‹ Recherches sur le passage des éléments figurés à travers le placenta sur la variole foetale et la vaccination congénitaleChapitre 6 sur 14 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Opinions des divers auteurs sur le passage ou le non passage des éléments solides à travers le placenta.

Nous nous proposons de relater dans ce chapitre les différentes expériences qui ont été faites à diverses époques, pour démontrer le passage ou le non passage des parties solides de la circulation maternelle dans la circulation fætale ou inversement de la circulation fœtale dans la circulation maternelle. Dès les temps les plus reculés cette question avait préoccupé les anatomistes ; leurs premiers essais consistèrent à faire des injections sur le cadavre; ce n’est que plus tard que quelques tentatives furent faites sur l'animal vivant.

Cowper (1) paraît être un des premiers anatomistes qui aient

(1) Cowper. Traité de Méd. lég., troisième édition, t. 11,p. 150.

Me fait des expériences à ce sujet. Elles sont relatées dans son Traité de médecine légale. Ilinjectait l'artère hypogastrique de la mère et constatait que la liqueur arrivait dans les cotylédons placentaires et jusque dans la veine ombilicale du fœtus.

Manget rapporte une expérience de Vieussens qui réussit, dit-il, à faire passer du mercure dans des veines ombilicales de fœtus de chien, ce mercure ayant été injecté dans la veine carotide de la mère.

Antoine Dubois (1), dans un article du journal des découvertes scientifiques, raconte qu'il a fait lui-même des injections qui ont mis hors de doute la communication directe de la circulation maternelle et de la circulation fœtale.

Me Boivin rapporte que Chaussier fit des injections de mercure sur le cadavre de cinq femmes mortes à la Maternité à des termes plus ou moins avancés de la grossesse. Deux fois le mercure fut injecté par les artères ombilicales et s'arrêta au placenta; sur les trois autres sujets, on injecta le mercure par la veine ombilicale, et le métal parvint jusque dans les veines utérines. « On fit cuire un de ces utérus, dit Mre Boivin (2), coupé ensuite par tranches minces, on retrouvait le fluide métallique dans l'épaisseur des parois de l'utérus qui paraissaient, pour ainsi dire, lardées de mercure. » |

Deschamps, qui rapporte cette observation dans sa thèse,

(1) Fourcroy. Journal des découvertes scientifiques, n° 8, p. 207. (2) Mémorial de l'Art des Accouchements, p. 144.

ÉD. (Le

fait justement remarquer que la cuisson de l'utérus n’est pas une heureuse idée; c'était, dit-il, le seul moyen de compliquer un problème déjà très compliqué par lui-même. Du reste Mr: Boivin n’en tira qu'un résultat négatif, et en conclut que les veines utérines communiquent, mais indirectement, avec la veine ombilicale. Pendant que les auteurs précédemment cités arrivaient à faire passer les injections de la mère au fœtus, d'autres anato mistes étaient moins heureux. C’est ainsi que Monro (1), nia le fait annoncé par Cowper. Pour en démontrer l’inexactitude il fit une injection avec de l'essence de térébenthine dans l'artère iaque interne d’une femme morte entre le troisième et le quatrième mois de sa grossesse; cette injection fut poussée Jusqu'à une turgescence énorme des vaisseaux de l'utérus; toutefois les vaisseaux ombilicaux ne présentaient aucune trace de cette essence, et le sang du fœtus, coagulé dans les vaisseaux, n'avait, dit-il, ni le goût mi l'odeur de l'essence de térébenthine.

Deschamps met la non réussite de cette opération sur le compte de l’âge peu avancé de la grossesse et sur la façon vicieuse dont avait été faite l'injection.

Rœderer (2) voulut aussi vérifier l'expérience de Vieussens, que nous avons citée plus haut, il n'eut garde toutefois de se servir de mercure, ce métal pouvant, dit-il, en vertu de sa pesanteur se frayer facilement un passage à travers le corps molasse

(1) Monro, Médical Essays, t. Il.

(2) Commentary. Societ. reg. Gotting, t. III.

+ et spongieux du placenta. Il se servait d’une matière suifeuse et ne put jamais parvenir à la retrouver dans les vaisseaux du fœtus, après l’avoir injecté dans ceux de la mère.

Des expériences tout à fait semblables furent reprises par Lassus (4), par Hoboken (2), par Levret, enfin plus tard par Sabatier, et tous ces auteurs conclurent à la non continuité des vaisseaux utérins et fœtaux. Notre célèbre compatriote Magendie ne se contenta pas d’injecter des cadavres, il injecta des animaux vivants, et ne put jamais parvenir à faire passer la matière injectée dans la circulation du fœtus. De sorte qu à l’époque de Magendie,on n’admettait pas la continuité des deux circulations, les quelques succès obtenus par les auteurs anciens étaient attribués à des extravasations des liqueurs colorées après la rupture des petits vaisseaux utérins.

C'est alors, en 1835, que Flourens, professeur d'histoire naturelle au Museum, reprit dans son cours cette importante question. Ses travaux ont été analysés dans une thèse fort remarquable de son préparateur M. Deschamps. Flourens fit part de ses recherches à l’Institut dans la séance du 15 février 1836. Je crois indispensable de donner ici un résumé de ce travail, qui tant par le nom de son auteur que par la nouveauté des résultats obtenus frappa l'attention du monde savant. M. Flourens se servit dans ses expériences : 4° de vernis à l'essence coloré avec du minium; 2° de mercure; 3° de vernis

(1) Discours sur l'Anatom., p. 285.

(2) Anatom. fecund, hum. Ultrajecti, 1675, p. 313.

HO = coloré avec de la céruse. Il commença par opérer sur des lapins.

Dans une première série de travaux, c'est dans la veine ombilicale du fœtus que M. Flourens pousse l'injection, et toujours il arrive au même résultat, passage de la matière injectée des veines du fœtus dans celles de la mère. D'où il conclut qu'il existe une communication vasculaire évidente entre le fœtus et la mère.

Dans la deuxième série d'expériences l’injection est poussée par une artère de l'utérus et la substance injectée est retrouvée dans le placenta, d'où il conclut que la communication vasculaire entre la mère et le fœtus est un fait évident et inconteslable.

Des expériences analogues faites sur des chiens et des chats donnent les mêmes résultats. Enfin, ajoute Flourens : « Dans une expérience faite sur l'espèce homme, j'ai retrouvé, dans la veine ombilicale, une partie de la liqueur qui avait été injectée dans les veines de l’utérus ».

Quant aux animaux qui, comme les pachydermes, ont un placenta multiple, il n’a pu, malgré de nombreuses tentatives, arriver à faire passer la moindre partie de liqueur injectée.

Les faits annoncés par M. Flourens dans son mémoire furent immédiatement acceptés sans conteste par la plupart des naturalistes et des gynécologistes les plus distingués, tels que Frédéric Cuvier, Duvernoy et Paul Dubois lui-même. Mais quelques incrédules ne tardèrent pas à élever la voix; nous citerons entre autres M. Coste, qui ne craignit pas d'écrire

qu'il se proposait de démontrer l'incertitude des faits avancés par M. Flourens, qui étaient le résultat de grossières inconséquences el d'une véritable illusion.

Quelques années plus tard M. Bonamy, désirant contrôler les faits avancés par Flourens, institua une série d'expériences, dont il rend compte dans la Gazette Médicale de Paris de 1840. Les recherches ont porté : 1° sur les carnassiers; 2° sur les ruminants; 3° sur les pachydermes; 4° sur la femme.

Les injections les plus pénétrantes furent poussées dans les veines et dans les artères utérines. Toujours l'injection s’arrèta au niveau du placenta et jamais ne passa dans le cordon.

Depuis cette époque, l’art de faire les injections s'est perfectionné; ces expériences ont été bien des fois répétées et le sont encore journellement. Une injection bien faite ne peut passer de la circulation maternelle dans la circulation fœtale.

Du reste l'étude histologique du placenta est parfaitement d'accord avec l'expérience physiologique, les vaisseaux du fœtus forment un circuit complètement fermé qui plonge dans le sang de la mère au niveau des lacs sanguins.

Mais on a pu se demander si les éléments très petits, tels que les particules de carmin, d'encre de chine, de cinabre ne pourraient pas traverser la tunique de ces vaisseaux et pénétrer ainsi dans l'organisation du fœtus, comme cela a été parfaitement démontré pour les gaz et pour les corps dissous par M. le docteur Porak.

Des expériences ont été en effet entreprise en Allemagne sur ce sujet.

Oo.

Leur traduction française n'existant nulle part que je sache, Je les rapporterai telles que je les ai trouvées indiquées aux sources originales.

Reitz (1) a publié en 1868 dans le Centralblatt la relation d'une observation dont voici l'analyse :

Il injecta du cinabre dans la circulation d'une lapine en état de gestation. Au bout de quelque temps il retrouva ce sel métallique non-seulement dans l'utérus.et le placenta de la lapine, mais dans le sang du fœtus et particulièrement dans celui des capillaires de la pie-mère.

Peu de temps après Jassinsky (2) publia dans les Archives de Virchow un article sur la constitution anatomique et histologique du placenta dans lequel 1l relate l'expérience suivante :

Ilinjecte une solution de carmin dans l'appareil circulatoire d'une chienne en état de gestation. A l’autopsie on trouve tous Jes organes de la chienne, y compris l'utérus, fortement colorés par le carmin. Les villosités placentaires le sont aussi légèrement, mais dans le corps de l’embvyron on ne trouve nulle trace de particules de carmin.

L'année suivante, en 4869, Hoffman et Langerhans, dans un travail sur la pénétration des particules solides dans les divers viscères, foie, rate, etc., publié dans les Archives d'anatomie et de physiologie pathologiques de Virchow, s'occupent incidemment de l'utérus et du fœtus. Ces auteurs ont constaté que

(1) Reitz. Centralblatt für medic., 1868, n° 71. (2) Arch. Virchow's, tome 48.

quatre-vingt neuf jours après une inoculation de cinabre à une lapine, on ne trouvait chez les fœtus aucune trace de ce sel métallique.

On le voit, c'est là une expérience peu concluante, qui n'a pas été faite au point de vue qui nous occupe. L’'injection de cinabre chez la mère remontait d’ailleurs à une époque antérieure à la conception.

En 1877, Ahlfeld (4) publie dans le Centralblatt für Gynœæcologie d'intéressantes recherches sur le non passage des granulations graisseuses à travers le placenta. Ces expériences ont été rapportées dans le Traité d'accouchement de MM. Tarnier et Chantreuil.

Abhlfeld après avoir fait jeüner des chiennes pleines pendant plusieurs jours, les nourrit avec du lard. Quelques heures après le repas on recueillait du sang de l'animal, puis on presait un des fœtus dans la cavité utérine. Le sang de la mère avait une couleur blanchâtre, une couche de graisse surnageait à sa surface; on ne constatait rien de semblable dans le sang fœtal.

L'examen microscopique, qui révélait un grand nombre de granulations graisseuses dans le sang de la mère, n’en révélait aucune trace dans le sang du fœtus. Enfin les analyses chimiques des deux sang faites par Flügge, révélèrent dans le sang de la mère une proportion de graisse bien supérieure à celle qui se trouvait dans le sang du fœtus.

(1) Ahlfeld. Centralblatt für Gynœcologie, 1877, p. 265.

Enfin, en 1881, a paru en Russie un travail du docteur Mars, de Cracovie, sur le passage des éléments solides à travers le placenta ; M. le docteur Lubelsky, de Varsovie, a eu l’obligeance de traduire pour nous cet intéressant mémoire; malheureusement, nous n'avons pas encore reçu cette traduction,

nous la ferons connaître en France dès qu'elle nous sera parvenue.

Page 1