L..., François, typographe, âgé de 25 ans
Père mort de mort violente en 4871. Mère bien portante.
Le malade habitait la Lorraine pendant sontenfance et sa première jeunesse. Bien portant jusqu’à l’âge de 16 ans, il eut à cette époque une attaque de rhumatisme aigu généralisé; douleurs vives dans les quatre membres, sans gonflement notable des jointures. Puis le rhumatisme devint subaigu et dura près de six mois.
L'année suivante nouvelle attaque; douleurs, gonflement, etc. Cette attaque évolua comme la précédente, et dura à peu de chose près aussi longtemps.
En 1877, le malade vint habiter Paris. A peine arrivé, il eut une troisième attaque de rhumatisme. Il fut soigné par M. Bucquoy, à l'hôpital Cochin. Le salicytate de soude luifit beaucoup de bien, et il guérit rapidement de ses douleurs. Le cœur fut souvent examiné.
En 1880, quatrième attaque de rhumatisme aigu. Le malade, cette fois, fut soigné à l'hôpital Necker, par M. Blachez qui lui prescrivit avec succès le salicylate de soude. Il lui fit.appliquer un large vésicatoire sur la région précordiale, et lui ordonna des granules de digitaline.
Quelques semaines après sa sortie.de l'hôpital, il-s’aperçut que ses jambes enflaient. Il fut bientôt obligé de garder le lit. L'æœdème se généralisa, et il eut une attaque d’asystolie. Il fut soigné par un médecin du bureau de bienfaisance. Les accidents s’amendèrent, puis reparurent (dyspnée, insomnie, anurie pendant deux jours, etc.), et
Le
il fut ainsi malade pendant deux mois et demi environ.
Aujourd'hui le malade est dans un état général satisfaisant. Son appétit est bon, et ilne souffre pas, tant qu'il n’a pas d'effort à faire. Mais il se plaint d’étourdissements, d’éblouissements, qui le prennent quand il a marché un peu longtemps, et l’obligent à s'arrêter et à prendre un point d'appui pour ne pas tomber. Pas de phénomènes douloureux.
Le 2 juin 1883, il se présente à la consultation de M. le professeur Potain, à l'hôpital Necker, pour demander un certificat attestant qu’il est atteint d’une affection chronique lui interdisant les travaux pénibles. Un élève du service l’ausculte et reconnaît une lésion mitrale. Alors, avant d’ausculter le malade, je trace sur son front une tache vaso-motrice pour rechercher le pouls capillaire, qui apparaît très nettement. J'annonce alors à M. Duflocq, interne du service que ce malade a très probablement une insuffisance aortique. L'examen plus complet du malade permit de reconnaître l'exactitude de cette assertion..
L’inspection du thorax ne dénote pas de voussure précordiale bien nette, mais montre immédiatement une hypertrophie notable du ventricule gauche, car la pointe bat dans le 6€ espace intercostal, à 13 centimètres environ de la ligne médiane. Les battements artériels sont visibles de chaque côté du cou, mais ils sont peu accusés. Ceci tient probablement à ce quele malade a le cou bien musclé et ne manque pas d’embonpoint, car les battements des artères temporales sont très nettement accusés. Au pli du coude, on observe à peine un léger soulèvement. Pas de dilatation veineuse appréciable.
La palpation fait percevoir une forte impulsion cardiaque, ébranlant la paroi thoracique, On sent en outre, à la pointe du cœur, un double choc, permettant de constater très nettement le phénomène du retard du pouls caroti-
ER
dien. Le pouls radial manque d’ampleur, mais il est régulier et dépressible. Pas de douleurs à la pression dans les régions préaortique et précordiale. Pas d'artériosclérose.
La percussion n'indique pas de dilatation appréciable des cavités droites, et la matité aortique ne présente que & centimètres et demi de largeur.
L’auscultation permet de constater, à la pointe du cœur, un souffle systolique couvrant le premier bruit. Ce souffle est rude, rapeux, et se prolonge à gauche vers l’aisselle.
Ce souffle s’entend très nettement en arrière, au niveau de la pointe de l'omoplate gauche.
L’auscultation de la base dénote un double bruit de souffle. Le premier, rude, correspond au premier bruit; il s'entend derrière la deuxième pièce du sternum et se propage à droite de cet os, vers la clavicule. On l'entend encore en auscultant la carotide.
Le second souffle, diastolique, est aigu et aspiratif. Il ne couvre pas le deuxième bruit, qui a un timbre éclatant et comme métallique. Il semble commencer après ce claquement. Il s'entend derrière le sternum, et son maximum répond à un point situé un peu au-dessous et à gauche du centre de figure de cet os.
Le double souffle fémoral est extrêmement net.
Ces signes indiquent une insuffisance mitrale, avec rétrécissement et insuffisance aortiques, hypertrophie du cœur gauche et légère dilatation ventrriculaire.
La pression dans la radiale, prise par M. François-Franck mesure 14 centimètres.
Les ongles du malade ont la forme dite hippocratique, et le pouls sous-unguéal n'est pas visible à tous les doigts. On peut cependant le voir assez nettement aux deux pouces et à l’un des petits doigts. En revanche, le pouls capillaire du front présente une netteté remarquable.
J'ai présenté ce malade à M. le professeur Potain le 5 juin. Il a constaté au front et sous l'ongle, les phénomènes de pouls capillaire, les a signalés aux élèves, et il a bien voulu ausculter le malade et vérifier l'exactitude de notre diagnostic.