LA RÉCLAMATION DE M. MALGAIGNE
: Au moment où la première édition démon Mémoire était sous presse, M. Malgaigne, chirurçien de l'hôpital militaire du Val-de- Gràce , adressa à l'Académie la réclamation suivante :
; <c Je viens de lire dans les Archives générales de médecine , dernier cahier, l'analyse d'un rapport fait à l'Académie royale des sciences sur le Mémoire de M. Bennati. Ce savant a étudié d'une manière spéciale l'influence du voile du palais et de ses annexes .sur les sons de la voix ; et le résultat de ses
recherches pour la voix de tête ou d4 âiiiisset, c'est qu^elle est due au travail presque exclusif et à la plus forte contraction de cette partie du tuyau vocal.
» Il m'importe d'établir mes droits à ia priorité , pour ces recherches expérimentales et même pour les conclusions; Je ccnnmence par convenir que M. Bennati, au talent duquel je rends un plein hommage^ n'a guère pu avoir connaissance de mon travail sur cette matière , et qu'ainsi il a bien aussi le mérite de l'invention , mais il m'est facile de prouver que je l'ai eu avant lui. Le Mémoire dans lequel j'ai consigné mes expériences a été couronné^ ûj a, maintenant plus d'un an, paôr la Société niédicale d'émulation dd Paris fqtu en a gardé un exemplaire daiis ses ardhiYes ; une antre copie est déposée au secrétarii^ de l'Académie des sciences même , et je suis inscrit pour cette année parmi les concurrens du prix de physiologie Monthyon.
)) Dans ce Mémoire , après avoir établi une théorie nouvelle de la voix humaine simple^ chantée ou articulée, j'avais été condait à examiner comment , lorsque le larynx est à son plus haut degré d'ascension , lorsque la
giotté sembla avoir épuisé toutes le& notes, le chanteur retrouve pour ainri dire une voix nouvelle et surmonte encore d'une octave la noie à laquelle on aurait cru qu'il ne pouvait s'élever • J'^ai fait remarquer que, dans la voâx ordinaire, le son va retentir dans les narines par ta large ouverture du pharp»x ; il paraît au con^rabe q\jte dans le lausset le son ne passe plus que par la bouche ; et en effet , alors on ne sent pas vibrer, comme dans le chant ordinaire , les cartilages de l'orifice antérieur des narines. Mais c'est surtout la forme du tuyau qui paraît changée ; ainsi dans la voix de poitrine le tuyau vocal est double , il est recourbé, il est oblong, c'est-à-dire qu'il résulte de deux cônes tronqués adaptés parr leur base ; au lieu que, dans le &usâet , le laarywL trèfr*élevé et la tête renversée en arrière donnent au tuyau itfie forme presque droite ^ il est simple y puisque tes narines ne reçoivent plus le aon ; enfin la bouche s'^ouvrant largement j et l'orifice buceo-pharyUK gîen se rétrécissant I>eaucoup, le tuyau a une ÊEMniie conique. L'analyse succincte des sa> cfaives me laisse ignorer si M. fiennati s'est EeacjpBti^ avee moi daiis ces détails ; on voit
du moins que ma conclusion générale est la même que la sienne , et ces petites questions individuelles mises de côté, c'est un grand préjugé en faveur de la vérité d'une théorie que cet accord de deux expérimentateurs faisant leurs recherches chacun à part.
» Je me borne à ces idées sommaires pour
ne point abuser des momens de l'Académie ^ et d'ailleurs parce que mon Mémoire est maintenant dans les mains de ses commissaires.
» J'ai l'honneur, etc.
» Signé Malgaigne. d
M. Malgaigne se méprend sur l'objet de mon travail ; son erreur provient sans doute de ce qu'il ne le connaît que par l'analyse incomplète donnée par un journal dura{^rt qui en a été fait à l'Académie.
S'il y avait identité dans nos recher* ches, et qu'il s'agît simplement de décider à qui appartient la priorité , j'établirais d'abord, quant à mon Mémoire , qu'il a été présenté à la Société royale d'Edimbourg à peu près à la même époque où M. Malgaigne a
présenté le sien à la Sodélé médicale d'émurlatkm de Paris.
Quant à mes idées sur la voix surlaryngienne et laryngienne , ainsi que sur la théorie des deux registres, je pourrais prouver que dès i8ai j'en avais déjà donné connnunication à l'Académie de Padoue.
Voilà pourquoi j'ai cru devoir écrire à l'Académie royale des sciences pour la prier de ne pas prononcer entre M. Malgaigne et moi, avant qu'il m'eût été possible de connaître positivement quel est le rapport qui pourrait exister entre son travail et le mien. J'aurais bien désiré pouvoir me procurer ce travail ; je l'ai demandé d'abord au secrétariat de l'A^ cadémie des sciences , où la copie dont il est parlé dans sa lettre ne s'est pas trouvée , bien qiie l'acte de dépôt soit mentionné dans le registre. N'ayant pas été plus hem*eux près de la Sodété médicale d'émulation, j'ai écrit deux fois à M. Malgaigne lui-même; mais , soit que ines lettres ne lui soient pas parvenues, ou par tout autre motif que j'ignore, je me suis vu réduit à asseoir mon examen comparatif sur les seuls énoncés que contient sa réclamation.
Bien que l'exposé très^^soiumaire qu'il y présente ne soit pas suffisant pour m'éckûrer sur le but que M. Malgaigne s'eçt proposé , je crois cependant pouvoir dire, dès àprés^at^ qu'eu ce qui concerne le niécaniffne de Ul voix humaine pendant le chant, l'auteur p'a étudié qu'une partie de ce méc^sme, et sous un point de vue différent de celui que j'ai adopté. Ainsi, M. Malgaigne, à ce qu'il paraît d'après sa lettre , ne s'est point occupé de ce qui est relatif au mécanisme des muscles de l'os hyoïde. U u'annonce pas non plus avoir fait aujcune observation sur les mouvemeim; de la langue d^ns les différens teoi^ graves, çv ^gus chez les diverses espèces de diant^^urs^
Si j'eusse connu les recherches de M. B|al* gaigne dans tout leur contenu, j'eusse pu m^ livrer à un examea plus cifccma- .t^pcié. Je dois donc me borner ai| sei4 lait qu'il énonça , c'est«à-dire ^^^ datis \^ fausset, le larynx très-élevé et la tfète renversée en arrière donnent au tuyau tqcal une forme presque droite. Cett^ théorie peut s'appliquer très-bien à l'fémission des cris aigus que pou^ nouçr gard#ron^ bien de çpnr fondre avec les sons surl^ryngiens ; car^ çn
bonne logique , un cri ne sera jamais une note musicale. En effet , il est facile de constater que la plupart des chahuteurs, et surtout ceux sur le déclin, abaissent un peu la tète en passant du premier au setond rostre , et particulièrement quand ils chantent les notes les plus aiguës de ce dernier. Je crois que cette position est prise pour donner un relâchement plus grand que celui qui existe déjà naturellement aux muscles sterno-tyroïdiens , stemo-hyoîdiens et omoplato-hyoïdiens , afin de ÊLciliterpar leur inactionle jeu des muscles thyro-byoïdens, mylo-hyoïdiens, génio-hyoïdi<Nis, stylo-hyoïdieiis , stylo-glosses , stylopharyngiens , dé même que les autres muscles auxiliaires qui procurent l'acuité de ces notes. Ainsi , dans ce cas , au lieu d'attribuer au tuyau rocal une forme presque droite^ comme le prétend M. Malgaigne , je trouve qu'il est biconique , la réunion des deux cônes se faisantparleursommet.D'ailleiu's, comme, dans mon Mémoire, je n'établis aucune théorie sûr la voix humaine simple , chantée ou articulée , et qu'en ce qui touche surtout la forme du tuyau rocal, je ne me suis peut*" être pas étendu autant que paraît l'avoir fait
M. Malgaigne , je ne demande pas mieux ; lorsque son travail me sera connu , de lui rendre toute la justice qui peut être due à son invention. Quoi qu'il en soit , j'estime à l'avance que les conclusions qu'il déduit de ses recherches expérimentales ne peuvent en aucune façon se confondre avec les résultats auxquels je suis arrivé *•
* Ayant appris pendant la réimpression de mon premier Mémoire que M. Malgaigne s'était décidé - à publier ses recherches^ je me suis empressé de me procurer son travail , et j'avoue que j'ai bien peu de chose à ajouter à ce que j'en ai déjà dit. Je me bornerai donc à reproduire ici le passage suivant , qui se trouve , page 64 de son Mémoire. <t M. Bennati a lu en i83o à l'Académie royale des sciences un Mémoire sur la voix de tête , où il signale les mouvemens du voile du palais. Sans prétendre disputer à M. Bennati l'honneur de les avoir découverts , je réclamerai toutefois la priorité à cet égard , mon Mémoire ayant été couronné par la Société médicale d'émulation , en 1 828 »
D'après cette note, il demeure prouvé que M. Malgaigne n'avait pas même lu mon Mémoire lorsqu'il a rédigé son travail ; j'ajouterai à ce fait un autre fait non moins remarquable , c'est que je n'ai jamais lu à l'Institut aucun mémoire sur ia voix de téU. Je croîs donc qu'avant de réclamer, M. Malgaigne aurait dû prendre connaissance de
mes divers travaux , afin d'établir les points de rapporV, les dates de communication , etc.
Je dirai aussi que, sans disputer à M. Malgaigne l'avantage d'à voir reconnu et expliqué le mécanisme des mouvemens du voile du palais, je ne puis, ainsi qu'il le voudrait, consentir k m'avouer son imitateur. En effet, comme l'a fait observer M . le Rapporteur de monMémoire, je ne pou vais pas connaître celui de M. Malgaigne, puisqu'il n'était pas publié, et qu'il fonde sa priorité sur le prix qui lui a été décerné en 1828. S'il y avait similitude de travaux entre M. Malgaigne et moi, en ce qui concerne les mout^emens du voile du palais y ie me bornerais à dire , pour établir mes droits de priorité, que mes premières recberches ont été présentées , ainsi que je l'ai déjà dit , en 182 1 , à l'Académie de Padoue, par l'organe de M. le professeur Gallini , c'est-à-dire sept ans avant le concours de la Société médicale d'émulation de Paris.
OBSERVATIONS
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