‹ Recherches sur le pouls capillaire visibleChapitre 7 sur 33 · Tome · texte numérisé non relu

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les entourent, ait fait diminuer ces vaisseaux de volume assez pour que la force élastique de leurs parois ne contrebalance plus la pression du sang. Getle force élastique, annihilée, n'offre plus alors aucune résistance à la pression sanguine qui, par l'intermédiaire : des tissus comprimés, se fait sentir tout entière sur le manomètre. Enfin, la’ contrepression augmentant encore, les oscillations diminuent, puis finissent par disparaître. |

M. Marey fait remarquer que ces expériences expliquent très bien les pulsätions énergiques qui se produisent dans certains organes comprimés pulsations visibles des artères rétiniennes sous l'influence de la compression du globe de l’œil, phénomènes d’étranglement bien connus des chirurgiens, battements qu’on éprouve lorsqu'on a les mains ou les pieds comprimés par des gants ou des chaussures trop étroits.

En dernière analyse, elles nous démontrent que la condition nécessaire à la production de battements plus ou moins exagérés des organes, c’est la diminution plus ou moins considérable de l’élasticité artérielle, et nous font voir que, si une contrepression arrive à faire augmenter l'amplitude de ces battements, c'est uniquement parce qu'elle tend à annihiler la force élastique des parois des artères. C’est bien la justification expérimentale de la proposition que nous avons émise au début de ce chapitre; et, de plus, c’est l'indication d’une cause de diminution de

l'élasticité artérielle que nous n’aurions pas soupçonnée.

Nous pouvons dès maintenant nous rendre aisément compte du mode de production du pouls capillaire dans un certain nombre de cas.

Lorsqu'on le fait apparaître en étendant le doigt eten pressant légèrement l’extrémité libre de la lame unguéale, c'est que l’on comprime la matrice de l'ongle et les tissus sous-jacents entre la lame unguéale et Ia phalangette, et on sent très bien alors l’exagération des battements dans l'extrémité du doigt en expérience.

On les sent encore mieux, et l’on voit mieux encore le pouls capillaire lorsque l’on comprime les tissus de la pulpe du doigt entre la phalangette et une lame de verre ; mais le mode de production de ces phénomènes est identique.

C’est encore par un mécanisme analogue que Roy, Lewes et Brown (1) ont reproduit le pouls capillaire sur la membrane interdigitale de la grenouille, et

M. Francois-Franck (2) sur le rein mis à nu d’un ani- Ç 2,

mal vivant. |

C'est aussi pour la même raison qu'on le fait apparaître sur la lèvre inférieure de l’homme, maintenue retournée; et cela d'autant plus aisément que

(4) Roy, Lewes and Brown, Journal of Physiology; vol. 2, n° 5, p. 323.

(2) François-Franck, Comples-rendus de la Société de Biologie; Séance du 2 juin 1883.

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d'ordinaire, pendant cette manœuvre, on tend et on comprime contre le maxillaire inférieur une région très vasculaire. f

Toutes ces contrepressions artificielles agissent de

la même manière : par l'intermédiaire des tissus en-

tourant les artérioles, elles se transmettent à celles-ci dans tous les sens, diminuent leur volume, et par suite la force élastique de leurs parois. Aussi le sang arrive-t-1l dans les tissus par saccades, d’où production de battements exagérés et de pouls capillaire, visible à cause de la transparence des parties.

Lorsqu'on observe le pouls capillaire, soit sous l’ongle, soit sur une tache vaso-motrice, sans exercer de contre-pression extérieure sur les parties observées, celles-ci sont le siège de battements exagérés. Lorsqu'on fait étendre sur une table la main du sujet, on la voit se soulever très manifestement à chaque diastole artérielle. On perçoit aussi parfaitement bien le soulèvement de la peau du front. A l’aide d’un levier amplificateur très simple, M. François-Franck a pu recueillir des tracés comparatifs de ces battements sur des sujets sains et sur d’autres qui présentaient le pouls capillaire (1). Ces derniers avaient une exagéralion manifeste des battements.

(1) L'appareil de M. François-Franck se compose d’une légère ge métallique, mobile dans la direction verticale, et reliée à sa partie supérieure à un levier amplificateur terminé par une plume qui inscrit les battements sur un cylindre enregistreur. On place la main du sujet en expérience à plat sur une table, et on fait reposer

Etablissons d’abord la genèse de ces battements exagérés des organes, et nous rechercherons ensuite pourquoi les ongles des doigts, le fond de l'œil et la peau ‘du front sont les endroits où l’on perçoit le mieux les changements de coloration qui en sont la conséquence.

Etablir la genèse de ces battements exagérés des organes,"c’est rechercher la cause de la diminution élastique des parois artérielles. Nous avons déjà signalé une cause de cette diminution : une contrepression exercée sur l’ensemble du vaisseau. Or, si nous supposons que celle contre-pression, au lieu de s'exercer sur les organes ou à l’exlérieur du vaisseau, se produise dans l'épaisseur même de la tunique de ces vaisseaux par la contraction de ses éléments musculaires, les effets de cette conrtepression seront évidemment analogues. Si cetle contraction est suffisamment énergique, il arrivera un moment où elle aura fait diminuer les vaisseaux de volume assez pour que la force élastique de leurs parois n'offre plus aucune résistance à la pression sanguine, qui se fera senür alors tout entière sur les tissus entourant le vaisseau. Avant d'arriver à ce point maximum, l'amplitude des oscillations volumétriques aura augmenté progressivement; et, dès qu'elle l’aura atteint, elle diminuera de plus en plus

sur un ongle l’extrémité inférieure de la tige verticale, terminée par une petite plate-forme. Les mouvements de soulèvement du doigt sont transmis à celte tige et considérablement amplifiés par l'appareil.

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si l'énergie de la contraction augmente ‘encore. La contraction des muscles des artères agira comme une contre-pression extérieure : elle augmentera l’amplitude des battements des organes, parce’ qu’en faisant diminuer les vaisseaux de volume elle empêéchera l’élasticité artérielle de s'exercer.

On se rendra compte aisément de ces phénomènes si l’on a bien compris la description que M. Marey donne de son expérience schématique. On se rappelle que les oscillations maxima, dans cette expérience, correspondaient au moment où la force élastique de l’ampoule de caoutchouc était complètement vaincue, et où cette ampoule pouvait être assimilée à un réservoir en taffetas dont la forme dépendait seulement du mouvement du liquide intérieur. Il ne faut pas croire non plus qu'on ne peut pas assimiler une artère pleine de sang et contractée à un tube dont les parois, d’égale épaisseur, seraient flaccides et dénuées d’élasticité. La raison qui empêche l'esprit de s’accommoder tout d’abord de cette assimilation, c'est qu'on a l'habitude de s'imaginer que le muscle, contracté, est toujours rigide. Or, rien n’est moins exact. Les muscles striés du tronc et des membres ne sont durs et résistants quand ils se contractent que parce qu'ils sont alors tendus par leurs deux extrémités, et en partie maintenus dans des aponévroses à peu près inextensibles; quand, au contraire, le muscle est Libre et que ses deux extrémités ne subissent aucune tension, 1l est mou, comme fluctuant, qu'il soit au

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repos ou à l’état de contraction. En ce qui concerne les muscles lisses, on peut vérifier aisément combien est peu considérable l'augmentation de consistance qu'ils présentent à l’état d'activité, en pressant entre les doigts le muscle dartos. de l’homme en état de contraction, ou bien encore l'intestin ou la vessie d’un animal vivant en expérience, lorsqu’à l’aide d’un excitateur électrique on y provoque des mouvements musculaires : cette augmentation de consistance est à peine appréciable au toucher. |

Dans tous les cas, elle ne peut être que proportionnelle à la résistance que le muscle doit vaincre; et, dans le cas particulier qui nous occupe, cette résistance est bien peu considérable. L’effort fait par les muscles artériels s'exerce en effet sur le sang:, qui fuit aisément sous cette pression, et ces muscles sont même aidés dans leur action par l’élasticité artérielle de réserve, car il ne faut pas oublier que, lorsque l’artère a son calibre normal, elle ne revient pas sur elle-même autant qu’elle le pourrait, et sa tension élastique ne s’épuise pas.

Nous n’avons invoqué jusqu'ici que la diminution de la force élastique des parois artérielles, et nous avons supposé que leur élasticité, en tant que propriété physique, était conservée, mais seulement mise plus ou moins hors d'état de s'exercer. Mais 1l est clair que dans certains cas l’élasticité artérielle elle-même peut disparaître. La transformation fibreuse, graisseuse ou calcaire des artères tend, à

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une période de son évolution, à transformer le vaisseau qu'elle atteint en un conduit dénué d’élasticité, mais pouvant encore changer de forme sous l’influence des mouvements du sang, jusqu'à ce que la généralisation de la lésion à toute la lumière vasculaire ait fini par transformer l’artère en un conduit absolument rigide, ce qui n'arrive guère qu’exceptionnellement, et chez des gens très avancés en âge. Sous l'influence de ces lésions on pourra donc voir apparaître les battements exagérés des artères et des organes où elles se distribuent, comme dans les cas où la diminution de l’élasticité artérielle tient à une contraction fonctionnelle exagérée.

Toutefois, dans le cas d’altérations anatomiques des artères, ces phénomènes sont toujours beaucoup moins marqués, et de plus ils sont très rares, Cela tient à ce que, au lieu et place de l’élasticité artérielle, l'augmentation des résistances que le sang rencontre dans sa marche tend à rendre son mouvement plus continu. L’endartère, en effet, au lieu d'être lisse, devient alors plus ou moins rugueuse, et les frottements augmentent d’une façon considérable.

Les considérations qui précèdent établissent la condition de production des battements exagérés des organes d'origine vasculaire. Mais il en est une autre tout aussi indispensable que la première à la genèse de ces phénomènes : c’est l'énergie de la contraction ventriculaire. On conçoit, sans qu'il soit

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besoin d’insister sur ce point, qu'on ne les observera nettement que dans les cas où l'impulsion cardiaque sera suffisamment énergique, d'intensité constante, et sans accélération exagérée du rhythme. Lorsque le cœur battra normalement, on pourra encore les observer quelquefois, mais leur constatation deviendra impossible lorsque l’organe central de la circulation, affaibli ou dégénéré, n’arrivera plus qu’à se contracter faiblement et d’une facon irrégulière.

Il nous reste à rechercher pourquoi le fond de l’œil, les ongles des doigts et la peau du front sont les endroits où l’on peut le mieux voir le pouls capillaire.

La transparence des parties, dont nous avons déjà fait pressentir le rôle, doit surtout être invoquée pour le phénomène du fond de l’œil. Il faut y ajouter la couleur normalement presque blanche de la pupille, qui y rendra naturellement plus sensibles les changements de coloration. Nous n’avons pas à examiner ici les conditions de production du pouls veineux rétinien. La pathogénie que nous avons indiquée des battements artériels en général, rend évidemment compte du mode d'apparition du pouls artériel du fond de l'œil. Celui-ci existe toujours, très marqué, lorsqu'on ob$erve en même temps le pouls capillaire ; mais il peut exister seul (1), sans être accompagné de ‘changements de coloration

(1) Voyez O. Beker, loc. cit. et Grandclément, loc. cël. Ruault.

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appréciables, alors même qu’on peut facilement observer chez le même sujet le pouls capillaire du front. Nous nous bornerons à rattacher à l’ensemble de notre sujet ces troubles circulatoires du fond de l'œil, encore fort obscurs, sans y insister davantage. c

La transparence de la lame unguéale contribue sans doute à rendre facilement visible le pouls capillaire sous les ongles des doigts, mais il y a en outre en ce point une disposition anatomique qui, elle aussi, y contribue pour une large part. Kôülliker (1) avait déjà signalé ce fait, que les capillaires de la matrice de l’ongle ont un diamètre plus considérable que ceux de la plupart des autres organes; et M. Bourceret (2) a récemment donné de nouveaux détails sur leur disposition. L'étude microscopique des vaisseaux des extrémités digitales, faite au moyen d’une nouvelle méthode d’injections que nous n'avons pas à rappeler ici, a montré à cet observateur qu’à ce niveau « la communication entre les « artères et Les veines se fait par de gros capillaires « contournés, très-courts, de 0"%,04 à Om®,03 de dia- «mètre, ces capillaires formant de petits pelotons « caractéristiques. Ces glomérules de vaisseaux con- « tournés rappellent comme aspect la disposition de

(1) Külliker, Æistologie, p. 121 et 580.

(2) Bourceret, Comptes-rendus de l’Acad. des Sciences, 1883, n° 45; (9 avril).

« la masse intestinale... Aïnsi une petite artériole se « divise brusquement en gros capillaires qui se « reforment presque immédiatement pour constituer « une veinule. Ces vaisseaux sont surtout abondants « vers la partie moyenne de la face palmaire de la « phalangette, sur les parties latérales de ces os et « sous les deux tiers supérieurs de l’ongle. Ces pelo- « tons vasculaires sont séparés par un tissu cellulo- « fibreux, mais ils sont parfois si abondants qu'ils

« sont pressés les uns contre les autres et à peine

« séparés par une lame celluleuse. Ils s'anastomosent « ensemble. De ces pelotons partent, dans les parties « qui avoisinent le derme, de gros capillaires qui se « ramifient en capillaires très-fins en allant sous la « peau. » On conçoit combien cette disposition est favorable à l'apparition du pouls capillaire, toutes les fois que le sang arrive par saccades dans cet appareil particulier. D'abord il peut pénétrer en grande quantité dans ces bouquets glomérulaires formés de capillaires volumineux, et ensuite l'existence d’une veinule recueillant le sang de chacun de ces appareils lui assure un retour facile.

Il nous semble qu’en recherchant le pouls capillaire au front suivant la méthode que nous avons indiquée, on crée momentanément sur la région une disposition anatomique analogue. En eïfet, par le frottement, on produit une paralysie vaso-motrice ; et grâce au peu d'épaisseur des parties molles (1), on

(4) C’est surtout l’épaisseur minime des parties molles qui paraît

agit à la fois sur tous les vaisseaux de la région. En certains points, cette paralysie est plus durable : elle y persiste encore, alors que dans les endroits voisins tout est rentré dans l’ordre. Ces groupes de vaisseaux dilatés, comme les bouquets de capillaires du bout du doigt, reçoivent en quantité plus notable le sang qui arrive par saccades, et ceci explique l'augmentation brusque de coloration dont ils sont le siége à chaque systole, en même temps que le soulèvement sensible qu’on y constate. La rougeur disparaît ici plus lentement que sous l’ongle, parce que la disposition des vaisseaux ne permet pas au sang un retour aussi rapide.

favoriser l'apparition du pouls capillaire au front. C'est aussi la régularité de l’os frontal sous-jacent. Peut-être la disposition des vaisseaux en cette région joue-t- elle aussi un certain rôle. Quoi qu’il en soit, nous n'avons jamais pu constater nettement le pouls capillaire sur une tâche vaso-motrice ailleurs qu’au front. M. Déjerine, plus heureux que nous, l’a observé une fois à l’avant-bras, ainsi que l'avait déjà vu Quincke.

VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE.

Nous avons recherché le pouls capillaire vrai sur un assez grand nombre-de sujets. Un certain nombre paraissaient être en parfaite santé : c’étaient pour la plupart des jeunes gens de 20 à 30 ans ; mais la plus grande partie de ceux sur lesquels ont porté nos recherches étaient des malades en traitement dans différents services de médecine des hôpitaux, et atteints des affections aiguës et chroniques les plus diverses. Afin d'éviter autant que possible toute erreur, nous n'avons tenu compte que des cas où le pouls capillaire était très net, et pouvait aisément être constaté non-seulement par nous-même, mais par les personnes présentes. De cette façon, nous avons pu observer un certain nombre de fois le pouls sousunguéal, et assez fréquemment le pouls capillaire du front. Une seule fois, nous avons vu le pouls capillaire rétinien. Dans ce dernier cas et aussi toutes les fois que nous avons vu le pouls sous-unguéal, nous avons toujours rencontré le pouls capillaire du front. Nous devons dire cependant que le pouls sous-unguéal, dans certains cas, peut être observé indépendamment du pouls du front. L'observation V en est un exemple. Dans ce cas, la malade était très anémique, et le frottement pratiqué sur la région fron-

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