IMPRESSIONS OPTIQUES. S
ments des objets qui se meuvent suivant Taxe optique ; c*est alors une notion acquise antérieurement qui intervient, et qui nous permet de nous prononcer avec certitude. Nous savons en effet, par expérience, qu'une image qui s'amplifie, et qui occupe sur la rétine un espace successivement plus grand, est une image qui se rapproche; et inversement, qu'une image qui diminue, est une image qui s'éloigne : un objet connu étant dans ces conditions, nous en concluons son mouvement dans le sens antéro-postérieur ; et finalement, qu'il se rapproche de nous, lorsque ses dimensions s'amplifient; et qu'il s'éloigne, lorsque celles-ci s'atténuent. C'est du reste sur ce principe que repose la théorie des fantasmagories. De même dans les examens faits avec le microscope, un seul et même objet vu successivement à 16, puis a 250, puis à 600 dia* mètres, semble se rapprocher insensiblement de l'œil, parce que les dimensions sous lesquelles il se peint sur la rétine vont successivement croissant, et que notre esprit est habitué à associer ridée de proximité à l'image d'un objet qui s'amplifie peu a peu.
i9 Dans la série des appréciations précédentes que nous portons sur les divers objets extérieurs, ce sont les impressions optiques plus ou moins perfectionnées et amplifiées par l'intervention de l'activité cérébrale qui interviennent presque seules. Mais il n'en est plus de même lorsque nous portons des jugements sur la forme et la solidité de ces mêmes objets ; il y a alors une nouvelle série d'impressions sensorielles qui viennent se superposer aux précédentes et multiplier ainsi leurs effets : ce sont les impressions de la sensibilité en général, et en particulier les impressions tactiles.
Dès les premières années de la vie, cette solidarité intime qui existe entre les notions fournies par les impressions optiques et les impressions sensitives, commence à se prêter un mutuel appui, et a se confondre ainsi peu à peu, à mesure que nos perceptions se perfectionnent, en une résultante commune. Il arrive même un moment où, par le fait de cette association intime, faite ainsi de longue date, nous arrivons à nous prononcer sur les saillies et les reliefs des objets, sans songer que nous ne faisons que de réunir en un seul faisceau deux séries d'impressions primitivement isolées.
S80 IMPRESSIONS SBNSORIBLLBS CONSCIENTES.
Dans ces circonstances, les impressions optiques et les impres* sions sensilives excilo-motrices, qui se prêtent un si mutuel appdt dans les manifestations fonctionnelles de Tactivité automatique (voy. page 287), se trouvent encore également associées, à propoi de certains phénomènes qui sont du ressort de l'activité cM^ brale. Ce sont, en effet, les impressions de la sensibilité tactile, qui nous ont appris qu'un corps solide se présentant devant dooi par une de ses faces, celles de ses faces qui sont en fuite, et qui occupent sur notre rétine un emplacement moindre que les autres, D en sont pas moins égales en surface à celles qui sont vues pir devant; que les différents côtés d'un objet peuvent insensiblement s^atténuer, suivant que la lumière y est répandue avec plus oa moins de profusion ; que les objets placés en file à une égale distance les uns des autres, comme les arbres d'une avenue, restent réciproquement dans les mêmes rapports, quoiqu'ils paraissent se toucher et s'accoler à mesure que l'œil les suit à l'horizon, etc. . Ce sont les impressions du toucher qui corrigent en un mot les illusions de la perspective, et qui redressent expérimentalemeot nos impressions optiques, telles qu'elles sont, quand elles yienoeot se peindre sur notre rétine (1).
Il résulte de cette longue habitude que nous avons acquise par l'exercice de rectifier, en les interprétant, les images que font les corps extérieurs de notre rétine, que notre esprit de lui-même apprécie les choses à leur juste valeur, et redresse, en les corrigeant, ces images; quoiqu'un objet alors lui apparaisse avec des faces inégales, il n'en conclut pas moins au relief et i la solidité de ce même objet.
(1) Il est à noter ici que si, dans la pratique des objets habituels, les impieMÎoni tactiles et les impressions visuelles, par leur mutuel concours, nous permettent ds porter un jugement assuré sur les corps extérieurs, notre esprit se trouve singiilièremcnt en défaut, lorsqu'un de ces cléments de jugement vient à ne pouvoir ftn employé. C'est ainsi que naissent, dans l'étude des objets microscopiques^ une série de doutes sur la solidité des corps, alors qu'en employant de forts i^rotsitsemeiU, il est impossible d'appeler à son aide le témoi^age des impressions tactiles. Gombici l'histologie sorait-elle rendue plus aflirmative, s'il était possible de corroborer ces deux séries de notions sensorielles les unes par les autres ! Combien de discusâoBi stériles auraient pu être épargnées, si l'on eût pu examiner par la vue et le toucher combinés, les globules sanguins par exemple, et acquérir ainsi des noUons cooi* plètes, tout d'un coup, sur le volume et la solidité des éléments anatomiquec !
mPRBSSIOlIt AC0U8TIQDBS* tSi
'. G*est, en effet, grâce à une savante entente de la dégradation des teintes et de la diminution progressive des dimensions des objets extérieurs, à mesure qu'ils s'éloignent de Tœilde l'observateur, que les peintres et les dessinateurs arrivent, par un arliGce merveilleux, à donner le change à l'esprit. L'œil voit, en effet, quand il 8*agit d'un tableau ou d'un dessin, sur une projection horizontale, la représentation exacte des objets extérieurs, dans leurs rapports réels, et avec leurs apparences habituelles. Il les retrouve avec les différents degrés de coloration des contours, avec les jeux de la lumière sur leurs parties saillantes, et son amortissement progressif, sur leurs parties en fuite. Ces images factices de la réalité créent des impressions artificielles aussi saisissantes que si elles étaient provoquées par les objets véritables; et c'est ainsi que ces impressions sont susceptibles de produire des illusions complètes, et de donner, par une substitution habihp^, le change à l'esprit. L'esprit habitué, en effet, à juger des objets extérieurs d'après les impressions qui lui arrivent, opère avec ces données fausses comme si elles étaient réelles, et conclut ainsi automatiquement d'une impression donnée à Texistence de l'objet qui la provoque.
§ 3. — liBpreMiloMi aeMMtmae».
Les impressions acoustiques sont, avec les impressions optiques, une de» sources les plus fécondes auxquelles l'entendement hunain emprunte ses éléments d'instruction. Outre les notions de son et d*harmonie qu'elles nous apportent, les impressions acoustiques sont les éléments fondamentaux du langage articulé.
Ce sont elles, en effet, qui, fixées dans l'esprit du jeune enfant par ceux qui l'entourent, en regard des objets qu'elles expriment, deviennent en quelque sorte le signe physique, et le moyen d'exprimer l'objet lui-môme. Ce sont elles qui se gravent dans sa mémoire, et deviennent ainsi la représentation fictive de l'objet absent ; qui, traduites par une sorte d'action en retour, par ses lèvres, le mettent à même de révéler au dehors ses propres perceptions, et de reproduire spontanément les mêmes sons par lesquels il a entendu dénommer les objets qu'il désire; ce sont elles, en un mot, qui constituent les éléments provocateurs
des sons articulés, et deviennent, en quelque sorte, l'alphabet à l'aide duquel l'entendement crée l'infinie variété des modulalions du langage.
Recueillies à la surface des expansions périphériques des nerfii acoustiques, les impressions acoustiques conscientes sont transportées tout d^abord au milieu des réseaux de cellules ganglion* naires acoustiques, et de là, après s'être entrecroisées, au sein de la substance grise des centres postérieurs do la couche optique (voy. page 208).
Ces centres postérieurs reçoivent vraisemblablement, comme leurs congénères, une série d'impressions multiples, de provenances variées; nous avons insisté déjà sur les incertitudes qui planent encore au sujet des diverses catégories défibres qui s'y distribuent.
Ce que nous sommes seulement porté à admettre, c^esl qu'ils sont les foyers particuliers, propres à la dissémination des impressions acoustiques vers la périphérie corticale, et que ces impressions acoustiques sont réparties, avec les fibres efférentes qui les exportent, dans les régions les plus opposées de la substance grise du cerveau.
Tandis, en effet, qu'une portion d'enire elles est directement irradiée vers les circonvolutions des régions cérébrales postérieures, une autre, au contraire (pi. XXXI, [6, 5*]), est répartie au milieu de la masse des circonvolutions des lobes antérieurs; et il est curieux de constater à ce propos, que c'est précisément de cette région du cerveau que les fibres spéciales (fibres corticostriées, p. 188) affectées à la motricité des appareils musculaires qui concourent à Tarliculation des sons (pi. I, fig. S [1, 2]), paraissent soutirer leur principe d'action ; et qu'il pourrait bien se faire que cette catégorie spéciale d^impressions acoustiques, irradiées ainsi vers les régions antérieures, commandât médiatement (dans la substance grise corticale) Tapparition des phénomènes de motricité, en rapport avec l'articulation des sons, et devint ainsi les éléments indispensables à la faculté du langage (1).
Les impressions acoustiques fournissent, d'une part, à l'en-
(1) Il est à noter que certainei lésions traumatiques de rencéphàle, ayant intéressé la continuité des fibres cérébrales qui transportent cette catégorie si spéciale d'impressions acoustiques, ont été suivies de nirdité; témoin le fkit li
INPRESSlOltS ACOUSTIQUES. 333
lendement, des notions spécifiques, irréductibles et indécompo* sables, telles que la notion du son avec ses diverses modalités : ces notions, du reste, sont pour elles ce que les notions de coloration des corps sont pour les impressions optiques, nous n'avons pas à y insister ; et d'une autre part, une autre série de notions simples, peu étendues, il est vrai, qui, fécondées par la participation ultérieure de l'esprit, nous perraeltent de porter des jugements sur le timbre, l'intensité et la distance des diverses sources sonores.
I. Nous n'apprécions le timbre d'un son quelconque que par l'intervention de nos souvenirs, et révocation de nos impressions homologues antérieures.
Lorsque nous disons, par exemple, que le timbre de la voix est œgophonique^ nous impliquons par là, qu'ayant entendu auparavant le timbre du bêlement de la chèvre, nous concluons à une consonnance entre l'impression actuelle et l'impression passée. Il en est de même, lorsque nous employons successivement d'autres comparaisons figuratives, et que nous disons que la voix est caver'* ne^ise^ amphorique; qu'un bruit de souffle est râpeux^ qu'il a le caractère de bruit de cuir neuf....
Bien plus, il arrive souvent que dans le discours, au lieu de comparer une impression récente à une impression sensorielle ancienne, puisée a la même source sensorielle, nous comparons avantageusement l'impression du moment à celle qui est produite en nous par d'autres agents extérieurs; nous associons une impression acoustique, par exemple, d'un caractère donné, avec une autre impression émanée d'une autre périphérie sensorielle, et retentissant en nous d'une manière identique; c'est ainsi qu'en parlant du timbre d'un son, nous disons qu'il est aigre^ qu'il est
emprunté à Ambroise Parc. (Ambroise Paré, VIII* livre, Des plaies en particulier ^ t. II, p. 71, édition Malgaigne, Paris, 18â0.)
« J 'ai TU, dit de aon côté Hubert VaUeroux, un jeune garçon devenu muet pour ainsi dire sous mes yeux à la suite d'une cophose survenue à Tige de treiic ans. » Bonnafont a entretenu FAcadcmie de médecine d'un militaire devenu complètement sourd et presque muet, à la suite d'une lésion traumatique du temporal. — Ce malade avait éprouvé une diminution notable de l'intelligence, et une perte presque complète de te mémoire. {Bulletin de C Académie de médecine^ 1853, t. XYIII, p. 692, et Archives, iS53> t. 1, p. 6â5.)
i%h IMPRESSIONS SBNSORIBLLBS GORtClENTES.
humide^ qu*il est sec. Nous traduisons alors spontanément par une expression déviée, l'état de notre sensorium qui, sous Tinfluence d'un son qualifié aigre^ se trouve ébranlé de la même manière que si une substance acescenle l'avait impressionné; de ménie, un son qualifié sec ou humide^ implique par cela même que l'impression présente acoustique est considérée comme adé» quate à l'impression perçue par nos nerfs cutanés, lorsqu'ils sont en rappori avec un milieu plus ou moins humidifié. Il y a donc, dans ces diverses manifestations de l'activité cérébrale, quelque chose de plus qu'un fait de mémoire localement évoqué, à propos de deux impressions similaires 9 il y a une comparaison entre deux témoignages de provenance variée, et un jugement consécutif qui Conclut à leur similitude.
- II. Nousjugeonsdel'intensitéd'unesourcesonoreyàlamanière dentelle impressionne notre appareil auditif : peuMtre n'arrivonsnous a cette appréciation que d'une manière indirecte. Il est, en effet, possible que les muscles tenseurs et dilatateurs de la membrane lympanique, qui sont les véritables appareils régulateurs de la quantité et de Fintensité des ondulations sonores qui doivent ébranler nos nerfs acoustiques, transmettent au sensorium les degrés successifs de leur activité automatique ; et que nous n'arrivions aussi à apprécier les divers degrés d'intensité des sons, que par la notion inconsciente qui nous arrive des efforts qu'ils accomplissent pour assourdir les ondulations sonores, quand elles sont trop intenses, et les amplifier, quand elles sont trop faibles.
IIL C'est grâce à une participation plus directe de l'entende* ment, que nous arrivons à nous former une idée de la distance i laquelle nous sommes d'une source sonore. L'habitude, en effet, nous ayant appris qu'un son connu qui s'aflaiblit est un son qui s'éloigne ; et qu'un son connu qui se renforce se rapproehe en proportion; nous associons automatiquement, en entendant un son, ridée de proximité à une impression forte, et l'idée d'éloignement à une impression faible. Il se passe ici quelque chose de comparable à ce qui a lieu pour les impressions optiques, quand nous avons dit précédemment que nous n'acquérions la notion des distances que par une participation de la mémoire, qui nous avertit qu^un objet connu est d'autant plus petit qu'il est plus éloigné.
IMPRESSIONS OLPàCTITBS. SU
Il est curieax de constater que, pour ces deux groupés d'impressions sensorielles, lorsque l'on vient à intervertir les rap^ ports que l'esprit est habitué à établir entre le degré d'intensité de l'impression et la distance de l'agent qui la provoque, des illusions saisissantes apparaissent, et donnent facilement le change i l'imagination.
Si les apparitions de la fantasmagorie semblent s'avancer sur nous parce qu'elles s'amplifient sur place, d'un autre côté, les ventriloques produisent des illusions analogues; il suffit, en efiet, qu'ils abaissent leur voix, et qu'ils lui donnent un caractère ana* logue à celui qu'elle aurait si elle venait de loin, par exemplOi pour faire croire à son éloignement, etc.
IV. Y a-t*il, parmi les impressions acoustiques conscientes, un certain nombre d'entre elles, qui soient, à proprement parler, des impressions dolorifères, et qui rappellent les impressions bomo^ logues irradiées du plexus de la périphérie sensitive? ou bien les impressions dolorifêres, propres au sens de l'ouïe, portent-elles le eacbet de leur origine spécifique, et ne se révèlent-elles que par eette série d'impressions pénibles qui sont provoquées, soit par des accords discordants et criards, soit par le bruit strident d'un instrument de fer raclant la pierre? Dans ces cas, le symplôme douleur change-t-il avec le réseau sensoriel périphéxique d'où il émerge?
Ce sont là autant de questions quMl nous paraît prématuré de touloir résoudre. Toujours est-il que les irritations directes du nerf acoustique, chez les animaux, paraît éveiller de la douleur, et que l'existence des fibres dolorifères^ mélangées au milieu des fibres acoustiques, pourrait bien trouver une démonstration dans ce fait expérimental (1).
Les impressions olfactives, recueillies à la surface des expansions périphériques des nerfs olfactifs, sont transmises les unes directes ment, les autres après s^être entrecroisées, au milieu des réseaux des cellules ganglionnaires qui leur appartiennent (pi. 1, fig. 1 [5]).
(!) Bédard, Traité élémentaire de physiologie^ p. 859. ^ . .
A partir de ce moment, comme toutes les autres impressions sensorielles, elles sont dispersées en deux directions. Tandis qu'une portion d'entre elles, transportées directement, à l'aide d'un système spécial de fibres transversales, au milieu des réseaux de la substance grise centrale qui s'avancent jusque dans ces régions cérébrales antérieures, se trouve appelée à jouer un rôle médiat dans les phénomènes de la sphère automatique (voy. pages 7& et 201, et pi. XV, fig. i [A]); les autres, les véritables impressions conscientes^ sont conduites, à l'aide des fibres ascendantes do iœniaf jusqu'au centre antérieur de la couche optique qui con« stitue leur centre de réception propre, et véritablement le centre olfactif (1).
I. Nous avons indiqué précédemment les particularités anatomiques relatives à ce centre antérieur; ses doubles connexions avec la substance grise des tubercules mamillaires, et avec celle du conarium (pi. XXI, fig. 7 [18, 19]), ses moyens d'anastomoses avec son congénère a l'aide d'une série de fibres aniéro-posté* rieures disposées en fer à cheval ; la conjonction de deux racines olfactives au milieu de la cloison transparente (page 201); enfio, ses moyens de communication indirects (à l'aide du fascicule de Vicq-d*Azyr] avec la circonvolution de Thippocampe.
Ces rapports indirects et multipliés doivent incontestableroeot exercer une influence marquée sur l'imperfection relative des impressions olfactives, eu égard aux renseignements qu'elles .four* nissent à l'entendement. Peut-être faut-il rechercher dans ces conditions particulières des voies qu'elles parcourent, et dans les nombreuses interruptions qu'elles présentent, le secret de cette variabilité si caractéristique qui leur est propre, et du peu de précision des données qu'elles fournissent aux opérations de l'enteodement; et voir dans ces dispositions anatomiques complexes l'explication de cette sorte d'infériorité relative qu'elles présentent dans l'espèce humaine, par rapport aux autres impressions senso* rielles congénères.
(1) « La destruction des fibres olfactives comme celle des fibres optiques peot 2tre faite chez les animaux sans éveiller de manifestations douloureuse. » (Magndii^ Leçons sur Us fonctions et les maladies du système nerveux. Parii, 1839, 1 0»
p. ast.)