PHY8I0I4K;IE
Nous nous proposons, dans cette seconde partie de notre travail, après avoir donné un coup d*œil d'ensemble sur les propriétés générales des éléments nerveux, d'étudier à part, dans leur fonctionnement isolé et leurs rapports réciproques, les deux grands systèmes de fibres nerveuses que nous nous sommes précédera* ment attaché à délimiter d'une manière précise.
ARTICLE PREMIER
PUK Dl LA DESCRIPTION PBTSIOLOGIQDI.
I. Nous suivrons ici le même ordre que nous avons adopté déjà dans la description anatomique : nous commencerons donc par rétude des questions qui se rattachent au système des fibres convergentes inférieures.
Nous envisagerons tout d'abord cette série d'impressions centripètes, qui, n'étant pas destinées à remonter vers les régions encéphaliques, restent cantonnées dans la sphère de l'activité automatique, et deviennent ainsi les agents provocateurs des phénomènes excito-moleurs (impressions inconscientes) .
II. Nous passerons ensuite à cette autre catégorie d'impressions centripètes qui, conduites à Taide d'une série de fibres spéciales (fibres latérales de l'axe) jusque dans le sensorium^ sont destinées à être nettement perçues, et à jouer un rôle de premier ordre dans les opérations de l'entendement {impressions conscientes),
III. Après avoir ainsi spécifié la part qui doit être faite à chacun de ces deux groupes d'impressions sensorielles, nous aborderons Tétude des impressions conscientes^ au point de vue de leur infiuence sur la provocation des manifestations de l'intellect: nous les suivrons depuis le moment où elles sont disséminées au sein de la substance grise des centres de la couche optique,
jusqu^à celui oui après avoir été irradiées vers tous les points de la périphérie corticale, elles se disséminent au milieu des réseaux de cellules cérébrales, pour provoquer leur activité secondaire, et présider ainsi, sous des formes nouvelles, aux mille opérations accomplies incessamment par le cerveau en action.
IV. C'est alors que (dans un chapitre à part, relatif à la théorie des fonctions cérébrales) nous nous trouverons naturellement amené a parler des divers actes de Tentendement; de la métamorphose des impressions sensorielles en idées^ de leur flxalioD au sein de la substance cérébrale sous forme de souvenir^ du rôia qu^elles jouent dans les phénomènes de Vimagination et les opé< rations du jugement^ etc. ;
Qu'à propos des phénomènes de motricité dont le cerveau est le point de départ, nous serons conduit à passer en revue les prin« cipaux actes relatifs à la volition^ les opérations intellectuelles auxquelles elle participe, telle» que le langage articulé, le langage écrit, et les circonstances dans lesquelles ces diverses fonctions cérébrales sont simultanément ou isolément détruites, etc.
V. Nous aborderons ensuite l'étude des principaux phénomènes propres à l'innervation du cervelet. Nous étudierons ainsi succès* sivement Tiimervation cérébelleuse, dans ses sources généralrices, dans ses conducteurs, et dans les appareils périphériques qui servent à sa dissémination.
VI. EnGn, après avoir considéré les différents déparlement» du système nerveux dans leur période d'aclivité diurne, nous les envisagerons dans leur période d'inactivité ou de collapsus : ce^^ ainsi que nous examinerons les principales questions qui ^ rattachent à Vétat de sommeil^ considéré d'une manière isolée, soit à propos du cerveau, soit à propos de Taxe spinal, soit méoiet propos du cervelet.
ARTICLE II
Les détails successifs sur lesquels nous nous sommes étendu, a propos des dispositions fondamentales des éléments nerveux entre eux, nous dispensent d'entrer ici dans de longs développements; nous renvoyons à ce que nous avons indiqué déjà (pages i à et 15)«
PROPRitTÉS GÉNÉRALES DES ÉLÉMBHTS MBRVRIJX. 207
Il nous resle à nous occuper brièvement des propriétés dyna«^ mîques générales qui sont propres aux éléments nerveux en acli* vite; aussi ferons nous remarquer tout d'abord que :
1" Les cellules nerveuses, comme toutes les autres cellules de Torganisme, participent aux phénomènes généraux de nutrition qui caractérisent la vie des cellules; comme elles, elles emprun-* tent, au milieu qui les environne, les éléments de leur réparation incessante; comme elles, elles absorbent et exhalent; comme elles, elles soutirent du plasma exsudé des capillaires ambiants, les éléments de leur activité spéciCque; comme elles en un mot, elles parcourent des phases d évolution et d'involution successives.
2* Qu*à côté de ces propriétés tophiques générales qu'elles possèdent en commun avec toutes les autres cellules de Torganîsme, il en est une autre qui est en quelque sorte la caractéristique de la cellule nerveuse, et qui fait d'elle une individualité tout à fait a part. C'est cette aptitude remarquable en vertu de laquelle, loin de borner son rôle à une action métabolique restant locale, elle rayonne a distance, et transporte au loin Tiniluencede son activité. La cellule nerveuse trouve en eiïet, dans les tubes nerveux qui en émanent, dans la cellule congénère qui lui est annexée, soit des appareils conducteurs, qui exportent le long de leur continuité Tinilux qu*elle produit, soit un véritable appareil récepteur^ chargé d*emmagasiner cet indux, et do le propager à distance sous une nouvelle formt». Véritable couple éleclrodynamiquPy l'appareil nerveux ainsi réduit à sa plus simple expression, engendre lui-même la force qu'il transmet à distance; il la conduit, la reçoit et la transforme, comme ces admirables systèmes de transmission électrique, dont la science contemporaine a doté notre génération, et qui représentent : dans l'appareil générateur d'électricité, la cellule d'émission ; dans le fil interposé, la fibre nerveuse; et dans la cellule située a Tautro extrémité de la fibre, l'appareil récepteur destiné à enregistrer et à traduire sous uno forme nouvelle Tincitalion du départ.
8* Que celte activité si caractérislique n'est pos un phénomène continu. L'intermittence est en effet un des principaux caractères de la vie des éléments nerveux, et ce n*est pas une des particu* larités In moîni curif uses de leur éUidOi que de voir cet influx
qu'ils élaborent, s^épuiser peu à peu dans les manifestations incessantes de leur activité diurne, et exiger, pour être récupéré, environ le tiers du temps qu'il faut en moyenne pour en opérer la dépense journalière.
On comprend dès lors comme quoi : si les actions nerveuses ont besoin, pour déceler leur activité au dehors, de deux conditions indispensables : rintégrilé matérielle du substratum à l'aide duquel elles la propagent, etTincessant renouvellement de la force qu^elles élaborent; lorsque Tune ou l'autre de ces deux conditions viendra à faire défaut, la manifestation dynamique ne se révélera plus. Comme quoi, en un mot, il peut y avoir des paralysies sympioma/îyi/e5 d'une désorganisation locale du tissu nerveux, et des paralysies dynamiques en tout semblables aux premières, par leurs manifestations intrinsèques, qui n'auront d'autre origine qu'un état de torpeur et d'inertie des cellules nerveuses. Gomme quoi, des anesthésies sensorielles variées peuvent pareillement apparaître, avec des caractères sémiologiques identiques; et avoir pour causes, les unes, soit une lésion matérielle des régions centrales du système nerveux; et les autres, de simples troubles fonctionnels passagers de ces mêmes régions, tels qu'une absence de conductibilité à^ fibres centripètes, ou même un défaut de r^cep/er^/e spéciale, de la part des cellules centrales pour les impressions périphériques. Comme quoi enfin, à propos des troubles multiples dont les divers appareils du système nerveux peuvent être isolément le siège, il convient à chaque instant de se demander : s'il s^agil d'une désorganisation profonde de la substance nerveuse ellemême, ou d'une simple perturbation de la fonction, par arrêt ou par défaut d'élaboration, de l'influx qui la provoque (1)?
A'' Envisagés dans les difl'érents départements du système ner-
(1) Combien de temps les cléments ncrTeuxqui ont cessé d'être actifs peuTcnt-il* durer sans présenter d'altération notable ? au bout de combien de temps d'inadiMlé sont-ils destinés à devenir complètement inhabiles à récupérer leurs fonctions pn* tnitives 7 Ce sont autant de questions qui, à l'heure qu'il est, sont encore entourée de trop d'inconnues pour être résolues complètement. La longxie durée de ccrttio^ paraljsies hystériques, et le retour soudain des fonctions spinales, impliquent U réserve extrême qu'il faut apporter dans les appréciations de ce genre. Ueslnéan* moins curieux de constater que les éléments nerveux qui sont ainsi réduits à l f^^ d'inactivité pendant plusieurs années, continuent isolément à obéir aui lois de h Tie végétative^ sans présenter d'altérations extérieures bien caractéristiques.
yeux, les divers éléments qui le constituent, se distinguent les uns des autres par certains caractères propres de leurs manifestations dynamiques.
Les cellules de la substance grise spinale, en effet (pi. XI, fig. 5 et 6), accumulent sans discontinuité les éléments de leur activité, et cette activité n'est dépensée qu'au fur et à mesure qu'un appel centripète parti des régions périphériques leur est adressé. L'influx qu'elles élaborent ainsi se trouve réparti le long de la continuité de leurs plexus, et lorsqu'une excitation quelconque partie du dehors (quelle que soit sa provenance) vient à les ébranler en un point quelconque, immédiatement cette excitation fait passer à Yéiat dynamique une certaine somme d'influx accumulée à Vétat statique et agit comme le ressort d'un appareil toujours monté dont on vient inopinément à presser la détente. Et, chose remarquable ! non-seulement celte force spéciale excito-motrice^ qui se dépense incessamment en nous, sous forme de réactions inconscientes j au milieu des mille manifestations dont notre système nerveux est le siège, se répartit avec une régularité et une instantanéité qui rappellent le jeu rhythmique de certains appareils de l'industrie humaine, mais encore elle est indépendante des régions supérieures encéphaliques : elle se reproduit localement, à mesure qu'elle s'épuise, en vertu d'une sorte de pouvoir autogéniquù spécial, comme l'indiquent certaines expériences des physiologistes, celles de Landry entre autres, qui nous montrent que la moelle découpée en plusieurs tronçons (par des incisions transversales sur de jeunes mammifères) peut isolément, dans chaque segment, renouveler la quantité d'influx excito-moteur qu'on lui fait perdre par des excitations successives.
6* Les cellules cérébrales, non-seulement participent aux propriétés dynamiques des cellules spinales (en ce sens qu'elles accumulent en elles le principe de leur activité propre, et qu'elles le projettent sous l'incitation des impressions d'origine périphérique), mais encore elles sont douées d'aptitudes fonctionnelles d'un ordre beaucoup plus relevé, qui les placent en quelque sorte au premier rang de la hiérarchie des cellules organiques (pi. XXI).
Une des propriétés les plus caractéristiques qu^ elles possèdent,
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et qui doit être comparée À une sorte de phosphorescence^ c'est de pouvoir conserver Timpression des agents extérieurs qui onttgi sur elles (1), et de persister ainsi, pendant un temps plus ou moins prolongé, dans cet état où elles ont été de la sorte artiBcîellemcnl placées. C'est ainsi que dans Tordre des faits purement physiques, la lumière communique aux corps qu'elle a frappés une véritable activité, et les rends phosphorescents pendant une durée plus ou moins longue (2).
Et, chose bien remarquable ! cette aptitude à conserver en dépôt les impressions extérieures qui est leur apanage presque exclusif, peut persister pendant un tenïps indéfini à l'état latent, se perdre à la longue, et ne se révéler de nouveau que sous 4'influence éfocatrice de la première impression, ou bien, sous celle des cellules ambiantes, qui sont en quelque sorte de nouveaux foyers d'incitations secondaires (3).
(1) Helmholtz^ cité par Rcgnauld^ a trouvé que la fluorescence était apprécUUl directement^ au moins pour certains réseaux de cellules nerveuses périphériqnei. C'est ainsi qu'il a reconnu sur l'œil humain^ dix-huit heures après la mort^ qoe U rétine possédait encore une certaine fluorescence {Comptes rendu9 de fa Société à biologie^ 1858, p. 167).
(2) On sait en eiïet maintenant, depuis les belles recherches de Nicpce de Stiit* Victor sur les diverses propriétés photogéniques de la lumière, qu'une simple gn* Yure exposée aux rayons solaires peut emmagasiner de la lumière d'une façon persistante^ garder pendant un certain temps indéfini, l'impression lumineuse à l'étst latent; et mise en présence d'une plaque sensibilisée^ déceler par l'apparition d'une image négative, comme par une sorte de réminiscence, la persistance de l'imprcssioii primitive.
« On expose aux rayons solaires directs, dit en effet Niepcede Saint-Victor, pcadiot un quart d'heure au moins^ une gravure qui a été tenue plusieurs jours dans l'obict* rite, on applique ensuite cette gravure sur un papier photographique très-sensible, et après vingt-quotrc heures de contact dans l'obscurité, on obtient en noir un* reproduction des blancs de la gravure... En laissant la gravure exposée longtemps aux rayons solaires, elle se sature de lumière et l'on obtient un maximum d'ctTit.
Si l'on prend un tube de métal fermé à une de ses extrémités, et tapissé à rintérieaf de papier blanc, qu'on expose l'ouverture en avant, pendant une heure, aux rijoBS solaires, si l'on ferme le tube immédiatement après, il conservera pendant un tefflp* indéfini la faculté de radiation que l'insolation lui aura communiquée, et l'on terri cette faculté s'exercer par impression lorsqu'on appliquera ce tube sur do pip^ sensible {Comptes rendus de l'Acad. des sciences^ 16 novembre 1857, t. XL^» p. 811).
(3) Voyez plus loin, l'application de cci données physiologiques à i'interprétili<^ pcs phénomènes de mémoire.
portion d'entre elles, suivant une direclion verticale ascendanle, remonte vers les régions supérieures de l'encéphale ; une autre se dissémine directement au sein des différents dépôts de la substance gélatineuse de Taxe (pi. I, fig. 1), qui représentent, dans ces régions centrales du système nerveux (par leur stratification régulière), Tindépendance originelle des plexus périphériques, d'où les fibres centripètes qui s'y distribuent ont pris successivement naissance. Ce sont les impressions importées par cette catégorie spéciale de fibres nerveuses qui ne remontent pas vers l'encéphale, que* nous désignons sous le nom àHmpressiœis inconscientes ou excito-motrices.
Cette classe d'impressions si curieuses à étudier dans leur mode d'origine et de propagation, rencontrent donc toutes, quel que soit le lieu d'oCi elles proviennent, un réseau de cellules gélatineuses reliées entre elles et reliées aux régions antérieures de la substance grise de l'axe spinal, lequel est la trame organique, toute préparée, à l'aide de laquelle elles opèrent leurs manifestations ibnctionnelles.
La substance gélatineuse de Taxe étant en quelque sorte l'élément commun dans lequel toutes les fibres convergentes viennent successivement apporter un contingent de fibrilles, nous allons tout d'abord l'envisager d'une manière générale, dans ses diverses propriétés de tissu; dans ses rapports avec l'arrivée des impressions afférentes qui la traversent, et qui provoquent ses réactions; nous l'examinerons enfin, d'une manière spéciale, a propos des espèces variées d'impressions sensorielles qui viennent successivement s'y répartir. Nous passerons ainsi successivement m revue les diverses catégories d'impressions inconscientes tidio-motrices^ telles que les impressions optiques acoustiques, guslatives, etc.
I. Les cellules de la substance gélatineuse de l'axe sont, ainsi loe toutes les autres cellules homologues, douées de propriétés dynamiques, tout a fait spécifiques, qui sont le cachet propre de leur activité. ' Pourvues de caractères histologiques spéciaux (page 55), ce sont de véritables individualités, indépendantes des régions supérieures de Tencéphale qui soutirent, aux
Nous reviendrons plus tard, à propos de la théorie des fonctioDs du cerveau, sur les différents aperçus physiologiques que révèle la question de l'activité dynamique spontanée des cellules cérébrales-, qu'il nous suffise de rappeler ici que : la réceptivité de ces mêmes cellules pour les impressions irradiées des divers plexus périphériques; leur aptitude à persister, pendant un temps plus ou moins long, dans l'état d'ébranlement qui leur est communiqué ; leur automatisme, constituent les trois données fondamentales sans lesquelles il n'est guère possible de se faire une idée, même approximative, des conditions tant normales que pathologiques, du fonctionnement du cerveau.