TECHNIQUE
Deux parts sont à faire dans la technique. — I. Une partie proprement de vi\'isection : méthode de Marey. Techniques de F. Franck; Hallion et Comte; pléthysmographes, appareil à déplacement intestinal ; -causes d'erreurs. — II. Une partie proprement chirurgicale : expériences d'ablation : ablation du plexus solaire, du sympathique thoracique, du nerf splénique, de la rate ; application de la méthode anatomo-clinique à Texpérimentation : intoxications, infections expérimentales générales ou locales. — III. Résumé.
Deux parts sont à faire dans l'expose' de cette technique : 1° Une partie proprement de vivisection selon la méthode classique,
2° Une partie proprement chirurgicale où des lésions faites aseptiquement et en plusieurs temps permettent^ grâce à la survie de l'animal, d'appliquer une méthode répondant en médecine expérimentale à la méthode anatomo-clinique.
I. Vivisection. — Toutes nos expériences de vivisection ont été faites sur des chiens au Collège de France dans le laboratoire de M. François Franck sous la direction de notre maître M. Hallion. Gomme la plupart des vivisections avaient pour but l'étude graphique des vaso-moteurs, les animaux étaient curarisés^ et après trachéotomie soumis à la respiration artificielle. Pour l'inscription des phénomènes nous nous sommes servis du grand appareil enregistreur de Marey 2. Les tambours enregistreurs sont les tambours ordinaires de Marey.
* La quantité de curare à injecter au chien dépend de la nature du curare. L'émulsion de curare actuellement employée au Collège de France (émulsion de curare au vingtième) doit être injectée au chien à raison de 1 centimètre cube par 3 kilogrammes d'animal en injection sous-cutanée ou de 0,5 centimètre cube, en injection intra-veineuse.
* Voir pour toutes les questions de technique les mémoires de technique de
La pression artérielle est indiquée par le manomètre à trois branches de Franckqui grâce au tube en U et à un double style inscriptem% fait connaître le zéro vrai, ce qui permet de mesurer exactement en centimètres de Ug, la pression artérielle à tous les instants de l'expérience. La pression artérielle était prise dans la carotide. Le liquide mis immédiatement en contact avec le sang pour en empêcher la coagulation était une solution d'oxalate de soude à 2/100. Grâce à ce liquide, on peut poursuivre pendant deux, trois heures et même davantage la même expérience sans qu'il se produise de caillot arrêtant les mouvements du manomètre, ou s'il se produit un caillot, un simple brassage de l'artère pendant quelques secondes suffit à le faire disparaître. Pour pouvoir d'ailleurs facilement éliminer les caillots ; nous nous servons de canules de verre munies d'un renflement en boule qui permet ainsi au caillot de flotter dans le liquide sans gêner les oscillations du manomètre. Nous nous sommes spécialement occupés des tracés des vaso moteurs. Nous les avons pris par la méthode plélhysmographique d'Hallion et Comte qui est de beaucoup supérieure aux autres méthodes d'appréciation, méthode colorimétrique, méthode thermométrique et qui permet d'éviter des causes d'erreur qui semblent s'être glissées parfois dans les expériences d'autres physiologistes qui ont apprécié les modifications vaso-motrices sans avoir recours à cette méthode.
Elle consiste essentiellement à prendre le tracé des changements de volume d'un organe. Pour cela, l'idéal serait d'enfermer l'organe dans une caisse rigide communiquant par un tube de caoutchouc avec un tambour enregistreur. 11 est évident que les modifications dans la pression de l'air produites par les changements de volume de l'organe enfermé dans la boîte rigide se transmettent au tambour. Mais comme une semblable caisse n'est pas réalisable Hallion et Comte l'ont remplacée ^ pour le rein, par exemple, par deux valves creuses en bois, recouvertes chaçure de caoutchouc et réunies l'une à l'autre par un tube en Y. On enferme le rein entre les deux valves et celles-ci rapprochées par leurs bords, réalisent presque la boîte idéale.
F. Franck, publiés depuis 1877, soit dans les Comptes-rendus du Laboratoire de M. Marey, soit dans les Archives de Physiologie de 1892, et dans ces mciues Archives de Physiologie les travaux de Hallion et Comte de 1896 à 1899.
' Hallion et Comte. Arch. de physiologie, 1896 et Hallion. Art. Phethysmog raphie du Traité de Physique biologique, I, p. 40-5.
Pour la rate, nous nous servons d'une seule valve caoutchoutée sur laquelle on plie la rate appliquée par une plaque de zinc. Un lobe du foie peut être pris de la même façon. Pour de très petits organes, comme le corps tliyroïde, il faut avoir recours à des valves semblables à celles qui servent pour le rein, mais beaucoup plus petites. Ces mêmes petites valves nous ont servi pour la surrénale ; mais dans cet organe l'amplitude des mouvements volumétriques étant toute petite, un artifice est nécessaire pour rendre appréciables ces changements '.
Les changements de volume de l'intestin ont été pris par un procédé analogue. Une anse grêle étant choisie, on la vide autant que possible de son contenu par une pression longitudinale entre les doigts, pour chasser l'air qui brassé avec les matières pourrait former des bulles incompressibles, qui ainsi diminueraient par leur nombre la sensibilité de l'instrument ; on isole le segment intestinal pressé, long de trente centimètres environ, entre deux ligatures doubles ; on défonce le mésentère en choisissant deux points où il n'y a pas d'anses vasculaires de façon à pouvoir pédiculiser l'anse intestinale. On coupe l'intestin entre deux ligatures. L'anse intestinale ainsi isolée est introduite dans un récipient de verre en forme de demi-sphère présentant à sa partie inférieure un goulot entouré d'une membrane de caoutchouc et à sa partie supérieure un bouchon de caoutchouc à deux tubulures, l'une mise en communication avec le tambour enregistreur, l'autre formée d'un tube de verre coudé à angle droit terminé par un bout de tube de caoutchouc fermé par une pince et servant à enlever le trop-plein du liquide que peut contenir le système au cours de l'expérience par suite de la sécrétion intestinale ^
On introduit l'anse intestinale dans l'intérieur du récipient en la faisant passer à travers le goulot. Quand elle est entrée jusqu'au pédicule, on a soin d'interposer entre celui-ci et le goulot un tampon d'épiploon ; on rabat alors le tube de caoutchouc qui avait été relevé en colerette et l'on obtient ainsi une fermeture inférieure hermétique. Il ne reste plus qu'à verser par en haut de l'eau tiède à 37° con-
' Voir plus loin, p. 384.
* Pour plus de détails sur la description de l'appareil volumétrique à déplacement pour l'étude des vaso-moteurs de l'intestin, voir :
L. Hallion et Ch. A. François Franck. Recherches expérimentales exécutées à l'aide d'un nouvel appareil volumétrique sur l'innervation vaso-motrice de l'in' testin. Arch. de physiologie, 189G, p. 498.
tenant
deNaCl et à boucher. Tout chans-ement de volume det
parois de l'intestin se transmettra intégralement au tambour enregistreur par l'intermédiaire du mélange d'eau et d'air contenu dans le système rigide. Un organe dont les variations volumétriques servent de témoin dans les expériences et permettent d'éviter des erreurs, les fosses nasales, sont traitées de la façon suivante.
Après tamponnement postérieur des fosses nasales, on prend un tube de verre muni à une extrémité d'un tube de caoutchouc de 10 à 15 millimètres de diamètre extérieur, un peu supérieur à celui de l'orifice de la fosse nasale, long de 6 à 8 centimètres et coupé en biseau à son extrémité libre. Par cette extrémité on introduit le tube de caoutchouc en l'étirant de façon à diminuer son calibre, dans les fosses nasales, jusqu'à obturation complète. On réunit ensuite les deux tubes de verre par un ajutage en Y à un tambour enregistreur.
Un certain nombre de causes d'erreur sont à éviter dans l'interprétation des tracés donnés par ces appareils.
sentère (V) qui est accompagné d'un paquet
d'eau salée contenu dans un large récipient. Celui-ci est hermétiquement clos à la partie inférieure au moyen d'un collier de caoutchouc souple légèrement serré par une pince ; il porte en haut un large bouchon laissant passer un tube de remplissage (R) et un tube de déversement (D). Les deux extrémités de l'anse intestinale sont ordinairement ouvertes dans le liquide, mais, pour explorer les mouvements, on peut les faire communiquer avec un appareil inscripleur par le double tube M (myographe intestinal). Un thermomètre indique la température du bain. Les changements de volume des vaisseaux sont enregistrés par l'intermédiaire du tube I, qui communique avec la caisse à air réservée au-dessus du niveau du bain liquide.
* Ce cliché ainsi que celui de la figure 13, nous ont été obligeamment prêtés par la librairie Masson.
Fig. 12.
Appareil volumétrique à déplacement *.
Une anse intestinale (A), niunie de son méiraisseux épiplo'ique (E), flotte dans un bain
En effet, dans leur ensemble, ils fournissent un résultat synthétique, le changement de volume; mais ce changement de volun.e n'est pas exclusivement sous la dépendance du changement de calibre ■du système vasculaiye ; le système glandulaire peut être plus ou moins gorgé de liquide, les fibres musculaires qui entrent dans la constitution des oi^-anes, foie, rate, intestin, peuvent par leur contraction modifier légèrement le volume et surtout la forme de l'organe.
Mais les variations de cet ordre sont tellement petites qu'elles sont négligeables pour la plupart des organes.
Il n'en est pas de même pour la rate. Et c'est ici que sont réunies trois causes d'erreur :
La capsule de la rate contient des fibres musculaires lisses qui par leur contraction peuvent diminuer le volume de l'organe indépendamment dé toute influence vaso-motrice ; et qui, de plus, peuvent modifier sa forme.
Ce changement de forme qui n'a aucune importance avec les appareils employés pour l'intestin ou les reins en a une pour l'appareil splénique.
En effet, la rate pliée en deux et serrée contre la valve caoutchoutée presse sur cette valve aussi bien quand elle se redresse et cherche à diminuer sa plicature que quand elle change de volume. Enfin, troisième cause d'erreur, la rate de volume très variable n'est pas toujours tout entière enfermée dans l'appareil : une extrémité peut être en dehors et sous l'influence des modifications vaso-motrices, non seulement cette extrémité ne contribuerait pas à agir synergiquement sur le pléthysmographe, mais du fait qu'elle échappe à la compression de l'appareil, son augmentation de volume plus grande que celle du reste de l'organe fera que du sang splénique ira de la partie comprimée 'à celle qui ne l'est pas et qu'ainsi la dilatation enregistrée par le tracé sera moindre que la vraie.
Ces trois causes d'erreur étant connues : action des muscles lisses, changements de forme, action contraire des extrémités libres de l'organe, il faut toujours y songer, mais d'autre part on s'assurera rapidement que la dernière étant antagoniste des deux autres et toutes étant peu considérables relativement aux grands changements de Volume de la rate sous l'influence des vaso-moteurs (le volume splénique pouvant doubler ou quadrupler) on peut toujours reconnaître que le sens de la courbe indique le sens de la variation vaso-
motrice et presque toujours que la forme de la courbe est l'image de cette même variation.
IL MÉTHODE CHIRURGICALE, — Dcux groupcs sout à faire daiis iios expériences faites selon cette méthode.
A. — Un premier groupe comprenant des expériences d'ablation aseptique de différents organes'ou parties du système nerveux du chien.
1° Ablation du plexus solaire ;
2° Ablation du cordon sympatliique thoracique ;
3° Ablation d'organes abdominaux ou énervation des artères qui les irriguent; en particulier' splénectomie, et arrachement des nerfs spléniques.
B. — Un second groupe comprenant des expériences dHnfection et d'intoxication locale et générale.
Les expériences du premier groupe ont été faites au Collège de France et à la Salpêtrière. Les chiens, à jeun depuis vingt-quatre heures, recevaient de quatre à six centigrammes de morphine en injection sous-cutanée ou intra-péritonéale et étaient ensuite anesthésiés soit par le chloroforme en inhalations soit par l'hydrate de chloral en injections intra-veineuses à raison de 1 gramme par 3 ou 4 kilogrammes d'animal.
Pour les opérations abdominales, l'animal placé sur le dos dans la gouttière de Claude Bernard avait la peau de la paroi antérieure dé l'abdomen rasée, lavée et aseptisé. La cavité abdominale ouverte par laparotomie médiane était maintenue béante par des crochets stérilisés pendant que la masse intestinale refoulée du côté droit, par exemple, par la main d'un aide, permettait facilement de reconnaître sur la paroi postéro-latérale gauche de l'abdomen, au-dessus du rein, au-dessus et en dedans de la surrénale, une petite masse longue de six à sept millimètres, large de quatre ou cinq, formant une légère saillie sous le péritoine pariétal et centre de réunion d'un grand nombre de filets blanchâtres qui l'unissent à la base du tronc cœliaque et au bord interne de la surrénale. Par quelques coups de sonde cannelée, le ganglion semi-lunaire, reconnu, était libéré de ses attaches fibreuses ; le ganglion mésentérique supérieur adjacent et tous les filets nerveux étaient rapidement disséqués puis, coupés.
La masse intestinale était alors rejetée à gauche et la même opération était faite à droite, avec plus de difficulté à cause du voisinage, très dangereux de la veine cave inférieure.
Si au lieu da plexus solaire on énervait l'artère splénique, on isolait avec la sonde cannelée les gros faisceaux des fibres nerveuses qui courent sur l'artère, et après les avoir chargés et sectionnés à leur périphérie, on les pinçait et d'un coup sec, on les arrachait des ganglions.
La splénectomie est une opération trop simple pour être décrite.
Pour refermer l'abdomen, on faisait une suture à deux étages, le premier musculo-séreux, le second cutané.
Le pansement était fait de la façon suivante :
Après assèchement à l'éther de la région suturée, on appliquait sur la suture une étroite bande de gaze que l'on collait au collodion ; le collodion versé sur la peau encore presque humide d'éther prend très facilement. Si l'on attend, pour détacher l'animal, que la dessiccation soit obtenue, le pansement bien collé est un protecteur excellent.
Pour l'opération thoracique, l'animal couché sur le côté droit, avait la peau de la moitié latérale gauche du thorax rasée, lavée et aseptiséje .
L'anesthésie obtenue, une canule introduite par la gueule dans la trachée, était mise en communication avec un appareil à respiration artificielle, ^
Le second groupe d'expériences comprenant des expériences d'infection et d'intoxication locale et générale appartient plus à la pathologie expérimentale qu'à la physiologie. Sa technique, d'ailleurs extrêmement simple, sera indiquée au chapitre de l'anatomie pathologique, à propos des principales variété de recherches.
IIL RÉSUMÉ. — L — Les expériences de vivisection,' faites en vue de l'étude des vaso-moteurs ont été faites selon la méthode graphique, avec les techniques de François-Franck, Hallion et Comte.
IL — Les expériences faites par la méthode chirurgicale ont consisté les unes en expériences d'ablation (ablation du plexus solaire, du sympathique thoracique, de la rate, des nerfs spléniques) et les autres en infections ou intoxications locales (péritonites à pneumocoques, streptocoques, bacilles d'Eberth) ou générales (intoxication diphtérique, plombique). Cette dernière variété d'expériences ressortit au chapitre d'anatomie pathologique.
^ Voir plus haut. Anatomie microscopique : anatomie des neurones, p. 71, cette opération décrite en détails.