I. Anatomie. — II. Physiologie. — III. Pathologie
I. 1° L'étude de six embryons montre que les ganglions de la chaîne sympathique forment d'abord une bande cellulaire continue qui devient moniliforme par étirement ; que les splanchniques, ganglions allongés, unissent la moelle aux niasses solaires ; que les ganglions semi-lunaires dérivent des volumineuses masses ganglionnaires de la région cœliaque ; que la différenciation du parenchyme surrénal en substances corticale et médullaire est indépendante du système sympathique ; que la substance médullaire des surrénales contient des cellules nerveuses sympathiques qui y ont pénétré par immigration ; que l'histogenèse des cellules sympathiques aux périodes embryonnaire^ fœtale et infantile, dépend des lois générales de la division directe ; que le développement des fibres sympathique est connexe de celui des cellules ; et que leur myélinisation très tardive, poursuivie jusqu'à trente ans, n'atteint jamais la perfection de celle des fibres cérébro-spinales.
2° Des dissections montrent, à travers des types d'animaux aussi différents que la grenouille, le cobaye, le lapin, le chien et le cheval, la persistance d'un même plan de structure générale du système solaire et la symétrie dans ses modes de division et d'anastomose du système vaso-sympathique thoraco-abdominal.
Des examens histologiques des plexus solaires des mêmes animaux, montrent la similitude des caractères généraux de leurs cellules nerveuses.
Cette ressemblance dans l'agencement et la structure des éléments solaires permet de poursuivre chez des animaux différents des recherches parallèles et de tirer de ces examens des résultats comparables.
3" Des dissections, faites chez l'homme normal, montrent que le plexus solaire répond aux triangles épigastriques de Mathieu, surtout
au droit ; que les variations de volume et de nombre des ganglions solaires, en dehors des cas pathologiques, dépendent du degré plus ou moins avancé du processus de coalescence ; et que le plus généralement le pneumogastrique droit ou pneumogastrique postérieur a une disposition symétrique, contient à la fois des fibres des pneumogastriques droit et gauche, et s'épanouit au niveau de la région cœliaque en un faisceau de branches : les unes allant au groupe semi-lunaire droit pour former l'anse mémorable de Wrisberg ; les autres allant au groupe semi-lunaire gauche pour former une anse homologue, et les médianes allant se perdre sur la mésentérique supérieure.
4° Des examens histologiques montrent que le plexus solaire de l'homme est formé de libres et de cellules nerveuses.
Les fibres sont sans myéline ou avec myéline, de petit ou de gros calibre La proportion de ces fibres varie selon les âges. Sur des coupes transversales, elles montrent les rapports qu'elles affectent avec les loges de l'endonèvre, et les espaces clairs de Key et Retzius. Ces espaces paraissent être de nature lymphatique.
Les ganglions solaires sont formés d'un tissu conjonctivo-vasculaire délimitant des loges occupées par des groupes de cellules nerveuses ou noyaux ganglionnaires. Les cellules nerveuses sont chacune entourées d'une capsule endothéliale; parleur capsule elles ressem- . blent aux cellules des ganglions spinaux ; elles en diffèrent par leur forme, leur structure et leurs fonctions.
Multipolaires, à protoplasma fibrillaire, elles ont les caractères des cellules motrices de la moelle. Les fibres afférentes des ganglions solaires se distinguent des fibres efférentes par la prédominance de leurs fibres à myéline.
Les fibres qui entrent en connexion avec le plexus solaire se trouvent dans la moelle, dans les racines antérieures et postérieures, dans les ganglions rachidiens, dans les ganglions de la chaîne, dans les ganglions solaires et dans les ganglions périphériques.
Des expériences d'ablation de la chaîne sympathique thoracique, chez le chien, suivies d'examens de la moelle et des nerfs, permettent de penser que les fibres sympathiques qui sortent de la moelle prennent leur origine dans les petites cellules de la corne latérale, dans quelques cellules du groupe paracentral et probablemsnt aussi dans des petites cellules de la zone intermédiaire, et que les fibres sympathiques qui arrivent dans la moelle sont en connexion par leurs arborisations terminales avec les cellules de la colonne de Clarke.
Des expériences d'ablation de la rate ou du nerf splénique, chez ie chien, suivis de l'examen des ganglions' solaires et de leurs nerfs efférents, permettent de penser que des neurones sympathiques de la rate ont leur centre trophique dans le ganglion semi-lunaire gauche.
II. La physiologie du plexus solaire ressort d'expériences de vivisection faites, selon la méthode de Marey, avec les techniques de François-Franck, Haillon et Comte, et d'expériences faites par la méthode chirurgicale.
1° Par l'application de ces méthodes, on constate que la motilité de l'estomac, excitée par le pneumogastrique, est inhibée par le grand splanch'nique, que sa sensibilité dépend uniquement du pneumogastrique, que ses vaso-constricteurs dépendent uniquement du splanchnique, que ses fibres sécrétoires dépendent non seulement du pneumogastrique mais aussi du sympathique, et que son absorption est activée par la section des splanchniques.
La motilité des intestins, inhibée par le grand splanchnique (à l'exception, dans certains cas, des fibres circulaires), est excitée par le pneumogastrique. Diminuée par la belladone et la morphine, elle est excitée par la nicotine, la caféine et l'électricité.
Les vaso-constricteurs de l'intestin grêle, fournis par les grands splanchniques, passent par les ganglions mésentériques supérieurs. Les vaso-dilatateurs ne peuvent être mis en évidence que par action réflexe (excitation du nerf dépresseur). Les nerfs sécréteurs du suc entérique sont mal connus. L'absorption intestinale est accélérée par section des splanchniques.
La motilité des voies biliaires dépend du pneumogastrique. Les vaso-constricteurs du foie, qui naissent du 6*^ communicant dorsal au 1^'' communicant lombaire, se groupent dans les grands splanchniques. Les uns sont artériels, les autres veineux.
Les nerfs glycorsécréteurs sont aussi contenus dans les splanchniques. Leur intégrité n'est pas indispensable à la glycosoforniation.- Les nerfs qui président à la fonction biliaire ne sont pas isolés. L'ablation des ganglions solaires trouble cette fonction, comme le montrent les examens des urines : elles contiennent de la bilirubine, de la biliverdine, de l'urobiline, de la leucine et de la tyrosine.:
Les vaso-constricteurs du pancréas, nés du 5® communicant dorsal au 1" communicant lombaire, passent par le splanchnique. Les filets
excito-sécréteurs prédominent dans le pneumogastrique^ tandis que les dépresseurs dominent dans le splanchnique. La sécrétion pancréatique est encore possible après section des pneumogastriques et des sympathiques, suppression des ganglions cœliaques et mésentériques et séparation du duodénum d'avec le pylore, c'està-dire après isolement du pancréas de toutes ses connexions nerveuses.
Les fibres motrices et vaso-motrices de la rate passent par le grand splanchnique et le ganglion semi-lunaire gauches.
Les vaso-constricteurs des reins, nés des 5*^ au 13^ communicants dorsaux, passent par les deux splanchniques, sans avoir de connexion avec les ganglions semi-lunaires ou mésentériques supérieurs. Les vaso-moteurs sont capables de produire, seuls, des troubles urinaires : anurie, polyurie, albuminurie, hématurie.
L'existence des vaso-moteurs des surrénales est démontrée par des expériences pléthysmographiques .
L'existence de nerfs sécrétoires peut s'induire d'expériences physiologiques et d'observations anatomo-cliniques.
2° Les voies de conduction du système solaire qui forment trois groupes, groupe intercentral, groupe périphérique, et carrefour solaire, comprennent, outre des fibres sensitives et sécrétoires, des fibres inhibitrices et des fibres vaso-motrices, vaso-constrictives et vaso-dilatatrices.
Issues des splanchniques, les fibres vaso-constrictives de la rate passent par- le ganglion semi-lunaire gauche; celles du foie par le semi-lunaire droit; celles de l'intestin grêle par les mésentériques supérieurs ; celles du rein par les ganglions rénaux.
Les fibres inhibitrices, comme les vaso-dilatatrices, qui sont de même nature, restent dans les splanchniques et se terminent dans les ganglions solaires.
D'autre part, nous avons |vu que toutes les fibres vaso-constrictives ne s'arrêtent pas, contrairement à Langley, dans les ganglions solaires.
3° D'expériences d'ablation du plexus solaire suivies d'une survie de trois jours à dix mois, on peut induire que le plexus solaire a des fonctions vaso-motrices, motrices, toniques, trophiques et sensitives.
11 est de plus un relais pour la transmission des excitations centripètes de l'abdomen à la moelle et aux centres supérieurs.
L'expérience de Goltz ne produit plus là mort après ablation du plexus.
Par des expériences d'excitation , on constate que le ganglion semi-lunaire gauche est régulateur de la rate, le semi-lunaire droit de l'estomac et du foie, et les deux mésentériques supérieurs, de l'intestin grêle.
Par des expériences de paralysie transitoire causée par la nicotine, on constate que les ganglions solaires sont des relais obligés pour les fibres inhibitrices et vaso-dilatatrices, mais qu'ils servent de voie de conduction à des fibres vaso-constrictives.
Par des expériences faites avec la méthode pléthysmographique, on démontre l'autonomie des ganglions solaires comme centres ganglionnaires sympathiques et leur activité réflexe. Le ganglion semilunaire gauche est un centre réflexe de la rate. Les ganglions mésentériques supérieurs sont des centres réflexes de l'intestin grêle.
4° L'expérimentation fournit des faits qui permettent d'essayer une topographie physiologique du département solaire.
Les vaso-constricteurs émergent pour le foie du 6*^ communicant dorsal au l*^"" lombaire, pour la rate, du 5" au IP dorsal, pour le pancréas, du 5® ou 6* dorsal au 2® lombaire, pour l'intestin grêle du 5* dorsal au 2^ lombaire, pour les reins du 5^ dorsal au 4® lombaire avec prédominance pour les 11®, 12® et 13® communicants dorsaux, et dans les surrénales, à partir du 8® communicant dorsal.
Ces limites d'émergence n'indiquent pas nécessairement la hauteur des centres : les fibres du grand splanchnique émergent du 5® au 11® communicant dorsal. Or ces centres vaso-constricteurs sont compris plus haut, entre le 3® et le 6® segment dorsal,
Les vaso-dilatateurs du foie sortent par les trois premiers nerfs dorsaux, ceux de l'intestin ont leur maximum d'abondance dans les trois derniers nerfs dorsaux et les deux premiers lombaires. Nous avons constaté des vaso-dilatateurs des reins entre les 5® et 8® communicants.
Pour établir la topographie des centres réflexes ganglionnaires nous avons fait des expériences d'ablation et d'excitation, et, pour la topographie des fibres trans-ganglionnaires, des expériences de nicotinisation, selon la méthode de Langley. Il résulte de ces expériences que le ganglion semi-lunaire gauche commande les vasomoteurs de la rate, le semi-lunaire droit ceux du foie, les mésentériques supérieurs ceux de l'intestin grêle, mais, si toutes les fibres
inhibitrices se terminent dans ces ganglions, il est des fibres vasoconstrictives qui les traversent sans s'y arrêter. 11 n'existe pas de cellules sympathiques dans les ganglions racbidiens. On y trouve bien les centres trdphiques des grosses fibres afférentes à myéline qui viennent des viscères abdominaux et gagnent la moelle par les racines postérieures ; mais, comme cette voie de conduction sensitive n'a pas de relais cellulaire sur son trajet, elle ne répond pas a. la caractéristique anatomique du système sympathique. Les centres trophiques des deux espèces de fibres sympathiques, afférentes et efférentes, se trouvent dans chaque espèce de ganglions sympathiques, ganglions de la chaîne, ganglions solaires, ganglions périphériques.
Le système splanchnique diffère du système sympathique en général en ce que ses fibres efférentes n'ont pas de centres trophiques dans les ganglions de la chaîne.
Les centres médullaires du sympathique en général, et du splanchnique en particulier, dont l'existence est démontrée nécessaire par la physiologie, dont la topographie a été indiquée hypothétiquement par la pathologie, ne pouvaient être figurés que par l'anatomie. Nous avons, par des expériences d'ablation du sympathique thoracique et du splanchnique pu déterminer leur siège.
5° 11 résulte de toutes ces recherches qu'un métamère sympathique comprend, en plus des grosses fibres afférentes a myéline dont le centre trophique est dans le ganglion rachidien ; des protoneurones efférents à myéline, du moins dans la plus grande partie de leur course, dont le centre trophique est dans la corne latérale ; des deutoneurones efférents sans myéline dont le centre trophique est dans les ganglions sympathiques ; des protoneurones afférents à myéline, du ^moins dans la plus grande partie de leur course, dont le centre trophique est dans les ganglions de la chaîne ; des deutoneurones afférents, la plupart sans myéline, quelques-uns à myéline, dont le centre trophique se retrouve dans les ga.nglions sympathiques périphériques ou solaires.
Le système splanchnique, dont les points d'émergence sont compris entre les 5'^ et 12'^ communicants, et dont les centres médullaires sont dans la partie supérieure de la moelle dorsale, à une métaménie qui ne diffère de celle du sympathique en général qu'en ce qu'il n'a pas de deutoneurones efférents qui prennent naissance dans les ganglions de la chaîne.
Au bulbe, la disposition des neurones du système pneumogastrique
rappelle à ce point les dispositions des neurones sympathiques dans la moelle, qu'il semble aujourd'hui que l'homologie déjà signalée par de Blainville, soit exacte, et qu'on puisse dire que le pneumogastrique est au bulbe ce que le sympathique est à la moelle. Le système pneumogastrique est le département bulbaire du système grand sjmipathique.
III. La pathologie du plexus solaire doit être abordée par les méthodes anatomo-clinique et expérimentale ; celle-ci permet d'analyser les cas complexes fournis par la première ; les expériences faites en plusieurs temps remplissent particulièrement ce but.
i° Les lésions du plexus solaire peuvent porter sur les fibres et les ganglions; dans les ganglions, sur le tissu conjonctif, les vaisseaux, la cellule nerveuse ; et dans la cellule nerveuse sur le noyau (migration périphérique, karyolyse) ou sur le protoplasma (rétraction, déformation globuleuse, neuronophagie, pigmentation, chromatolyse, achromatose); Les cellules multinucléées ne sont pas pathologiques; ce sont des reliquats embryonnaires.
Les groupements divers de ces lésions élémentaires réalisent des types anatomo-pathologiques.
L'examen par la méthode anatomo-clinique de 73 plexus solaires .montre qu'en mettant à part les lésions spécifiques (tuberculose, cancer) et les réactions à distance, le plexus solaire, comme tous les tissus, a dans les toxi-infections des lésions dont le caractère est déterjiiiné par l'évolution de la maladie, lésions çlégénératives de l'élément noble dans les formes aiguës, lésions diapédétiques et nodulaires dans les formes plus lentes; lésions scléreuses dans les formes chroniques avec longue survie.
2° De nos expériences d'intoxication générale par le plomb et la toxine diphtérique et de nos expériences d'irritation locale par des agents mécaniques, physiques, chimiques et microbiens, il résulte que le plexus solaire réagit toujours selon les mêmes lois : aux processus aigus répondent les lésions parenchymateuses; aux processus plus lents, les réactions interstitielles. La comparaison des lésions obtenues dans les péritonites expérimentales avec les lésions observées dans les péritonites de l'homme montre qu'elles dépendent bien plus d'une irritation locale que d'une intoxication générale et de l'évolution de la maladie que de la nature du microbe.
La vaso-dilatation paralytique des viscères abdominaux constatée
dans nos expériences d'ablation du plexus solaire apporte un argument à l'hypothèse de vaso-dilatations abdominales observées en clinique directement et uniquement dues à des lésions du plexus solaire.
Des expériences entreprises dans le but de nous rendre compte des lésions du plexus solaire et des surrénales dans le syndrome d'Addison montrent que les cellules nerveuses du plexus présentent 'des lésions d'intoxication aiguë par décapsulation, que, quelque temps après l'ablation du plexus, les surrénales peuvent paraître intactes, mais que des [perturbations dans leurs réactions à des excitations pathologiques peuvent survenir dans certaines conditions. C'est ainsi que l'intoxication par la toluylène-diamine, par la destruction globulaire qu'elle provoque et l'hyperfonctionnement corrélatif des organes de la régulation pigmentaire, a décelé chez des chiens privés de plexus solaire une méïopragie surrénale caractérisée par une insuffisance pigmentaire.
3° Comme l'anatomie pathologique, la physiologie pathologique s'éclaire de l'expérimentation et de l'observation clinique.
Produits par l'expérimentation, syndromes solaires aigus, subaigus ou chroniques d'excitation ou de paralysie, ou symptômes solaires liés aux différents viscères abdominaux se retrouvent en clinique dans les péritonites, les iléus paralytiques, le péritonisme, les coliques de plomb, la colite muco-membraneuse, les crises tabétiques, certaines diarrhées, glycosuries ou albuminuries. L'expérimentation n'a pas reproduit 1 a pigmentation addisonienne, mais nous avons, d'une part, mis en évidence, dans l'intoxication par un poison hémolytique, l'insuffisance pigmentaire des surrénales privées de ganglions solaires, et, d'autre part, la diminution de résistance des hématies chez les addisoniens.
Enfin des symptômes à distance produits par l'expérimentation (expérience de Goltz), ont leurs analogues en clinique : telle la mort subite par coup sur l'épigastre.
Nos recherches expérimentales et cliniques montrent que, dans quelques cas, on peut déterminer un rapport de causalité entre une lésion du plexus solaire et tel syndrome, dans tel cas particulier de" péritonite, de colique de plomb, de glycosurie ou de pigmentation addisonienne.
Cette dernière ne nous paraît pas liée à une lésion toujours de même siège, mais à la perturbation d'un des facteurs d'un mécanisme toujours le même. A la contingence lésionnelle doit s'opposer
la nécessité fonctionnelle. La pigmentation addisonienne serait à la fois fonction 1° de destruction globulaire excessive, 2° d'insuffisance pigmentaire surrénale par trouble d'un point quelconque de son mécanisme fonctionnel, glande surrénale elle-même, ganglions solaires, filets efférents ou splanchniques, et 3° d'évolution subaiguë ou chronique de la maladie causale, le plus souvent la tuberculose.