‹ Recherches sur le passage de la racine à la tigeChapitre 9 sur 14 · FOUGÈRES · texte numérisé non relu

FOUGÈRES

Établissons, comme nous l’avons fait précédemment, la structure type de la racine et de la tige.

La racine ne diffère de la racine primaire des Phanérogames que par le déplacement de la membrane rhizogène, constituée ici par la dernière assise du cylindre cortical, celle qui fournit l'endoderme des Mono et des Dicotylédones.

L'aspect de la tige rappelle de loin celle de cet organe chez les Monocotylédones : un nombre variable de faisceaux libéroligneux (un médian à la limite inférieure) disposés sur un ou plusieurs cercles concentriques et noyés dans le tissu con- Jonctif.

Ces faisceaux affectent deux formes : les uns sont elliptiques, les autres sont arrondis. Généralement on ne décrit que les premiers :ils sont géminés (1), ilsse composent d’une gaine commune entourant un anneau libérien également commun et des deux faisceaux ligneux formant la portion centrale. La formation de ces faisceaux ligneux est rayonnante, le centre de chacun d’eux correspond à un des foyers de l’ellipse. Ils se développent indépendamment et se réunissent par simple contact. Si nous rapprochons un de ces faisceaux ligneux de celui de la précédente sélaginelle au moment où l’axe (et conséquemment le faisceau axillaire) vont se diviser, nous serons portés à envisager d’une manière toute nouvelle ces faisceaux, vu, surtout, la présence des autres faisceaux que l’on passe trop facilement sous silence.

Ces faisceaux arrondis sont toujours beaucoup moins volumineux que les précédents ; ils sont simples ou géminés.

(1) C’est là le cas le plus fréquent; mais ils peuvent être formés par un plus

grand nombre de faisceaux, confondus dans leur portion libérienne, mais à bois distinct.

La gaîne et le liber sont ceux des faisceaux elliptiques. Le bois est arrondi, les trachées sont latérales, disposées en arc de cerele; elles n’occupent qu'un des côtés du cercle si le faisceau est simple (rhizomes du Pieris aquilina, du Polypode de chêne), elles forment deux arcs opposés si le faisceau est géminé. J’insiste sur Ce point, car ce sont ces derniers faisceaux géminés à trachées latérales que nous allons voir faire suite à ceux de la racine. Chacun de ces faisceaux ligneux, pris en particulier, présente la même disposition fondamentale de ses éléments que le faisceau ligneux de la sélaginelle au-dessus du prothalle.

Nous décrirons le passage chez l’Asplenium striatum -et l'Adianthum acuneatum, les phénomènes se passent absolument de la même façon dans ces deux végétaux. Je pourrai abréger l’histoire du deuxième.

Asplenium striatum. — La plantule est prise au moment où elle est encore reliée au prothalle. Pour éviter les complications j'ai choisi de préférence les échantillons ne présentant encore que deux feuilles. Le végétal est acaule. Il présente trois petites racines : une médiane un peu plus forte, l’analogue du pivot; deux latérales partant du sommet de la première au point où celle-c1 pénètre dans le prothalle. Les petites feuilles partent immédiatement au-dessus du pied; elles laissent entre elles deux ou trois petits mamelons qui sont les rudiments d'autant de petites feuilles arrêtées dans leur développement. |

Laracine principale comprend (fig. 73, pl. 19) un épidermeà cellules arrondies extérieurement, à parois minces se relevanten nombreux poils radicaux; au-dessous, deux rangées de cellules à parois minces et noirâtres ; une troisième assise d’une douzaine d'éléments à parois épaissies vers l’intérieur, fortement colorées en brun, jouant le rôle d’endoderme. Vient ensuite la dernière assise (rhizogène) du cylindre cortical; elle est composée de cellules à parois minces et en nombre moitié moindre que les précédentes. Chez les Phanérogames on observe souvent le contraire, jamais un cas semblable,

Le cylindre central comprend, outre lassise externe non rhizogène, deux faisceaux ligneux réunis au centre et composés chacun de quatre à cinq éléments. Le liber aidé du tissu conjonctif comble les intervalles.

On trouve cette disposition jusque dans le voisinage du pied où les modifications suivantes s’observent toutes presque simultanément. L’épiderme perd ses poils, mais ses cellules ne se culicularisent pas encore. L’épaississement interne des cellules de l’avant-dernière couche du cylindre cortical disparaît. Ce cylindre devient homogène. Les cellules de la véritable membrane rhizogène se divisent pour égaler en nombre celles de l’avant-dernière couche et rétablir la superposition typique. Le nombre des éléments vasculaires s'accroît, leurs diamètres s’égalisent.

Les trachées primitives quittent l’assise périphérique.

Les cellules hbériennes en prennent immédiatement la place et enserrent complètement le bois. Le diamètre de certames cellules libériennes s'agrandit considérablement : on reconnait les vastes cellules grillagées de la tige. Les trachées primitives en se rétractant s’étalent le long de la masse ligneuse centrale et viennent former les deux petits ares de cercles trachéens dont je parlais plus haut dans les préliminaires. Les véritables cellules protectrices de la racine constituent la gaine du faisceau.

C’est alors que le végétal se libère supérieurement du prothalle, mais il présente déjà la structure d’une tige à faisceau géminé central arrondi. Nous sommes arrivés au but (fig. 74).

La formation du point végétatif et le départ des premières feuilles altèrent immédiatement cette structure. Elle ne s’observe que sur un espace très court. On devra prendre quelques soins pour ne pas la méconnaitre.

Adianthum acuneatum. — L’Adianthum acuneatum se prête mieux encore à l’étude que le végétal précédent.

La structure de la racine est à peu près semblable. Les deux dernières assises corticales formées de six cellules égales sont disposées comme les côtés d’un hexagone. Les avant-dernières,

épaissies extérieurement, jouent le rôle d’endoderme ; les dernières, de la membrane rhizogène (fig. 75).

Le passage est localisé dans les mêmes régions que chez l’'Asplenium.

Près du pied, le cylindre central s'agrandit très rapidement ; les cellules épaissies protectrices augmentent en nombre pour se prêter à cet accroissement et continuer leur rôle. Le cylindre central, d’hexagonal devient octogonal; il s’arrondit ensuite.

Le nombre des cellules protectrices monte alors à vingt. Ges cellules perdent leur épaississement interne et prennent les caractères des cellules de la gaîne. Les déplacements des trachées primitives et du liber sont ceux de ces éléments chez l’Asplenium. Les cellules grillagées prennent un diamètre encore plus considérable et sautent immédiatement aux yeux. Le nombre des vaisseaux s’accroit parallèlement au développement du cylindre central. Ceux qui occupent le centre sont scalariformes, les trachées se localisent en deux points opposés etextérieurs de la masse. Ce sont là nos faisceaux arrondis à trachées latérales (fig. 76).

Je terminerai en ce point, n’ayant rien à ajouter à la caractéristique du collet des Cryptogames que j'ai donnée en commençant l'étude de ce groupe : Passage des plus simples, localisé dans le voisinage du pied.

Ai-je rempli mon but? Je l'espère. S'il n’en est rien, on me tiendra compte de mon bon vouloir.

Près de cent végétaux passés en revue! Plus de sept mille coupes étudiées successivement !

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