‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 2)Chapitre 72 sur 141 · IMPRESSIONS OLFACTIVES · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS OLFACTIVES

II. Les impressions olfactives fournissent à Tesprit les notions spécifiques des odeurs. Elles se gravent dans la mémoire comme toutes les autres impressions sensorielles, et sont susceptibles d*ètre comparées, non-seulement avec les impressions récentes, mais encore avec celles qui lui ont été anciennement confiées : elles sont ainsi utilisées dans les opérations de Fentendement qui ont pour but de caractériser les divers attributs des objets extérieurs. Il résulte en effet de leur manière d^agir que : si une impression olfactive spécifique caractérise spécifiquement un objet, un rapport intime s'établit dans Tesprit entre cette impression olfactive et cet objet lui-même, si bien que Timpres*sion olfactive primitive étant évoquée, par une cause ou par une autre, elle appelle à sa suite le souvenir de l'objet qui lui est afférent, et médiatement l'explosion phonétique propre à désigner Tobjet en question.

Cest ainsi qu'ayant odoré une rose, par exemple, l'impression consécutive qui en résulte, est conservée à l'état de souvenir dans la mémoire; et lorsqu'une odeur de rose vient fortuitement à nous impressionner, nous retrouvons, par une sorte de révi' viscence de Timpression antérieure, Tobjet qui l'a tout d'abord provoquée; et finalement, par une réaction immédiate de Tentendement, nous la spécifions par la dénomination appropriée. C'est ainsi que les impressions olfactives, aussi bien que les impressions gustatives, optiques et acoustiques conscientes^ sont également aptes à provoquer l'émission de sons articulés définis et voulus ; qu'elles concourent de la sorte, en désignant certains attributs des corps extérieurs, à les définir par leurs caractères odorants, et qu'elles deviennent ainsi des facteurs complémentaires indispensables au complet développement des facultés de Tintelligence.

III. Les impressions olfactives, annexées aux impressions gustatives conscientes^ qu'elles perfectionnent et complètent, fournissent au sensorium des données précieuses sur les qualités odorantes et le fumet des diverses substances que nous ingérons. A ce point de vue, elles sont appelées à jouer médiatement un rôle important dans les divers phénomènes de la vie organique, car elles sont en quelque sorte les sentinelles avancées qui nous avertissent de la qualité des substances réparatrices, et nous

tiennent en éveil sur la présence des substances putrides ou toxiques, répandues dans Tatmosphère qui nous environne.

IV. Notons encore que les impressions olfactives, étant exclusivement en rapport avec les besoins d'alimentation et de réparation, et ne provoquant, de la part de l'entendement, qu'une série de réactions appropriées, impliquent (par cela même qu'elles viennent à prédominer sur leurs congénères) un certain degré d'infériorité relatif, dans Tensemble des facultés intellectuelles.

Chez les vertébrés en effet, dont tous les actes de l'entendement sont particulièrement provoqués par cette série d'impressions sensorielles, la tendance à la satisfaction des appétits matériels apparaît avec un développement maximum. Ce sont elles qui les portent à orienter leur marche dans telle ou telle direction, à flairer avec une subtilité si remarquable la piste de leur proie, à méditer par action réfléchie des embûches pour la surprendre, et, par un fait de mémoire, à les éviter pour eux-mêmes : aussi, les hippocampes, qui sont en quelque sorte le spécimen de la prédominance exclusive des impressions olfactives, ont-elles des proportions considérables chez eux, relativement à l'ensemble des autres régions de la périphérie corticale, et relativement à l'état du cerveau chez l'homme adulte; et n'esl-il pas curieux de constater, par contre, que, dans l'espèce humaine, chez le jeune enfant dont les cris incessants ne sont, la plupart du temps, qu'un appel intéressé vers ceux qui le nourrissent (1), les appareils olfactifs périphériques et centraux sont relativement plus apparents qu'aux autres époques de la vie ; et que, par cela même, l'homme, aux premières phases de son existence, se trouve rapproché de l'organisation cérébrale des vertébrés supérieurs, dont les fibres olfactives et la région corticale des hippocampes, apparaissent avec une prédomi' nance si caractéristique (2) ?

(1) A ce point de vue, la comparaison du Tolume des hippocampes, a?ee U misie (entière des autres circonYolutions cérébrales, pourrait peut^tre, dans des ceffctsi d*adultc, pennettre de formuler quelques inductions phrénologiques pratiquei sv la tournure générale de ractivitc cérébrale, et impliquer par conséquent jusqu'à m certain degré, la prédominance des appétitions matéricUes.

(2) Magcndie a été pareillement frappé du volume relativement considértbk des nerfs olfactifs chez les enfants nouveau-nés {Journal de physiologie, I. II, p. S7f)

IMPRESSIONS GUSTATIVES. — IMPRESSIONS GÉNITALES. S89 § 5. — ImpreMlOBui (guBimUwetu

Les impressions gustalives conscientes, celles qui ne sont pas destinées à susciter par action réflexe cette série de mouvements régulièrement coordonnés qu'accomplit ]a langue pour s'accommoder au rôle physiologique qu'elle doit remplir, remontent, soit avec les Gbres du glosso-pharyngien, soir, avec les fibres du lingual, jusque vers les régions centrales du système nerveux, où elles sont rassemblées, avant de se répartir ultérieurement vers les régions de la périphérie corticale. Nous avons indiqué déjà les incertitudes qui planent encore sur la localisation, dans le sensorium des impressions gustatives, et les raisons qui nous faisaient supposer qu^eiles étaient peut-être concentrées dans les régions inférieures et internes des couches optiques, etc. (page 21A).

Les notions spécifiques que cette catégorie spéciale d'impressions fournissent à Fentendement sont peu multipliées. En défalquant, iiarmi les impressions gustatives envisagées en bloc, le groupe de celles qui sont purement olfactives, on arrive à reconnaître que les impressions gustatives conscientes nous donnent seulement par elles-mêmes la notion des substances sucrées, amères, salées et acides, et que la plupart des satisfactions qu'elles semblent nous fournir ne leur appartiennent pas en propre, et doivent être reportées aux impressions olfactives qui les complètent et les multiplient.

§ 6. — ImprewrioiM sénltole».

Les impressions génitales présentent, au point de vue de leur mode de réaction vis-à-vis du sensorium, de grandes analogies avec les impressions gustatives homologues. Comme elles, une fois arrivées sur les régions latérales de l'axe spinal avec les fibres radiculaires postérieures, elles se divisent en deux groupes : les unes allant provoquer l'accommodation fonctionnelle des ippareils musculaires auxquels elles sont annexées, et les autres remontant vers les régions supérieures, où s'opèrent X^^WTpercep- Han : comme elles, elles sont intermittentes de leur nature, et provoquées seulement par l'intervention irrégulière des agents de itimulations spécifiques qui leur donnent naissance ; comme elles BDfio» elles peuvent^ les unes et les autres, être considérée scomme

3i0 IMPRESSIONS SENSORIELLES CONSCIENTES.

une des modalités bien spéciales, il est vrai, des sens du toucher, et comme formant la transition entre les impressions purement sensitives et les autres impressions sensorielles.

Nous savons seulement que cette catégorie d'impressions sensorielles est transmise dans une direction centripète, à partir do centre génito-spinal de la région lombaire, à Faide d'une série de Gbres ascendantes, vers les régions supérieures du système nerveux^ que ces Gbres sont à découvert au moment où elles s'étalent au niveau de la région du quatrième ventricule ; qu'oo peut, à Taide d'opérations expérimentales heureuses, constater leur présence en ce point, et agir, grâce à leur continuité, sur les appareils périphériques d'où elles émergent (voy. page SA2). Jusqu'à présent il nous a été impossible de les isoler au milieu des fascicules multiples où elles sont mêlées, et de les suivre jusqu'ao niveau de leur point d'implantation dans le sensartum ; nous sommes seulement porté à présumer qu'elles pourraient bien s'amortir dans un de ces deux amas de substance grise bilalérauXi qui existent au niveau de la région centrale grise du troisiëme ventricule (pi. XII, fig. 3 [8]).

Toujours est-il qu'à partir du point où elles sont concentrées dans le 5emonum, elles s'irradient comme toutes leurs congénères, vers certains départements de la périphérie corticale, et suscitent ainsi une série de manifestations intellectuelles à leur suite. Ce sont elles, en effet, qui, à partir de l'époque de la puberté chez les deux sexes, sont destinées à devenir une source d^ncitations provocatrices, pour les opérations de Tentendement, cl comme un stimulus vivifiant qui leur donne une activité et une allure toute nouvelles. Ce sont elles qui, pendant la période de répanouissement des facultés intellectuelles de l'homme adulte, fertilisent sa mémoire, donnent de l'éclat à son imagination, aiguillonnent incessamment le feu de son esprif, et deviennent, en passant dans la sphère des phénomènes moraux, un des premiers anneaux de cette chaîne à laquelle se rattachent la plupart des passions affectives.

§ 7. — ImpreMlOBB ▼IseéraleB.

Dans l'état physiologique, les impressions sensitives émanées de la trame des viscères ne sont pas perçues par le sensoriwn;

IMPRESSIONS VISCÉRALES. 3^1

aussi, à proprement parler, ne sont-ce pas là des impressions conscientes; elles s*amorlissenl au sein des amas de substance grise interposés sur leur passage, et n'éveillent aucun retentissement du côlé des fonctions intellectuelles. Néanmoins, quoiqu'elles soient silencieuses, elles n'en obéissent pas moins a (a loi de convergence, commune à toutes les fibres centripètes, et viennent se disséminer, ainsi que Schiff Ta établi (1), au sein des dépôts de substance grise centrale qui tapissent les parois internes et inférieures des couches optiques. C'est là qu*est le véritable sensorium spécial réservé à la dissémination des impressions émanées des réseaux périphériques des plexus viscéraux ; c'est de là que ces impressions rayonnent dans toutes les directions de la périphérie corticale, pour l'impressionner d'une façon spécifique, en accord avec leur provenance, et y susciter une série d^idées de nature variée; c'est là que, par une action récurrente, les modalités diverses de Tintellect, les diverses émotions morales, viennent successivement retentir, et déterminer médiatement à distance (grâce aux chaînons continus des plexus de la région grise centrale) ces perturbations fonctionnelles si variées, que peuvent ressentir inopinément les appareils viscéraux de la vie organique, sous Tinfluence d'un ébranlement primitif parti de la périphérie du cerveau.

Il est vraisemblable que les principaux groupes de fibres convergentes qui relient aux régions centrales les plexus viscéraux, trouvent chacun, dans la région de substance grise du troisième ventricule (pi. XII), un point spécial qui leur est topographiquement réservé. Cette étude, devant laquelle Tanatomie seule est impuissante aujourd'hui, pourra être ultérieurement éclairée par les données imprévues de la physiologie expérimentale : déjà celle-ci a signalé la présence de cette catégorie si spéciale d'éléments nerveux centripètes, au moment où, après s'èlre entrecroisés à la région bulbaire, ils apparaissent chacun, isolément i découvert, au niveau du quatrième ventricule; déjà des lésions méthodiques de cette même région (pi. XIV) ont fait voir qu'eu

(1) Ijn expériences de ScbifT, en eiïet, le portent a admettre que les nerfs Tascu- Uires du foie et de Testomac parcourent le bulbe pour se terminer plus haut. « Unt parUe d'entre eux^ dit-il, parait se rendre dans la couche optique. • Comptes rendue det séances de i* Académie des sciences ^ séance du 15 septembre 1862.)

Zài IMPRESSIONS SENSORIELLES CONSCIENTES.

agissant sur tel ou tel groupe de fibres nerveuses, on pouvait i distance provoquer des troubles circulatoires, et consécutivement, fonctionnels, vers les appareils viscéraux dont ces fibres étaient les conducteurs centripètes; que Ton pouvait ainsi, alternativement influencer la circulation du foie, des reins, etc. (1), déterminer une glucosurie, une polycholie accidentelles (2), agir sur l'innervation des voies spermatiques, et déterminer médiatement chez des chiens une émission de sperme, etc.

Ce sont là des phénomènes d*une importance saisissante, qui intéressent, non-seulement au point de vue du fonctionnemeot régulier des rouages de Torganisme, mais encore à celui de révolution des phénomènes morbides; ils mènent en effet à la connaissance plus approfondie des influences perturbatrices qu'exercent les impressions parties de la périphérie viscérale sur l'ensemble des manifestations intellectuelles (voy. page 363), et réciproquement, à celle de l'action en retour qu'exercent â distance ces mêmes manifestations de l'intellect sur les phéno* mènes dynamiques de la vie des viscères.

ARTICLE PREMIER

FOHCTIONS DBS COUCHBS OPTIQUES.

Les recherches physiologiques de Magendie ont démontré que les couches optiques étaient les seules régions du cerveau proprement dit qui fussent exclusivement douées de sensibilité. Les animaux mis en expérience ont en effet toujours donné des signes d'une exquise douleur, toutes les fois qu'après avoir enlevé les lobes cérébraux, soit à des chiens, soit à des lapins, il recherchait, à l'aide d^irritations mécaniques, quelles étaient les régions de l'encéphale qui étaient le siège de la sensibilité (3). Ces recherches ont été confirmées par Schiff' et par la plupart des physiologistes de notre époque : ce sont, par conséquent, des données légitimement acquises, et la sensibilité de certaines régions de la couche optique parait définitivement établie.

(1) Expériences de Claude Bernard^ relatives aux eflets des lésions du plancher du quatrième ventricule (Leçons sur le système nemeitXy t. I, p. 397 et suif.).

(2) Expériences de Vulpian {Mémoires de In Société de biologie, 3* sér., t. IIl, année 1861, Paris, 1862, p. 323 et 316.

(3) Uà%tn^, Leçons wr le système nerveux, 1839, t. T, p. iOS, 185*200.

POlfCTIOlfS DES COUCHES OPTIQUES. SAS

Un certain nombre de faits pathologiques, d'une autre part, desquels il résulte que des lésions localisées en certains points de la substance même des couches optiques ont eu un retentissement direct sur l'élaboration de certaines catégories d'impressions sensorielles, viennent pareillement déposer en faveur des détails anatomiques sur lesquels nous avons précédemment insisté, et démontrer la part considérable que ces deux noyaux de substance grise jouent dans l'évolution des impressions sensorielles. Ces faits sont analysés plus loin (1).

Si maintenant nous envisageons les couches optiques en état d'activité, et dans leurs rapports avec les diverses phases du fonctionnement cérébral, nous voyons qu'elles jouent un rôle de premier ordre, dans cette série de phénomènes enchaînés qui constituent les perceptions sensorielles, et médiatement, dans les opérations si multiples et si complexes des actes successifs de Tentendementr

Pour peu que Ton se reporte en effet aux rapports généraux que nous avons signalés entre la couche obtique et la substance grise des circonvolutions cérébrales (page 196), on verra que nous avons insisté particulièrement sur les points suivants, et dit : que cette région de substance grise corticale représentait une périphérie sphérique dont la couche optique était le centre (pi. IV, Bg. 2 et 3), et que ces deux régions de substance nerveuse étaient en quelque sorte les deux pôles d'une infinité de fibrilles blanches, i chaque extrémité desquelles elles se trouvaient réciproquement placées (pi. IV, fig. 2). Nous avons dit encore que la couche optique, dans chaque département isolé de substance grise qui la compose, recevait un tribut spécial d'impressions sensorielles de provenances variées; que chacun d'eux était en rapport vraisemblablement avec des régions différentes de la périphérie corlicale; et qu'enfin si, au point de vue anatomique, elle pouvait, dans son ensemble, être comparée à une agglomération d'amas ganglionnaires pourvue d'un système de fibrilles afférentes et d'un système de fibrilles efférentes ; au point de vue physiologique (en tenant compte de la totalité des impressions sensorielles qui

* (1) Voyez le chapitre relatif aux lésions des couches optiques.

3&i IMPRESSIONS SENSORIELLES CONSCIENTES.

viennent successivement s'y concentrer), la couche optique devait être regardée comme étant un véritable sensorium commune.

Ces rapports réciproques de la couche optique avec la substance grise des circonvohitions cérébrales nous permettent ainsi de nous rendre compte :

I. De Tinfluence que ces deux départements du système nerveux exercent Tun sur l'autre; comme quoi, lorsqu'un ébranlement subit vient à être imprimé au noyau central (pi. IV, fig. 2), cet ébranlement, par la seule disposition des parties, se propage immédiatement aux régions homologues de la périphérie corticale dont les molécules sont consécutivement entraînées dans une série d'oscillations secondaires; comme quoi ces deux sphères d'activité nerveuse accouplées» se faisant mutuellement équilibre, sont les points de départ d'une foule d'incitations provocatrices, voyageant alternativement de l'une à l'autre : tantôt, en effet, ce sont les irradiations des impressions sensorielles, émanées des centres de la couche optique, qui entraînent à leur suite la mise en activité des cellules corticales; tantôt, par un phénomèoe inverse, ce senties modalités fonctionnelles variées qui se passent dans la sphère de l'activité psychique, qui, retentissant de la périphérie au centre, se font sentir jusque dans les régions les plus centrales de la couche optique ;

II. De la part énorme que la substance grise de la couche optique prend dans le développement et Texercice journalier des fonctions cérébrales.

La couche optique reçoit en effet, comme un réservoir commun, les impressions sensorielles irradiées de tous les points de la périphérie du système nerveux. Celles qui émanent des divers plexus sensoriels, aussi bien que celles qui sont en rapport avec les phénomènes de la vie végétative, y arrivent et s'y concentrent, avanl d'être irradiées vers les différentes régions de la périphérie corlicale. Les unes représentent donc des foyers d'incitation, à action continue (les impressions optiques en particulier, et les impressions acoustiques); les autres, au contraire, des foyers intermittenls,dont les incitations irrégulières renforcent celles des précédents, et sollicitent à leur suite des réactions nouvelles de la part de Tentendement : telles sont les impressions tactiles, gustatives, génitales, etc.

FONCTIONS DES COUCHES OPTIQUES. 3i5

Ce sont ces diverses impressions d'origine périphérique qui, irradiées incessamment vers les différentes régions de la périphérie corticale, sont les seules stimulations viviGantes qui entretiennent le jeu et Tactivité des cellules cérébrales; aussi peut-on dire à ce propos, que les centres de la couche optique sont les seules portes par lesquelles passent les impressions venues du dehors, avant de remonter vers la substance grise corticale, pour provoquer la réaction secondaire de ses éléments (1).

III. Les centres de la couche optique jouent encore vis-à-vis des impressions sensorielles venues du dehors, le rôle d'appareils modificateurs.

Comme tous les noyaux de substance nerveuse, ils représentent de véritables amas ganglionnaires indépendants : ils transforment, perfectionnent et épurent les impressions centripètes émanées des appareils sensoriels; de sorte que ces mêmes impressions, qui ont déjà subi l'action du travail métabolique des cellules ganglionnaires, subissent, une fois déposées au sein de la substance grise des couches optiques, un nouveau temps d'arrêt et une nouvelle élaboration sur place. C'est là, qu^arrivées, après plusieurs migrations, à leur avant-dernière étape, elles se dépouillent de plus en plus du caractère d'ébranlement purement sensoriel, pour revêtir en se métamorphosant, une forme nouvelle ; se rendre en quelque sorte plus assimilables pour les opérations cérébrales

(1) L'activité des cellules cérébrales n'étant le plus souvent qu'un phénomène •econdaire et subordonné à l'arrivée préalable des impressions sensorielles au sein de la couche optique, on conçoit que celles-ci, étant habituées à accepter passivewnent leurs stimulations provocatrices des cellules de la couche optique ébranlées ptr les impressions sensorielles du dehors^ reçoivent indiflTércmment ces stimulations, ^'elles soient le résultat d'un agent extérieur réel, ou le produit Actif de l'activité ipoDtanéc des cellules mêmes de la couche optique.

La théorie physiologique de certaines formes d'hallucinations découle de la connaissance de ce simple rapport. On comprend en effet comme quoi, à un moment donné, lorsque l'activité des cellules de la couche optique vient à être modifiée d'une ninière ou d'une autre, et qu'elles se mettent, sponte sud, dans le même état où eUes •ont placées lorsqu'il existe une impression sensorielle réelle, elles puissent alors transmettre aux cellules cérébrales des incitations erronées ; et que celles-ci, travaillant à leur tour automatiquement avec ces matériaux fictifs, soient amenées à produire des conceptions imaginaires, tout à fait en désaccord avec les choses de la réalité.

Voyex, plus loin, les faits cliniques relatifs au mécanisme de l'appariton des hallu-

ultérieures, et devenir ainsi progressivement les agents tpiritua' lises de l'activité des cellules cérébrales (1).

ARTICLE II

PROPAGATION IHTRA-CiRiBBALB DBS IMPRESSIONS SBKSOlIEIXBf .

Si nous résumons maintenant en une formule concise les données multiples que nous avons successivement acquises, nous arrivons aux conclusions suivantes :

Toutes les impressions sensorielles, une fois qu'elles ont ite concentrées au seifi de la substance grise des couches optiques^ sont irradiées vers les différentes régions de la périphérie coh ticale. Ce sont les fibres blanches cérébrales qui les exportent, et la substance grise des circonvolutions qui les reçoit et les élabore.

Lorsqu'en effet, dans les expériences de physiologie expérimentale, on enlève par tranches méthodiques, des portions successives de fibres blanches, avec la substance grise y attenante, c'est-a-dire en privant successivement les animaux, soit d*uDe partie, soit de la totalité de leurs lobes cérébraux, on leur enlère en même temps, non-seulement la faculté de percevoir les îm- J)ressions sensorielles, mais encore celle de manifester par une réaction motrice voulue, la spontanéité de l'activité cérébrale.

C'est en effet ce qui résulte des curieuses expériences de Flourens (2).

c J'ai enlevé, dit-il, le lobe cérébral droit à un pigeon : incontinant ruimal n*a pins va de l'œil opposé à ce lobe; la contractilité persistait encore

(1 ) Nous verrons du reste plus loin que les rapports de solidarité qui existent entre la substance {<rise de la couche optique' et celle de la périphérie corticale soat tels, que ces deux régions, qui s'influencent mutuellement dans leurs manifestatioo^ physiologiques, sont pareillement associées dans leurs <Iivers états morbides ; que, si to perturbations fonctionnelles des cellules des centres de la couche optique soot aptes à susciter des désordres dans le jeu des cellules corticales, et à a>oir ok participation indirecte dans la patho<cénie de certaines formes de délire et d billnflnations ; d'un autre côté, les lésions chroniques de la substance grise des circoovohitiens retentissent par contre coup sur la couche opti<iue, et paraissent déterminer des atrophies secondaires, précisément dans les points qui sont en regard des réfio»» périphériques intéressées.

(2) Flourens^ Recherches expérimentales sur le système nerveux, 2* édit., 1S4I.

PROPAGATION RfTRA-CÉRÉBRALE DES IMPRESSIONS SENSORIELLES, thi

dans l*iris de cet œil (4). Il voyait très-bien de Toeil da côté da lobe enlevé; il entendait, se tenait debout, marchait^ volait et paraissait d*aillears assez calme.

> J'enlevai sar an antre pigeon les dent lobes cérébraux à la fois. Il se tenait très-bien debout, volait quand on le jetait en l'air, marchait quand on le poussait : Tins des deux yenx était très-mobile et pourtant il ne voyait pas, ne se mouvait jamais spontanément, et affectait presque toujours les allures d'an animal assoupi ou dormant. » (Page 32.)

Les mêmes expériences pratiquées sur une belle et vigoureuse poule qui survécut pendant dix mois à Tablation de ses lobes cérébraux, et qui fut pendant ce temps continuellement observée par FlourenSy ont fourni une série de renseignements aussi intéressants que curieux, sur l'état d'un être vivant chez lequel Tactivilé cérébrale a été artîGciellement abolie.

« À peine eus-je enlevé les deux lobes cérébraux, dit-il (page 87), que la me fut soudain perdue des deux yeux. L'animal n*entendait plus, ne donnait plus aucun signe de volonté ; mais il se tenait parfaitement d'aplomb sur ses jambes; il marchait quand on l'irritait ou quand on le poussait; quand on le jetait en Pair, il volait; il avalait Teau qu'on lui versait dans le bec. Cinq mois après Topération, la plaie du crâne était entièrement cicatrisée; la poule n'avait subi aucune détérioration dans ses fonctions nutritives : elle était très-grasse et très-fratche. Après l'avoir laissée jeûner pendant trois jours, dit l'observateur, j'ai porté de la nourriture sous ses narines, j'ai enfoncé son bec dans le grain, je lui ai mis du grain dans le bout du bec, j'ai plongé le bec dans l'eau, je l'ai placée sur des tas de blé. Elle n'a point odoré, n'a pas avalé, n'a pas vu ; elle est restée immobile sur le tas de blé, et y serait assurément morte de faim, si je n'eusse pris le parti de revenir à la faire manger mcn-méme. Vingt fois au lieu de grain, j'ai mis des cailloux dans le fond de son bec, elle a avalé ces cailloux comme elle eût avalé du grain. Enfin quand cette poule rencontre un obstacle sur ses pas, elle le heurte, et ce choc l'arrête et Tébranle, jamais elle ne palpe, ne tâtonne, et n'hésite dans sa marche.

» Ainsi la poule sans lobes cérébraux a réellement perdu, avec la vue et l'oiile, le goût et le tact. Cependant nul de ces sens ou, pour mieux dire, nul organe de ces sens n'a été directement atteint. L'œil est parfaitement clair et

(1) Fait qui ne doit plus surprcndro^ puisque nous avons vu déjà que les mouvements de riris étaient de nature réflexe^ et régis par rexcitation partie de la substance gélatineuse des tubercules quadrgumeaux (page 285).

3&8 IMPRESSIONS SENSORIELLES CONSaENTBS.

Det, et 80D iris est mobile. U n'a été touché dI à l'organe de Touîe, niàoelQidi goût, ni à celai du tact. Chose admirable 1 tous les organes des sens sobâsteikt et toutes les perceptions sont perdues. Finalement elle a donc perda tou ses sens, car elle ne voit plus, n*entend plus, nodore plus; el de ploi ses instincts; car elle ne mange plus d'elle-même; jamais elle ne se défend contre les autres poules, elle ne sait plus ni fuir ni combattre, il n*y a ploi d'attrait pour la génération, les caresses du mâle lui sont indifléreotes m inaperçues. Elle a donc perdu toute intelligence, car elle ne Teat, ni se sm« vient, ni ne juge plus.

> Les lobes cérébraux sont donc le réceptacle unique des perceptions d« instincts et de linteiligence (4). >

D'une autre part, en se plaçant à un autre point de vue. Flourens nous parait pareillement avoir démontré que toutes les impressions réparties dans les difTérentes régions de la substance grise corticale se prêtent néanmoins un mutuel appui, qu'elles se complètent les unes par les autres, et que rabolition d*une certaine catégorie d*entre elles suflSt à troubler l'harmonie générale et à neutraliser les autres.

C'est ainsi qu*il s'exprime (2) : i J'enlevai sur un pigeon, par ooucImi successives et ménagées, toute la portion antérieure du lobe cérébral droit» et toute la portion supérieure et moyenne du gauche. La voe s'aSûbKt progressivement à mesure que j'avançai, et ne fut totalement perdue dfli deux côtés qu'à la suppression des couches voisines du noyau central dfli deux lobes : mais du moment qu'elle fut perdue, l'audition le fut aussi et, avec laudition et la vue, toutes les facultés intellectuelles et perceptives.

> Chez un autre pigeon, ajoule-t-il, je dépouillai pour ainsi dire, et je vm à nu le noyau central des deux lobes par l'ablation successive et graduelle de toutes les couches supérieures, postérieures et antérieures. Â chaque ooavelle couche, la vue perdit de son énergie, et dès que l'animal ne vit plus, il n'entendit plus, il ne voulut plus, ne se souvint plus, ne jugea plus, et fol absolument dans le même état qu'un animal totalement privé de ses lobes. »

C'est ainsi que la disparition d'une aptitude à percevoir une impression sensorielle entraîne à sa suite la perte de la faculté de percevoir les autres impressions congénères, et trouble U régularité des fonctions cérébrales. Nous verrons, plus loin,

(1) Flourens, Système nerveux, Paris, 1842, p. 87 el suit.

(2) Id., ibid., p. 98.

PROPAGATION INTRA^CÉRÉBRALE DES IMPRESSIONS SENSORIELLES. 8iO

coDibien ces connexions intimes, qui relient entre elles toutes les impressions sensorielles de provenances si variées, au sein de la substance grise corticale, jouent un rôle considérable dansTexercice régulier des fonctions cérébrales, et comment elles se multiplient les unes par les autres.

Nous verrons pareillement, dans Tordre des faits pathologiques, que Tabolition de Taptitude à percevoir tel ou tel ordre d'impression sensorielle, est chez l'homme pareillement susceptible de provoquer des troubles, dans le jeu de cet admirable appareil qui constitue le cerveau proprement dit, et de susciter dans un délai variable des manifestations délirantes d'une nature spéciale (1).

Les remarquables expériences de Plourens, reproduites par Hertwig (2) , et les expérimentations modernes, confirment donc physiologiquement les données anatomiques que nous avons signalées. Elles nous montrent, ainsi que nous l'avons indiqué :

Que s'il existe parmi les impressions sensorielles un certain nombre d^entre elles (impressions inconscientes) qui, ayant pour substratum les appareils excito-moteurs de l'axe spinal, sont exclusivement destinées à rester cantonnées dans la sphère de l'activité automatique, et à demeurer à Tétat d'impressions 6rt//e5(3], il en est d'autres au contraire, qui remontant vers les régions supérieures de l'encéphale (impressions conscientes), sont nettement perçues, et appelées ainsi à concourir aux manifestations de Tactivîté psychique. Elles nous montrent, en un mot, l'indépendance réciproque et complète des phénomènes purement 5/>tnat/a: et des phénomènes purement cérébraux;

Que ces deux catégories d'impressions sensorielles, a destinations si différentes, et habituellement combinées dans la période d'activité des appareils sensoriels, peuvent être artificiellement dissociées ;

Que les phénomènes fonctionnels, auxquels le cerveau seul concourt, peuvent être séparément supprimés, sans que les phé-

(1) Voyei, plu» loin, le chapitre relatif à la subordioation de Tintégrité fonctkmneUe de la substance corticale, à celle de la couche optique.

(2) MûUer^ Manuel de physiologie, traduit par Jourdan, 2* édition^ Paris, 1851, t. I, p. 777.

(3) Longet, Anatomie et physiologie du système nerveux, Paris, 4842, t. I, p. «53.

nomènes connexes, qui sont régis par les appareils spinaux, soient influencés dans leurs manifestations; que la vision, par exemple» peut être aboHe chez un animal privé de ses lobes cérébraux, et riris rester encore mobile ; qu*un animal privé de ses lobes peut encore accomplir les mouvements réguliers et coordonnés de It marche, etc. ; et qu^en un mot, les grandes divisions que nousavoos établies dès le début (page ô), entre le système des fibres convergentes inférieures et celui des fibres convergentes supérieures, soDt justes et légitimes, puisque nous avons séparé ce qui est séparé, et réuni ce qui est réuni dans la nature ; et que ce qui est vrai finatomiquement, est également confirmé par le témoignage de la physiologie expérimentale.

Elles nous démontrent enfin que les fibres blanches sont bien les agents de transmission des impressions sensorielles, et que c*est bien au milieu des réseaux de la substance grise corticale * qu'elles sont réparties, et définitivement fixées.

C'est au milieu de ces mômes réseaux que nous allons dorénavant les poursuivre dans leurs transformations secondaires; c'est là que nous allons les retrouver lorsque, déposées au sein des réseaux de la substance corticale, elles en opèrent Vimprégnatimy fertilisent par leur influence stimulatrice le sol qui les reçoit, et deviennent ainsi sous des modalités nouvelles, et métamorphosées en idées, les éléments primordiaux qui enfantent les conceptions deTentendement, et les matériaux générateurs à l'aide desquels il accomplit l'infinie variété de ses merveilleuses opérations !

TROISIEME SECTION

THÉORIE DES FONCTIONS DU CERVEAU AU POINT DE VUE DES MANIFESTATIONS INTELLECTUELLES.

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