‹ Recherches sur le polymorphisme naturel des Jaera marina (Fabr.) (Isopodes Asellotes): Essai de systématique évolutiveChapitre 49 sur 70 · ARCH. DE ZOOL. EXP. ET GÉN. — T. 90. — FASO · texte numérisé non relu

ARCH. DE ZOOL. EXP. ET GÉN. — T. 90. — FASO

1°) à considérer comme très proches parentes, du point de vue évolutif, les diverses formes de cet Isopode, en raison de leurs potentialités héréditaires communes ; -

20) à séparer l’ensemble de ces formes des autres ensembles systématiques reconnus à l’intérieur du genre Jaera, et qui en diffèrent par leurs potentialités génétiques. L

Nous aboutissons donc aux mêmes conclusions auxquelles nous avaient conduit les études de morphologie comparée, dans la première partie de ce travail.

L'identité de ces résultats, obtenus par deux ordres de recherches indépendants, ne saurait résulter d’une convergence fortuite et donne une valeur rigoureuse aux inférences suivantes, touchant l’évolution des Jaera.

Des variations hériditaires, intéressant notamment, dans leurs manifestations les plus visibles, les pléopodes copulateurs des mâles, qu’elles ont modifiés dans des sens divers, ont tout d’abord provoqué la différenciation des populations d’une forme ancestrale, commune à toutes les Jaera actuelles, en un certain nombre de groupes systématiques, sexuellement isolés les uns des autres. Les caractères des préopercules se sont alors stabilisés, par épuisement momentané ou définitif de leurs potentialités évolutives, et suffisent à définir les espèces actuelles du genre Jaera. L’une de ces espèces, issue de cette différenciation de premier ordre, caractérisée par un préopercule de type particulier, et manifestant déjà, ou possédant tout au moins à l’état potentiel, un polychromatisme très singulier, représente la forme ancestrale des Jaera marina, équivalente, du point de vue évolutif, aux autres espèces de J/aera, mais que des variations ultérieures, portant sur plusieurs modèles de différenciations sexuelles secondaires, ont scindé, dans une deuxième étape évolutive, qui se poursuit sans doute de nos jours, en un certain nombre de formes, dont six sont maintenant connues.

Si l’existence d’une Jaera marina ancestrale ne saurait faire de doute, nous ne pouvons évidemment prétendre à en connaître, de façon précise, la morphologie, à l'exception évidemment de caractères communs aux Jaera et de la forme du préopereule des mâles, notamment en ce qui concerne les différenciations sexuelles secondaires des mâles et le style du gradient biométrique du corps. Nous reviendrons ultérieurement (Deuxième partie, chapitre vir) sur les hypothèses qu’on peut émettre à ce sujet.

Au cours de l’évolution des J, m., les mutations dont dépend le polychromatisme se sont maintenues, ou sont apparues parallèlement dans les différentes formes : la rareté des hybrides naturels exclut en effet toute possibilité d'échanges géniques inter-spécifiques par hybridation introgressive. Ces caractères de coloration n’ont probablement pas de valeur évolutive efficace, ce qui conduit à refuser aux gènes qui les déterminent toute action physiologique propre, et toute liaison étroite avec des gènes physiologiquement actifs. Le polychromatisme des J. m. appartient, de toutes manières, à la catégorie du « polymorphisme équilibré » (« balanced polymorphism ») de E. B. Forp (1940, 1945).

Nous allons montrer, à partir de l'étude des hybrides inter-spécifiques, que d’autres mutations, dont la signification évolutive ne saurait être discutée, sont responsables du polytypisme actuel des J. m..

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