STRUCTURE INTIME DU CERVELET CHEZ LES POISSONS OSSEUX
cylindre de l'axe; l'autre est constamment d'une largeur bien supérieure à celle du premier el semble constitué par un prolongement de; la membrane de la cellule. Ces dimensions de la libre large se conservent jusqu'à une certaine distance au delà de la cellule, el lorsque cette fibre se trouve rompue, il m'a semblé dans certains cas voir saillir du milieu de la cassure une fibrille qui pourrait bien être un cylindre de l'axe. Ces faits ayant été constatés par moi d'une façon constante sur toutes les cellules du cervelet du Brochet et de la Carpe, je me trouve fondé à admettre qu'il doit en être de même pour d'autres Poissons (1).
Si quelque aiialomiste tient à vérifier mes assertions, je l'engagerai à choisir le Brochet de préférence à la Carpe comme sujet d'expérience. La préparation est fort simple, du reste, et n'exige ni beaucoup d'adresse ni de longs tâtonnements : il suffit d'extraire l'encéphale immédiatement après la mort et de le laisser macérer de dix à vingt heures dans de l'eau pure ; après ce laps de temps, le tissu cérébral offre une tendance à se désagréger et ses éléments se dissocient avec beaucoup plus de facilité qu'à l'état frais; si l'on détache alors un fragment du cervelet de manière à emporter en même temps une portion de la zone moyenne, en l'écrasant avec précaution entre deux verres sous le microscope, on verra un certain nombre des grandes cellules de la zone moyenne s'isoler et nager dans le liquide {'■2). Il sera facile de constater sur ces cellules les faits énoncés plus haut. Peut-être ne sera-t-il point inutile d'ajouter que l'emploi de grossissements variés est ici indispensable. Un objectif faible (iOO diamètres environ) servira très avantageusement pour rechercher les cellules dans l'intérieur de la préparation; un objectif d'une puissance beaucoup plus grande (500 à 600 diamètres) devient nécessaire pour en étudier convenablement la structure.
En ce qui concerne la structure des zones centrale et corticale, je me bornerai aujourd'hui à parler de ces petits corps auxquels certains auteurs donnent le nom de noymix. Afin de ne rien laisser préjuger sur leur nature encore mal déterminée, je les désignerai par cette expression : corpuscules du cervelet. Ces organites arrondis, dont le diamètre est environ de 0''°,004 à 0""',006 et sont tous à peu près égaux, offrent à l'état frais un aspect assez homogène; quand on les laisse séjourner quelque temps dans de l'eau pure, ils présentent les caractères de petits organes vésiculeux, et l'on voit apparaître dans leur intérieur un certain nombre de grosses granulations foncées. Leur résistance à la destruction est du reste très considérable, car il m'est arrivé de les retrouver avec tous leurs caractères après plusieurs jours de macération dans l'eau. Étudiés dans du sulfate de soude, leur contour est transparent et homogène ; ils sont emprisonnés dans une substance fondamentale qui est alors légèrement visqueuse et élastique, susceptible de s'étirer en fils. La couche de ces noyaux est formée de très petites cellules.
Deux questions capitales se présentent au sujet de ces corpuscules du cervelet : X" Dans quels rapports se trouvent-ils relativement aux fibres nerveuses? 2" Sont-ils des éléments nerveux ou bien seulement des éléments de tissu conneclif? Owsjannikowet Stieda, qui l'un et l'autre considèrent les corpuscules du cervelet comme de petits corps celluleux, ne sont point d'accord relativement aux connexions à admettre entre ces organites el les fibres nerveuses. Owsjannikow, pour qui les
(1 ) Sur une Kpinochc ayant macéré un ou deux jours dans un mélange d'acide azotique au tiers, puis un jour dans de l'eau légèrement acidulée, j'ai trouvé un grand nombre de noyaux du cervelet avec des prolongements polaires se continuant avec les cylindres de l'axe : ces cylindres, très résistants, sortent comme des cheveux sur les lijnites des fragments de tissu haché.
(i) PI. X, fig. 10.
lU SYSTÈME NERVEUX DES POISSUNS.
corpuscules sont de petites cellules nerveuses, constate, comme d'autres savants, peur le cervelet des Vertébrés supérieurs, un rapport de ces cellules avec les fibres nerveuses pourvues de moelle, par l'intermédiaire de très fins prolongements; d'autre part, Stieda déclare qu'il n'a jamais pu saisir de rapports entre les corpuscules et les fibres nerveuses. Dans un travail de date déjà ancienne (i), j'ai émis d'abord une opinion conforme à celle d'Owsjannikow, et regardé les corpuscules du cervelet comme de petites cellules multipolaires. Une étude plus approfondie de la question m'a conduit depuis lors à abandonner ma première manière de voir; je considère à présent ces corpuscules comme des organites indépendants des fibres nerveuses. Assez souvent, il est vrai, il m'est arrivé de voir se détacher, de la surface des corpuscules, un ou deux prolongements d'une extrême finesse; mais en analysant ces rapports, j'ai acquis la conviction que les filaments que j'avais sous les yeux, au lieu d'être des fibres nerveuses, n'étaient autre chose que des filaments artificiellement formés par l'étiremenl de la substance fondamentale ou connective légèrement visqueuse interposée entre les corpuscules. Il est facile de s'assurer du fait en examinant sous un très fort grossissement un fragment de cervelet écrasé dans quelques gouttes d'une solution de sulfate de soude. Entre les îlots formés par les amas de corpuscules et de substance fondamentale mélangée, on voit, en pressant légèrement sur le couvre-objet, s'établir de petits courants rapides tendant à entraîner les particules qui se trouvent sur leurs bords. En suivant ce phénomène avec attention, on voit fréquemment des corpuscules détachés des bords et emportés par le courant s'arrêter tout à coup, retenus par une bride mince de substance connective; sous l'influence de la traction exercée par le courant, cette bride peut s'étirer en un filament qui tantôt s'allonge et se rompt brusquement, tantôt résiste et persiste sous forme de fibre d'une minceur extrême à laquelle le corpuscule reste appendu; lorsque le repos s'est établi, cette fibre artificiellement formée peut être prise très aisément pour une fibre nerveuse d'une grande finesse, dont elle offre du reste tout à fait les caractères. Si Owsjannikow a pu apercevoir des fibres en rapport avec les corpuscules, je suis porté à croire que ce qu'il a vu n'est pas autre chose que des filaments de cette nature formés par l'étirement de la matière connective. Mon opinion actuelle est que les fibres nerveuses et les corpuscules du cervelet constituent des éléments anatomiquement indépendants.
Je passe maintenant à la seconde question : les corpuscules du cervelet sont-ils ou non des éléments nerveux? De ce fait que les corpuscules du cervelet ne sont point en rapport immédiat avec les fibres nerveuses, faut-il conclure que ces organites n'appartiennent point au tissu nerveux? Non, assurément; car jusqu'à présent, rien n'établit avec certitude que tout élément nerveux doive contracter nécessairement des rapports avec une fibre nerveuse (2). Mais, d'autre part, on peut aussi se demander si ces corpuscules ne seraient point des noyaux appartenant au tissu connectif. L'argument qui me paraît avoir le plus de poids contre l'hypothèse qui tendrait à considérer les corpuscules du cervelet comme une dépendance du tissu connectif est le suivant : pris dans leur ensemble, les corpuscules du cervelet constituent la moitié au moins, peut-être môme les trois quarts
(U Eecherches sur Vanatomic comparée de l'encéphale des Poissons {Mémoires de la Société des sciences naturelles de Strasbourg, 1869).
(2) L'existence indubitable de cellules apolaires dans les centres nerveux de certains Invertébrés (Lombric terrestre, Sangsue) est une preuve du contraire.