‹ Recherches sur le polymorphisme naturel des Jaera marina (Fabr.) (Isopodes Asellotes): Essai de systématique évolutiveChapitre 10 sur 70 · C. — Problèmes de synonymies · texte numérisé non relu

C. — Problèmes de synonymies

Par les caractères qui viennent d’être rappelés, les Jaera marina (FABRICIUS) sont aujourd'hui bien séparées des autres espèces du genre, qui sont, d’après KESSELYAK : J. nordmanni (RATHKE, 1837) ; J. hopeana Cosra, 1853 ; J. sarsi VALKANOV, 1936 et sa sous-espèce J. sarsi caspica KESsELYAK, 1938 ; J. schellenbergi KESSELYAK, 1938 ; J. italica KESSELYAK, 1938, auxquelles il faut peut-être ajouter la J. wakishiana SPENCE BATE, 1866, qui n’a pas été revue depuis sa description, très insuffisante, mais qui est la seule espèce encore rapportée au genre Jaera, qu'on ait trouvée jusqu'ici sur les côtes de l'Océan Pacifique. Signalons enfin les espèces dalmatica, hospitalis, stagnoensis et sulcata, décrites par VERHOEFF (1943).

Plusieurs espèces d'anciens auteurs : J. nivalis KRÔYER. 1838 ; J. krôyeri MrxE-Enwarps, 1840 ; J. baltica MüLLER, 1848; ; J. copiosa STIMPSON, 1853 ; J. maculata PARFITT, 1873, sont depuis longtemps tombées en synonymie avec J. marina (FABricIuS), le seul problème qui demeure ouvert étant celui du choix entre les noms marina (Fagricius) 1780, ou albifrons LEACH, 1813-1814.

Il est hors de doute que FABRICIUS a décrit le premier, en 1780, l’ « espèce » qui nous intéresse. MONTAGU, dans un manuscrit conservé au British Museum, l’appela, au début du x1x° siècle, Oniscus albifrons. LEACRH maintint ce nom spécifique, créa le genre Jaera et désigna, pour la première fois, l'espèce sous le nom de Jaera albifrons. En 1873, K. Môg1rus ! introduisit, en raison de la loi de priorité, la dénomination Jaera marina, qui fut utilisée après lui par de nombreux auteurs, notamment par G. O. Sars et par H. J. HANSEN, dans ses premiers travaux. Mais, étant donné que Fagricrus s'était référé à l'Oniscus marinus, ininterprétable, de LINXÉ (1766-1768) et que MrERS avait signalé, en 1883, qu’un spécimen d’/dotea, conservé à la Linnean Society de Londres, portait, écrite de la main même de LINXÉ, l'étiquette « marinus », HANSEX, en 1916, revint à la Jaera albifrons LEACKH.

Depuis cette date, les auteurs ont employé tantôt l’un, tantôt l’autre des deux termes, également classiques. J’ai conservé, avec KESSELYAK, le vieux nom Jaera marina, la question de nomenclature que je viens de résumer m’apparaissant assez byzantine et dépourvue d'intérêt majeur.

D. — Répartition géographique des J/aera marina.

Étant donné la date récente où furent découvertes les diverses formes de J. m., la plupart des indications bibliographiques qui signalent la présence de J. m. en telle ou telle localité ne peuvent être rapportées à une espèce définie. Malgré le grand intérêt des renseignements géographiques que FORSMAN, par l’examen de nombreuses collections, s’est efforcé de rassembler pour chacune des espèces qu’il a reconnues, ces résultats sont encore très incomplets, et, dans leur ensemble, ne couvrent

1. K. Môgius est cité à tort par M. WEBER (1884) et C. dés a (1886) comme auteur de l'espèce Jaera marina.

pas la totalité de l’aire de distribution de la super-espèce J. m., dont il importe donc de donner un aperçu général.

Les J.m. présentent, entre toutes les espèces du genre, la plus vaste répartition géographique, dans les régions tempérées et froides de l’hémisphère boréal, entre les latitudes 409 N.-729 N. et les longitudes 759 W.-550 E. En France, elles sont connues de nombreux points des côtes atlantiques et du littoral de la Manche. On les a trouvées sur les côtes belges, hollandaises, danoises, allemandes, et sur les côtes baltiques jusque dans le golfe de Botnie. Le long des côtes norvégiennes, elles remontent jusqu’à Vadsô. Au delà, elles sont citées de l’île Kildin, dans la mer de Mogilnoe et de Tscheschkaja Guba. Elles ont été signalées par de nombreux auteurs sur les côtes des îles anglo-normandes, de Grande-Bretagne, d'Irlande, des Fär-Oer, d'Islande. Elles ont été rencontrées sur les côtes occidentales du Groenland, sur les côtes du Labrador, et descendent, sur le littoral atlantique de l'Amérique du Nord, jusqu’à la latitude 419 N.

Les J. m. n’ont pas été récoltées jusqu'ici sur nos côtes méditerranéennes et il ne semble pas qu’elles existent à Naples !; cependant, leur présence dans le bassin méditerranéen est certaine : elles ont été trouvées à Valence, en Espagne (d’après VALKANOvV), dans l'ile de Curzola et près de Doubrovnik, sur les côtes adriatiques (HELLER, sous le nom de J. Krüyeri VALKANOV), près de Bengasi, en C'yrénaïque (ARCAN- GEL). L’exploration méthodique de ces dernières régions, qui révèlera peut-être de nouvelles espèces et, très probablement, des races géographiques, encore inconnues, de J. m., est très souhaitable.

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