PATHOGÉNIE
L’élasticité artérielle, qui tend à transformer en un mouvement continu le mouvement interrompu du sang lancé dans l’arbre aortique par jets saccadés, n'arrive guère cependant à donner au sang un cours à peu près uniforme qu'à l'extrémité des plus fines artérioles, et au moment même où il arrive dans le vrai réseau capillaire. Son rôle régulateur n'empêche pas non plus les artères et les organes où celles-ci se distribuent d’éprouver des changements de volume en rapport avec les quantités de sang qu'ils contiennent.
À chaque systole véntriculaire, les artères augmentent momentanément de volume dans tous les sens, ainsi que Poiseuille l’a démontré expérimentalement (1); et les divers organes éprouvent aussi une légère augmentation de volume, comme l'ont établi les expériences de Piégu (2), Chélius(3), Buis-
(1) Porseuille, Recherches sur l’action des artères dans la circulation artérielle. (Journal de Physiologie de Magendie, tome IX, 1829).
(2) Piégu, Note sur les doublesmouvements (circulatoires et respiratoires) observés aux membres. Comptes-rendus, Acad. dessciences, 1846. — Note sur certains mouvements des membres sous la dépendance du cœur et de la respiration. (Journal de l’Anat. de Ch. Robin, 1872).
(3) Chelius, Beiträge zur Verwollsiändiqung der physikalischen Diagnostic. Vierteljahrschrift f. die prakt Heilkunde. Prague, 1850.
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son (1), Fick (2), Mosso (3) et M. François-Franck (4).
Ces changements de volume sont surtout aisément constatables aux extrémités, et pendant que le membre est au repos. On conçoit, en effet, que dans ce cas le sang veineux n’est chassé des organes que par la vis à lergo, les conditions adjuvantes habituelles de la circulation veineuse faisant défaut. Dès, lors, au moment où le ventricule gauche vient de.se contracter, 1} y a sensiblement plus de sang dans les organes qu'il n’en reste un instant après.
Ces différences dans la quantité totale du sang contenu dans un organe périphérique pendant la systole et pendant la diastole artérielles, suffisantes pour amener des changements de volume constatables à l’aide d'appareils qui les totalisent et les simplifient, ne sont point assez grandes pour amener des changements de coloration appréciables. Ces changements
(1) Buisson, Quelques recherches sur la circulation du sang, à l’aide d'appareils enregistreurs. (Gazette médicale, 1861, n° 20). — Thèse de Paris, 1862. 1
(2) Fick, Ein neuer Blutwellenzeichner. Archiv. für Anat. und Physiol., 1864.
(3) Mosso, Sopra un, nuovo melodo per scrivere i movimenti dei vasi sanguigni del womo. Comple-rend., Acad. des Sc. de Turin, 1875. — Sur une nouvelle méthode pour écrire le mouvement des vaisseaux chez l'homme. Compte-rendus de l’Acad. des Sciences, 1876; et Revue Scientifique, mai 1876.
(4) François-Franck, Du changement de volume des organes dans ses rapports avec la circulation du sang. Comptes-rendus de l’Acad. des Sciences, 1816 ; et Comptes-rendus du Laboratoire de Marey,
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de coloration de deviennent perceptibles que lorsque
les changements de volume dont ils dépendent s’ac-
centuent davantage : encore ne sont-ils apparents que dans certains points de l’économie, et en rapport avec certaines conditions anatomiques ou physiologiques nécessaires à leur apparition. Ils constituent précisément alors le phénomène du pouls capillaire.
Ainsi, pouls capillaire et changements de volume des organes, c’est tout un, et pour fixer la pathogénie du premier, il nous faut rechercher sous quelles influences les seconds s’accusent davantage.
Nous avons vu qu'ils sont sous la dépendance de l'élasticité des artères; c’est cette élasticité qui les atténue en empêchant le sang d’arriver brusquement par saccades jusqu’au réseau capillaire. Si donc cette propriété purement physique des artères vient à être mise hors d'état de s'exercer, ou bien à disparaître, sans que pour cela les vaisseaux soient transformés en des tubes rigides et inextensibles, nous devons penser que ces changements de volume deviendront beaucoup plus considérables.
Cette conclusion n’est point une vue de’ l'esprit. Elle à, bien au contraire, une très frappante sanction expérimentale, ainsi que nous allons le montrer. Les expériences sur lesquelles nous nous appuyons ont été faites par M. le professeur Marey dans un tout autre but que celui que nous poursuivons aujourd’hui, mais elles n’ent ont pas pour cela une va-
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leur moins grande : les faits expérimentaux restent et ce sont de précieux documents scientifiques.
M. Marey a eu l’idée de mesurer la pression du sang dans les artères à l’aide d’une contre-pression extérieure appliquée à un organe vivant, l’avantbras de l’homme, par exemple, qu'on plonge dans un milieu incompressible pouvant transmettre intégralement la contre-pression sur tous les points de l'organe en expérience.
Afin de mieux faire saisir comment on peut arriver à la mesure cherchée, M. Marey a commencé par schématiser son expérience; c’est-à-dire qu'avant de tenter de mesurer la pression du sang dans tout un segment de membre, à l’aide d’une contre-pression extérieure, 1] a cherché d’abord à mesurer, par le:même moyen, la pression du sang venant d'une artère isolée. Afin d'opérer sur un vaisseau élastique comme l'artère elle-même, mais de pouvoir cependant observer plus facilement les effets de la contrepression, M. Marey à employé, pour son expérience préliminaire, l'instrument qui porte le nom de sphygmoscope (1). Get instrument se compose d’un manchon de verre dont les extrémités sont fermées par deux bouchons de caoutchouc.
L'un de ces bouchons est traversé par un tube qui, d’un côté, communique avec l'artère d’un animal ;
(1) Marey, La méthode graphique appliquée aux sciences expérimentales, 1878, pages 610 et suivantes.
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et, de l’autre côté (dans l’intérieur du manchon) avec un ampoule de caoutchouc solidement fixée à son extrémité. Cette ampoule contient une certaine quantité d’une solution de carbonate de soude, destinée à retarder la coagulation du sang artériel qui vient s’y mélanger.
Le bouchon de caoutchouc qui ferme l’autre extrémité du manchon de verre est également traversé par un tube de verre qui met l’air du manchon:en communication avec l'extérieur.
« Prenons un sphygmoscope, dit M. Marey, et «mettons-le en communication avec l’artère d’un « animal. Nous en verrons l’ampoule s’emplir, puis « rester tendue en permanence en présentant de très « légers mouvements de gonflement et de resserre- « ment suivant que la pression intérieure s’élève ou « s’abaisse. Dans ces conditions, la pression du li- « quide se met incessamment en équilibre avec la « force élastique des parois de l’ampoule de caout- « chouc; de très petits changements de volume de « cette ampoule suffisent à faire varier la force élas- « tique de ses paroiïs, de manière à contrebalancer « les différents degrés de la pression du liquide
intérieur. | « Remplissons d’eau la cavité du manchon de «verre qui entoure l’ampoule de l'appareil et le
tube de transmission ; enfin adaptons celui-ei à un « manomètre également plein d’eau. Nous constaterons que ce manomètre exécute de très faibles
mouvements, parce que la pression du sang ne lui arrive que très partiellement, étant pour la plus grande partie contrebalancée par l’élasticité de l’ampoule de caontchouc.
« Le tube T, qui fait communiquer le manchon avec le manomètre, porte un branchement qui le relie à une seringue à vis remplie d’eau. Poussons une certaine quantité d’eau dans l’espace qui communique avec le manomètre; cet instrument indiquera un niveau de pression plus élevé ; en même temps on verra les oscillations devenir plus élendues. C'est que l’'ampoule a diminué de volume, et que la force élastique de ses parois moins tendues contrebalance moins complètement la pression du liquide qui joue le rôle du sang; une plus grande partie de cette pression et des variations qu'elle subit sera donc supportée par le manomètre, qui en traduira moins incomplètement les variations rhytmées.
« Continuons à pousser du liquide dans le tube T, le manomètre montera encore, les pulsations augmenteront d'amplitude, et l’on verra l’ampoule diminuer de volume ; ses parois deviendront plus souples, et n’offriront plus, à un moment donné,
« aucune résistance à la pression sanguine qui se fera
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sentir tout entière sur le manomètre, comme si l’ampoule n'existait pas, car alors les parois de celle-ci flottent librement d’un côté à l’autre, au oré du mouvement du liquide. À ce moment, le
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« manomètre indique exactement la pression du « sang et les variations qu’elle éprouve.
« Poussons encore un peu de liquide dans le tube « T, le manomètre monte encore, mais les oscilla-
«tions diminuent; chaque fois que la pression du
« Sang présente des minima, les parois de l’ampoule « s’adossent etobstruent le tube, de sorte que l’oscil- « lation manométrique est arrêtée dans sa phase « descendante. Sous l'influence d’une pression plus « grande dans le tube T, la pression artérielle est « presque complètemént vaincue; les maxima seuls « ébranlent encore un peu la colonne du mano- « mètre.
« Encore un peu de surcroît de pression, et tout « mouvement disparaît dans la colonne manomé- « trique; celle-ci marque en permanence une pres- « sion supérieure à celle du sang. »
L'appareil dont s’est servi M. Marey pour: faire son expérience définitive est, comme on pense, analogue
au précédent. Au lieu d'exercer la contrepression sur
une ampoule en caoutchouc, on l’exerce sur la main, ou sur un doigt, qu'on introduit dans le manchon solidement fixé au membre et hermétiquement clos autour de lui. Les résultats de l'expérience sont absolument les mêmes : à mesure que la contrepression. augmente, les oscillations manométriques (c'est-àdire les changements de volume de l'organe) augmentent d'amplitude, jusqu'à ce que cette contre-
pression, transmise aux vaisseaux par les tissus qui Ruault. 4