ANATOMIE COMPARÉE MACROSCOPIQUE
I^ But pratique. Technique. — IL Dissections : Grenouille, cobaye, lapin, chien, cheval. — III. Résumé.
I. — Une étude approfondie deranatomie comparée macroscopique du système solaire, pour très importante qu'elle soit au point de vue philosophique, nous écarterait trop de notre but, avant tout médical. xVussi ne rapportons-nous ici que nos recherches sur la grenouille^ le cobaye, le lapin, le chien et le cheval, animaux dont la structure nous intéresse au point de vue expérimental.
Technique . — Pour les petits animaux, grenouille, cabaye, lapin, nous avons suivi la technique employée couramment au Muséum d'histoire naturelle. L'animal, aussi frais que possible, est mis pendant un temps qui varie avec son volume dans de l'eau à 45 degrés. Son système artériel est ensuite injecté avec une masse au suif colorée au bleu de Prusse ou au carmin. L'animal est alors plongé dans un bain de solution aqueuse dacide azotique à 1 p. 100. Il est chaque jour retiré du bain et lavé à l'eau courante. Il faut surveiller attentivement l'action de l'acide azotique.
Dès que les nerfs prennent une coloration beurre frais, il faut supprimer l'acide azotique et commencer à disséquer. La dissection, plus exactement la dissociation, se fait sous l'eau avec des aiguilles à cataracte et à dissocier. Pour isoler les fins rameaux nerveux du sympathique, il faut se servir de la loupe.
Chez les animaux plus volumineux comme le chien, on peut se passer de l'injection de la masse au suif, mais il est bon d'avoir recours à l'acide azotique qui facilite beaucoup le travail.
Enfin chez les animaux très gros comme le cheval, la simple dis-
section sans apprêts est suffisante pour mettre en évidence des ganglions et des rameaux nerveux pour la plupart volumineux.
II. Grenouille. — La partie abdoniinale de la chaîne sympathique comprend quatre ganglions (ganglions IV, V, VI, VII) réunis par des rameaux communiquant aux nerfs spinaux de même ordre.'
De la chaîne sympathique se détache le nerf splanchnique qui vient des ganglions IV, V, VI, VII. Il accompagne l'artère intestinale et forme autour d'elle un plexus. De ce plexus partent deux ordres de filets; les uns accompagnant l'artère cœliaque, branche supérieure de l'artère intestinale, vont au pancréas, à l'estomac et au foie ; les autres accompagnant l'artère mésentérique, branche inférieure de l'artère intestinale, vont à la rate et l'intestin.
Cobaye. — Les ganglions solaires qui n'étaient pas visibles à l'œil nu chez la grenouille peuvent être isolés chez le cobaye.
On voit une masse ganglionnaire impaire qui croise la face antérieure de l'aorte et s'étend de chaque côté sur le bord supérieur de l'artère rénale droite et gauche. De cette masse partent des filets dont les uns vont aux surrénales, au rein, à l'intestin, et les autres ascendants dépendent du pneumogastrique. La niasse impaire ganglionnaire peut être par une dissection plus fine dissociée en plusieurs ganglions, particulièrement un droit et un gauche. On a alors deux ganglions semi-lunaires réunis par des anastomoses. Cette disposition est nettement visible au microscope.
Lapin. — Le grand splanchnique quitte la chaîne sympathique au niveau des ganglions VIII et IX. Le splanchnique gauche situé sur le côté gauche de l'aorte se termine dans celui des deux ganglions semi-lunaires qui est inférieur et que l'on trouve facilement audessus de la surrénale gauche, en avant de l'aorte.
■Le splanchnique droit plus difficile à trouver, est situé plus loin de l'aorte, dojit il est séparé par la veine cave inférieure. Il se ter- .niine à la hauteur de la surrénale droite, dans le ganglion semi-lunaire supérieur ou droit situé en avant de la veine.
Tantôt les deux ganglions semi-lunaires ne sont pas accompagnés d'autres ganglions. Ils sont alors volumineux. Tantôt on trouve audessous d'eux, entre l'artère mésentérique supérieure et les rénales, les deux ganglions mésentériques supérieurs. Les quatre ganglions semilunaires et mésentériques sont réunis les uns aux autres par un
treillis très compliqué de fibres nerveuses. A ces plexus aboutissent le pneumogastrique et les splanchniques ; il en sort des filets efférents pour les surrénales, les reins^ les intestins, le pancréas, le foie et la rate.
Chien. — Cet animal nous a constamment servi dans nos expériences. Aussi l'anatomie de son plexus solaire nous intéresse particulièrement. Les ganglions qui le composent sont le plus souvent au nombre de quatre disposés symétriquement autour de l'origine du Ironc cœliaque, et réunis deux à deux par de fortes anastomoses. Les deux supérieures sont lesganglions semi-lunaires, les deux inférieures les deux ganglions mésentériques supérieurs. Selon le volume de l'anastomose latérale, ganglion, semi-lunaire etgangiion mésentérique d'un même côté forment deux masses nettement distinctes ou qui paraissent confondues. De même les deux ganglions mésentériques peuvent être réunis par des liens si étroits qu'ils semblent fusionnés en un seul. Selon le degré de ces processus de coalescence on conçoit que l'individualité de chacun des quatre ganglions solaires puisse être plus ou moins masquée, mais en somme un examen approfondi permet toujours de reconnaître sous des figures variables la disposition caractéristique qui, comme nous le verrons, ne répond pas seulement à une réalité anatomique, mais aussi à une réalité physiologique.
On peut décrire à l'ensemble formé par ces ganglions et les filets qui les unissent, deux parties. Une partie supérieure formant le plexus cœliaque ; une inférieure formant le plexus mésentérique supérieur. C'est ainsi que le décrivent Ellenberger et Baum.
Le plexus cœliaque est formé par les ganglions cœliaques situés aux côtés de l'artère cœliaque.
Le ganglion droit est plus volumineux que le gauche. Ils communiquent par plusieurs filets avec le plexus gastrique postérieur et souvent aussi avec le plexus gastrique antérieur du pneumogastrique. Le plexus mésentérique supérieur tout près et au-dessous du plexus cœliaque comprend deux ganglions situés tout près et un peu du côté caudal de l'origine de l'artère mésentérique supérieure.
La connaissance de cette description très complète n'est pas nécessaire au point de vue de la technique expérimentale auquel nous nous plaçons.
Dans la recherche de ces ganglions, le meilleur repère est la surrénale.
Le ventre du chien étant ouvert, pour trouver le ganglion semilunaire gauche^ la masse intestinale est rejetéc à droite. Cette manœuvre tend le tronc cœliaque qui se dessine sous le péritoine pariétal. En passant le doigt sur ce péritoine entre le tronc cœliaque et la surrénale, on sent et l'on voit deux petites masses claires qui font une légère saillie ; la plus élevée, la plus rapprochée du tronc cœliaque est le ganglion semilunaire gauche ; la moins élevée, la plus' rapprochée de la surrénale est le ganglion mé- .
sontérique. La recherche du ganglion semi-lunaire droit est plus difficile du fait de la pré- '.^ sence de la veine cave inférieure ; mais la technique de recherche doit être exacte- f'-5-L ment la même, après que l'on a rejeté la masse intestinale du côté gauche. La symétrie du plexus solaire, évidende pjo.
pour les ganglions, se poursuit dans ses connexions nerveuses, particulièrement dans ses rapports avec le pneumogastrique.
Après que nous avons eu rencontré chez l'homme une
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Cliien. Pneumogastrique dans le tliorax.
anse de Wrisberg à gauche ', nous avons recherché cette disposition chez les animaux.
Elle est constante chez le
0. Œsopliage. — PD. Pneumojrastriquo droit . PG. Pneumogastrique gauche. — PPD. Branche do bifurcalion postérieure du PD. — PPG. Branche de bifurcation postérieure du PG. — PAD. Branche de bifurcation antérieure du PD. — PAG. Branche de bifurcalion antérieure du PG. — PA. Pneumogastrique antérieur, — P. P. Pneumogastrique postérieur. — A. Aorte. — G. Sp. Grand sj)lancliuique droit. — G. s. L. Ganglion semi-lunaire droit. — G. M. s. Ganglion nicsentériquc supérieur droit.
Ou voit le pneumogastrique postérieur (qui correspond au pneumogastrique droit de l'homme) formé par la réunion des branches de bifurcation postérieures des pneumogastriques droit et gauche.
chien.
Le pneumogastrique postérieur médian s'épanouit symétriquement en deux branches, l'une droite qui aboutit au ganglion semi-lunaire
Laignel-Lavastine. Société analomique, février 1902, p. M
droit, l'autre gauche qui aboutit au ganglion semi-lunaire gauche.
Cette disposition symétrique est expliquée plus clairement par la disposition également symétrique dupneumogastrique dans le thorax.
Dans le thorax (fig. 7), le pneumogastrique droit et le pneumogastrique gauche placés de chaque côté de l'œsophage se bifurquent cha- cun en une branche antérieure et une branche postérieure.
Les deux branches antérieures s'unissent pour former ce qu'on peut appeler le pneumogastrique antérieur.
Les deux branches postérieures s'unissent pour former ce qu'on peut appeler le pneumogastrique postérieur.
Ce pneumogastrique étant constitué par des fibres des pneumogastriques droit et gauche, on s'explique facilement qu'il fournisse au plexus solaire des filets aussi bien pour les ganglions gauches que pour les ganglions droits'.
Ces dispositions du système vago-sympathique abdominal du chien nous paraissent importantes, car elles correspondent à des dispositions que nous avons rencontrées parfois chez l'homme et elles rendent compte, plus facilement que les schémas classiques du système solaire, des résultats de la physiologie". Enfin, à titre de remarque, nous rappelons que le chien a treize côtes, et que le grand splanchnique très court chez lui se détache de la chaîne sympathique thoracique dans le thorax parfois au niveau seulement de la 12^ côte, souvent au niveau seulement de la 13® côte, c'est-à-dire près du 12® ganglion, pour passer immédiatement dans l'abdomen.
Voici comment Ellenberger et Baum décrivent le grand splanchnique.
Dans la cavité abdominale, le grand splanchnique accompagne le cordon sympathique, se dirige du côté ventral, arrive à la surrénale placée latéralement et du côté aboral de lartère mésentérique.
Près du bord dorsal de l'artère mésentérique, le ganglion splanchnique est interrompu par des ganglions qui donnent naissance à un ou deux nerfs qui vont au ganglion cœliaque. Un autre nerf va dans la direction caudale et se renfle en un ou deux petits ganglions. Il se réunit alors aux trois petits nerfs splanchniques et forme avec eux le plexus surrénal.
Strictement parlant, le petit splanchnique est la branche qui se détache de la cavité thoracique, mais comme elle peut manquer, on
* V. Laignel-Lavastine. Remarque sur le vago-sj^mpathique abdominal. Soc. anatomique, avril 1902, p. 331.
^ Vou' plus loin. Plexus solaire comme centre.
appelle couramment petit splanchnique l'ensemble des filets sympathiques venant des trois premiers ganglions lombaires.
Ainsi compris, le petit nerf splanchnique n'est pas du Idut thoracique.
Cheval. — La dissection chez le cheval permet de mettre facilement en e'vidence les détails des connexions du système solaire et du pneumogastrique.
Les pneumogastriques dans le thorax se comportent absolument comme chez le chien'. Le nombre de leurs filets est plus considérable, mais il est facile d'y reconnaître la disposition générale que nous avons décrite (fig.8).
Le plexus solaire est formé de deux volumineux ganglions semi-lunaires qui occupent l'espace compris entre les origines du tronc cœliaque et de la mésentérique supérieure.
Cheval. Système vago-sympathique thoracoabdominal.
0. Œsophage. — - P. D. Pneumogastrique droit. — P. G. Pueumogaslriquc gauche. — X. Point où P. D. et P. G. se divisent chacun en 2 branches antérieure et postérieure. — P. A. Faisceau antérieur du pneumogastrique formé par la réunion des branches antérieures de P. D. et P. G. — P. P. Faisceau postérieur du pneumogastrique formé par la réunion des branches postérieures de P. D. et P. G. — A. Aorte. — E. Estomac. — G. S. Grand sympathique. — G. Sp. Grand splanchnique. — G. P. S. Chaîne principale sympathique. — P. S. A. Plexus stomacal antérieur. — G. S. Coronaire stomachique. — H. Hépatique. — S. Splénique. — G. S. L. Ganglion semi-lunaire droit. — R. Rein. — SR. Surrénale. — MS. FA ; FG. FD. Faisceaux antérieur, gauche et dioit de la mésentérique supérieure. — G, S. M. I. Ganglion sympathique de la mésentérique inférieure. — M. 1. Mésentérique inférieure.
* Laignel-LavasLine. Soc. Anatomique, avril 1Ê02.
De ces ganglions partent des branches efféj'entes et beaucoup plus nombreuses que les afférentes. Ce fait permet d'induire que beaucoup des fibres efférentes prennent leur origine dans les ganglions semi-lunaires.
En plus des grands splanchniques, les ganglions semi-lunaires reçoivent chacun de gros faisceaux de fibres venant du pneumogastrique postérieur et des faisceaux beaucoup plus fins venant du pneumogastrique antérieur.
Il en résulte que non seulement l'anastomose de Wrisberg est symétrique comme chez le chien, mais qu'encore, à droite comme à gauche, le pneumogastrique antérieur comme le pneumogastrique postérieur s'anastomose avec les deux ganglions semi-lunaires.
11 est possible, d'ailleurs, qu'après toutes ces divisions et ces coalescences des fibres seules du pneumogastrique droit aboutissent au semi-lunaire droit et des fibres seules du gauche au semi-lunaire gauche.
III. — En résumé, nos dissections nous ont démontré, à travers les types d'animaux aussi différents que la grenouille, le cobaye et le cheval, la persistance d'un même plan de structure générale du système solaire.
Ces ressemblances ne sont pas seulement importantes au point de vue théorique, en permettant d'interpréter par la connaissance d'un type plus clair, comme celui du chien, par exemple, un type plus compliqué, comme celui de l'homme ; elles le sont encore au point do vue pratique en rendant possible de poursuivre chez des animaux différents des expériences parallèles et d'en tirer des résultats comparables.