DE LA MÉMOIRE
réapparition de la cause excitalive primitive, soit par Fincitalion médiate et détournée des cellules ambiantes avec lesquelles la cellule première est en connexion.
Cette résurrection des impressions passées s'appelle souvenir ^ Bl la propriété générale en vertu de laquelle chaque cellule cérébrale est apte à susciter de pareilles réactions, est désignée sous la dénomination de mémoire.
II. Les souvenirs, qui ne sont que des impressions sensorielles antérieures déposées au milieu des réseaux de la substance corticale, sont susceptibles d'obéir aux mômes fluctuations que le subsiratum organique qui les a reçues.
C'est ainsi qu*on les voit s* associer, se grouper, s'appeler les unes les autres, susciter de proche en proche l'évocation de souvenirs passés; amener des combinaisons imprévues, lesquelles, sollicitant à leur tour Factivité des régions les plus éloignées de la périphérie corticale, provoquent l'apparition de faits anciennement accomplis; et il arrive maintes et maintes fois qu'au milieu de tous ces ébranlements communiqués de proche en proche aux divers éléments de la substance corticale, la région qui a donné l'impulsion primitive soit déjà arrivée à Tétat de repos, que le souvenir primordial soit éteint sur place, alors même que les évocations secondaires qui en dérivent ont encore toute leur vivacité, et sollicitent a leur suite l'apparition de nouvelles associations d'idées, et \^ reviviscence des matériaux du passé.
III. Les souvenirs peuvent être suscités involontairement ou volontairement,
!• Dans le premier cas, c'est en vertu de Y activité automatique des cellules cérébrales qui les ont reçus, et des ébranlements successifs qu'elles communiquent à leurs congénères, que leur réapparition soudaine est provoquée. Tantôt c'est à propos d'une impression visuelle qu'ils surgissent^ en voyant ime personne, un chjei déjà connu, cette vue rappelle toute une série d'idées qui s'y trouvent automatiquement reiiUchées. Tantôt c'est une impression acoustique, un son articulé, un bruit qui nous fait souvenir d*un objet, d'une personne, d'une circonstance donnée : quand f entends, en effet, prononcer un son articulé, le mot arbre, par
exemple, cet objet se présente immédiatement à mon esprit, en vertu des rapports intimes établis de longue date entre un son articulé et Tobjet qu'il représente, etc.
C'est grâce à cette merveilleuse aptitude que possèdent les cellules de notre cerveau, de pouvoir réagir spontanément, et cela d'une manière régulière et coordonnée, à propos d'une impression sensorielle quelconque, qu'est rendue possible rnecumulalion de souvenirs multiples dans Tentendement; que ces souvenirs peuvent être suscités les uns à la suite des autres, dans Tordre où ils ont été déposés, et qu'enfin la transmission de la pensée humaine peut s'effectuer à l'aide de sons articulés définis, ayant chacun des rapports intimes avec les différents objets qu'ils signifient.
T D'autres fois, les souvenirs sont voulus; dans ces cas, ce n'est jamais d'emblée que nous arrivons à trouver parmi les impressions passées, celles dont nous avons actuellement besoin; c'est d'une manière indirecte et par une sorte d'artifice que nous arrivons à notre but. Ainsi, s'agirait-îl de décrire, extemporanément de mémoire, un muscle, le biceps par exemple, nous pen* sons immédiatement, par une réflexion intime, à la situation de ee muscle, à sa forme, à sa longueur, a sa direction, à ses insertions et à ses usages, etc. S'agit-il pareillement de décrire une maladie, suivant la méthode usitée actuellement en France, nous abordons successivemen t les différents chapitres relatifs à la définition, à l'historique, à la symptomalologie, au diagnostic, au pronostic, etc. Nous repassons ainsi successivement, les uns après les autres, les principaux points sur lesquels notre esprit a été tenu en arrêt; nous remontons, dans un ordre régulier, la série de nos impressions primitives, méthodiquement juxtaposées dès le début, et nous retrouvons, par cela même que nous passons par les mêmes voies, une série d'idées et de souvenirs habitués à marcher de compagnie. La division du travail en chapitres vient amoindrir les difficultés en les fragmentant : chaque tête de chapitre mettant en activité isolément une série de régions, cérébrales, évoque ainsi des souvenirs principaux, qui entraînent k leur suite une nouvelle série do souvenirs secondaires, lesquels font appel» des souvenirs tertiaires, etc.
Cette dépendance réciproque des souvenirs groupés entre eoi
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DQinme des ramifications multiples sur un tronc commun, fait qu'ils sont ainsi solidaires du souvenir principal, et qu^ils forment des associations 4*autant plus régulières et faciles à évoquer, que leur fixation première nura été plus méthodique, et qu'ils auront été plus fréquemment renouvelés.
lY. Obscurs et confus dans les premiers temps de la vie, les souvenirs prennent peu à peu de la netteté et de la précision dans le cerveau de l'enfant, à mesure que les impressions extérieures viennent se compléter par leur témoignage réciproque. Les lignes graphiques et les sons articulés destinés à exprimer les objets extérieurs, s'impriment successivement dans son esprjt, et deviennent ainsi, pour lui, l'impression sensorielle représentative de ces mômes objets absents. Les souvenirs perÇM^ pendant h jeunesse sont ceux qui paraissent avoir le plps d^ fwlé^ 0t qui persistent le plps longtemps. Chez le vieillard çlpRl le cerveau peut à peine garder rirnpressioq des perceptions récenlep» lessouveniri du temps passé éclatent souvent avee une vivacité surprenante : et n'est-ce pas là un des phénomènes les plus étranges des manifestations cérébrales, que de voir la pérennité d'une série d'impressions premières subsister au naufrage de toutes les aptitudes inCellectuelles et jeter encore quelques lueurs, une longue série d'années après qu'elles auront été perçues (1) !
V. Troubles fonctionnels. — La faculté générale i]e la mémoire peut être partiellement abolie, même au milieu de la pprJQde du
SIein épanouissement des facultés intellectuelle^) soit ^pus l'in?uence de perturbations dynamiques 4e l'activité des cellules cérébrales, sojt consécutivement à des désorganisations progrès* sives, ayant entraîné le destruction locale de certaines régions du Cierveau, et par suite la disparition de certains souvenirs qui y étaient déposés. On sait en eflet qu'il est des individus qui, soit
(1) Si rimprcssionnabilltc àe$ ceUulei cérébrales peut ainM persister pendant un temps plus ou moins prolongé^ il ne s'ensuit pas que leur réceptivité soit indéfinie. Q est certaines circonstances en effet dans lesquelles l'inuposiibilité de rtteaif certains détails, ou certains faits, est des plus manirestes; il sumble que U substance cérébrale «oit réfractaire à une certaine féfie d'impressiopi, et que la période de êuturêtion inieUectuelle soit arrÎTée.
à la suite de lésions cérébrales chroniques, soit à la suite de commotions de l'encéphale, présentent tantôt certains symptômes d'hébétude plus ou moins persistante, tantôt des pertes partielles de la mémoire^ en voici quelques exemples.
Un malade, dont l'histoire est rapportée par Baachet (4), tombé dahaot d'une échelle, était resté trois jours dans un état de commotion ; il avait perdo, pendant tout le mois qu'il fut observé à Tbôpital, le souvenir de raccident qm lui était arrivé : il soutenait qu'il n'était jamais tombé.
Un autre, qui, à la suite d'une chute dans un escalier, était resté neuf joan sans connaissance, répondit après ce temps assez bien aux conversations : seulement il lui arrivait de temps en temps de parler d'un autre sujet que de celui dont il était question. Il avait seulement conservé jusqu'au vingt-huitième jour de son accident, la manie d'uriner contre les murs de sa chambre, croyant qu'il était dans la rue.
Un troisième malade, à la suite d'une plaie pénétrante du crftne prodoiie par une pointe de fleuret ayant perforé la paroi orbitaire interne, avait perda complètement l'aptitude à se souvenir des substantifs, tandis qu'il se souvenait parfaitement des objets susceptibles d'une description. 11 reconnaissiîl bien M. Larrey, mai^il ne pouvait jamais se rappeler son nom, au point qa'i le distinguait par celui de M, Chose. Il avait oublié pareillement le non de ses proches et de ses amis.
Le baron Larrey a publié une observation analogue (S). Il a'agit d'im militaire qui reçut une balle au côté externe du front, à environ 6 à S mil* limètres au-dessus du sourcil gauche; il y eut immédiatement après os affaiblissement des membres du côté opposé, qui disparut en laissant à si suite une surdité et une cécité du côté de la blessure. Cet homme, observé quelques mois après, avait perdu la mémoire des substantifs; lorsqu'il faisait la description des pièces qui entraient dans la batterie de son fusil, il était obligé de prendre son livret pour retrouver et indiquer leur^ noms. H distinguait bien les soldats de sa compagnie à leur taille, à leur voix, mais il ne pouvait aucunement les dénommer par leurs noms propres. L'autopsie fol faite douze ans après l'accident : on constata l'existence dans le lobe antériaiir gauche d'une excavation orbiculaire de 5 centimètres de diamètre, et dei adhérences intimes de la dure mère avec les os du cr&ne. L'hémisphère gaodu parut d'un sixième moins volumineux que le droit (3).
(1) Bauchet, thèse d'a^égation en chirurgie: Dei lésions traumatiques de te^ phale. Paris, 1860, p. 186 et 187.
(2) Magendie, Journal de physiologie^ janirier 1828, t. VIII, p. 1 à 4.
(3) Voyez deux faits analogues, pages 232 et 233.
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§ 6. — Be rimaslBalioa.
I. Les cellulas de la substance cérébrale, non-seulement absor* bent et retiennent les impressions sensorielles qui viennent les ébranler, mais encore elles les travaillent isolément, lès amplifient d^une manière toute spéciale, et les font apparaître sous des formes plus vives et des colorations plus brillantes. I/imprcssion sensorielle grandie et colorée, une fois qu'elle a subi Tinfluence du travail métabolique de la cellule cérébrale qui l'a reçue, comme une image pbysique qui, en passant à travers une série de verres grossissants, se perfectionne et s* amplifie, devient par cela même dans Tespril la représentation imagée de Tobjct qui lui a donné naissance : elle s*y peint en caractères plus éclatants, s*y imprime d'une façon plus accentuée et devient bientôt, associée à toutes ses congénères, la représentation interne du monde extérieur que nous portons en nous, et en quelque sorte la reproduction virtuelle des objets ambiants d'où elle tire son origine.
Celte modalité nouvelle des impressions sensorielles, ainsi conservées ei vivifiées par Paclivité propre des cellules cérébrales, constitue dans son ensemble les phénomènes de l'imagination.
Ricbe ou pauvre, féconde ou stérile, réglée ou impétueuse, rîmagioation peut donc être considérée comme étant la plus haute expression i laquelle puisse atteindre l'impression sensorielle transformée et épurée par son passage à travers les éléments de la substance corticale.
il. Toutes les impressions sensorielles, quelles que soient leurs provenances, arrivent comme un dernier écho dans ces hautes sphères de l'activité cérébrale; elles s'y peignent les unes après les autres comme, sur la surface d'un écran, se combinent entre elles, et provoquent à leur suite une série d'idées d'un ordre [)lus relevé, à mesure qu'elles rencontrent des réseaux nerveux de plus en plus multipliés.
Les impressions optiques qui ont une part si prépondérante dans la provocation de tous les actes de l'entendement et de la vie automatique, jouent pareillement un grand rôle dans les phénomènes qui se passent dans la sphère de l'imagination. Ce sont elles, en effet, qui font que nous donnons aux choses