CARACTÈRES QUALITATIFS
Mâles. — Les mâles de l’espèce albifrons sont immédiatement reconnaissables au variant sexuel présent sur leurs deux paires postérieures de péréiopodes : les carpopodites, relativement courts par rapport à ceux d’autres formes, des P 6 et des P 7 montrent, dans leur partie distale, du côté interne, un lobe d’aspect caractéristique (fig. 5). Les autres articles des P 6 et des P 7 ne possèdent aucune différenciation particulière. Même chez les plus grands individus, les P 5 conservent la forme simple, commune aux péréiopodes antérieurs (fig. 6). Les carpopodites de P 1 à P 5 ont un bord interne sub-rectiligne. Ils portent, de ce côté interne, quelques soies droites, régulièrement effilées et, dans leur partie distale et sub-distale, une frange de soies, denses et très courtes, plus ou moins étendue dans le sens proximal suivant le numéro d’ordre du péréiopode.
Les lobes des P 6 et des P 7, aplatis, en forme de goutte pendante, prolongent, du côté interne, les carpopodites, et se projettent au-dessus du bord interne des propodites, jusqu’au quart ou au tiers proximal de ces articles. Ils sont inégalement développés sur les P 6 et P 7 des grands exemplaires, le lobe des P 7 étant un peu plus saillant, et aussi un peu plus étroit, dans le sens proximo-distal, que celui des P 6. On
FIG. 65. J. m. albifrons. Péréiopodes postérieurs : 1, P 6: 2, P7.
doit mettre en corrélation avec le développement des lobes la réduction progressive, aboutissant rapidement à la disparition totale, pour P 6 et P 7, de la frange de soies qui, chez les jeunes, s’observe aussi bien sur les carpopodites des péréiopodes postérieurs que sur ceux des pattes
antérieures, où ce caractère, en l'absence d'autre différenciation, se maintient.
La région proéminente des lobes, sur une zone peu étendue, porte des soies de deux types : la soie la plus proximale, toujours présente,
F1G. 6. — J. m. albifrons. P.1. Le trait qui indique l'échelle représente 0,2 mm.
— qui existe chez les jeunes albifrons avant la formation des lobes et l’apparition des autres soies, et que nous retrouverons dans les autres formes —, est droite, régulièrement effilée. Je la désignerai sous le nom de soie droite sub-distale. Distalement par rapport à celle-ci, et plus séparées d’elle qu’elles ne le sont entre elles, se trouve un petit nombre de soies d’allure très différente, disposées en une rangée, que j’appellerai soies en crochet : sensiblement de même taille, à l'exception de la dernière,
plus courte, elles gardent un diamètre relativement important presque jusqu’à leur extrémité, qui est plus ou moins recourbée en un crochet court, non étiré en filament terminal. 1} n'existe jamais d’épine.
Le nombre des soies en crochet est toujours assez réduit. Les plus petits 4 4
de la population étudiée (L = 1,3 mm.) possèdent 2 ou 3 soies au lobe 6, pour I au lobe 7 (fig. 7). Ce nombre augmente progressivement, au cours de la croissance,
F1, 7, — J. m. albifrons. Péréiopodes 6 (fig. 1) et 7 (fig. 2) d'un très jeune mâle (mâle de stade V, de longueur 1,31 mm.). Le trait qui indique l'échelle représente 0,2 mm.
pour un individu donné, Le lobe 6 montre en général une ou deux soies de plus que le lobe 7, mais on trouve des animaux présentant le même nombre de soies aux deux lobes. Les lobes droit et gauche correspondant à une même paire de péréiopodes portent généralement le même nombre de soies, surtout chez les 44 encore jeunes. Les 5 4 de taille moyenne (1,8 mm. < L < 2 mm.) ont, le plus souvent, 7 à 9 soies en crochet aux lobes 6, 6 À 8 soies aux lobes 7. Mais on n’observe pas une augmentation régulière du nombre des soies en fonetion de la taille d’individus différents, co qui révèle l’hétérogénéité de la population en ce qui concerne ce caractère. Le maximum observé (15 soies) correspond au lobe 6 d'un £4 de
1,98 mm., alors que de nombreux 44 de taille supérieure ne possédaient que 8 soies à ce même lobe, et que le plus grand o' mesuré (L = 2,28 mm.) portait 11 soies au lobe 6 et 10 au lobe 7. Enfin, il me paraît intéressant de signaler, parce que ce fait, ajouté au précédent, témoigne clairement d'une certaine indépendance entre la formation du lobe et l'apparition des soies en crochet, et, par conséquent, de la possibilité d’une sélection intra-spécifique portant sur le nombre des soies, qu'un grand mâle (L — 2,03 mm.), dont les lobes étaient normalement développés, ne portait que 3 soies en crochet aux deux péréiopodes 6 et 1 à chacun des péréiopodes 7.
Le rôle sexuel des différenciations des péréiopodes postérieurs ne fait aucun doute. Au cours de la précopulation, qui peut durer plusieurs heures, le mâle est agrippé dorsalement à la femelle, têtebêche, à l’aide de ses P 4 et P 5. ForsMAN a observé que, durant
cette période, les autres péréiopodes sont animés de mouvements vibratoires, P 6 et P 7 étant particulièrement actifs, et tambourinant en quelque sorte sur le dos de la femelle, fouettée par ailleurs par , les antennes du mâle.
La fig. 8, donne, mieux qu’une longue description, une idée de l PO NE meet one en mt marginale du pléotelson. La pau- (fig. I) et chez un prémâle (fig. IL). vreté de cette ornementation, relativement à celle d’autres formes, se retrouve d’ailleurs tout le long de la marge latérale des segments thoraciques et de la tête ; elle est particulièrement frappante sur la fig. 8,, qui correspond à un prémâle
albifrons et s’observe aussi chez les femelles de cette espèce.
Les mâles de la forme albifrons, pour la population étudiée, ne dépassent pas 2,3 mm. de longueur ; l'élargissement des deux derniers segments thoraciques et du pléotelson, autre caractère sexuel secondaire des Jaera marina, est peu marqué, et les bords latéraux du corps,
moyennement large, demeurent sub-parallèles à partir du deuxième seg-
ment libre.
Femelles. — Les femelles, dont le corps est à peu près ovale, atteignent des tailles très supérieures à celles des mâles : des 9° dépassant 4,6 mm. (dimension double de celle des plus grands 44) sont fréquentes, aussi bien dans les élevages que dans les conditions naturelles.
Leurs péréiopodes 6 et 7 sont de type normal, et dépourvus de différenciations particulières : les carpopodites portent, du côté interne, dans leur partie distale, et dans le sens proximo-distal (fig. 9)
FIG. 9. — J. m. albifrons. Représentation schématique de la partie distale du carpopodite d'un péréiopode postérieur (6 ou 7) chez une femelle : C, carpopodite ; P, propodite ; s. d., soie droite sub-distale : e. b., épine bifurquée ; s. e., soie épineuse ; f. t., frange terminale de soies courtes.
— une soie droite sub-distale ;
— un épine, bifurquée dans sa partie terminale, accompagnée parfois d’une soie épineuse ou d’une seconde épine ;
— une frange de soies, denses et très courtes, homologue de celle qu’on rencontre sur les péréiopodes 1 à 5 des deux sexes et qui s'étend entre l’épine la plus distale et le condyle d’articulation avec le propodite.
FoRSMAN a signalé que l’épine de P 7, chez les ©9 albifrons, est généralement plus forte que celle des 99 d’autres formes, mais ce caractère est trop incertain et d'appréciation trop difficile pour permettre une détermination systématique,
2, — Érupe DU DÉVELOPPEMENT POST-EMBRYONNAIRE.
Le développement post-embryonnaire de J. m. albifrons, que nous envisagerons ici d’un point de vue descriptif, peut être aisément suivi par élevage des jeunes, à partir du moment où ils quittent le marsupium maternel, pour mener leur vie libre. Le beau travail de Mac MurricH (1895), et quelques observations de FORSMAN (1944) sur la vie intramarsupiale des J.m., rendent compte des phases embryonnaires du développement.
La présente étude des stades post-embryonnaires précise et complète celle que FORSMAXN a précédemment consacrée à ce même sujet. Elle nous fournira une base morphologique rigoureuse, indispensable à l'analyse biométrique de la croissance juvénile.
Les modalités de croissance de la forme albifrons se retrouvant dans les autres espèces de J. m., je me bornerai, pour celles-ci, à insister sur leurs seules particularités, qui tiennent à l’apparition de caractères sexuels secondaires propres, intéressant le gradient du corps ou les différenciations des péréiopodes.
Les étapes du développement se définissent avec une grande netteté chez les mâles, tandis que les femelles conservent, au cours des mues successives, une morphologie juvénile 1. C’est donc sur l’étude du développement des Jaera de sexe mâle que repose la distinction des étapes juvénile, de prépuberté et de post-puberté.
Étape juvénile. — T’étape de prépuberté apparaissant plus ou moins tôt suivant les individus, l’étape juvénile qui la précède peut comporter trois, quatre ou même cinq stades.
Stade I (fig. 10). — Les J. m. sortent d'ordinaire, activement, du marsupium maternel sous un état morphologique que je définirai comme stade I, parce qu’il constitue toujours le premier stade de vie active ; c’est alors quelques heures après leur naissance que la mère mue, libérant éventuellement avec son exuvie les jeunes qui ne se seraient pas encore dégagés. La corrélation entre la durée du développement intra-marsupial et la longueur de l’intermue n’est cependant pas aussi absolue qu'il pourrait sembler : il n’est pas rare qu’à leur première ponte, les jeunes P9
1. La seule modification tient à l’apparition d’oostégites chez les femelles ovigères.
muent avant que leur portée — qui naît alors prématurément — ait atteint le stade I ; j’ai observé par ailleurs, sur de vieilles 99, que des portées entières, parvenues au stade I, mais incapables, pour une raison indéterminée 1, de se libérer par leurs propres moyens, mouraient dans le marsupium de la mère, la mue de celle-ci survenant trop tard.
Chez les J. m. de stade I, la tête et les segments thoraciques 2 à 6 portent une soie de chaque côté. Il n'existe aucune soie sur le premier
FIG. 10, — J, m. albifrons. Jeune de stade I (étape juvénile).
segment thoracique ?, ni sur le septième, qui est, en outre, beaucoup moins large que les précédents, incomplètement développé, et ne porte pas de péréiopodes. À la naissance, les J/. m. n'ont donc que six paires de pattes thoraciques, et la différenciation ontogénétique de la partie postérieure du corps n’est encore que peu avancée. Le fouet antennaire, dans la forme albifrons, est formé de 8 articles. Aucun caractère morphologique ne permet de différencier les sexes.
Stade IT (fig. 11). — Le premier segment thoracique, comme les segments 2 à 6, porte normalement deux soies de chaque côté. Mais il arrive