‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 2)Chapitre 103 sur 141 · PARALYSIES CROISÉES OU ALTERNES · texte numérisé non relu

PARALYSIES CROISÉES OU ALTERNES

Ce soQl assurément là des fails cliniques d'une grande valeur, ]ue des travaux récents ont surtout contribué à établir d'une manière péremptoire, et qui trouvent leur raison d'être dans la réalité des choses (1) ; aussi, sommes-nous disposé à considérer la Qfianifestation croisée ou alterne des phénomènes paralytiques comme ayant une signification sémiologique précise, au point de rue du diagnostic de la localisation d'une lésion intéressant tel ou tel segment des régions supérieures de l'axe spinal.

On comprend du reste, d'après l'énoncé des dispositions ana« tomiques que nous venons de rappeler, combien ces symptômes paralytiques croisés ou alternes pourront présenter de variations multipliées, suivant que la localisation de la lésion sera située à une hauteur différente dans le sens vertical; comment, avec une lésion des fibres spinales antérieures entrecroisées, on pourra rencontrer des destructions isolées des fibres des hypoglosses, du moteur externe, de la petite racine de la cinquième paire, du moteur oculaire commun, etc., et de là, comme troubles fonctionnels subordonnés, des hémiplégies portant à la fois sur les membres thoracique et abdominal du côté gauche par exemple, accompagnées, soit de troubles de la motricité des muscles linguaux du côté droit, soit de paralysie faciale complète ou incomplète, soit de paralysie des moteurs oculaires externes ou du moteur oculaire commun correspondants.

Tantôt ce sont les fonctions locomotrices des muscles qui président à l'articulation des sons qui sont troublées, et alors les malades ou bien ne peuvent plus articuler des sons qu'avec une extrême lenteur, ou bien ils sont frappés de bégaiement, ou bien ils n'arrivent plus qu'à produire un bredouillement complètement inintelligible, et ils sont môme complètement muets.

En voici du reste quelques exemples :

Obs. I. — Homme, quarante-deux ans. Étourdissements fréquents;

dans les environs des points 5, 5' de la figure 1, planche IX; de même pour le point ià de la ligure 1, planche X.

(1) Consultez à ce sujet le mémoire de Millavil, hulletim de h Société anatomique, mat 4856, p. 217; les travaux de Gubler, Sur rhémiplérjie alterne {Gaz, hebdom.^ octobre 1856), et le mémoire du même au leur : Mémoire sur Us paralysies alternes en général et particulièrement sur l'hémiplégie alterne, avec lésions de la protuhérance. Paris, 1859.

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défaillances, affaissements subits étant à table, sans paralysie bien manitele ni convulsions ; parole tente ; hémorrbagie de la région bulbaire de la proto* bérance par rupture de l'artère basilaire. (Obs. de Blachez, Sociélé anaUmiique, 4862, p 335.)

Obs. il — Homme, vingt ans. Faiblesse des membres droits; paralysie faciale du côlé gaucbe; sensibilité diminuée; déglutition lente; voix voilée, parole embarrassée. Tumeur du volume d'une noix comprimant la r^oo postéro-inférieure de la protubérance. (Obs. de Bonrceret, empruntée au mémoire de Gubler, Sur les paralysies alternes en général^ 4 859.)

Obs. m. — Garçon de quinze ans. Bégaiement survenu à la suite de céphalalgies répétées, il dure pendant six mois ; convulsions, puis hémiplégie droite; le malade ne pouvait tirer la langue hors de la bouche; la mémoire des mots n*était pas perdue. Tumeur dure, du volume d'une fève, an niveau ài c6té gauche du pédoncule moyen. (Lallemand, Reeherthes anaîomico-patliokh giques iur l'encéphale. Paris, 4 834, t. III, p. 52.)

Obs. IV. — Bégaiement, diplopie, respiration difficile. Tuoieur siégeante la partie postérieure gauche du pont de Varole, comprimant les origines do moteur externe. (Coste, thèse de Paris, 4 851, obs. IV.)

Obs. V. — Femme, cinquante-deux ans. Hémiplégie du mouvement à droite, la sensibilité est légèrement diminuée ; bégaiement, les sons ne peuvent être articulés netlement ; la malade par son regard semble témoigner de la conservation de ses facultés intellectuelles. Protubérance petite et déformée; deux cicatrices d'anciens foyers au niveau des bords inférieurs de chaque côté; les pyramides antérieures sont atrophiées, et les hypoglosses grisltres (Cruveilhier, Anatomie pathologique du corps humain, XXI* livr., p. 2.) (Voy. Tobs. XIV qui suit.)

Obs. VI. *— Paralysie de la face, du bras, de la jambe droite et da voile da palais ; affaiblissement progressif de la vision de Toeil gauche, chute de la paupière ; la parole est incompréhensible, les facultés intellectuelleB paralaienf conservées. Atrophie du pédoncule cérébral gauche, induration des fibres do pont de Varole du même côté, atrophie du nerf de la troisième paire corre^ pondant. (Archives de médecine^ 4 863, t. II, p. 97» obs. de Wébw.)

Tantôt ce sont les nerfs moteurs de la face qui se trouvent intéressés d'une manière directey simultanément avec une paralysie croisée des membres supérieur et inférieur du côté oppose. En voici quelques exemples :

Obs. VII. — Hémiplégie gaucbe, paralysie faciale à drmte ; Usjet siégeant dans le côté droit de la protubérance, au niveau de l'étage moyen. [Cémpta Rendus de la Sociélé do biologie^ 4S60, p. 125, obs. d*Hillairet, pi. IX).

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Ov. YJII. — Houune, toixante-dix-huit ans. Hémiplégie gauche, moitié droite de la face paralysée, pas de déviation de la langue, sensibilité conswvée. Foyer hémorrhagique siégeant dans la moitié droite et postérieure de la protubérance. (Obs. de Vaussin, rapportée dans le travail de Gubler, he. cit,, p. 16.)

Obs. IX. — Homme, adulte. Hémiplégie gauche, difficultés dans TarticvIatioD des sous, intelligence et sensibilité conservées, dyêp9iagi€, respiration l^teei bruyante. Hémiplégie faciale du côté opposé; foyer hémorrhagique du volume d'une amande siégeant à droite sous Fécorce de la protubérance. {Bulletim de la Société anaU>miqu$, \ 856, p. 207, obs. de Sénac.)

Obs. X. — Homme, trente-neuf ans. Hémiplégie gauche, paralysie i&com* plète de la face à droite, sensibilité conservée, vomissements. Foyer hémorrhagique occupant la partie médiane de la protubérancei et se prolongeant du côté du pédoncule cérébelleux droit. (Obs. de Martineau, Bulletins de la Société analomique, 4860, p. 34 9.)

Tantôt les nerfs qui meuvenl les globes oculaires sont, ou isolé« ment intéressés, ou concurremment lésés avec les nerfs Qioteurs iêcîêux du même côté, et il y a en même temps hémiplégie du côté opposé :

Obs. xi. — Femme, trente-deux ans. Paralysie d'abord du moteur oculaire commun du côté gauche et des membres droits en même temps ; puis paralysie consécutive de la troisième paire du côté opposé, avec faiblesse seulement des membres gauches. Tumeur du volume d*un haricot située au niveau du côté gauche de l'isthme, atrophie du moteur oculaire commun du même côté ; autre tumeur du volume d'un pois, au niveau de la ligne médiane. (Obs. de Luton, rapportée dans le travail de Gubler, /oc. ct(., p. 72.)

Obs. XII. — Garçon, deux ans. Hémiplégie droite, sensibilité conservée, paralysie faciale gauche et strabisme interne. Tubercule comprimant la moitié fSAcho de la région antérieure de la protubérance, atrophia des nerfs faciaux Et fùoUmt externe 4tt même côté. (Obs. de KœklîAi citée par Gubler, (oc. ct(. , P- 170

Obs. XIII. -^ Femme, quarante-huit ans. Chute de la paipière droite, hémiplégie accusée surtout à gauche. Tumeur du volume d'une noisette au nmea du pédoncule cérébral droit, atrophie du moteur oculaire commun correspondant. {Archives de médecine^ 4863, t. II, p. 98, obs. 11, rapportée par Weber.)

Obs. XlV. — Homme, cinquante-deux ans. Paralysie subite du côté droîty avec paralysie faciale du même côté ; diplopie et dilatation de la pupille. On CQBState à gauche un trouble dans la faculté d'accommodation de cet œil. Foyer hémorrhagique dans la partie inférieure et interne du pédooeole céré-

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bral ; il était en contact immédiat avec le nerf de la troisième paire dont les fibres étaient en partie altérées. (Ibid., obs. I.)

On comprend encore comment, suivant que le siège de U lésion aura telle ou telle localisation au milieu des fibres ascendantes de ces régions sus-bulbaires de Taxe spinal, la paralysie de la face pourra indifféremment se révéler ou ne pas paraître; et comment même, dans certains cas particuliers, lorsque k siège du travail de désorganisation sera situé au-dessus des poiiHs d'entrecroisement des fibres secondaires qui relient au corps strié les noyaux d'origine des nerfs faciaux (pi. III, fig. 2 [4"*, 4", â'], et pi. VIII, fig. 1 [ô]), la paralysie de la face, loin d'être directe et alterne comme dans les exemples précédents, sera simplement entrecroisée comme celle des membres supérieurs et inférieurs, et située du môme côté qu'elle (1).

Obs. XV. — Femme, qoarante-sept ans. Apparition rapide de pbéoomènes paralytiques dans les membres du côté gauche, absence d'anestbérie, absence de paralysie faciale, soit dU même côté, soit du côté oppoêé; la parole est impossible, la langue même semble se mouvoir très-peu et d'one manière trèsdifûcile, car la malade ne la sort pas de la bouche lorsqa^oo la loi demande. Foyer hémorrhagique dans Tintérieur de la prolubérance locale principalement à droite.

A ce sujet, M. Marcé a fait remarquer à la Société anatomiqae que, dam ce cas, il y avait intégrité du faisceau pyramidal gauche, et destruction isdft du faisceau pyramidal droit; que le plan postéro-supérieur des fibres seniilirfs avait été respecté, et que le nerf facial étant sain à son origine apparente, il avait fallu que le foyer ait ménagé ses origines réelles dans leur trajet encore peu connu. (Bulletins de la Société anatomique^ 1 860, p. 324 , obs. deGoéoiot..

II. Des lésions isolées de certaines fibres des régions supérieures de l'axe spinal peuvent exceptionnellement intéresser les voies parcourues par les impressions sensitives, et déterminer i Iot suite des phénomènes d'anesthésie persistante :

Obs. XVI . — Homme, vingt-sii ans. Hémiplégie faciale complétai gaocbi. légère adroite; paralysie complète des membres droits, faiblesse da c6(« gauche, anesthésie à droite; paralysie du moteur oculaire commun droit. Tumeur occupant toute la longueur du lobe gauche de la prolubérance, péné-

(1) Voyez observation Vl, atrophie du pédoncule cérébral gf.iuche avec ab(4it:« de la motilité dans tout le côté droit du corps, y compris la face, le %oile di {mUt et U (iuigue.

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trant profondémenl dans la parlie inférieure de ce lobe, plus superficielletnent en haut, où elle se détache du tissu nerveux, et franchit la ligne médiane pour envelopper Torigine de la troisième paire droite (Obs. de Goupil, insérée dans le mémoire cité de Gobler, p. 25.] (1)

ni. Les régions supérieures de Taxe spinal, non-seulement se trouvent constituées par Tensemble des fibres ascendantes motrices et sensitives qui mettent les différents segments sousjacents de la moelle en relation avec les centres nerveux supérieurs, mais encore, par de nouveaux foyers d'innervation d'origine cérébelleuse, destinés à entretenir le jeu incessant des grands ap« pareils organiques indispensables à la vie. Les mouvements respiratoires, ceux du cœur en effet, semblent particulièrement soutirer de ces mêmes régions supérieures la quantité d'influx moteur nécessaire à leur fonctionnement régulier (2).

C'est de la sorte qu'il faut comprendre le mécanisme de la suspension des mouvements respiratoires lorsque certaines régions de la protubérance sont intéressées, celui du ralentissement des battements du cœur dans de pareilles circonstances, et finalement celui de la mort rapide qui est si fréquemment la conséquence immédiate d'une désorganisation localisée à ce département du système nerveux.

De cette disposition organique découle encore l'explication rationnelle des troubles variés qui se montrent du côté de la motricité organique des voies digestives, lorsque certains points

(1) Vo\r7. \o récit dijà indiqua (page 524) (l'une obscrxation présentée par Potain à la Société anatomiqiic dans le courant de l'année 1864 : elle est relatitc à une fé«ion de certain» faisceaux des réprions supérieures de Taxe spinal, avec anrftfhésif* du côté opposé.

(2) On trouve, dans la thèse inaugurale ilc Coste, le récit d'expériences intérestantes faites dans le but d'élucider le rôle do la protubérance dans les phénomènes respiratoires. Ses expériences ont été faites sur des mammifères. En voici le résumé :

Après a?oir soustrait les parties supérieures de l'encéphale à des lapins, il vit les mouTemcnts respùratoires devenir de plus en plus rares. Après avoir enlevé les notes ftTCC la partie supérieure du cervelet, le nombre des inspirations tombait de 42 à 36 par minute ; en enlevant le reste du cervelet, l'animal cessait de respirer. Sur un cochon d'Inde (exp. iv), après l'extirpation du cervelet, le nombre des mouvements respiratoires qui était à 400 par minute, tomba à 18 et à 16, et la respiration devint difficile; la section transversale de la protubérance (section des fibres efférentes cérébelleuses) la suspendit immédiatement. (Thèse de doctorat, Paris, 1851, n» 173.)

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de la protubérance sont particulièrement intéressés, tels que h dyspbagie, les spasmes du pharynx (obs. XVIII), les vomissements (obs. IX et XVIII), la paralysie des réservoirs pelviens et mtaie la polyurie (obs. XVll).

Voici du reste le résumé de quelques observations qui viennent confirmer ce que nous venons d'avancer (1).

Oii. XVir. — Homme, trente-neuf ans. Tombe brosqnement sans connaissance, léger accès convulsif, rigidité de tout le système mascnlaire; eyi* noae, an peu d'écume k la boache, résolation, coma, pas de paralysie, ratpi* ration lenle exclusivement diaphragmatique avec ronflement ; mori 0» wa hiur0» Caillot récent du volume d'un pois, occupant la région médiane de li protubérance à la réunion du tiers antérieur avec les deux tiers poatérîean. (Obs. de Meenet, Archives de médecine^ 4 861, t. II, p. 363).

Obs. XVIII. — Homme, soixante-quinze ans. Polyurie ancienne, faiUeiM générale, arrêt momentané des mouvements iogpiratoires et des battements du cœur ; syncopes fréquentes dans les derniers temps. Hémoarhagie réceota de la protubérance au milieu d'un tissu anciennement altéré ; elle est étendoi depuis la région bulbaire jusqu^à celle des pédoncules cérébraux. (BuUetint ii ïa Société anatomiquBy obs. de Potain, 4862, p. 51).

0»9. XIX. — Femme, quarante-trois ans. Céphalalgie, vertiges, vomissements, strabisme et convulsions faciales à droite, rien du côté de la molilitl ou delà sensibilité; dysphagie, spasme du pharynx, cyanoee, mouvmneoti cardiaques tumultueux; mort en huit jours. Abcès du volume d une olive, ao niveau de la région postérieure droite de la protubérance. (Obs. de Ferfil, citée dans le mémoire de Gubler, p. 34 .)

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