CARACTÈRES QUALITATIFS
Mâûles. — Les variants sexuels qui s’observent, chez les mâles de l’espèce syei, sur les deux paires postérieures de péréiopodes, ont été décrits et figurés par Syxe dès 1887, puis par KESSELYAK en 1938, pour des Jaera des côtes allemandes, mais considérés par ces auteurs comme caractéristiques de l’espèce J. m. tout entière. Ils rappellent ceux des mâles albifrons : la partie distale interne des carpopodites des P 6 et des P 7 est élargie en un lobe proéminent, tandis que les autres articles de ces péréiopodes ne manifestent aucune différenciation spéciale. Cette analogie des caractères sexuels des J. m. syei et albifrons explique que FORSMAN, tout en signalant succinctement une des particularités des lobes chez les exemplaires de certaines populations baltiques, n'ait pas cru devoir les séparer des albifrons typiques. Ils en diffèrent pourtant suffisamment, par certains détails constants de forme et d’ornementation
FIG. 27. — J. m. syei. Péréiopodes 6 (fig. 1), 7 (fig. 2) et 1 (fig. 3) d’un mâle de taille moyenne. Le trait qui indique l’échelle représente 0,2 mm.
des lobes, par la garniture de soies de la zone marginale du corps, et par l’ensemble de leurs caractères quantitatifs pour que la distinction d’une forme particulière, que j'ai dédiée à la mémoire de C. G. SYE, soit
justifiée.
Chez les mâles syei, l'élargissement du carpopodite des P 6 et des P 7 intéresse toute la moitié distale de cet article, la courbure de son bord interne pouvant même apparaître dès sa moitié proximale pour le lobe de P 6 : le lobe de P 7 débute toujours un peu plus distalement que le précédent (fig. 27 et 28). Les lobes de la forme syei s’attachent donc
Fra. 28, — J, m. syei. Carpopodites des péréiopodes 6 et 7 d'un mâle de grande taille.
Le trait qui indique l'échelle représente 0,2 mm. 1 Il
beaucoup plus largement sur les carpopodites que ceux de la forme albifrons. Corrélativement, ils sont moins déjetés dans le sens distal et débordent peu, même chez les plus grands exemplaires, sur le bord proximal interne du propodite. Au cours de la formation des lobes, les péréiopodes 6 et 7, comme ceux de la forme albifrons, perdent la frange de soies courtes qui garnit les régions terminale et distale interne des carpopodites des péréiopodes antérieurs (fig. 27,) et des péréiopodes 6 et 7 des jeunes.
Le bord interne des lobes, relativement étendu, porte la soie droite sub-distale et des soies en crochet, toujours plus abondantes que chez les albifrons. Il n'existe jamais d’épine.
Le nombre des soïes en crochet n'étant pas en étroite corrélation avec la taille des animaux, les indications données ci-dessous n’ont qu’une valeur moyenne.
Les lobes 6 et 7 portent parfois le même nombre de soies, mais, plus fréquemment on observe, en faveur de l’un quelconque d’entre eux, une différence de quelques
unités (généralement 1 ou 2, mais pouvant atteindre, chez les grands exemplaires, 5 à 6).
Le plus petit mâle mesuré (L — 1,36 mm.) ne possédait que 7 soies en crochet au lobe 6, et 6 au lobe 7. Mais les mâles de petite taille (1,4 mm. < L < 1,6 mm.) ont presque toujours 15 à 20 soies à chaque lobe (minimum observé 12). Les mâles de taille moyenne ou assez grands (1,9 mm. < L < 2,2 mm.) sont pourvus de 20 à 30 soies par lobe. Le plus grand exemplaire étudié (L — 2,49 mm.) montrait 40 soies au lobe 6, 38 au lobe 7.
Les soies en crochet sont le plus souvent situées toutes distalement par rapport à la soie droite, mais il arrive que deux ou trois d’entre elles apparaissent de l’autre côté de ce repère.
Les péréiopodes antérieurs ne montrent en général aucune différenciation particulière (fig. 27,), et sont très semblables à ceux de la forme albifrons. Cependant, sur les carpopodites de P 5, et parfois de péréiopodes plus antérieurs, de vieux mâles, apparaissent, distalement, une ou deux soies identiques aux soies en crochet des lobes postérieurs ; un faible élargissement de la partie distale du carpopodite de P 5 témoigne lui aussi, d’une réaction tardive et timide de ce cinquième péréiopode aux facteurs sexuels vis-à-vis desquels les P 6 et P 7 constituent, dès le stade avant-prémäle, des effecteurs particulièrement sensibles.
La zone marginale du pléotelson (fig. 29) et les bords latéraux des segments thoraciques et de la tête portent une garniture très dense de soies alternativement longues et courtes. La richesse de cette ornementation, qu’on retrouve à un moindre degré chez les femelles, est déjà très manifeste chez les prémäles (comparer les fig. 8 et 29).
Les mâles de la forme syei sont nettement plus larges, plus trapus, que les mâles albifrons. L’élargissement postérieur du corps est assez peu marqué.
Femelles. — Les femelles syei ont la même forme générale que les femelles albifrons. Elles ne se distinguent pas davantage de celles-ci par leurs péréiopodes, de type normal. Leur pléotelson est cependant relativement plus large que celui de la forme précédente, mais nous retrou-
verons ce caractère, d'utilisation d’ailleurs difficile, pour l’espèce ischosetosa. Il n'existe donc pas de caractère morphologique qui permette la détermination certaine des femelles syez.
| \ FiG. 29, — J, m. syei. Garniture de soies de la zone marginale du pléotelson chez un mâle (fig. I) et chez un prémâle (fig. II).