‹ Recherches sur le polymorphisme naturel des Jaera marina (Fabr.) (Isopodes Asellotes): Essai de systématique évolutiveChapitre 55 sur 70 · CHRONOLOGIE DE LA DIFFÉRENCIATION DES Jaera marina · texte numérisé non relu

CHRONOLOGIE DE LA DIFFÉRENCIATION DES Jaera marina

Il est hors de doute que les phénomènes de spéciation ne se sont pas déroulés simultanément pour les six formes de J/. m. que nous connaissons aujourd’hui.

S'il n’y à guère de chances qu’on retrouve des J. m. fossiles dans des couches géologiques datées, la répartition biogéographique des formes actuelles autorise quelques hypothèses, intéressantes malgré leur imperfection et leur caractère fragmentaire, quant à la chronologie de leurs différenciations. Rappelons en effet que seules, d’après les recherches de Forsmax sur les collections de nombreux musées, les deux espèces albifrons et prachirsuta se rencontrent dans l’ensemble de l’aire de distribution des J. m., sur les côtes atlantiques de l'Amérique du Nord et de l’Europe, tandis que l'espèce posthirsuta ne se trouve que du côté américain, et que les formes ischiosetosa, syei et forsmani n'existent que sur les rivages européens. Il est inconcevable que les J. m. albifrons et prachirsuta, Isopodes littoraux, marcheurs, sédentaires, dont le développement ne comporte aucun stade pélagique, aient pu, dans l’état actuel de la géographie du monde, émigrer d'Amérique en Europe, ou vice-versa. Il en résulte que la spéciation de ces deux espèces, et d'elles seules, était achevée avant l'effondrement de terres qui, avant l’Oligocène ou le Miocène, réunissaient le Groenland à la Scandinavie, sur l'emplacement du seuil Wyville Thomson !, La forme posthirsuta, d'une part, les formes ischioselosa, forsmani et syei, d'autre part, se seraient différenciées postérieurement à l’affaissement, respectivement sur les deux rivages séparés depuis lors.

La déduction précédente, qui démontre l’origine relativement ancienne des formes albifrons et prachirsuta, en comparaison de celle des autres formes, ne vaut évidemment que dans la mesure où des recherches méthodiques, qu'il serait important de poursuivre sur les côtes américaines, ne révéleront pas dans ces régions d'autre espèce européenne de J. m. Elle est cependant fortement étayée par la grande difficulté que j'ai rencontrée à obtenir des hybrides entre praehirsuta et toutes les autres formes de J. m., alors que les croisements entre espèces autres que prachirsula réussissent aisément, Ce dernier argument n'est pas,

1. 11 est peu probable que les liaisons précaires qu'ont constituées, au début du Quaternaire, des glaciations couvrant l’ensemble Groeniand-Scandinavie avaient permis le transfert inter-continental des J. m.

en soi, un gage suffisant de l'ancienneté des praehirsuta, mais il renforce le précédent, dont il bénéficie en retour, et lui confère une valeur assez démonstrative.

Par ailleurs, la stricte localisation des syei sur les côtes de la Baltique, et peut-être même sur les côtes allemandes de cette mer, nous conduit à attribuer à cette espèce une origine très récente, sûrement postérieure à la régression des glaciers würmiens. L'extension des ischiosetosa témoigne de leur formation plus ancienne, mais qu'il est impossible de préciser entre le Miocène et le Würmien. L'absence de renseignements biogéographiques relatifs aux /orsmani interdit, pour le moment, toute hypothèse quant à l’époque de leur différenciation.

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