CARACTÈRES DES HYBRIDES DE PREMIÈRE GÉNÉRATION
Tous les mâles hybrides de première génération sont d’aspect intermédiaire entre ceux de leurs parents, en ce sens qu’ils possèdent, réunis sur leurs péréiopodes, mais réalisés sous une forme atténuée, les deux types de caractères sexuels secondaires qui servent à définir respectivement, d’un point de vue qualitatif, chacune des formes parentes.
C’est donc la description de ces péréiopodes qui fera l’objet principal de cette étude morphologique. Cependant les données biométriques relatives au corps, qui expriment au mieux la forme de celui-ci, au cours de sa croissance, seront exposés pour les hybrides entre albifrons, ischiosetosa et forsmani.
Tous les hybrides analysés ci-dessous proviennent de croisements entre des individus appartenant aux populations naturelles mêmes, à partir desquelles ont été définis, dans la première partie de ce travail, les caractères des différentes espèces de J. m. Tous ont été maintenus dans les conditions d’élevage standard données pp. 212-214.
Hybrides entre albifrons et ischiosetosa (A-T et T-A).
a) Description des péréiopodes 6 et 7 chez les mâles A-T et I-A.
Les caractères sexuels secondaires propres aux mâles albifrons et ischiosetosa se manifestant sur les mêmes péréiopodes postérieurs 6 et 7, c’est à la description de ces appendices que je limiterai l’étude de morphologie qualitative des males hybrides. Cette description vaut pour tous les hybrides de première génération, qui sont apparemment identiques, quel que soit le sens du croisement dont ils proviennent (© albifrons X & ischiosetosa ou © ischiosetosa X & albifrons), et entre lesquels l’étude biométrique, qui précisera ces indications relatives aux péréiopodes et présentera les données relatives à la forme générale du corps, ne révèle pas de différence significative.
Les deux dernières paires de pattes des mâles hybrides (fig. 43) rappellent, par le lobe de leurs carpopodites, les mâles albifrons, et par les soies de leurs ischiopodites, les mâles ischiosetosa. Mais ces différenciations sexuelles, ainsi réunies chez les hybrides, n’y acquièrent qu'un faible développement, en comparaison de celui qu’elles atteignent dans les formes naturelles.
Les carpopodites sont nettement plus allongés que ceux des albifrons et portent chacun, dans leur partie distale interne, un lobe indiscutable, mais assez peu proéminent, et qui se projette à peine, distalement, sur le bord proximal des propodites. Comme chez les males albifrons, le lobe des P 7 commence plus distalement que celui des P 6. Mais il demeure, sur ces septièmes pattes thoraciques, moins développé que sur les sixièmes, et il est aussi moins déjeté distalement, même chez les plus grands hybrides observés (L — 2,5 mm.), alors que, dans la forme albifrons, ce lobe des P 7 prend très tôt plus d'importance que celui des pattes précédentes.
L’ornementation de ces lobes est très voisine de celle qu'on observe chez ceux des albifrons. Mais, distalement par rapport à la soie droite sub-distale, les soies en crochet sont, chez les hybrides, presque toujours terminées en un filament régulièrement atténué qui fait défaut aux albifrons. Très généralement, les lobes des P 6 portent davantage de soies en crochet que ceux des P 7, mais les différences entre les nombres respectifs de soies correspondant aux lobes 6 et 7 sont, le plus souvent, très supérieures à celles qu’on trouve chez les albifrons (tableau X XVI).
FIG. 43. — Hybrides de première génération entre les espèces J.m. albifrons et J. m. ischiosetosa : péréiopodes postérieurs P6 et P7 d’un même hybride, Comparer aux figures 5 et 31. Le trait qui indique l'échelle
représente 0,2 mm.
Enfin, il est important de noter que, chez les hybrides de grande taille, le nombre des soies en crochet dépasse régulièrement 15 (maximum observé chez les albifrons) et atteint 24. Ce fait tient sans doute à ce que la marge interne des lobes 6, entre la soie droite et le bord terminal du
carpopodite, étant plus large que chez les albifrons, permet l’apparition d’un nombre plus élevé de soies. Il existe d’ailleurs, pour la forme des lobes des sixièmes péréiopodes, une ressemblance certaine entre les grands hybrides I-A ou A-I et les mâles sye.
En relation avec le faible développement des lobes, il subsiste, au bord terminal interne des carpopodites de P 6 et P 7, une frange réduite de soies courtes, analogue à celle qui, présente chez les jeunes albifrons, disparaît régulièrement, dans cette espèce, à partir de la puberté.
Les ischiopodites des mâles hybrides sont à peine plus forts que ceux des mâles albifrons. Au lieu du riche feutrage de soies qui, chez les mâles ischiosetosa, orne la moitié distale de leur bord interne, on n'observe, chez les hybrides, que des soies assez rares, toujours dénombrables, et qui sont, en outre, relativement longues. Le maximum obtenu est de 10 soies pour l’ischiopodite de P 7, presque toujours un peu plus fourni que celui de P 6 (tableau XXVI).
Les deux types de différenciations sexuelles des hybrides apparaissent parfois simultanément, chez les prémâles. Cependant, alors que le lobe est toujours visible dès cette étape de croissance, il arrive fréquemment que les soies des ischiopodites ne se manifestent qu'au stade suivant (premier stade mâle).
Les lobes présentent, suivant les prémâles, des garnitures diverses ; j'ai observé, sur différents prémâles hybrides (en plus de la soie droite, toujours présente) les combinaisons suivantes :
Sur le lobe 6 Sur le lobe 7 1 épine | O0 épine ; 0 soie en crochet 1 soie en crochet | 1 épine 0 épine ; 0 soie en crochet | 0 épine * 0 soie en crochet 0 épine ; 1 soie en crochet | 0 épine ; O0 ou 1 soie en crochet 0 épine ; 2 soies en crochet | 0 épine ; O0 à 2 soies en crochet
Un des prémâles présentait, sur les lobes de P 6, d’un côté une soie en crochet, à l'exclusion d’épine, de l’autre côté, une épine, à l'exclusion de soie en crochet. Il semble donc que ces deux formations, pourtant si différentes d'aspect, puissent être considérées comme équivalentes, d’un point de vue morphogénétique. L'étude d’autres hybrides nous fournira des arguments complémentaires en faveur de cette interprétation.
Les ischiopodites des P 6 et P 7, chez les prémâles, sont parfois tous dépourvus de soies ; on trouve, chez d’autres individus, une soie à l’ischiopodite des P 6, ou des P 7, ou des P 6 et P 7.
b) Étude biométrique des mâles I-A et A-I.
Grandeurs du corps. — Les mesures habituelles ont porté d’une part sur 217 prémâles et mâles I-A (dont 157 mâles), d'autre part sur 202 prémâles et mâles A-I (dont 138 mâles). On trouvera les résultats biométriques relatifs aux deux catégories de mâles hybrides dans les tableaux XXVIT et XXVIITI. La grandeur de référence L varie, en logarithmes népériens, de 2,0 à 2,80 pour l’ensemble des prémâles et des mâles, et de 2,10 à 2,80 pour les mâles traités à part, aussi bien dans le cas des I-A que des A-I. Pour les hybrides I-A, la longueur de l’opereule va de 1,30 à 1,95.
Les coefficients d’allométrie de grandeurs homologues, pour les hybrides I-A et A-T, sont légèrement différents, et régulièrement plus élevés pour les A-T que pour les I-A. Il n’existe cependant aucune évidence statistique qui empêche de considérer ces deux lots d'individus comme deux échantillons d’une même population d’hybrides : les valeurs de la statistique F, auxquelles conduisent les comparaisons effectuées suivant la méthode de REEVE, n’indiquent la possibilité d’une différence, sans que celle-ci puisse d’ailleurs être considérée comme statistiquement prouvée, qu'entre les valeurs de «', pour les /, et /,, et de B', pour un certain nombre d'organes. Ces écarts tiennent peut-être au fait que la population de l’Aber de Roscoff (forme ischiosetosa) était disparue au moment où une partie des croisements, d’où sont issus les hybrides A-I, ont été effectués, et que, en conséquence, ce sont des mâles ischiosetosa, gardés au Laboratoire, et peut-être inconsciemment sélectionnés au cours des générations successives qui ont été utilisés pour féconder des femelles albifrons. 11 est possible aussi que des analyses biométriques portant sur des hybrides plus nombreux montrent, à l’avenir, de légères différences entre les hybrides réciproques.
Quoi qu’il en soit, il m'a semblé légitime de réunir l’ensemble des résultats dont je disposais, et de présenter, dans le tableau XXIX, les valeurs des coefficients d’allométrie calculés pour l’ensemble des hybrides entre ischiosetosa et albifrons.
Péréiopodes. — Les résultats biométriques relatifs aux péréiopodes figurent dans le tableau XXX, que complètent les données suivantes : en logarithmes népériens, L-, varie de 0,9 à 1,80 pour les prémâles et mâles I-A, de 1 à 1,80 pour les mâles I-A, de 0,9 à 1,75 pour les prémâles et mâles A-T, de 1 à 1,75 pour les mâles A-I ; pour les hybrides I-A + A:-I, L, ; va de 1,35 à 2,05 pour les mâles, de 1,25 à 1,575 pour les prémâles, et L,, de 1,30 à 2,2 pour les mâles et de 1,25 à 1,6 pour les prémâles.
Les seuls écarts un peu importants entre les hybrides I-A et A-T s’observent pour les constantes d'équilibre de L,, étudiée en fonction de L; ils sont d’ailleurs dépourvus de valeur différentielle sûre. Pour les autres grandeurs, seuls les résultats correspondant à l’ensemble des hybrides méritent d’être donnés. Les calculs ont porté séparément sur les prémâles et les mâles, pour les largeurs de P 6 et de P 7 étudiées en fonction des longueurs respectives des carpopodites ; ils montrent, les valeurs de x traduisant seules la réalité graphique, que, chez les hybrides, comme chez les mâles albifrons, la phase de prépuberté représente, pour les carpopodites des péréiopodes postérieurs, une période de sensibilité particulière aux mécanismes dont dépend la réalisation des différenciations sexuelles.
c) Comparaison biométrique des hybrides I-A + A-T et des espèces parentes albifrons et ischiosetosa.
Les hybrides ne manifestant aucune évidence d’hétérosis, la comparaison de leurs caractères biométriques et de ceux des formes parentes n'offre aucune difficulté particulière.
La simple observation de la fig. 44, sur laquelle ont été reportés, en valeurs de «, les gradients d’allométrie des mâles albifrons, ischiosetosa et hybrides (I-A + A-T), conduit à une vue d’ensemble de leurs relations, pour les grandeurs du corps, et montre en particulier que la courbe des hybrides suit avec une régularité très satisfaisante celle des albifrons, mais qu'elle se trouve décalée par rapport à celle-ci dans le sens des valeurs plus élevées de «. Elle se place, pour la région antérieure du corps, de liste à l, entre les courbes parentales, mais, en raison du palier qui confère au gradient des ischiosetosa un caractère très particulier, elle coupe ensuite la courbe des ischiosetosa, pour la suivre de très près à partir de /,.
L'application de la méthode de REEvVE permet des comparaisons plus sûres, tenant compte de la précision avec laquelle sont connus les résultats comparés. Il apparaît comme pratiquement certain que, pour les largeurs de la tête et du premier segment thoracique, les hybrides sont intermédiaires entre les parents, tout en étant un peu plus voisins toutefois de la forme ischiosetosa, qui présente les constantes d'équilibre les plus fortes. Les valeurs de la constante d'équilibre, tout en s’écartant
sn d'ttitel
ensuite, de façon significative pour 4, probable pour /, à /, de celles des albifrons, ne diffèrent pas, à partir de 4 (à l'exception d’une différence probable : 0,01 < P < 0,05 pour L,) de celles de la forme ischiosetosa et deviennent presque identiques aux coefficients de cette espèce dans la partie postérieure du corps, à partir de /,.
FIG. 44. — Comparaison des gradients d’allométrie des espèces J. m. albifrons, J. m. ischiosetosa (représentés en traits interrompus) et de leurs hybrides A-I + I-A (représenté en trait plein).
La comparaison des caractéristiques biométriques des péréiopodes apparaît avec une netteté suffisante dans le tableau XX XT pour rendre superflu tout commentaire détaillé. On remarquera que les constantes d'équilibre des hybrides diffèrent nettement, pour L, ,; en fonction de L, L, ,; et L,, en fonction de L, ,, des x’ homologues de l’espèce albifrons et sont très voisines de celles de l’espèce ischiosetosa, plus élevées. Seule, l’étude de !, , et /, , en fonction de L, , et L, , exige quelques remarques. Pour les prémâles, la méthode de R&EVE, portant sur les valeurs de 4’, ne met en évidence, pour /,, en fonction de L, ,;, que des différences affaiblies, et son application n’aurait aucun sens pour 1, , considéré en fonction de L, ;. Il est hors de doute que, dans ces derniers cas, l’étude
graphique, ou les valeurs de «, traduisent plus réellement les caractères intermédiaires des hybrides. Encore convient-il d’insister un peu sur la signification des chiffres obtenus : les croissances de /,, et Z.; ont été étudiées relativement aux grandeurs L, , et L,, qui ont, elles-mêmes, des allométries différentes chez les hybrides et les parents ; si on rapporte les valeurs de /,, et /,, à L, on obtient, en valeurs de x
1 | O 12 2 23 X FIG, 45, — Croissance relative de /p, en fonction de Lp,, pour les prémâles et les mâles, chez les J.m. ischio-
setosa (I), les J. m. albifrons (A) et leurs hybrides de première génération (I-A + A-T).
— chez les prémales
pour 4, en fonction de L : 1,51; chez les hybrides contre 1,68, chez les albifrons.
pour /,, en fonction de L : 1,57, chez les hybrides contre 1,73, chez les atbifrons.
— chez les males
pour /,,4 en fonction de L : 0,97; chez les hybrides contre 1,00, chez les albifrons,
rs
pour /,, en fonction de L : 0,86, chez les hybrides contre 0,96, chez les albifrons.
Ces chiffres rendent plus manifeste la ressemblance des hybrides et des albifrons, en ce qui concerne la croissance relative du lobe de P 6,
1,1 2 es ir
F1G. 46. — Croissance relative de /P, en fonction de Lp ,, pour les prémâles et les mâles, chez les J, #». ischiosetosa (I), les J. m. albifrons (A) et leurs hybrides de première génération (1-A + A-I).
pendant toute la vie des animaux de sexe mâle, et la croissance relative du lobe de P 7, chez les prémâles. Au contraire, pour /,, rapportée à L, ,, la valeur de « devient, après la phase de sensibilité particulière aux actions morphogénétiques sexuelles, et pour l’ensemble des stades post-pubéraux, très semblable à celle de la grandeur homologue des mâles ischiosetosa. Ainsi s'explique, par le fait que le lobe de P 7 obéit successivement, au cours des étapes de croissance, aux deux modalités biométriques qui caractérisent respectivement chacune des formes
parentes, tandis que celui de P 6 poursuit régulièrement une croissance proche de celle des mâles albifrons, la différence d’aspect morphologique des péréiopodes 6 et 7. Les courbes de croissance portées sur les fig. 45 et 46, établies d’après les valeurs de « et des indices origine, représentent bien l’aspect intermédiaire des lobes de P 6 et P 7 des hybrides, assez voisins, pour P 6, de ceux des albifrons, beaucoup moins marqués, sur P 7, que ceux de cette espèce.
Le cas de /, ,, étudiée relativement à L, ;, constitue la seule exception, d’ailleurs très remarquable, et dont une interprétation sera ultérieurement proposée (p. 381-382), à la conclusion qui résume toutes les autres comparaisons biométriques entre les hybrides I-A + A:-T et les espèces albifrons ou ischiosetosa, et selon laquelle les hybrides se rapprochent, généralement de très près, de celui de leurs parents qui, pour chacune des grandeurs considérées, possède la constante d’équilibre la plus forte.
Hybrides entre albifrons et forsmani (A-F et F-A).
a) Description des péréiopodes chez les mâles A-F et F-A.
Les péréiopodes antérieurs, notamment leurs deux premières paires, portent, chez les vieux mâles hybrides, que ceux-ci proviennent des croisements ® albifrons X & forsmani ou © forsmani X & albifrons, de rares soies recourbées, témoignant de la transmission aux hybrides d’une différenciation sexuelle, pourtant peu marquée, des mâles /orsmani.
Mais ce sont surtout les carpopodites des péréiopodes postérieurs (fig. 47) qui caractérisent les hybrides A-F et F-A, et révèlent leur caractère intermédiaire.
Ces carpopodites, et surtout celui de P 6, sont nettement plus larges, dans leur ensemble, que ceux des mâles albifrons, et montrent, dans leur partie distale interne, un lobe assez peu marqué, mais toujours apparent dans les stades post-pubéraux, manifestement hérité des parents albifrons. Le lobe de P 6 se marque par une sinuosité régulière débutant vers le milieu du carpopodite ; le lobe de P 7 est plus distal ; aucun d’eux n’est déjeté distalement et ne se projette notablement sur le bord interne du propodite. Le faible développement des lobes permet la persistance, dans la région distale des carpopodites, de la frange de soies courtes.
L'ornementation des lobes est assez variable d’un hybride à l’autre, indépendamment de la taille des individus (tableau XXXII).
ee 7
FIG. 47. — Hybrides de première génération entre les espèces J. m. albifrons et J. m. forsmani : péréiopodes
postérieurs P6 et P7 d’un même hybride, Comparer aux figures 5 et 40. Le trait qui indique l’échelle représente 0,2 mm.
Chez certains mâles, les lobes de P 6 et de P7 ne portent, en plus de la soie droite, que des soies homologues des soies en crochet, mais qui sont, à la différence des soies typiques des albifrons, longues et régu-
lièrement effilées ; il arrive fréquemment qu’une ou plusieurs soies de ce type apparaissent en position proximale par rapport à la soie droite.
F1. 48, — Hybrides de première génération entre les espèces J,m. albifrons et J.m. forsmani : divers aspects des carpopodites de P7,
Les soies sont toujours plus nombreuses sur le lobe de P 6 ; leur nombre est généralement inférieur à 15, mais un hybride possédant 18 soies à
été observé.
On rencontre fréquemment une autre garniture plus caractéristique :
à) DS
aux soies homologues des soies en crochet, parfois sur P 6 et sur P 7, mais bien plus régulièrement sur P 7 seulement, s'ajoute une épine bifurquée, ou une soie épineuse. On peut d’ailleurs trouver divers intermédiaires (fig. 48) entre une épine véritable et une soie à peine plus forte que les autres, ce qui confirme l’analogie de ces formations. Rarement, et toujours chez de gros exemplaires, j'ai observé la présence simultanée d'une épine et d’une soie épineuse, ou de deux épines (toujours sur P 7). Enfin, j'ai gbtenu un hybride qui présentait, sur P 7, 5 épines distales, 1 soie en crochet, et deux épines marginales (fig. 48), tout se passant alors comme si la plupart des soies du type albifrons étaient transformées en épines du type jorsmani.
Les lobes sont généralement repérables dès l’état prémâle, mais leur apparition, dans une série de portées provenant d’un même croisement, fut plus tardive. Dès ce stade, on rencontre des individus pourvus ou dépourvus d’épine aux carpopodites des pattes postérieures. Il n'existe qu'assez rarement de soies homologues des soies en crochet, leur nombre étant toujours faible (maximum : 2 soies sur le lobe de P 6, 1 sur le lobe de P 7). 4
b) Étude biométrique des mâles F-A.
45 prémäles et mâles ayant seulement été mesurés pour les hybrides A-F, l’étude suivante portera uniquement sur les hybrides F-A. Les points relatifs aux A-F se placent d’ailleurs régulièrement dans les nuages représentatifs correspondant aux grandeurs homologues des hybrides réciproques.
Grandeurs du corps. — Les mesures ont porté sur 184 prémâles et mâles F-A (dont 136 mâles). Les résultats biométriques relatifs aux grandeurs du corps figurent dans le tableau XX XIII. En logarithmes népériens, les valeurs de L s’échelonnent entre 2,05 et 2,90, et la longueur de l’opercule varie de 1,20 à 1,95.
Péréiopodes. — Les résultats biométriques relatifs aux péréiopodes figurent dans le tableau XXXIV. La constante d'équilibre de /» , étudiée relativement à L, 4 est entachée d’une forte erreur standard. Le nombre trop restreint des prémâles hybrides de stade V (29) n'autorise pas l’étude de la croissance de /, ; en fonction de L, ;, chez les prémâles.
Les données suivantes complètent les indications portées dans le tableau : en logarithmes népériens, L> ; va de 0,95 à 1,80 pour l’ensemble des individus mesurés, et de 1,05 à 1,80 pour les mâles ; L, ç; est comprise pour les prémâles entre 1,30 et 1,60 ; pour les mâles entre 1,35 et 2,05 ; L, , varie entre 1,40 et 2,10 chez les mâles.
ARCH. DE Z00L. EXP. ET GÉN. — T. 90. — Faso. 4. 22
c) Comparaison biométrique des hybrides F-A et des espèces parentes albifrons et forsmani.
La fig. 49 montre que les valeurs de x, pour les hybrides, se placent en général entre les valeurs homologues des constantes d'équilibre correspondant aux albifrons et aux forsmani. Mais, alors que le taux d’allo-
FiG. 49, — Comparaison des gradients d'allométrie des espèces J, m. albifrons (A). J. m. forsmani (F) représentés en traits interrompus) et des hybrides F-A (représenté en trait plein).
métrie de lwx est très voisin de celui des /orsmani, les différences deviennent significatives, à partir de /,, entre les F-A et les forsmani (tableau XX XV) ; à partir de Z, la courbe des hybrides suit de très près le gradient des albifrons, c'est-à-dire de celle des formes parentes qui possède les valeurs les plus élevées de «.
De même, pour L, , considérée relativement à L, L, , et L, , étudiées en fonction de 1, ,, c’est du parent auquel correspondent les plus fortes valeurs de la constante d'équilibre que se rapprochent les hybrides.
Au contraire, pour /, ; rapportée à L, ;, après une phase fortement majorante (mais atténuée par rapport à celle des albifrons), durant l’état prémâle, la croissance reste, au cours des stades post-pubéraux, voisine de celle des albifrons et s'écarte significativement de celle des /orsmani, que caractérise pourtant, pour la grandeur envisagée, une valeur de x supérieure à celle des a/bifrons. Il en va de même pour {, , rapportée à L, , chez les mâles. On retrouve done, mais cette fois pour les deux paires de péréiopades postérieurs, une particularité analogue à celle qu'offre l'étude de !, , rapportée à L, ; chez les hybrides I-A + A-T.
Hybrides entre forsmani et ischiosetosa (F-I et I-F).
a) Description des péréiopodes des mâles hybrides F-I et I-F.
Des soies recourbées apparaissent plus ou moins tôt (mais à des tailles L toujours supérieures à 1,9 mm.) sur les péréiopodes antérieurs et surtout sur les carpopodites et méropodites des P 1 et P 2, chez les mâles F-I ou I-F : cette différenciation prouve la transmission aux hybrides d’un caractère sexuel propre aux forsmani. Les nombres maxima de soies recourbées ont été observés sur un mâle de 2,26 mm., qui en possédait 6 au carpopodite et 3 au méropodite de P 1, 5 au carpopodite et 2 au méropodite de P 2, 2 au carpopodite de P 3.
Par les caractères de leurs péréiopodes postérieurs (fig. 50), les hybrides se révèlent intermédiaires entre les forsmani et les ischiosetosa : ils rappellent ces derniers par les soies qui garnissent leurs ischiopodites et, par la forme et les épines de leurs carpopodites, les mâles /orsmani.
Pour des Jaera de même taille, les soies des ischiopodites de P 6 et P 7 sont toujours beaucoup moins nombreuses, et aussi relativement plus longues, chez les hybrides que chez les ischiosetosa. En règle générale, la garniture des ischiopodites des P 7 est un peu plus riche que celle des ischiopodites des P 6. Les petits mâles (1,35 mm. < L < 1,50 mm.) n’ont que 1 à 5 soies aux ischiopodites de P 6, 1 à 7 à ceux de P 7 ; des mâles de taille moyenne (1,7 mm. < L < 1,8 mm.) possèdent rarement plus d’une douzaine de soies.
Les carpopodites des P 6 et P 7, nettement plus larges que ceux des mâles ischiosetosa, ont une forme assez voisine de ceux des /orsmant ; ils portent toujours, dans leur partie distale, au moins une épine, assez forte, qu’accompagne, chez certains hybrides de taille supérieure à 1,9 mm., plus fréquemment sur P 7 que sur P.6, une seconde épine distale,
Fit. 50, — Hybrides de première génération entre les espèces J,m. forsmani et J.m. ischiosetosa : péréiopodes postérieurs, P6 et P7 d'un même hybride. Comparer aux figures 31 et 40, Le trait qui indique l'échelle représente 0,2 mm,
oumême deux épines, de taille inégale (fig. 50). Une ou deux épines, apparaissant, en position plus proximale, sur le bord interne du carpopodite de P 7, complètent parfois cette ornementation.
Le développement de plusieurs épines distales constitue évidemment