‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 2)Chapitre 73 sur 141 · FONCTIONS DE LA SUBSTANCE GRISE CORTICALE · texte numérisé non relu

FONCTIONS DE LA SUBSTANCE GRISE CORTICALE

Si Ton se rapporte aux détails que nous avons précédemment donnés sur la structure de la substance grise des circonvolulioDfl

FONCTIONS DE LA SUBSTÀNCB GRISE CORTICALE. S5i

cérébrales (pi. XX), on doit se souvenir que nous avons particu* liérement insisté : sur la variabilité de forme des cellules que Ton y rencontrait; sur les prolongements multiples de ces mêmes cellules anastomosées avec ceux des cellules du voisinage; sur la formation d*un véritable lacis plexiforme, partout continu, depuis les régions les plus antérieures jusqu'aux régions les plus postérieures du cerveau; sur les rapports des fibres nerveuses avec les cellules elles-mêmes; et enfin sur les connexions intimes de tous ces divers éléments entre eux, etc. (voy. pages 161 et suiv.).

Il nous reste maintenant à déduire les conséquences physiologiques qui nous paraissent découler naturellement d'une telle disposition organique.

Il nous semble tout d'abord parfaitement légitime d'appliquer les données acquises a l'interprétation de faits qui ne nous sont encore qu'imparfaitement connus. Or, l'observation nous ayant appris, que dans la contexture de l'axe spinal, il y a des petites cellules qui sont en rapport avec des phénomènes sensitifs (cellules excito-molrices) ; et des grosses cellules incontestablement associées à des effets purement moteurs; que les grosses cellules ne sont suscitées à agir que par un effet de choc en fetour^ irradié d'une source d'innervation plus ou moins éloi- ^ée, et jamais en vertu de leur autonomie directe; nous nous croyons, en faisant l'application de ces faits à l'étude des phénomènes purement cérébraux, justement autorisé à conclure : que s'il entre des petites et des grosses cellules dans la structure de la substance grise corticale (l'analogie de forme extérieure des éléments histologiques impliquant l'analogie des fonctions qu'ils accomplissent).

Que vraisemblablement : la zone la plus superficielle, occupée par les petites cellules corticales (pi. XX, fig. A [2]), est précisément la région destinée à la réception des impressions purement sensorielles; et que, par contre, celle qui est constituée par les cellules d'un volume plus considérable (id. [à]), est la région particulière d'où partent les manifestations de la motricité cérébrale;

Que ces réglons étant solidairement associées entre elles, à Vaide d'un réseau non interrompu de filaments plexiformes, se trouvent pareillement reliées, dans la série infinie de leurs mani^

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fcstations foncUonnelles ; et qu'ainsi, il convieolde voir dans Teosemble des réactions motrices qui parlent du cerveau (de même que dans celles qui émanent de Taxe spinal lui-même), un phénomène de répercussion plus ou moins médiat, d'une impression sensitive ou sensorielle antérieure ; et de considérer dans Tun et dans l'autre cas, Tacte moteur en lui-même comme étant toujours uo phénomène subordonné, et l'impression sensitive ou sensorielle au contraire, comme jouant de part et d'autre le rôle d'ageot provocateur de manifestations motrices.

Cette manière de considérer le mode de fonctionnement des éléments de la substance corticale, qui ne repose après tout que sur une série de déductions anatomiques, nous permet de fournir quelques données précises, applicables aux divers actes qui constituent les opérations de l'entendement.

Elle nous fait voir, en effet, que si c'est bien au milieu des réseaux de la substance corticale que les impressions sensorielles, irradiées des centres de la couche optique, sont nettement perçues; c'est bien là qu'elles prennent une forme distincte, se déposent i l'état de souvenirs^ et se transforment en idées; que c'est de la pareillement qu'elles partent pour se traduire au dehors, à l'aide de manifestations sensibles ^i apparentes ^ lesquelles ne sont aulres que les réactions voulues et réfléchies d'une impression sensorielle antérieure; et qu'en un mot, les régions de substance corticale affectées à l'élaboration des impressions sensorielles, et aux phénomènes de la perception, sont représentées par les réseaux des cellules les plus superficielles; tandis que celles qui semblent plus particulièrement dévolues à servir de substratum aux manifestations de la motricité volontaire, sont localisées dans les rangées les plus profondes des cellules corticales (1).

Cette distinction que nous venons d'établir, parmi les phénomènes cérébraux, entre ceux qui sont particulièrement liésàTarrivée et à la perception des impressions sensorielles, et ceux qui sont en rapport avec les phénomènes de la motricité proprement

(1) Si les actes purement intellectuels paraissent avoir dans la disposition des éléments anatomiques de la substance corticale^ des conditions spéciales i l'ai^ desquelles ils peuvent se manirester^ les actes de la sphère passionneUe et aflédivf;

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dite, va nous pcrmetire de les passer isolément en revue; aussi allons-nous étudier successivement :

I. Les principales questions qui se rattachent à l'arrivée, à la transformation des impressions sensorielles, et aux diverses combiiiaisons sous lesquelles elles se présentent dans les opérations de l'entendement;

II. Celles dans lesquelles les phénomènes de motricité vdIoulaire sont particulièrement en jeu.

ARTICLE PREMIER

FBÉHOUàRIS DE L*ÀCTIVIT£ CiftÉBRlLB EN RAPPORT AVEC L'éLABOftATIOfl DES IMPRESSIONS SENSORIELLES.

Nous avons jusqu^ici envisagé les impressions sensoriellesi abstraction faite de V appareil récepteur qui les élabore, depuis le moment où elles sont irradiées des centres de la couche optique, jusqu'à celui où elles sont disséminées au milieu des réseaux de la substance grise corticale. 11 nous reste maintenant à envisager eo lui-même Yappareil récepteur qui les travaille et les méta« iporphose.

I. Ce serait, certes, ne vouloir rien comprendre à TinGnie Tariété des phénomènes cérébraux, et fermer bénévolement les yeux à l'évidence, que de considérer les cellules de la substance grise corticale comme des appareils inertes, incapables de réactions spontanées, et aptes seulement à enregistrer les împressions sensorielles, au fur et à mesure qu'elles leur parviennent. L'observation de chaque jour, à défaut du simple bon sens, indique déjà ([u'a

«ms semblent^ par contre^ impossibles à préciser, au point de Tue du substratum organique à l'aide duquel ils se révèlent.

Les éléments analomiques qui leur servent de supports forment-ils une zone distincte au milieu des réseaux de la substance grise corticale ? sont-ils^ au ccn*' trtire^ mélangés au milieu de ceux qui sont en connexion avec les actes de l'entende» ment? ne représentent-ils que des modalités fonctionnelles différentes de ces mêmes éléments ? Quel est le rôle qu'il faut faire jouer aux noyaux libres qui constituent^ ainsi que nous l'avons indiqué déjà (pi. XX)^ des éléments constants^ et qui sont vraisem* bUblement en rapport a\ec l'apparition de phénomènes spéciaux? Ce sont là autant de questions qui, à l'heure qu'il est, nous semblent complètement en dehors de toote solotion au moins vraisemblable.

LCTS. 23

côté (les propriétés passives, en quelque sorte, que les cdlolei cérébrales partagent avec toutes les autres cellules de l'organisae, il y a des propriétés dynamiques d'un ordre supérieur, en Tertn desquelles ces mômes individualités cellulaires vivantes^ nonseulement absorbent et transforment l'impression sensorielie qu'elles viennenl de recevoir, mais encore réagissent i distanee par une sorte d^ automatisme spontané (ainsi que nous ravans déjà indiqué, page 271), en propageant vers les cellules congénères ambiantes Tactivité fonctionnelle dont elles sont pbysiologiquement animées.

Cette dénomination A' automatisme spontané^ appliquée à ane des modalités de Tactivité des cellules cérébrales, quelque étrange qu'elle puisse paraître au premier abord, nous semble cependaol devoir être acceptée, comme étant Texpression la plus complète de ce qui se passe en réalité dans les diverses opérations du oept veau en action.

Pour peu que l'on veuille, en effet, se reporter aux phénomèoes variés que présente la vie des cellules en général, on verra qaeki faits ii' automatisme spontané^ pour n'être p^s toujours su» apparents que dans le cas qui nous occupe, n^en sont ni inoiai réels, ni moins évidents. N'est-ce pas, en effet, en vertu d'un automatisme véritable que toutes les cellules de TorgaBistie soutirent au milieu qui les environne les éléments qui caractérisent spécifiquement l'appareil organique auquel elles appartiennent? que dans les périodes embryonnaires, elles se divisent en segmentations secondaires, puis tertiaires, pour donner naissance à des générations nouvelles d'éléments, destinées à leur tour à servir de souches à d'au 1res générations cellulaires? qu'elltf s'allongent en fibres fusiformes régulièrement juxtaposées, pour constituer les éléments de nos tissus; s'anastomosent entre elifli pour en former les mailles, et constituer successivement les mille sinuosités des réseaux capillaires, etc. ? et qu'enGn, elles accomplissent sponte sua cette série merveilleuse d'évolutions successives en vertu desquelles elles passent individuellement par la mêmes âges successifs que les individus dont elles constituaol une infinitésimale portion? Et maintenant, si nous songeonsque, parmi les cellules de l'organisme, ce sont les cellules nerveuses qui occupent le rang hiérarchiquement le plus élevé (puis qu'elles

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projettent a distance le stimulus de leur activité propre), et que [Mirmi ces dernières ce sont les cellules cérébrales qui sont louées des propriétés spécifiques les plus multipliées, on sera DOturellement amené à considérer ces mêmes cellules cérébrales comme étant la plus haute expression de la cellule nerveuse en action; comme douées, à un degré maximum, des aptitudes spécifiques qui la caractérisent; et avoir, dans leur automatisme spontané^ la simple amplification fonctionnelle d^une aptitude qu'elles partagent avec toutes les autres cellules de Torganisme, mais qui se décèle chez elles avec des proportions qui ne se retrouvent pas ailleurs.

II. La théorie de l'automatisme spontané des cellules cérébrales nous paraît appelée à jeter quelque jour sur Tinterprétation des phénomènes si obscurs de la physiologie cérébrale, livrés imprudemment jusqu'ici aux spéculations stériles de la métaphysique. Nen-seulement elje nous fournit quelques aperçus nouveaux et féconds sur l'étude des phénomènes intellectuels à l'état physiologique, mais encore elle nous permet de nous avancer plus sûrement dans le domaine de la psychologie morbide, et de rattacher d'une façon plus satisfaisante les déviations pathologiques que présente l'entendement humain en délire^ au fonctionnement nornfial de l'activité cérébrale : ne sont-ce pas là, du reste, des phé« nomènes que Baillarger a déjà pressentis et décrits, sous le nom à^exerciee involontaire de l'imagination et de la mémoire (1) ?

g l^r, — De l'oHctne des Idée*.

Les impressions sensorielles, avons*nous dit déjà, une fois arrivées au milieu des réseaux de la substance corticale, s'y répartissent, subissent l'action métabolique des cellules cérébrales dont elles sollicitent les réactions automatiques, et ainsi transformées réapparaissent sous la ïorme A* idées.

Quelque étrange que paraisse aux yeux de bien du monde cette simple assertion, elle ne nous semble pas moins être l'exacte expression des faits physiologiquement interprétés. Il suffit, pour s'en [convaincre, de ne pas s'en tenir seulement à l'observation

(I) DêM hallHcinatinm (Mémoitf».f rt^ /* Académie dé m^ecine^ Pari^ 1846, t. XII).

exclusive (les phénomènes inlcllecluels qui se succèdent sous nos yeux dans le cerveau d'un adulte, mais bien de remonter la série des phases antérieures par lesquelles a évolué successivement Tentendement humain, et d'étudier ce qui se passe chez les jeunes enfants, précisément à cette époque de la vie, où le cerveau reçoit indistinctement toutes les impressions sensorielles, se les approprie, et les métamorphose suivant ses moyens.

Que constate-t-on, en effet, à ce moment? Les objets extérieurs les frappent tout d'abord d'une manière confuse; leurs parents, leurs jouets, les substances alimentaires seuls, les préoccupent: les images de ces objets se gravent une à une dans leur cerveaa encore vierge d'impressions, et deviennent bientôt, ipso facto^ les idées spécifiques des objets qui leur ont donné naissance. Il résulte ainsi de ce travail d'absorption continue et de Télaboration consécutive des impressions sensorielles par la substance cérébrale, que ces mêmes impressions, métamorphosées en idées^ flnissent, au bout d'un temps variable, par former dans la mémoire des enfants une série d'idées fondamentales, qui sont en quelque sorte les idées mères, à l'aide desquelles leur entendement exé» cutera ultérieurement l'infinie variété de ses opérations. Si, de plus, on songe qu'aux mêmes époques de la vie, leur esprit reçoit à propos de chaque impression sensorielle qui le frappe, et qu'il transforme en une idée simple, d'une part l'impression visuelle du signe physique écrit qui donne un corps à cette idée^ et la fixe dans la pensée; et d'autre part, l'impression auditive du son articulé qui l'exprime et le qualifie spécifiquement, on arrivera à comprendre quelle énorme influence exerce l'éducation la plus vulgaire sur la précision et le classement de nos premières idées ; comment chaque idée nouvelle, à mesure qu'elle éclôt dans Tesprit, acquiert (par cela même qu'elle est accompagnée d'attributs qualificatifs spécifiques) une individualité propre; et comment le signe physique qui l'exprime, servant d'appel à l'idée, des séries de signes physiques rappelleront une série d'idées enchaînées.

C'est donc dans les premières périodes de la vie infantile qu il faut rechercher la généalogie de nos idées ; c'est là qu'il faut remonter pour les étudier isolément,etles surprendre dans les différentes phases à travers lesquelles elles évoluent, avant d'arriver»

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se présenter dans Tentendement de Tadulte, avec les caractères qui leur sont propres.

Le passé de notre esprit explique son état actuel ; et certes, c'est exprimer une assertion complètement en accord avec Tobservation de chaque jour» que de dire que toutes les incitations primordiales à Taide desquelles il effectue ses milles combinaisons, lui viennent toutes par la voie des sens; et que le cerveau, véritable appareil de réception et ([^élaboration^ ne fait que travailler et perfectionner les impressions sensorielles, qui sont en quelque sorte les sources vives destinées à alimenter son incessante activité (1). Quelle que soit, en effet, Tidée la plus élevée et la plus sublime qui surgisse dans Tentendement d*un adulte, pesez-la, mettez-la en présence des réactifs appropriés et capables d'opérer la dissociation des divers éléments qui la constituent; décomposez-la par tous les moyens d'investigation que fournissent l'élude et l'observation attentive, vous arriverez toujours à trouver à la fin de votre analyse une impression sensorielle comme fait primordial; de même que dans l'étude de la décomposition des substances organiques, quelque complexes qu'elles soient dans leurs éléments constitutifs, c'est toujours l'oxygène, l'hydrogène, l'azote et le carbone qui sont au fond de toutes les combinaisons, et qui, plus ou moins masqués dans des associations binaires, ternaires, etc., n'en constituent pas moins les principes fondamentaux de toute substance organisée.

L'impression sensorielle, véritable corps simple^ est donc l'élément primordial plus ou moins latent qui est au fond de toutes nos idées; c'est avec des impressions sensorielles combinées et enchevêtrées de mille manières, que l'entendement opère ses opérations si merveilleuses, et produit ainsi des effets d'autant plus surprenants, qu'on les compare à la simplicité des moyens mis en œuvre.

(1) Gerdy, avec un grand bonheur d'expressions et une sagacité pénétrante^ s'est attache à réfuter Yictorieusement une à une les principales assertions de la philosophie scolastique au sujet de Yinnéité des idées : nous renvoyons les amateurs de choses sensées, à ces pages pleines de verve et tout imprégnées de bon sens. {Physiologie philosophique des f^ensations et de V intelligence. Pari.*, 184G, p. 435 et fuiv.)

338 THÉOJIIB DES FONCTIONS BU OBRVEAU.

§ 2. — be rAMoelatlon des iàéeu.

Si maintenant nous essayons de nous représenter par la pensée la Succession des dirers phénomènes qui^ pendant ! la période de Tactivité diurne, se passent dans le cerveau d*un adulte, BOUS croyons pouvoir légitimement induire qiie :

I. La substance corticale n*étant qu'une agglomération d'ud nombre inQhi de cellules, distinctes il est vrai, mais rendues soli* daires entre elles, doit être ébranlée, à tout instant du jour, par l'arrivée incessante des impressions scnsoriellesi qui sont irtadiées des divers centres de la couche optique comme d'autaot de foyers d'ihcitations continues»

Ijorsque cette incitation provocatrice est Taible, rébradlemeni subi par la cellule cérébrale doit rester circonscrit loûalemiM dans un petit rayon (pi. XX, flg. 8 et A); lorsqu'au contraire elle est vive, il doit se propager aux cellules ambiantes et déterminer ainsi par une sorte de mouvement comttiuniqué, tantôt d'une manière réglée par l'habitude, tantôt d*Uhe façon irrégulière et incohérente^ la mise en activité de ces mêmes cellules. Celles-ci, ébranlées à leur tour, peuvent devenir les causes provocatrices de la réaction d'autres cellules beaucoup plus éloignées ; et il peut ainsi se faire qu'après avoir suscité la mise en activité médiate d'une longue série de cellules cérébrales, l'impression sensorielle primordiale (cause première de tous ces ébranlements enchaînés), vienne à s'éteindre localement, et à rentrer dans la situation d'équilibre) alors que les foyers éloignés qu'elle aura mis en activité les uns après les autres, seront à peine au début de la période d'ébranlement.

On peut encore se figurer ainsi comme quoi une impression sensorielle, livrée en quelque sorte en pâture à l'activité automatique des cellules cérébrales, peut éveiller dans les directions les plus imprévues, des associations d'idées bizarres, suivant que les ébranlements secondaires qu'elle communiquera au loin, rencontreront des cellules nouvelles dans un état d'éréthisme plus ou moins prononcé; suivant que celte impression sensorielle sera plus ou moins vive au début; que les cellules qui la recevront seront plus ou moins multipliées; que l'ébranlement des cellules du voisinage ne viendra ni l'obscurcir, ni l'éteindre, et qu'enfin,

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elle ne sera pas détournée, par une sorte de distraction révulsive, du substratum au sein duquel elle a été reçue (1).

IL Si maintenant nous traduisons en langage ordinaire les principaux phénomènes de physiologie cérébrale dont nous venons d'essayer de donner une simple esquisse, nous trouvons parallèlement le calque de toutes les assertions que nous venons d'émettre, tracé par avance, et en quelque sorte à priori ; et c'est là assurément un fait bien étrange, que pour se rendre compte de certaines opérations propres de Tentendement, il faille en calquer la description sur les divers phénomènes que présentent les cellules cérébrales en activité ; et que les faits purement psychiques et les fkits purement organiques ne soient exprimables que par un seul et même langage !

Ne dit-on pas tous les joursi en effet, que les idées s^appellent, qu'elles s'associent, qu'elles surgissent automatiquement malgré notre volonté, et s'imposent a noire attention? qu'elles y persistent avec une ténacité désespérante? que nous nous laissons volontiers aller à la série naturelle de telles ou telles idées? qu'elles forment entre elles les anneaux d'une même chaîne, dont les deux bouts sont souvent séparés par les mille incidents des pensées les plus disparates ? et que nous pouvons successivement les retrouver, soit que nous remontions, soit que nous descendions le courant des idées qui nous ont entraînés ?

Ne peut-on pas dire encore^ qu'une idée qui arrive à prédominer bur les autres, par suite de la stimulation incessante de l'impression sensorielle d'où elle dérive (phénomène qui n'est autre que

(i) Quand on réfléchit à la multiplicité des opérations qu'accomplissent les cellules cérébrales pendant l'état de veille, on ne peut s'empècber de songer à une comparaison vulgaire qui fait imagc^ et d'assimiler, avec Mûller, la propagation des impressions sensorielles à travers les réseaux de la substance corticale, aux ébranlements successifs que subissent les molécules d'un corps sonore, lorsqu'il entre en vibration, aux deux tables harmoniques d'un violon, par exemple, dont toutes les moléctiles sont ébranlées successiTcmcnt de proche en proche, à partir du point d'appUeation du chevalet, lequel transmet directement à la table supérieure de même qu'à la table inférieure la vibration des cordes. (Il est à noter que, dans cet exemple, les deux tables de l'instrument sont rendues solidaires entre elles par l'irtiflce d'une tige Tcrticalc rigide, qui les associe entre elles, et joue le rôle d'une véritable commissure.)

Yattention)^ absorbe à son profit, par une sorte de dérivation^ Tactivité des cellules cérébrales ambiantes; et que, si elle persiste dans tout son éclat pendant un certain temps, ce n'est là qu'un phénomène passager, attendu qu'elle est destinée à être suppléée insensiblement par des idées nouvelles, plus intenses et plusfrat« ches, lesquelles, provoquées par d autres incitations sensorielles, arrivent à leur tour à prévaloir, et à opérer de la sorte, au détriment de ridée prédominante primordiale, une sorte de c/i^/roc/ion dérivative? qu^enfin les idées fondamentales, groupées entre elles deux à deux, trois à trois, s'associent et se fécondent réciproquement, en donnant ainsi naissance, par une sorte de prolifératUm continue et spontanée, a des associations successives d'idées qui ne sont, a proprement parler, que de véritables conceptions iji cerveau lui-môme ?

C'est de cette merveilleuse aptitude que possèdent nos idées de pouvoir s'associer et s'appeler les unes les autres, que dérive la possibilité pour l'esprit, d'acquérir des connaissances nouvelles, et de les rattacher aux anciennes. Quand, en eflet, certaines idées sont associées dès notre enfance par le fait d'une éducation première, elles s'agglomèrent à notre insu, en vertu de Fautomatisme du substratum qui les supporte, et nous paraissent d^autant plus naturelles qu'elles sont plus anciennement groupée. Ce sont les idées dites idées reçues^ qui font en quelque sorte partie du patrimoine héréditaire, et que nous sommes habitués a considérer comme vérités fondamentales (1).

Il en est d'autres que nous acquérons, par contre, pendant tout le cours de la période ascendante du développement de l'entendement, et qui, par cela môme qu'elles constituent des apports incessamment renouvelés, enrichissent incessamment son domaine. Quand on nous enseigne au nom de l'expérience, que deux idées quoique éloignées peuvent ôtre légitimement reliées entre elles, la notion du rapport qui les relie et les anastomose ainsi

(1) Est-il besoin d'ajouter que si c'est dans le fond commun d'idées acquise de longue date, que l'entendement puise tous les matériaux destinés à renrichif, > le pcrrcctionner, et ù lui faire connaître la vérité, c'est aussi là qu'il rcocontre tùt série de causes derreurs innombrables, qu'une mauvaise éducation première, \» inlluences du milieu ambiant, les préjugé.^ con'cniporains, ont surtout accunoléc? ru tour de lui.

DE l'association DES IDÉES. 361

l'une à l'autre, s'établit spontanément dans Pesprit ; elle s*y greffe, y prend vie, et s'associe bientôt avec ses congénères, aussi automatiquement que celles que l'on nous a inculquées] dans les premiers temps de notre enfance (1).

III. Phénomènes morbides. — Il est permis de supposer que dans certaines formes morbides de l'activité cérébrale, les réactions spontanées des cellules dépassent les limites de la mesure normale, et arrivent ainsi d'emblée à un état d'exaltation fonctionnelle extrême.

C'est alors qu'apparaissent tantôt, lorsque e désordre est général et se propage à toute la masse, ces accès de manie aiguë, qui sont parfois si caractéristiques, et qui n'impliquent le plus souvent qu'une exagération passagère de la période d'éréthisme physiologique; et tantôt, au contraire, lorsqu'il est partiel et circonscrit dans une région limitée de la surface corticale, ces monomanies passagères ou persistantes dont l'étude de la pathologie mentale offre de si nombreux et si saisissants exemples !

Quelle que soit la forme de la manifestation délirante, quelle que soit sa cause, le fait fondamental qui la domine est identique

(i) On pourrait se demander, au point de yuc du rùle physiologique que jouent les cellules de la substance corticale dans le mécanisme des phénomènes de l'entendement, si les cellules primordiales qui existent au moment des premières manifestations de l'activité du cerveau, et d'où dérive vraisemblablement (soit par génération endogène, ou par scission) toute la série des autres cellules qui se développent ultérieurement durant la période d'évolution organique, par cela même qu'elles sont imprégnées les premières d'un certain ordre d'impressions sensorieUes, ne donnent pas aux générations successives de cellules qui proviennent d'elles, par une sorte de transmission héréditaire, le cachet spécial des influences primiUves qui les ont tout d'uhord ébranlées? Peut-être faut-il chercher dans cette transmission à nos idées d'homme adulte, des premières influences qui ont agi sur notre esprit pendant notre enfance, l'explication de la pérennité de certaines d'entre elles, et l'explication de ces rapports mystérieux qui rattachent certaines idées affines, et leur donnent un air de famille (pi. XL, fig. 35 [a, b]).

Faut-il voir encore dans cette notion anatomique la raison de cette remarquable aptitude que possède l'âge de la jeunesse de percevoir des idées nouvelles, de les rattacher aux anciennes, comme des conséquences à un principe, à mesure que le développement des cellules s'effectue, et de former ainsi des lignées d'idées enchaînées, comme les cellules filles de la deuxième et de la troisième génération $ont rallachccs à la cellule mère qui leur a donné naissance ?

M2 THÉORll DBS rOHGTlOm DU GBRYBAU*

au fond. C'est toujoui's Y automatisme spontané des cellules cérébrales qui est seul en cause, et Tunique source de tous les désordres; c'est avec ccUe propriété aveugle, et en quelque sorte fatale, des cellules cérébrales qu'il faut toujours compter ; c'est li qu'il faut en venir pour arriver à comprendre le processus physiologique en vertu duquel des groupes isolés de cellules cérébrales, passant inopinément de la période d'activité normale i un état de surexcitation désordonnée, absorbent à leur profit, et coocentrent sur elles-mêmes toutes les forces vives des individualités cellulaires ambiantes pour produire alors des idées fixes.

L'idée fixe, en effet, du moment qu'elle s'est implantée dans le cerveau, exerce une influence dominatrice sur l'ensemble des manifestations de l'intellect, et constitue en quelque sorte un ferment morbide, qui, localisé dès le début dans une sphère d^activité restreinte, étend peu a peu le champ de son influence délétère, et devient ainsi, dans un délai plus ou moins éloigné, la cause de l'explosion subite des symptômes de la manie, ou bien encore l'origine éloignée (par une sorte A'usure de l'activité cérébrale) des phénomènes de la démence. Qu'elle soit consécutive à une impression sensorielle antérieure trop vive ou trop éclatante; qu*ellese soit développée motn proprio, au sein des réseaux de cellules corticales, en vertu d^une aptitude maladive du groupe de cellules qui lui servent de support, toujours est-il qu'elle devient bientôt par sa ténacité l'origine d'une série de désordres ultérieurs, dont le fait primordial n^cst toujoura qu'un pur phénomène de surexcitation fonctiontielle au début, et une exagéralloti de Xactivité automatique des cellules cérébrales, portées d'emblée et maintenues dans un état permanent d'eréthisme (1).

(1) Il est encore certaines circouslances pathologiques dans lesquelles l'actifilr spontanée des ceUules cérébrales se révèle d'une manière tout à fait pêreniptoin. Les personnes qui, sous l'influence d'indispositions légères, sont sigettes a aifir quelquefois un mouvement fébrile ai'compagné d'un certain degré d'hjpéréaie cérébrale, savent très-bien qu'il arrive un moment où l'activité incesnanle d» cerveau est teUe, qu'il en résulte une Tcritable fatigue. Qni n'a tenu en eUH dm ces circonstances combien la volonté est impuissante à maîtriser ce travail déftr^ donné dos ceUules cérébrales en émoi ? combien les idées se heurtent, se succèdett avec une ténacité désespérante ? et combien il est pénible de se sentir entrainé étaf une série d'idées plus bizarres et plus disparates les unes que les autres ?

TR41f81flS8ION DES IMPaBSilOMS VltCiftALES. I6B

g 4. — TraiMiiÉItotéii de« laipreMloiM irUieérAlei.

Nous avons considéré jusqu'ici les impressions sensorielles comme étant les seules incitations journalières destinées à provoquer la mise en activité des cellules de la substance corticale* Si Ton se repof^te maintenant à ce que nous avons indiqué précédemment^ au sujet des relations idtinies qu*aflecte la substande grise du troisième ventricule (qui est en quelque sorte Iç sensorium propre des impressions viscérales) avec les régions diverses de la périphérie corticale (page 340 et pi. XXXI), on arrivera pareillement à reconnaître que ces mômes impressions, rayonnant aussi vers la périphérie, doivent être considérées comme une source nouvelle d'incitations provocatrices pour les cellules cérébrales» appelées à jouer un certain rôle dans les manifestations de l'entendement.

I. Dans rétat habituel de la santé, ces impressions viscérales internes, obscurcies par l'éclat et l'intensité des impressions extérieures irradiées des centres de la couche optique, n'éveillent que des réactions inaperçues dans les régions supérieures; mais lorsque les rouages organiques sont intéressés dans leur jeu, elles se font jour jusqu'au sein des réseaux de la substance corticale, y sont alors nettement perçues, et y déterminent par leurs sollicitations importunes, des réactions spéciales qui troublent à notre insu notre raison, et s'imposent a notre jugeaient. Qui de nous n^a ressenti dans le domaine de ses idées le contre-coup de l'état de souiïrance d'un de ses appareils organiques, et compris en même temps Tinfluence perturbatrice que les phénomènes de la vie des viscères exerçait sur la régularité des opérations intellectuelles!

IL Dans certains cas morbides, qui ne sont en quelque sorte que Teiagération des conditions du fonctionnement physiologique, les cellules de la substance grise centrale du troisième ventricule, qui sont les seules voies par lesquelles passe cette catégorie si spéciale d'impressions périphériques, peuvent devenir, comme leurs voisines des centres de la couche optique {^^oxi sponte sua^ soil consécutivement à une impression viscérale trop vive), des foyers continus d'irradiations pour les impressions qu'elles reçoi-

soft THÉOKIB DES FONCTIONS DU CBBVBAU.

vent. Il peut se faire alors que les cellules corticales avec lesquelles elles se trouvent habituellement en connexion, sollicilées d^une manière incessante par leur appel illégitime, s*ébraiilent consécutivement, comme si cet appel était réellement irradie d'un appareil viscéral, et forment alors des séries d'idées associées, des conceptions délirantes d*une nature spéciale, qui se déroulent comme de véritables hallucinations des sensations intérieures, sous les mille apparences du délire hypodioo* driaque.

§ 5. — l»e la Diéni^lre.

I. A côté de cette remarquable propriété que possèdent les cellules cérébrales vivantes, de pouvoir spontanément se mettre en activité lorsqu'une incitation extérieure vient à les ébranler, il en est une autre non moins merveilleuse qui leur est particulièrement propre, et qui fait en quelque sorte partie de leurs attributs intrinsèques. C'est cette aptitude toute spéciale, une fois qu'elles ont été ébranlées par une impression sensorielle, de persister pendant un très-long temps dans cet état où elles ont été mises (comme les substances inorganiques devenues phosphorescentes), et de pouvoir, lorsqu'une cause provocatrice quelconque vient à les ébranler de nouveau, se replacer dans les mômes conditions premières, et de déceler leur activité à l'aide de manifestations identiques. Les cellules cérébrales emmaçasinent en quelque sorte, sous Tinfluence des incitations sensorielles, des réserves d'influx nerveux qu'elles dépensent à longue échéance, et qu'elles récupèrent incessamment (1). Les phénomènes de mémoire ne sont donc qu'une sorte de reviviscence d'impressions antérieures, ayant plus ou moins vivement ébranla les cellules cérébrales.

Dès qu'une cellule cérébrale a été surexcitée par une impression sensorielle quelconque, cette impression Vimprègne et la modifie d'une façon toute spécifique, et cet état nouveau dans lequel elle a été ainsi placée, peut être de nouveau provoqué soit par It

(1) De même que nous avons vu précédemment les substances photogéni^Bef; dans les curieuses expériences de Niepce de Saint-Victor (page 270), consenfro elles-mêmes les rayons solaires qui les ont éclairées, et déceler comme par onefortf de réminiscence, au bout d'un temps indéfini, la persistance de Timpression premifrf

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