TROISIÈME PARTIE CRYPTOGAMES VASCULAIRES
La difficulté de me procurer des échantillons en état convenable fait que j'ai dû borner mes recherches aux deux familles des Fougères et des Lycopodiacées.
Le passage se fait d’une façon tellement identique dans les végétaux étudiés, qu'ilme semble que je puis déjà conclure que le collet se trouve localisé ic1 d’une façon bien plus constante que chez les Phanérogames. Le passage s’opère complètement dans le voisinage du pied ; il n’embrasse guère plus de l’épaisseur de cet organe. Le passage est des plus rapides : le collet presque réduit à un plan. Il y a là un caractère différentiel important à ajouter à ceux des deux embranchements. La structure des faisceaux de la tige diffère si peu, chez les Fougères et les Lycopodiacées, de ceux de la racine, qu’il y a prédisposition à un passage rapide et dont on peut suivre entièrement et facilement toutes les phases. En serait-1l de même chez les Équisétacées, où la disposition des éléments libéroligneux de la tige rappelle celle de ces mêmes éléments dans la tige des Phanérogames”? Le cas serait plus particulièrement intéressant.
LYCOPODIACÉES
Établissons d’abord nos points de départ et d'arrivée. La racine rappelle la racine primaire des Phanérogames. Elle n’en diffère que par la naissance toute spéciale des radicelles. La couche rhizogène n’est pas prolifère. La structure de la tige est variable selon les genres, mais la structure des faisceaux est identique. Des faisceaux ligneux cunéiformes formés de vaisseaux étroits (trachées) vers la pointe, de vaisseaux larges (scalariformes) vers la base; ces faisceaux sont isolés ou géminés opposés par leur base, toujours complètement enveloppés par le liber. Lorsque l’axe présente plusieurs de ces faisceaux ils se disposent parallèlement. Chacun peut avoir une gaîne particulière, 1l n’existe parfois qu’une gaîne générale.
Selaginella denticulata. — La tige des Sélaginelles a pour caractère particulier de présenter des faisceaux libéro-ligneux isolés, protégés par une gaîne particulière et réunis au tissu fondamental par l'intermédiaire de trabécules qui laissent entre eux de larges canaux aérifères. C’est à une tige ainsi con- Stituée que nous devons arriver.
Notre végétal se compose d’un petit prothalle sphérique, moins gros qu'une tête d’épingle et duquel partent inférieurement trois racines, une médiane (le pivot) et deux latérales inclinées à 45 degrés sur la première. À la même hauteur et s’engageant dans sa masse, se trouve le pied ; supérieurement, la tigelle, se dichotomisant après quelques millimètres.
La racine principale ne présente qu’un seul faisceau. Elle est fort grèle et montre (fig. 69, pl. 19) un épiderme villeux à parois minces et arrondies extérieurement. Cet épiderme recouvre une assise de cellules polygonales à parois minces, mais noirâtres, subérisées et constituant la membrane épidermoïdale. Au-dessous, deux rangs de cellules également polygonales et disposées sans ordre, mais à parois légèrement épaissies, réfrmgentes; puis une dernière rangée de cellules également polygonales, mais à parois minces. Tous ces éléments ont un diamètre considérable comparé à celui des cellules plus in-
ternes difficilement discernables, même à un grossissement de 900 diamètres. Get amas central comprend l’endoderme et le cylindre central. L’endoderme est formé de cellules tabulaires assez régulièrement opposées aux cellules de la dernière couche corticale, ne présentant pas les plissements caractéristiques. Formant le centre : deux éléments, d’un côté, un petit groupe de trachées disposées en coin, à pointe externe, les éléments les moins larges occupant la pointe ; d’un autre, comblant les intervalles, des cellules fort étroites, toutes semblables, difficiles à différencier en conjonctives et en libériennes.
Cette structure se conserve jusqu’au point d’attache des deux racines latérales. Ces deux racines prennent naissance à la même hauteur en face de la pointe vasculaire. Au lieu de sortir directement, comme c’est le cas ordinaire, elles s’incurvent en se fuyant dans le parenchyme cortical et sortent vis-à-vis l’une de l’autre aux extrémités du même diamètre (fig. 70).
Aussitôt après apparaît latéralement le pied. Le passage commence aussitôt. Les modifications portent sur tous les éléments à la fois et se succèdent si rapidement, que les coupes successives se présentent toujours avec un aspect nouveau. Les faisceaux vasculaires augmentent le nombre de leurs éléments, puis se reportent vers le centre. Le liber occupe peu à peu l’espace laissé libre par le bois et bientôt l’entoure de toutes parts. Au sortir du prothalle, l’épiderme change d’aspect, il se recouvre d’une cuticule et devient le véritable organe protecteur. Le cylindre central, entraînant avec lui l’endoderme, qui devient la gaîne du faisceau, s’isole du cylindre cortical par l’élongation et la dissociation latérale des cellules de la dernière couche de ce cylindre. Ainsi se forment les trabécules et les canaux aérifères et se réalise la structure de la tige (fig. 71, pl. 19).
Lorsque l’on approche de la bifurcation l’aspect du bois change. Les trachées jusque-là latérales viennent occuper le centre du faisceau. Les vaisseaux scalariformes se rassemblent
en deux groupes opposés qui entourent presque complètement les trachées. Le faisceau se prépare à la division (fig. 72).
La connaissance de ce fait est de La plus haute importance; nous allons le voir bientôt.