‹ Recherches sur le pouls capillaire visibleChapitre 8 sur 33 · HORS · texte numérisé non relu

HORS

tale n’a pas produit de rougeur appréciable. Mais c’est là, croyons-nous, un fait exceptionnel. Nous avons précédemment développé les raisons qui nous ont amené à penser que c’est au front qu'il est préférable de chercher le pouls capillaire : il nous paraît évident que c’est là le moyen le plus rapide, le plus facile à mettre en usage au lit du malade, et celui qui donne les résultats les plus précis. Du reste, afin d’être absolument certain de notre observation, toutes les fois que nous avons vu le pouls capillaire du front ou de l’ongle, nous avons pris soin, avant de le noter, de compter nous-même les pulsations à haute voix, en nous interrompant à plusieurs reprises, tandis qu'une autre personne explorait le pouls radial.

La grande majorité des malades chez lesquels nous avons constaté le pouls capillaire étaient atteints d'insuffisance aortique. Nous l’avons constaté quelquefois, il est vrai, sur des sujets qui ne présentaient aucun signe de cette maladie, mais alors il était tou- Jours beaucoup moins net. Ce qui nous a paru remarquable, c’est que les sujets atteints d'insuffisance aortique pure ne le présentaient pas plus nettement que ceux qui, indépendamment de leur insuffisance sigmoïdienne, étaient atteints d’autres lésions d’orifices. Il semble que l'insuffisance des valvules de l'aorte soit la condition principale d'apparition du phénomène; et les lésions de l’endocarde concomitantes ne paraissent pas avoir sur cette apparition la

Sa.

moindre influence. En effet, si nous relevons nos observations de pouls capillaire chez des cardiaques, nous trouvons, sur un total de 17 cas :

Insuffisance aortique simple . . . . . . 5 Insuffisance et rétrécissement aortiques. . . 4 Insuffisances aortique et mitrale. . . . . 5 Insuffisance aortique et insuffisance mitrale AMCÉFTÉULECIS CHENE EN Lt UNS, ER 0 UT Insuffisance et rétrécissement aortiques, avec FSU ITÉANCORTOIUEA ICE Me VO OT ON PL OT Insuffisance et rétrécissement aortiques, et insuffisance mitrale avec rétrécissement . . . 1 DORA re

Or, parmi ceux de ces malades que nous avons observés nous-même, les trois sujets qui présentaient le pouls du front avec l'intensité maxima étaient atteints : l’un d'insuffisance aortique pure (obs. Il), l’autre de rétrécissement et insuffisance aortiques (obs. VIIT), et le troisième d'insuffisance aortique avec insuffisance mitrale (obs. XI.

Au début de nos recherches, nous avions cru remarquer que sur les malades qui, indépendamment de leurs lésions cardiaques, ‘présentaient manifestement de l’athérôme des artères périphériques (radiales, temporales, pédieuses et autres artères faciles à explorer), le phénomène se voyait mieux. La suite de nos observations ne nous a pas permis de rien

affirmer à cet égard. On remarquera en effet que, dans les 17 observations citées, nous ne trouvons que 7 sujets athéromateux. Les 10 autres, très jeunes, et chez lesquels l'affection cardiaque était généralement d’origine rhumatismale, semblaient avoir les artères parfaitement saines.

Des trois sujets que nous citions tout à l’heure comme présentant le pouls capillaire avec la plus grande netteté, le premier avait les artères très athéromateuses, le second les avait seulement un peu dures, et le troisième, jeune homme de 19 ans, les avait absolument saines.

Si nous cherchons quels étaient les caractères du pouls radial chez nos malades, nous trouvons que dans 9 cas seulement le pouls de Corrigan est noté. Les 8 autres sujets, atteints du reste tous de lésions cardiaques complexes, ne présentaient pas le pouls à la fois bondissant et dépressible, comme les premiers Mais dans tous ces cas, le pouls n’était pas très rapide, et il était toujours régulier, sauf chez la malade de l’observation XV, qui présentait d’ailleurs une impulsion cardiaque très énergique.

L'énergie de l'impulsion cardiaque est du reste notée chez tous nos malades. Nous avons examiné un certain nombre de malades asystoliques, et atteints d'insuffisance aortique; et nous n’avons pu constater chez eux le pouls capillaire. Le malade de l'observation VII, entré à l'hôpital avec les signes du début de l’asystolie, présentait beaucoup plus nette-

ee a

ment le pouls sous-unguéal après la guérison de son attaque. Chez les autres malades que nous avons observés, et qui ne présentaient pas le pouls capillaire bien qu’atteints de maladie de Corrigan, le choc du cœur était faible, le premier bruit mal frappé, il y avait de fausses intermittences du pouls, et on pouvait aisément soupçonner une dégénérescence plus au moins avancée du myocarde. L’exagération du rhythme cardiaque est aussi une cause de disparition du pouls capillaire. Le jeune malade de M. Hérard (obs. XII), qui présentait si nettement le pouls du front, était sujet à de violentes palpitations lorsqu'il restait levé un peu longtemps. Pendant ces attaques, 11 nous a toujours été impossible de provoquer son apparition; et il fallait attendre, pour le voir, que le cœur eût repris son rhythme ordinaire.

Nous nous croyons donc autorisé à affirmer que chez les malades alteints d'insuffisance aortique, avec ou sans autres lésions valvulaires concomitantes, l'existence du pouls capillaire frontal est la règle, quand les lésions cardiaques sant compensées. Dans ces conditions, nous l'avons presque toujours trouvé plus ou moins nettement; et, bien souvent, lorsque nous ne pouvions le voir, c'est que nous avions affaire à des malades atteints d'éruptions cutanées rendant douloureux le frottement de la région frontale, ou ayant le front par trop ridé, ou bien incapables de quitter leur lit et se trouvant dans de

mauvaises conditions d'éclairage.

Ruault. (

M. Déjerine et M. Tapret, qui depuis plusieurs années recherchent toujours le pouls capillaire sur les malades atteints d'insuffisance aortique, ont été amenés par leurs observations à la même conclusion que nous-même.

Il n’y a pas lieu de s'étonner qu'il soit extrêmement fréquent de rencontrer le pouls capillaire chez les sujets atteints d'insuffisance aortique, si l’on songe au mode de production de ce phénomène, que nous avons indiqué dans le précédent chapitre. La maladie de Corrigan réunit en effet à un haut degré les deux facteurs les plus favorables à l’apparition de ce signe: l’énergie de l'impulsion cardiaque d’une part, et de l’autre l’existence presque cons tante d’un spasme des artères périphériques. C'est grâce à cet état cardio-vasculaire que, dans cette maladie, la pression artérielle se maintient généralement égale à la normale. Très souvent même il dépasse le but, et cette pression arrive à un chiffre notablement supérieur.

Ces faits ont été nettement démontrés par les recherches de M. François-Franck et celles de M. le professeur Potain. Comme ils sont encore peu connus, nous donnerons à ce sujet quelques détails.

Les recherches expérimentales de M. François- Franck sur l'insuffisance aortique ont porté surtout sur des chiens. Afin d'étudier l’état de: la pression artérielle, M. Franck commence par fixer l'animal, et prendre la pression dans l'artère fémorale, par

exemple. Un manomètre enregistreur mesure cette pression et l’inscrit en même temps. Pour produire alors l'insuffisance aortique, M. Franck introduit dans une des carotides de l’animal un instrument analogue à l’uréthrotome de M. le professeur Trélat, et l’enfonce dans le vaisseau jusqu'aux valvules sigmoïdes. Lorsqu'il sent qu'il est arrivé au point voulu, et que son instrument est arrêté par une des valvules, il presse une tige qui fait basculer une petite lame, et coupe la valvule dans laquelle est engagé l'instrument. La lame du valvulotome est ensuite remise en place, l'instrument retiré, et l’artère liée. Dans ces conditions, et en opérant sur des animaux Jeunes et vigoureux, ayant le cœur sain avant l’opération, M. Franck a toujours vu la pression artérielle baisser d’abord d’une façon notable au moment où la lésion venait d’être produite, puis remonter bientôt à son niveau normal, et souvent même le dépasser (1). Les animaux conservés qui toléraient bien la lésion conservaient ensuite cette élévation de pression artérielle.

Cet état de la pression sanguine me s’observe pas seulement chez les animaux porteurs de lésions expérimentales : contrairement à ce qu'on avait pensé jusqu'ici, chez les malades atteints d’insuffisance aortique, la pression artérielle se maintient

(4) Francçois-Franck, Comptes-rendus de la Société de Biologie, 19 janvier 1883.

TS

presque toujours à la hauteur normale, qu’elle dépasse même assez fréquemment. M. le professeur Potain, qui a constaté le fait sur les malades de son service (1), emploie pour mesurer la pression du sang chez l’homme un petit manomètre à mercure analogue au sphygmomanomètre de V. Basch.

Cet appareil repose sur le principe suivant : quand un tube élastique est parcouru par un courant liquide sous une certaine pression, 1000 millimètres d'eau par exemple, il faut pour interrompre le courant une pression extérieure de 1000 millimètres d’eau augmentée de la pression nécessaire pour aplatir le tube s’il était vide. Si cette dernière pression est très faible, et c’est le cas pour les artères, on peut mesurer la pression intérieure par la pression extérieure nécessaire pour interrompre le courant.

Le manomètre à mercure est en communicalion, à l’aide d’un tube flexible, avec la pelote destinée à comprimer l'artère. Pour mesurer la pression du sang dans la radiale, par exemple, on commence par faire comprimer cetle artère par un aide, dans sa partie la plus inférieure, au niveau de l’extrémité du radius. Cette compression permet d'éviter les phénomènes de récurrence. Immédiatement au-dessus du point comprimé, on tâle le pouls avec un doigt de la main gauche, tandis qu'on se sert de l’autre main,

(4) Voir les observations IX, XIV, XVIL, où la pression est indiquée.

Se

armée de la pelote, pour exercer une pression graduelle sur l'artère, au-dessus du point où on tâte le pouls. La valeur de cette pression est donnée par le manomètre à mercure, et prise au moment où la pulsation est interrompue dans l’artère en aval de la pelote.

Frappé des résultats obtenus dans ses premières expériences et vérifiés par l'observation clinique, M. François-Franck a cherché à déterminer la part qui revient aux réactions du cœur et celle qui revient aux vaisseaux périphériques, dans la réparation de la pression sanguine moyenne qui s’observe à la suite de l'insuffisance ‘aortique. Nous emprunterons ce qui va suivre aux importantes communications sur ce sujet que ce savant a faites récemment à la Société de biologie (1).

Pour déterminer rigoureusement la nature des modifications fonctionnelles du cœur à la suite de l'insuffisance aortique, M. Franck a utilisé le procédé des circulations artificielles permettant d'isoler d’une façon plus ou moins complète l'appareil cardiaque de ses connexions nerveuses et vasculaires.

« Le cœur de la tortue, dit cet auteur, se prête très « bien à ce genre de recherches : en le soumettant « à une circulation artificicielle de sang défibriné « sous pression constante et en maintenant au même « niveau l’orifice d'écoulement du sang envoyé par

(1) François-Franck, Comptes-rendus Soc. Biol., 2 et 9 juin 1883.

l’une des aortes, on peut être assuré que les modifications fonctionnelles observées à la suite de la rupture des valvules ‘artérielles résultent directement des reflux diastoliques. Si l’on opère dans ces conditions, comme l’a fait M. Marey, sur des cœurs normaux, en totalisant dans un petit manomètre à mercure tout l'effort systolique du ventricule (Comptes-rendus, — lab.1878,p. 168), on peut s'assurer que l’énergie propulsive du muscle ventriculaire augmente très notablement, d’un tiers en moyenne, à la suite de la rupture des valvules artérielles.... Une expérience très analogue peut être faite sur le cœur des mammifères, chez le chien et chez le chat en particulier : M. Newell Martin (Balümore, J. Hopkins University, juin 1881), a déterminé les conditions dans lesquelles on peut réaliser chez les animaux à sang chaud des expériences de circulation artificielle du cœur presque aussi commodément que chez les animaux à sang froid ; j'ai repris ces études avec quelques dispositions nouvelles et suis arrivé à obtenir la survie prolongée du cœur du chien, physiologiquement séparé du reste de l'organisme. En opérant alors de la même façon que sur le cœur de la tortue isolé, il est facile de s'assurer que les réactions motrices du cœur sont les mêmes : à la suite de l’insuffisance aortique, l'énergie de la poussée systolique augmente tout aussi notablement.

« Ces études m'amènent à conclure que l'insu/fi-

Page 1