‹ Recherches sur le polymorphisme naturel des Jaera marina (Fabr.) (Isopodes Asellotes): Essai de systématique évolutiveChapitre 9 sur 70 · GÉNÉRALITÉS SUR LA SUPER-ESPÈCE /AERA MARINA · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS SUR LA SUPER-ESPÈCE /AERA MARINA

Les Jaera marina sont des Crustacés Péracarides, appartenant à l’ordre des Isopodes, au sous-ordre des Asellotes, à la famille des Janiridae.

La description générique et la diagnose super-spécifique, qui suivent, n'ont aucune prétention d'originalité ; la première n’est qu’une mise au point où de simples additions ou corrections de détail ont été apportées aux définitions classiques, dues notamment à G. O. Sars, à A. KEs- SELY AK, mais qui me servira à fixer la terminologie employée dans ce travail ; je me bornerai, dans la seconde, à préciser les caractères qui, dans le cadre générique précédemment défini, sont communs à toutes les J. m., réservant en particulier pour la suite l’étude des caractères sexuels secondaires des péréiopodes, qui différenciént leurs diverses formes, et me permettant de renvoyer, pour une description plus complète des appendices n’offrant pas de différences spécifiques, à la monographie déjà ancienne, mais très précise, de C. G. SyE.

A. — Caractères morphologiques du genre Jaera :

Les Jaera demeurent de petite taille (inférieure à 8 mm.), bien que le nombre de leurs mues soit, en principe, illimité, et qu'il n’existe pas d'état adulte définitif. Le corps est, chez les ©9, de forme sensiblement ovale, environ deux fois plus long que large, dans sa plus grande largeur. Chez les Z4, les bords latéraux du thorax sont parfois sub-parallèles ; dans d’autres cas, la largeur augmente sensiblement de l'avant vers l'arrière. Très déprimé dans l’ensemble, le corps est légèrement convexe du côté dorsal, légèrement concave ventralement. Les parties latérales de la tête, des segments thoraciques, et les bords libres du pléotelson forment une zone marginale mince, presque lamellaire, frangée de soies plus ou moins denses.

La tête, courte et large, dessine grossièrement, par ses bords latéraux

obliques, une figure trapézoïdale. Elle n’est pas prolongée en rostre à l’avant, mais son bord frontal, sinueux, s’avance le plus souvent en une large courbe axée sur la ligne de symétrie. Par suite du développement important des expansions latérales céphaliques, les yeux, multiocellés, sub-circulaires, sont nettement dorsaux. La tête porte les antennules, les antennes et les pièces buccales.

Les antennules ont un pédoncule de trois articles, dont le premier est de beaucoup le plus développé, et un fouet réduit à deux petits articles ; elles ne dépassent guère le troisième article du pédoncule antennaire ; elles portent des soies, quelques poils tactiles en balai et, à leur extrémité, un ou deux organes chémorécepteurs en massue.

Les antennes, bien développées, sont constituées par un pédoncule de cinq articles, dont certains portent des poils tactiles, et par un long fouet multiarticulé ; elles ne possèdent pas d’appendice squamiforme sur le côté externe du pédoncule ; leur longueur relative est variable suivant les espèces et les races, et suivant l’âge à l’intérieur d’une espèce.

Les pièces buccales : mandibules, maxillules, maxilles, maxillipèdes, sont construites sur le modèle commun aux Asellotes. Les maxillipèdes, dont la présence témoigne de la fusion d’un métamère fondamentalement thoracique avec les somites céphaliques, ont un palpe de cinq articles.

Le thorax comprend sept segments libres, que je numéroterai, de l’avant vers l’arrière, de 1 à 7 ; les bords latéraux des trois premiers sont légèrement dirigés vers l'avant, les deux suivants sont sub-transversaux, les bords latéraux des deux derniers sont très nettement prolongés vers l’arrière et encadrent le tiers antérieur de l'abdomen. Mais il n'existe pas de séparation nette entre deux groupes, antérieur (formé de quatre segments) et postérieur, de métamères, comme chez d’autres Asellotes. Les oviductes débouchent latéralement, du côté ventral du cinquième segment thoracique des ®9, les canaux déférents des 4 sur le septième segment thoracique, ventralement, au voisinage de la ligne de symétrie du corps, à la limite du thorax et de l'abdomen.

Chacun des segments thoraciques porte une paire de pattes purement locomotrices (ou péréiopodes) qui seront numérotées de 1 à 7, comme les métamères dont elles dépendent. Tous les péréiopodes sont construits sur un même plan, la première paire n'étant pas préhensile : mais ils augmentent de taille du premier au dernier, à l’exception toutefois des quatrièmes, qui sont, chez les mâles, relativement courts, et très musclés.

Les quatre premières paires de péréiopodes sont dirigées vers l'avant, les trois dernières, vers l'arrière. On observe, dans la plupart des espèces, des caractères sexuels secondaires sur certains péréiopodes des 44. Les pattes des 99 ne présentent jamais de telles différenciations sexuelles, mais les oostégites qui, chez les ©® ovigères, limitent la chambre incubatrice ventrale, ou marsupium, dépendent des quatre premières paires de péréiopodes. On observe, chez les ?® mûres, une alternance régulière entre des états ovigères, avec oostégites bien développés, ct des états de préparation d’une ponte, avec oostégites absents ou rudimentaires,.

L'’abdomen est formé d’un premier segment libre, très étroit, et d’un vaste bouclier caudal, en forme de secteur de cercle, qui, résultant de la fusion totale des cinq derniers segments abdominaux et du telson, a la signification d’un pléotelson.

Les deux premières paires de pléopodes ! diffèrent beaucoup dans les deux sexes. La première paire manque chez les 99, dont les pléopodes IT, fusionnés en une pièce unique, constituent un opercule protégeant les pléopodes postérieurs. Chez les 4 3 (à partir d’un stade de prépuberté, tous les jeunes possédant la structure qui se maintient chez les ?° sexuellement müres) les premiers pléopodes sont présents : accolés étroitement sur la ligne médio-ventrale du corps, ils semblent former une pièce unique, que j’appellerai préopercule ; les pléopodes IT, bien séparés, sont transformés en appendices copulateurs ; ils montrent chacun une partie interne, géniculée, dont l’extrémité, longue et pointue, se loge dans une rainure du préopercule ; l’ensemble du préopercule et des appendices copulateurs protège, chez les 44, les pléopodes postérieurs.

Les trois paires de pléopodes suivantes sont foliacées et fragiles ; les pléopodes III et IV sont biramés, les pléopodes V ne possèdent pas d’exopodite ; tous sont dépourvus de fonction natatoire, mais leurs endopodites sont branchiaux.

La sixième paire de pléopodes, terminale, et généralement logée dans une échancrure postérieure du pléotelson, forme des uropodes rudimentaires qui ne dépassent pas, ou débordent à peine, la marge postérieure du bouclier caudal. Ces uropodes, qui ne sont ni natatoires, ni valviformes, ont un protopodite uniarticulé qui porte deux branches (endo- et exopodite) réduites, nodiformes, garnies de quelques soies.

1. C’est à partir de 1907 qu’ils furent correctement interprétés, par H. J. HANSEN, grâce à l'observation de Stenasellus virei Dollf., mais ce résultat ne fut publié qu’en 1916. L'étude de leur réalisation, au cours de

la croissance des Jaera marina, rend plus claires les curieuses différences qu’ils présentent, suivant le sexe (voir pp. 235-236).

B. — Diagnose de la super-espèce Jaera marina (fig. 1 et 2).

Les Jaera marina comptent parmi les plus grandes espèces du genre

Jaera. Le corps est moyennement large. Le méropodite du palpe du maxil-

lipède, plus large que long, est beaucoup plus puissant que les quatre

VA

Pia, Mâle de ,J, m. Jorsmani.

Phénotype structural uniforme.

autres articles (différence avec J. sarsi VALKANOV et J. sarsi caspica KES- SELYAK). Les péréiopodes montrent, chez les &4, divers types de caractères sexuels secondaires, tous différents de ceux que présentent les S4 des autres espèces ; les dactylopodites des péréiopodes 2 à 7 portent trois ongles : deux de ces ongles sont terminaux ; le troisième, situé en retrait par rapport aux précédents, est plus petit qu'eux et d'observation parfois difficile. Ce troisième ongle manque aux péréiopodes 1.

Le préopercule est en forme de T renversé ; sa partie distale, fort élargie (fig. 3,) est garnie d'assez nombreuses soies à ses bords postérieur, sub-linéaire, et latéro-postérieurs ; plus latéralement, mais encore en position subdistale, le préopercule porte deux crochets, courts mais forts, recourbés vers la région antérieure du corps.

Le préopercule suffit à caractériser une J, marina, entre toutes les Jaera décrites (fig. 3).

Le pléotelson présente à son bord

postérieur une échancrure (différence avec J. hopeana Cosra) simple

(différence avec J. nordmanni RATHKE et J. italica KESSELYAK), où

sont logés les uropodes.

Le protopodite des uropodes est sensiblement aussi large que long ;

les deux rames qu'il porte occupent presque tout son bord postérieur,

Cri =

DLQ ES

FIG. 2. — Femelle de J. m. albifrons. Phénotype structural album-utrinque-lineatum.

droit, et ne sont pas déjetées sur sa moitié latérale (différence avec J. sarsi

VALKANOV et J. sarsi caspica KESSELYÂK).

Les caractères de coloration particuliers aux J. marina seront étudiés

ultérieurement (deuxième partie).

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