CHAPITRE II
PERTURBATIONS FONCTIONNELLES DES RÉGIONS QUI SONT EN RAPPORT AVEC LES PHÉNOMÈNES DE LA SENSIBILITÉ.
Les perturba lions fonctionnelles des régions qui sont en rapport avec la sensibilité générale, se traduisent le plus souvent, soit par une exaltation, soit par une abolition des actes physiologiques: c'est ainsi qu'elles se présentent indiflëremment, soit sous la forme à'hyperesthésies, soit sous celle A'anesthésies.
Il ne nous paraît guère possible, dans l'état actuel de nos connaissances physiologiques, de nous prononcer avec certitude sur Tensemble des conditions qui président à ces différentes modalités de la sensibilité : néanmoins il nous semble acceptable, que si les phénomènes hypereslhésiques sont quelquefois déterminés par une cause d'irritation locale, portant directement sur la continuité des fibres sensilives (1), ils peuvent également être provoqués par une accélération plus rapide des courants sanguins au milieu de leurs fascicules, et par une sorte d'érélhisme artificiel, produit ainsi par cette fluxion passagère.
Relativement au mécanisme de la production des phénomènes aneslhésiques, s'il est d'observation que l'interruption des conducteurs de la sensibilité et la destruction locale des régions affectées à la réception des impressions sensitives sont accompagnées égalelement de symptômes aneslhésiques (2) ; il n*e«l pas moins acceptable que ces mômes régions du système nerveux peuvent cesser d'être également dans leurs conditions de conductibilité et de réceptivité habituelles, par suite d'une sorte de stupeur locale,
espèces de solidifications arborescentes du contenu des vaisseaux, que nous n'avons pas rencontrées d'une façon concomitante dans les réseaux capillaires de la substance cérébrale (voy. page 462).
Nous sommes donc porté, eu égard h l'ancienneté relative des désordres anatomiques constatés dans le cerveau et le cervelet d'une façou parallèle, à dire que les lésions du cervelet paraissent en général être les premières en date.
Calmeil a été frappé aussi de faits analogues : aussi trou\e-t-on que, dans la plupart des observations de périméningo-encéphalite qu'il cite, le cervelet est noté comme étant ramolli^ violacé et gorgé de sang ù ditTérents degrés. (Loo. et'/.]
(i) Voy. page 524.
(2) Voy. page 532.
produite elle-même par un temps d'arrêt des phénomènes circulatoires.
G*est ainsi que, faisant à ce propos l'application des faits que nous avons précédemment relatés au sujet du mode de production de certaines paralysies de la motricité dites réflexes^ nous arrivons à dire que (les mêmes causes produisant les mêmes effets) il nous parait parfaitement légitime d'admettre qu'il existe parallèlement toute une classe d'anesthésies passagères, qui n'ont leur raison d'être que dans une interruption loc^e des courants sanguins, et qui ne sont vraisemblablement imputables qu'à une perturbation primitive de Tinnervalion vaso-motrice amenant à sa isuite une véritable anémie locale.
Ainsi donc, nous admettrions volontiers que la plupart des hypereslhésies et des anesthésies dynamiques, que Ton observe si fréquemment chez les sujets névropalhiques, ne doivent être considérées, le plus souvent, que comme Texpressioa d'un état d'érélhisme ou de stupeur des éléments nerveux, et que ce sont là des phénomènes secondaires, provoqués eux-mêmes, soit par une accélération, soit par un ralentissement des courants sanguins au milieu de la trame des régions sensitives.
PHiirOllJ^HBS ETSTÉIIQUBS (4).
On comprend, d'après ce que nous venons d'exposer, comment lorsque c'est le sensorium lui-même qui est intéressé (la couche optique)» on peut voir apparaître une série de perturbations aussi imprévues que bizarres des phénomènes sensitifs dont les modalités variées constituent ordinairement le tableau de rhystérie vaporeuse.
C'est dans ces circonstances que se révèlent ces troubles variés des fonctions sensilives, qui tantôt sont isolément exaltées, et tantôt simultanément anéanties, suivant que les différents centres de la couche optique sont tour à tour, ou bien simultanément, ou isolément intéressées 5 ces amauroses, ces surdités, ces analgésies accidentelles qui surviennent d'une façon si inattendue chez les sujets hystériques, et tous ces troubles divers de la sensibilité, si
(1) Voy. page 609 et suiv.
PHÉNOMÈNES DE l'hTSTÉRIE VAPOREUSE. 629
curieux à étudier sous leurs différents aspects, alors que l'état morbide, isolant avec une exquise finesse d'analyse les éléments multiples dont se compose la sensibilité, nous fait voir Tindépen-* dance des différents facteurs qui concourent normalement à ses diverses manifestations (voy. page 321) . C'est ainsi que Tenvabissement isolé des différentes régions de la couche optique, qui sont en rapport avec les impressions de la sensibilité proprement dite, nous montre que les fibres dolorifères ont une distribution centrale isolée ; que les fibres tactiles sont aussi indépendantes, et qu'il en est de même de celles qui apportent au sensorium la notion de l'état d'activité des différents arcs spinaux diastaltiques (fibres des faisceaux postérieurs).
C'est ainsi que l'on voit des sujets qui, suivant que ces divers éléments de la sensibilité viennent isolément à faire défaut, sont frappés d'analgésie , d'anesthésie, d'ataxie ou de catalepsie (1). De là, enfin, l'apparition successive et irrégulière de toute cette série de perturbations des phénomènes sensitifs, qui, mettant a la fois en jeu le sensorium afiecté à la réception des impressions de la vie animale, et le sensorium oh se concentrent les impressions de la vie végétative, constituent dans leur ensemble la symptomatologie si mobile et si complexe de Thystérie vaporeuse.
Les phénomènes de l'hystérie vaporeuse, caractérisés par ces troubles divers des fonctions nerveuses, ne sont considérés a ce point de vue que comme l'expression symplomatique d'un état de stupeur ou d'exaltation des propriétés dynamiques des différents centres de la couche optique. C'est donc là, à notre avis, dans ce double sensorium qui reçoit à la fois et les ébranlements qui lui arrivent du monde extérieur, et ceux qui lui sont apportés par les divers états des plexus viscéraux périphériques, qu'il convient enfin de placer le point de départ de toute celle série de manifesta-
(1) L'étal cataleptique n'est donc provoqué, au point de vue de la localisation des régions nerveuses intéressées, que par l'abolition des aptitudes physiologiques de ce point limité de la couche optique qui reçoit la terminaison centrale des faisceaux spinaux postérieurs, et qui transmet de là à l'intellect la notion des divers états de la tension des fibres musculaires en activité (pi. 111, fig. 1 [9] [25 J, et pi. XII, fig. 2 et 3). Voyez, à ce propos, l'article remarquable de Lasègue, De r Pataxie hystéi'iques (Archives de médecine^ 1804, t. I. p. 385).
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lions maladives dont les apparences capricieuses et les allures vagabondes onl jusqu'ici échappé à une délimitation anatomique précise (1).
Cette localisation des phénomènes propres de rhystérie vaporeuse dans les différentes régions du sensorium (de la couche optique) nous permet de nous rendre rationnellement compte d'une certaine catégorie de phénomènes observés.
C'est ainsi qu'il est permis de comprendre comment les incitations parties des diverses expansions viscérales périphériques, et propagées à travers les réseaux de la région sympathique^ peuvent se faire jour jusqu'au sensorium de la vie animale et de la vie organique (pi. X, fig. 3, [lA]), et amener, par leurs sollicitations importunes, des troubles fonctionnels de voisinage, tels que des hyperesthésies, des anesthésies sensorielles, des symptômes d'anxiété, des attaques de syncope, d'extase, de catalepsie, etc. ; et comment elles peuvent, en rayonnant de là vers les différents départements de la substance corticale, provoquer à leur suite l'explosion de ces accès de manie hystérique, qui reflètent dans leurs modalités variées, sous une forme plus ou moins erotique, le cachet originel des incitations spécifiques qui les ont provoqués.
Gomment l'abolition de la sensibilité cutanée, lorsqu'elle se présente avec la forme hémiplégique, est si fréquemment complète,
(i) n est curieux de rapprocher l'opinion que nous émettons au styet dn siégre anatomique de l'hystérie, des conclusions que Briquet a déjà indiquées. Ce consciencieux observateur semble avoir pressenti le rôle qui serait attribué un jour à U coucbo optique dans cette série de manifestations morbides, et formulé par avance nos propres assertions. C'est ainsi qu'il s'exprime en efTct : « Comme l'anatomie pathologique n'a encore constaté l'existence d'aucune trace matérielle de souffrance de l'encéphale, on peut dire que l'hystérie est une maladie consistant dans une névrose de la portion de Vencéphale destinée à recevoir les impressiowi affectives et les sensations^ etc. »
Il n'est guère possible, comme on le voit, de définir à priori avec plus de précision la participation active du sensorium (de la couche optique) aux phénomènes hystériques, et de rencontrer, dans l'étude des perturbations fonctionnelles du système nerveux, une concordance aussi complète entre les données fourmes par l'anatoraîe et celles qui sont révélées par l'observation clinique. ( Briquet, Traité clinique et thérapeutique de P hystérie , 185d, p. 601.)
PHÉNOMÈNES DE i/hYSTÉRIE VAPOREUSE. 6Si
et s'observe aussi bien à la face, sur la conjonctive, sur la pituitaire, que sur la peau des extrémités, puisque dans ces cas le point central, le c^^re spécial de la couche optique dans lequel viennent converger les impressions sensitives de la périphérie cutanée, est, dans toute sa masse, frappé d*anesthé$ie (voy. page 207).
Comment il se fait que tes hallucinations apparaissent si fré* quemment dans le cours de Thystérie, puisque nous avons vu précédemment que l'exaltation fonctionnelle de certains centres de la couche optique était la condition nécessaire à leur manifestation ; comment enfin les phénomènes de Textase et de la catalepsie se montrent particulièrement dans ces circonstances (1).
Cette théorie toute physiologique des phénomènes propres de l'hystérie vaporeuse nous permet encore de saisir Tenchalnemcnt de certains symptômes secondaires qui peuvent se révéler, ou indifféremment faire défaut parmi toute cette série de manifestations morbides.
C'est ainsi qu'il est possible de comprendre comment le ;>rocessus morbide qui porte tout d'abord son action sur le sensorium^ peut, en étendant la sphère de son activité à d'autres départements du système nerveux, frapper tour à tour, soit sur les régions convulsivantes de Taxe spinal, et déterminer ainsi une série d'explosions eonvulsives concomitantes; soit sur la substance grise du corps strié qui, réagissant à sa manière, donnera l'essor a une série de manifestations anomales sui generis.
C'est ainsi que l'on voit apparaître dans le cours de l'hystérie, ces modifications si bizarres du caractère, qui semblent se révéler d'une façon identique, toutes les fois que les éléments du corp» strié sont en émoi ; tantôt elles prennent en effet, comme nous l'avons déjà indiqué, la forme d'accès de fureur, d'accès de colère imprévus, ou d'impulsions irrésistibles, et tantôt, se voilant sous les apparences d'une dépression profonde, elles se résument en abattement mélancolique avec tendances hypochondriaques (voy. pages A37 et 608).
(1) Il no nous est arrivé de rencontrer que deux fois, parmi toute» 1m obscnrations que nous avons dépouillées jus<iu'ii*i, le symptôme cata/efm'e. Dans ces deux fois, la texture des couches optiques était désorganisée (voy. pnfres 542 et 543).
On sait ^joe les Umieim oootanMs 4ai rfTfphile sont souirent méeooDoef pendant la vie, giiee â Haifilf rip ci â Talfieiice de réaction des régions <pi*elles istéresent, cl qœ, d'one aatre part» elles se révèlent fréqoeaunent par one série de phénomèDes conrulsifsa formes variées, Idsqoe des aeoês cpîleptîfbrmes, des contractures permanente5, etc.
Ces particularités symptomatoiogiqnestîenDeot,siiivanlnous,i leun diverses localisations dans b niasse encéphalique, et aux connexions indirectes qu'elles aflRectent avec les fégioos de la base de Tencéphale où se trouvent concentrés les foyers de rinnervation canvulêivante.
Pour peu que Ton veuille en effet se reporter aux détails que nous avons relatés à propos des expansions terminales des pédoncules cérébelleux 9 on doit se rappeler que nous avons particulièrement insisté sur le fait de leur constitution en réseaux continus, depuis la région bulbaire jusqu^au niveau du noyau jaune du corps slrié (pL H et III, fig. 2), et indiqué quils constituaient ainsi par eux-mérnes une sphère d'activité nerveuse dans un perpétuel état de tension. Ces régions, qui occupent les parties antérieurei et inférieures do loule la masse de Taxe spinal, et qui reposent directement sur un plan résistant représenté par la paroi antérieure du canal rachidien évasé, sont les seuls départements excitables de tout Tcncéphale, ainsi que les expériences des physiologistes Tont déinonlré, lorsqu'une cause d'irritation directe ou indirecte vient à mettre en jeu leurs propriétés dynamiques. Qu'il s^agisse d'un corps étranger ou d'une tumeur encéphalique dont la pression anomale vienne à retentir jusqu'à elles, immédiatement elles réagissent, et, par les manifestations convulsives qui éclatent alors, impliquent, ipso facto, qu'elles ont été plus ou moins directement provoquées.
D'un autre côté, il est d'observation que ces tumeurs, en raison do la disposition même des parties, n'exercent pas directement leur action sur lo point précis de la masse encéphalique où elles portent, et qu'au contraire elles transmettent leur pression dans une direction diamétralement opposée, et précisément suivant Taxe de leur point d'application.
DES TUMEURS INTRÀ-ENCÉrHÀLlQUES. 63S
C*est ainsi qu^une tumeur siégeant à la partie convexe des lobes cérébraux transmettra sa pression à la base de Tencéphale (1); qu^une pression traumatique appliquée au niveau des bosses occipitales se propagera suivant l'axe antéro-postérieur du crâne, et portera principalement sur les lobes antérieurs (2); qu'une pression produite par une tumeur à la région temporale sera transmise suivant l'axe transversal, dans les points homologues du côté opposé; qu'une tumeur siégeant au niveau de bec du calamus amènera des manifestations choréiformes, [non pas en raison de son implantation dans les régions postérieures de l'axe spinal (pi. VI, fig. 2 et 2)], mais bien par le fait de la compression médiate qu^ello exercera sur les réseaux ambiants où se dissémine l'innervation cérébelleuse périphérique (3); qu'enfin, en vertu du même mécanisme de propagation médiate, une tumeur, un kyste hydatique par exemple, siégeant au niveau de la région dorsale d'une couche optique pourra provoquer des phénomènes convulsifs variés, par suite d'une compression directe transmise aux régions sousjacentes, qui sont précisément aptes a engendrer des manifestations convulsives(pl. XIII, fig. 1).
C'est ainsi, à notre avis, qu'il convient d'interpréter la symptomatologie variée qu'oiîrent ordinairement les tumeurs intraencéphaliques. L'inconstance et la variété des signes a l'aide desquels elles révèlent leur présence, tiennent donc, d'une part, à la facilité avec laquelle les régions convulsivantes de Taxe spinal entrent en jeu, lorsqu'une pression quelconque, directe ou indirecte, vient à porter sur un point de leur continuité; et, d'une autre part, à ce que, en vertu de la disposition même de la boite crânienne, elles transmettent dans une direction diamé*
(1) Chassai^ac a présenté à la Société anatomiquc Tencéphalc d'un homme qui^ ayant reçu un coup de pioche à la région sincipitalc, compliqué de contusion locale du cerveau, avait en même temps une lésion par contre-coup de la partie supérieure d'un hémisphère cérébelleux. {Bulletins de la Société anatomique, mai 186^.)
(2) Peter cite, ù ce propos, l'observation d'un militaire qui, en tombant de cheval, s'était heurté la région occipitale contre le pavé; il présentait une attrition concomitante des lobes cérébraux antérieurs sans lésions locales des régions postérieures de l'encéphale. (Gazette hebdomadaire^ 1864, p. 433.)
(3) Voy. page 586, obs. LVII.
63& VALEUR SÉmOLOGIQUE.
tralement opposée à leur point d'application, la compression qu'elles déterminent (1).
QUATRIÈME SECTION
VALEUR SÉMI0L061QUE ET RÉSUMÉ DES MANIFESTATIONS MORBIDES DU SYSTÈME NERVEUX CENTRAL.
Le diagnostic clinique des maladies du système nerveux central se réduit aux déterminations suivantes :