendant plusieurs années à l'impossiblité de recouvrer sa voix *.

Pour apprécier encore mieux Pimportance de la partie supérieure du tuyau vocal dans la modulation de la voix , il suffit d'observer un chanteur chez qui elle ait été détruite ou seidement entamée par l'effet d'une maladie; dans ce cas j'ai non-seulement remarqué l'al-

^ Les journaux ont annoncé sa réapparition sur un théâtre italien (Teatro del Fondo)^ en affirmant qu'elle avait i*ecouvré tous ses moyens. Nous savons de très-bonne source qu'à la vérité madame Mainvielle-Fodor est parvenue à chanter de nouveau , mais avec une voix beaucoup plus limitée qu'auparavant , ne pouvant d'ailleurs prolonger longtemps cet exereice sans éprouver une difficulté dans la modulation. Au surplus 9 l'amélioration qu'elle éprouve est due d'abord au traitement tonique stimulant qu'elle suivait depuis plusieurs mois ; ensuite à l'influence du beau ciel de Naples, et même au régime diététique du pays.

lération du timbre , mais même la diminution du nombre des tons qu'on obtenait ayant la maladie.

A l'appui de mon assertion je rapporterai encore les expériences que j'ai faites avec M. lé docteur Deleau le jeune, et en présence de M. le docteur Koreff. On sait que M. Deleau a prouvé d'une manière incontestable qu'on peut parler sans le secours du larynx.

En répétant les mêmes expériences, aundoyen de sa sonde de gomme élastique et de sa pompe à vent , j'ai d'abord obtenu les mêmes résultats que lui ; ensuite je suis arrivé à marquer dix notes surlaryngiennes , c'est-à-dire seulement celles que je puis obtenir avec le tl:*avail de la partie supérieure du tuyau vocal.

Les limites d'un mémoire ne me permettent pas de m'é tendre davantage sur ce sujet que je traiterai du reste avec détail dans un ouvrage dont j'ai jeté déjà les premiers fbndémens.

J'ai dit précédemment que le sommet du tuyau vocal a plus d'influence dans la modulation des notes aiguës que dans celle des notes graves. En effet , le laiynx étant parvenu à donner le plus haut degré du son ,

dont la modulation lui appartient, il n'est plus possible de finir autrement que par la voix basse , c'est-à-dire par un son étouffé et impuissant , qui a quelque analogie avec l'expiration d'uu soufflet. Néanmoins le laryûx, ayant atteint eë période , semble s'y fixer et procurer à la voix uii nouveau diaj^asoii Ou registre. Ce qui résulte de cette disposition a^ selon moi , beaucoup de rapport avec l'effet que l'on obtient sur les instrumens à èordeis .par l'apposition de ce que les Italiens appellent capo-ttisto *. Ici est posée la limite dès fonctions du larynx p qui iie peut plus rien pour la modulation ; mais cette modulation y qui excède ses nioyens, s'efifectuera facilement , comme nous l'avons indiqué ^ par le travail des muscleà , du palais-înôUe , de la luette i de la langue , et pak* le rapprochement des piliers du gosier, ainsi que par Ik contraction desmusdes surlaryngiens éiiumérés plus

* Il n'y a poiàt d'cspretBion ^ je trois y en à^iiçalk ^ ^âi cépoùde à ce mot. L'apposition du capO'tas(o donne lien à un registre nouveau et différent ; son effiet n'est donc pas celui que les Français produisent au moyen de ce qu'ils appellent sourdine ou étouffotr , qui se place d'ailleurs sur une autre partie de l'instrument.

haut; et elle sera grave ou aiguë en raLson directe ou inverse du rapprochement ou de l'éloignement desdites parties. Ces mouvemens constituent le jeu de l'arrière-bouche, qui, d'après mes observations et mes expériences 9 joue un rôle si actif dans la modulation. C'est vraiment ime chose curieuse que l'aspect de ces parties au moment de leur action la plus prononcée, quand on prend pour terme de comparaison ce qui se passe dans les notes graves et dans l'inaction *^ A quoi se réduit alors l'office du larynx? Estil encore le modulateur principal des sons par le jeu de ses muscles , ou n'en est-il que le régulateur, pour marquer leur degré de gravité ou d'acuité plus ou moins grand! Que l'on adopte l'avis de MM. Dodart , Terrein , Cuvier, Caldani, Spallanzani, J.Frank, Dutrochet , Mayer , Lenhossek , ou que l'on s'en réfère à la théorie ingénieuse deM.Savartou à celle de MM. Magendie, Cagniard de la Tour et Despiney, le larynx n'agissant que comme un instrument à venl , ne pourra fournir 1® qu'un nombre déterminé de vibrations sur lesquelles la modulation s'effectue , en se

* Voyez la planche.

— Ah —

haussant/ se contractant, et obligeant toujours de plus en plus l'épiglottè , et toutes les parties qui concourent à donner le son le plus aigu possible , à se replier sur elles-mêmes tour à tour ou simultanément; 2** il ne servira qu'à provoquer une oscillation plus ou moins rapide , mais très-circonscrite , des parois sonores. Or, cela nous autorise à n'admettre que comme secondaire son intervention dans la modulation qui résulte du jeu des muscles de l'isthme du gosier, ainsi que du travail de toutes les parties dont il a été parlé plus haut. L'inverse de ceci a lieu quand le larynx , au moyen de ses principaux muscles, module d'abord la voix par lui seul , comme cela se pratique particulièrement pour les sons laryngiens , qui , arrivant à la bouche, s'échappent, modifiés secondairement par la forme, la contraction ou le relâchement de cette partie , au jeu de laquelle il faut ajouter le travail des muscles de la langue et de l'os hyoïde, ainsi que quelques autres appendices de l'appareil vocal, tels que les os du palais, la mâchoire inférieure avec ses mouvemens, les dents , les lèvres , les fosses nasales, etc. , toutes parties dont l'union proportionnée

et combinée eomplète , dans ses diiqposîlioBs diverses , le sommet du tuyau vocal de la manière la plus favorable à la perfection des tons.

Pour rapporter un fait qui est étranger à cette dissertation , mais qui résulte de la ccm-^ naissance du jeu musculaire de la partie su-^ périeure du tuyau vocal , je dirai que M. le docteur Koreff, à qui j'avais communiqué mes idées à ce sujet , ayant à traiter M. le

prince M , qui avait un abcès à la r^on

tonsillaire , ne pouvait parvenir à apercevoir cet abcès qu'il fallait ouvrir ou cautériser. Après avoir usé des moy^is dont on se sert habituellement , et notamment de l'introduction d'ime ciûllère qui causait des vomisserr mens au malade, M. Koreff imagina de l'engager à chanter la note la plus aiguë qu'il pouvait , et , tandis que la partie supérieure du tuyau vocal s'avançait , il profita de cette position pour appUquer la caustique ; ce qui soulagea le inalade au bout de quelques heiire^. Je ne m'étendrai pas davantage sur ce ^ujet ; je crois l'explication complète.

Voyons maintenant si quelque £ût patho* logique important ne confirmera pas de ncm^ veau ce que nous venons d'exposer.

On en rapporterait difficilement un id'une force plus probante que l'exemple de l'amateur chantant le plus distingué qui £1 paru de notre temps, le comte de Fedrigptti enlevé à la fleur dé l'âge, par une fièvre nerveuse aiguë, à des parens , à des amis inconsolables de cette perte. M. le comte de Fedrigotti était aussi grand connaisseur que passionné pour le chant ; malheureusement un défaut physique s*opposait à ce qu'il pût tirer parti de toutes les ressources qu'il présumait avoir dans la voix. Il consulta un célèbre chirurgien fran^ çais , et , d'après son conseil, il se décida à se faire extirper les deux tiers de chacune des tohsilles , dans le seul but de rendre plus claire , plus étendue et plus facile cette voi]( de baritènor , à laquelle il a dû tant de célébrité. Ce fut, si je ne me trompe, à Paris qu'il subit l'opération. Voici ce qu'il en advint. La voix de poitrine , c'est-à-dire celle qui , d'après mes idées , est modulée particulièrement par l'action des muscles laryngiens, ayant acquis un timbre plus clair et plus rond , s'augmenta de deux notes; mais, en revanche , quatre sons sur-laryngiens ou du sçcend registre furent perdus. Le seul cfo

sur-aigu était marqué très-imparfaitement; ce qui prouve , comme nous l'avons dit, que les parties supérieures du tuyau vocal étant imparfaites , ne pouvaient donner qu'un résultat imparfait. On ne se fait pas d'idée de la difficulté avec laquelle M- le comte de Fe« drigotti parvenait à rendre cette note aiguë , ce do dont l'émission était si facile , quand il l'obtenait au moyen de l'arrière-bouche; il ne pouvait y arriver sans préparation , c'està-dire qu'il était obligé de Êiire une aspiration profonde en poussant l'air avec une telle violence que ses efforts se peignaient dans tous ses traits.

Que conclure de là , sinon que ce (ù) imparfait , qu'il avait tant de peine à marquer, n'était pas ime note du second registre, mais le dernier son laryngien? En eflret,enexa.

minant chez lui l'arrière-bouche pendant qu'il poussait cette note , on remarquait une position tout-à-fait nouvelle et difiërente de celle qu'on observe chez tous les ténors qui ne sont pas privés de la perfection de cette portion latérale supérieure du tuyau vocal.

J'ai sous la main un cas semblable que je

pourrait présenter à l'Institut. C'est un jeune élève du Conservatoire de Milan (M. Car^celli) , chez qui , à la suite d'une angine tôil^ sillaire, les tonsilles Ont acquis un telTolume', qu'il s'est trouvé dans l'impossibilité de chanter , parce que sa voix , qui précédemment était dans l'étendue ordinaire du ténor , avait perdu de sa sonoréité et de son exten^ sien, et n'arrivait plus qu'au r^ aigu, tandis qu'avec le second registre il pouvait mar*quer cinq notes de plus qu'auparavant.

Appelé à donner mes soins à ce jeune homme, et désirant éviter l'opération, je vou^ lus voir ^, au moyen des seuls astringens , je parviendrais à améliorer le timbre de sa voix^ et à lui faire marquer quelques notes laryn-^ gieimes de plus. Au bout de quinze jours , l'ai en effet obtenu un très^notablç chan-^ gement dans l'intensité et dans la sonor réité du timbre, et j'ai même réussi à lui fiiire toucher le fa aigu laryngien ; il avaît donc regagné deUx notes ou quatre demi^ tonj^. Les notes que , par ^uite de son accident, il avait acquises dans le second registre,

s'étaient maintenues*

Avant de terminer, peut-^tre n'est-il pas

hors de propos de dire ici quelques mots des vicissitudes que la voix subit à l'une des époques les plus marquées du développement organique.

On sait qu'à l'âge de puberté il s'opère une révolution générale dans l'organe de la voix, qui alors perd ordinairement chez les homr mes une octave entière , à moins que par une cause morbide, soit générale, soit locale, les parties qui concourent à la production de la voix n'éprouvent un affaiblissement. Cet affaiblissement peut aussi résulter de l'exercice du chant , fort dangereux dans ce moment critique , car il peut nuire au développement de l'organe soit en le paralysant ou partiellement, ou totalement, soit en causant ime inflammation dont le dernier degré d'intensité pourrait déterminer l'aphonie complète.

• Voici à cet égard un fait des plus concluans. Au moment où la mue atteignit DonzeUi, un de ses condisciples, M. Donizetti, le frère aîné du maestro y qui se trouvait dans le même cas , continua de se livrer aux exercices du chant ; il ne tarda pas à perdre la voix. Dohzelli , qui , d'après les conseils de son maître,

avait C0ssé de chanter pendant toute la durée de la mue , acquit au contraire un des plus beaux organes qui existent de nos jours.

Parmi les individus qui se sont livrés de très-bonne heure à Fétude du chant , et no-^ tamment chez les garçons qui , avant l'âge pubère , chantaient le soprano ou le contralto^ on remarque, après la mue, Faction simultanée ou isolée des deux registres, et le développement le plus régulier de la partie supérieure du tuyau vocal, mais plus ou moins prononcé selonle genre de voix.Les voix de David, de Rubini, de Donzelli, ont passé par ces phases, et elles présentent l'étendue la plus remarquable des deux registres. Toutefois, chez Donzelli la faculté modulatrice , particulièrement dans les notes du second registre , est infiniment plus laborieuse et plus restreinte que chez les deux autres , bien qu'il puisse atteindre le ré sur-aigu. En revanche , ses notes laryngiennes sont beaucoup plus sonores, plus rondes que chez David et Rubini. La difculté qu'éprouve Donzelli est inhérente au genre de voix qu'il possède , c'est-à-dire à la voix de baritenor, qui n'est généralement formée que d'un seul registre. Chez Donzelli

on distingue deux registres, parce que y comme je Fai dit précédemment, il s*est livré fort jeune à l'exercice du chant, et qu'il a en conséquence disposé, de très-bonne heure, à la spontanéité de la volonté les muscles qm ,* avant Page de puberté , ne se subordonnant qu'au travail interne et successif du larynx , ne formaient qu'un seul registre. Maintenant ces mêmes muscles ayant une action des plusr prononcées pendant que l'os hyoïde et le larynx sont fixés en haut, concourent, avec les parties qui composent le sommet du tuyau vocal , à constituer le registre dont je viens de parler.

Je puis moi-m^e offrir l'exeniplè d'une observation semblable. Livré d'abord poui^ mon plaisir et par goût, dans un âge fori tendre , à l'étude du chant , je possédais ime

voix de soprano très-caractérisée. A l'époque de la mue , qui m'atteignit à quatorze ans , mon maître interrompit ses leçons penn dant plusieurs mois ; après cet intervalle il remarqua que ma voix avait baissé précisé-^ ment d'une octave ; mais s'apercevant que je touchais encore, quoique imparfaitement^ quelques notes des plus aiguës (qu'il appelait

noté di falsettoyy il m'engagea à les exercer gfadiiôllement et sans effort, en me disant qu'elles finiraient par me procurer un second registre , qui , bien que distinct , s'unirait au premier, et accroîtrait de beaucoup mes res^ sources.

C'est à cette étude modérée et graduée que je doiâ Je développement d'un organe qui maintenant peut marquer succesâvement ou isolément trois octaves.

Ces observations ne seront pas inutiles pour diriger les maîtres de chant , ainsi que les parens des enfans chez lesquels on trouve une prédisposition au développement de l'organe de la voix. Après avoir d'abord préparé Vom^ de ces derniers à goûter la musique , qu'ils étudieront mécaniquement jusqu'à l'âge 4e sept ans environ , il convient , dès qu'on leur aur^ appi*is ^ ouvrir la bouche et à lui donner la forme 1^ plus figivorable à la projection dn son, de leur fsiire exécuter posément et dans un mouvement très-lent , non .des gammes entières , ainsi que cela se pratique habituellement, mais seulement les notes qu'ils fqnt résonner sans effort. On doit |n:endrie l^i^n garde de ne pas prolonger cet

exercice au-delà d'un quart d'heure ou d'une demi-heure au plus chaque jour, selon la constitution des sujets , dans la crainte d'attaquer les moyens du soufflet ou le soufflet lui-même , c'est-à-dire les poumons et ses dépendances; ce qui pourrait amener encore plus facilement des résultats semhlables à ceux que j'ai déjà signalés à l'occasion de l'exercice du chant pendant la mue.

En suivant la marche que je viens d'indiquer, on dispose à se contracter spontanément, sous l'influence de la volonté, les muscles qui , parvenus à leur entier développement , n'auront que plus de flexibilité et de force.

Cette souplesse et ce ressort sont précisément ce qui manque aux personnes qui se livrent tardivement àl'étude du chant; ellespeuvent s'en convaincre par la difficulté qu'elles éprouvent à exécuter ce qui même est dans leurs moyens ; les muscles laissés jusqu'alors dans l'inaction vocalisante et modulatrice, opposent à la volonté d'autant plus de résistance et de raideur, qu'ils ont atteint leur entier développement. L'excellent baritenor Crivelli , qui avant sa trente-quatrième année

ne s'était pas adonné au chant, n'a jamais pu, malgré tous les efforts possibles, atteindre une note du second registre.

Peut-être ces remarques devraient-elles être prises en considération parles directeurs et maîtres des conserratoires de musique , à qui je ne doute pas d'ailleurs que la connaissance plus parfaite de l'appareil vocal , jointe à l'historique de la première éducation musicale des élèves, ne puisse être d'une trèsgrande utilité, surtout pour discerner les sujets qui ont pour le chant une aptitude réelle.

J'oserais presque affirmer que la disette de voix dont on se plaint avec raison depuis quinze ou vingt ans , a pour première cause la direction anti-rationnelle qu'on donne à l'organe des enfans, chez lesquels on fait très-souvent avorter les plus heureuses dispositions organiques par des exercices non-seulement prématurés et au-dessus de la portée vocale de l'individu, mais encore la plupart du temps contraires à la vocalisation, qui a une spécialité modulatrice tout-à-^fait distincte de celle qui appartient à un instrument inorganique.

Il est d'autant moins indifférent de faire chanter toute espëee de musique ausL jeunes élèyes , que beaucoup de compositeurs y même des plus célèbres , ont confondu les attributions de la voix avec celles des instrumens. Il faut n'exercer les élèves que sur ce qui a été écrit de plus caractéristique et de plus spécial pour la modulation vocale, c'està-dire, avec la méthodede chant adoptée par la grande école italienne , celle qui ^ produit de tout temps les chanteurs les plus parfaits. Je ne crains pas d'être accusé de i^rtiaiité lorsque je citerai les Crescentini, les Pachicrotti, lesMarchesi, lesGuadagni, lesMombelti, David père, les Yiganonî, etdenoejours les Garcia , les BariUi , les Pasta , les Mombelli, etc., etc. Si, comme cela est prouvé par les exemples les plus frappans, l'exécution continue de certaines comppsitions lyriques est de nature , au bout de peu de temps , à porter les atteintes les plus graves à l'organe des exécutans dont la voix est forinée, combien, à plus forte raison , l'usage de la même musique ne doit-il pas nuire aux cordes frêles et délicates d'un adolescseat?

D'après les faits exposés dans ce Mémoire, je pense qu'il est maintenant hors dé doute que ce ne sont pas les seuls muscles du larynx qui servent à moduler les sons chantés ', mais encore ceux de F os hyoïde y ceux de la langue^ et ceux de la partie supérieure y antérieure et postérieure du tuyau vocal ^ sans le trai^ail simuttané et pivportionnellemeiit comhiiié desquels le degré de modulation nécessaire pour le chant ne saurait avoir lieu.

Ma tâche est remplie. Je ne la compliquerai point par d'autres questions ; et quoique plusieurs sâvans très-estimables se soient occupés et s'occupent encore de recherches tendant à découvrir si l'organe de la voix appartient à la classe desinstrumens à yent ou à celle desinstrumens à cordes , ou s'il participe des deux, je ne marcherai point sur leurs traces. Certainement , quand on y réfléchit, il ne faut pas hésiter à déclarer que l'organe de la voix est un instrument à vent ; mais quel est cet instrument? De quoi se compose-t-il?

de cartilages, auxquels la nature , chez lesi

animaux , a principalement départi la faculté de produire les sons , de ligamens , de muscles , de nerfs , de glandes , dont l'office n'est pas encore connu, d'une membrane muqueuse qui tapisse le gosier et la bouche , etc. Toutes ces parties sont mises en mouvement par un gaz (l'haleine) dont les principes et l'action vitale, quoi qu'on en ait dit, sont loin d'être encore suffisamment déterminés. L'art aurait-il jamais à sa disposition des élémens de cette nature? Tranchons le mot : l'organe ^ de la voix est un instnunent sui generis , un instrument inimitable , d'abord en ce que la matière de son mécanique n'est pas à notre portée , que nous ne concevons pas même comment elle s'approprie à l'espèce de sono réité produite , et que , parvinssions-nous à la concevoir, il faudrait encore , pour arriver à une imitation parfaite , introduire la vie organique et animale , c'est-à-dire , cette prérogative de l'organisme, qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de communiquer.

OBSERVATIONS

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