AD CE
sesses, la première à 18 ans (enfant mort très jeune, d’athrepsie), la seconde à 24 ans (petite fille actuellement bien portante). Suites de couches normales.
A l'âge de 21 ans, elle a eu une attaque de rhumatisme articulaire aigu, qui malgré l’emploi du salicylate de soude est devenu subaigu et a duré cinq mois. Le rhumatisme a été généralisé; les quatre membres et le bassin ont été pris, et aussi les articulations cervico-occipitales. Le médecin qui l’a soignée à cette époque lui a appliqué un vésicatoire sur la région précordiale.
La malade n’a jamais pu se remettre de cette attaque. Depuis, elle a toujours eu des douleurs, à siège variable. Lors de son entrée à l'hôpital, indépendamment de douleurs dans les hanches, elle se plaint de palpitations et de dyspnée au moindre effort, et d'étourdissements l’obligeant quelquefois à s'arrêter dans la rue et à se cramponner aux devantures des magasins pour ne pas tomber. Elle est atteinte en outre d’une kératite interstitielle de l’œil droit.
Le repos dont la malade jouit à l'hôpital a amené très vite une amélioration notable de son état. Elle est pâle et assez maigre, mais elle dit n’avoir jamais eu plus de couleurs ni d’embonpoint. Elle ne souffre plus guère que de son œil malade (1° juin 1883).
L'examen de l'appareil circulatoire permet de constater les signes dont la description va suivre.
L’inspection du thorax ne dénote pas de voussure précordiale bien appréciable, mais montre immédiatement une hypertrophie notable du ventricule gauche, car la pointe bat dans le sixième espace intercostal, à 11 centimètres de la ligne médiane. Les battements artériels sont très visibles de chaque côté du cou, et au pli du coude de chaque bras. Pas de dilatation veineuse.
La palpation fait percevoir une impulsion cardiaque assez forte pour ébranler notablement la paroi thoracique.
Men 4° YO ES
On sent, en outre, à Ja pointe du cœur, un léger frémissement cataire systolique et présystolique. Retard apparent du pouls carotidien sur le choc de la pointe. Pouls radial
régulier, bondissant et dépressible. Pas de douleurs à la pression dans les régions préaortique et précordiale. Pas d’artério-sclérose.
La percussion n'indique pas de dilatation appréciable des cavités droites, et la matité préaortique ne mesure que 8 centimètres 1/2 de largeur.
L’auscultation du cœur permet d'entendre, à la pointe du cœur, un roulement présystolique suivi d’un souffle systolique intense, en jet de vapeur, empiétant largement sur le petit silence. A la base du cœur, on entend, au premier temps, un souffle rude et râpeux dont le maximum est dans le troisième espace intercostal droit, très près du sternum. Au deuxième temps, on entend un souffle doux, aspiratif, commençant après le deuxième bruit, qui est ainsi dédoublé en un claquement et un souffle. Celui-ci s'entend nettement derrière la région sternale, et avec un peu d’attention, on peut le percevoir dans toute la région précordiale. Son maximum répond au centre du sternum.
Ces deux souffles de la base se propagent dans les carotides, où on les entend très bien, à droite et à gauche, avec le stéthoscope. Je n’ai pu entendre le double souffle crural, la pression du stéthoscope était douloureuse.
En résumé, signes d'une double lésion mitrale, et d’une double lésion aortique, avec hypertrophie du cœur gauche.
Les ongles de la malade, minces et transparents, sont assez fortement incurvés dans le sens longitudinal. Leur examen ne m'a pas permis de constater assez nettement le pouls sous-unguéal pour affirmer son existence.
Le pouls capillaire du front est extrêmement net, ainsi que j'ai pu le faire constater à M. Legroux et à ses élèves.
Bruault. 11