LITS
S70 THÉORIE DES FONCTIONS DU CëRVEAC.
immatérielles des dénominations empruntées au monde physique; que nous disons de tel ou tel, par exemple, que son esprit a de Yéclai, qu il est lucide^ qu*il offre des aperçus luminettx^ etc. Les impressions acoustiques fournissent égalemeDt i l*esprit n contingent d'appréciations Ggurées : les mots mélodie, harmoM sont souvent déviés de leur acception propre et trantporlési des objets conventionnels. De même, les impressions gustatîm deviennent, par dérivation, le goûê qui se prononce sur ki œuvres d*art et les apprécie ; elles se trahissent encore ao figuré sous la dénomination à'amertume et d'atyreur* Les imprenioM du toucher aussi se transforment en iaci moral, et peut-être lei fibres dolorifères sont-elles les éléments spécifiques qui se ces* vertissenten sensibilité morale (1)?
C'est ainsi que les impressions sensorielles, épuHes et fiftn* tessenciées par ce mode spécial de l'activité cérébrale^ réflétMt sous ces formes noutelles l'image embeUîe et amplifiée di monde extérieur. Et, chose bien digne d'atteàbcm au de ces merveilleuses opérations de l'entendement que pjEussons ainsi en revue ! non-seulement cette élaboratîoo i remarquable des cellules cérébrales s'accomplit i l'aide ^ matériaux de date récente qui leur arrivent à tout instant, BÉis encore elle s'effectue en mettant en c^vre tes matériaux êU longtemps accumulés dans le passé de notre esprit, ensevelis à Télat de souvenirs, deviennent un appoint destiné a multiplier leurs effets, et a enrichir leurs mantfcistàlîaw.
G*est ainsi que, grâce aux trésors accumulés que lui fournit la mémoire, grâce à l'intervention vivifiante de l'imagination ^uîfcs perfectionne et les amplifie, l'entendement hnmain trouvé ea lui-même ses inépuisables ressources, et conçoit cette puissant créatrice infinie, cette ardeur progressive, qui enfantent les leuri©
(1) Peut-être se peut-il faire que les impressions périphéri(iues éoMaées et k sphère de la vie végétative éprouvent une semblable transformatloo, et masfOM^ ainsi^ sous la dénomination anoblie de passions, ce qu'elles ont (T obscur et de b» dans leur généalogie. Pcnt-ètre Taudrait-il encore rechercher, dans les démonsfritions passionnelles les plus exahées, une impression irradiée de It péripfcWf viscérale comme premier mobile (plus ou moins purifiée, il éit frai, par ractivii' des régions cérébrales où siège T imagination), et voir ainsi, dans la prûdoauasaM de tel ou tel plexus viscéral périphérique, 1& secret do la tournure ffénénk é» idées d' imaginât ion et du cachet qui les caractérise.
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à'an dans le cerreau des artistPS; qui donnent Tinspiration an fH>èlë^ l*ei)ihousîasrtie et Tamour de la gloire au soldat, et le feu saèré à tous ceux qu'atiittid une sincère ardeur pour la science bonnèle el désintéressée !
III. Troubles fîmctlbtméh. — Cette reftiarquable propriété phf« Aioilogiqoeque possède ftotfe cefteau de pouvoir conserver, comihl^ un mirotf les image» amplifiées et enlbellies du monde de là réalité peut, dans ôertaînes circonstdnces (comme, du reste, toute* les autres manifestations dé Fdctitité cérébrale), (^ârlefait hièmë d'un tieftain état passérgef à*éréthibme du substratutn organique, A Taide duquel elle se décèle, èôticourir à Texplosidn dèi certaines fbrme§ de conde()tidhs délifkrites.
Les idées d*imagination qui dans l'état physiolo^iqde du fdtic^ tionnement cérébral, créent en dedans de nous-mêmes la repréaieRtaUpn. insâ^^e des choses de.U réalité, plongeai (par cela oiteie qu'elles arrivent à se déceler amec un certain degré de sifperaqtiyité i^orbide) l'individu chez l^uel elle apparaissent, 4ftns une sphère loqte nouvelle dç faits imaginaires. El)es le trfuisporteat ainsi dans un monde idéal, qu'il colore de nuances fallacieuses, et que son imagination surexcitée lui déroule incessamment en tableaux mensongers : elles l'isolent peu à peu dès notions de la réalité présente, lui font voir les choses comme i trarers un prisme, e( avec un tout autre aspect que celui sons lequel elles sont perçues par les autres hommes; s'imposent à son jugement et en définitive, à force de l'abstraire dans la contemplaiioa de rêveries, le constituent à l'état d'étranger, à^aliéné^ au milieu de son entourage : dès lors, c'est la folle qui s'empare du logis et la raison qui s'en va.
1. La substance cérébrale, dans Tétat de veille, une fois en pos-* session des idées de toute espèce en lesquelles elle a transformé les impressions sensorielles, se trouve dans un perpétuel état d'ébranlement et d'agitation. A chaque instant, à chaque seconde, ie<|erveau de l'homme présente le saisissant spectacle d'un incei^ sant travail de formation, de ccmeefKiofi d'îdéea soi»vellea^ ëe
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princepSy el le véritable critérium de Tétat de sanité du cerveau lui-même.
Elle implique jusqu'à un certain point Tintégrité des réseaux Bervoux périphériques (1), dont les altératioqs ou les Iroutdei fonclionnels ont des répercussions si caraptémsiiques sur les manifestations du système nerveux central ; riotégrité des ¥pief parcourues par les impressions sensorielles; leur élaboialioB régulière ; la réceptivité physiologique des cellules eérébrales pev ces mêmes impressions; leur aptitude en6n i les retenir, et 4 en garder l'impression. Elle permet encore de supposer la dissamination facile des diverses impressions sensorielles, à travers les wM^ réseaux de la substance corticale, à partir du |Knal d^où part rincitation provocatrice, jusqu^^o moment où, après avoir ëbraalé sur son passage une multitude d'idées accessoires, les deux idéei principales qui forment les éléments du jugement peuvent neittment 6* anastomoser. Elle exige enfin une certaine ténacité daof les impressions antérieurement confiées à la mémoire, une grairfe fidélité dans les souvenirs, un groupemont méthodique dam leur juxtaposition régulière, et une grande certitude dans II série des jugements intercalaires, qui servent de matériaux wm en réserve, pour l'édification du jugement définitif, etc.. Juger, c'est donc, non-seulement enregistrer les impressions présentes et les comparer aux anciennes; mais encore, c'est mettre àproM les diverses données que Vexpérience a confiées à la ménidre, pour établir leurs rapports, et décider de leurs analogies et de leurs difltérences.
III. Contrairement aux manifestations de l'activité cérébraledi domaine de Timagination qui, entraînant l'esprit de TbonNSi dans des sphères plus élevées, le tiennent éloigné du monde de la réalité, les opérations du jugement, réglées sur un toi| maiof haut, exigent pour s'exercer, dans toute leur régularité, une lenteur d'allure tout à fait caractéristique.
A chaque pas que fait l'esprit à mesure qu'il s'avance, il doitférifier itérativement, par le témoignage des impressions sensorielles
(1) Voyez plus loin^ riuUucucc de la disparition de certaines catê^ones d'impressions sensorielles sur la pathojpénie de quelques formes de manifestatioas dfiirantcs.
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congénères, la sûreté de la voie oh il s'engage sous peine de diva* galion; il doit s'appuyer sur des souvenirs fidèlement conservés; et, quand il s'étaye sur des conceptions antérieures, formulées i l'avance, n'avoir recours qu*à celles dont les éléments soBi sotidement assis. L'esprit, dans l'évolution du processus inteilee-t tud destiné à constituer un jugement, ne progresse donc qu'aveo une extrême lenteur, en jetant avec précaution à chaque instant ta soode au milieu du monde de la réalité, en écoutant de tous côtés les bruits du dehors, en multipliant ses moyens d'instruction et ses pmnts de contact avec les objets ambiants, en évitant autant que possible d'entrer dans le domaine de Timagination , afin d'avancer toujours en ligne droite, et de ne pas quitter ni la route do nrei sous peine de délirer^ ni la bonne direction, ni le bon sens^ loger smnempit c'est donc se prononcer avec une pondération eucle de tous les éléments afférents i nos jugements; c'est voir les choses du monde extérieur comme le commun des hommes les voient, c'est entendre les choses d'une manière identique, e'esi avoir on cerveau dont toutes les molécules sont consonnantes eoùre elles, consonnantes avec celles du cerveau d'autrui, et douées de la propriété de résonner juste. La raison^ au point de vue oix nous nous trouvons placé (c'est-à-dire au point de vue médico^ physiologique pur) semble donc représenter une faculté générale, qui n^esl que la réunion collective d'une série d'opérations inteLlectueiles justes isolément, accomplies d'une manière indépen^^ dante à propos des choses qui nous environnent, et condensées en naerésultanie unique qui les résume toutes. Elle implique, par eda même qu'elle est constituée par l'agglomération d'actes suecessifo, l'état de sanité du substratnm à l'aide duquel elle se manifeste, au môme Utre que l'état général de la santé du eorps implique le fonctionnement régulier des divers appareils orgat niques qui le constituent.
IV. Troubles fonctionnels. — L'aliéné, dont les perceptions cessent d'être régulières, se trouve par cela même dévié du bon sens et amené à ne plus émettre que des jugements erronés sur les choses de la réalité. Concentré en lui-même, en contemplation devant les tableaux que lui présente son imagination maladive, il est comme indifférant à tout ce qui l'environne, sans se soucier de rectifier ses
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écarts. Il croit voir les choses telles qu'il se les imagine, n'absorbe plus d'impressions nouvelles, et vit ainsi dans un déiiiie chronique, réfructaire a tout raisonnement, de même qu'à toute incitation dérivative, capable do le faire sortir de la mauvaise route où il est engagé. Ses jugements, qui ne sont qu'une agglomération d'idées erronées, reflètent l'incohérence des éléments qui les constituent; ils no sont plus d'accord avec les choses de la réalité, ib ne sont plus consonnants avec les idées d'autrui, et les manifestations persistantes de la déraison attestent la dissociation pnvgressive des appareils cérébraux à l'aide desquels s'eflfectuent les opérations de son entendement égaré du droit sens.
Chose bien digne de remarque! cette faculté générale du jugement peut s éteindre dans le cerveau de certains aliénés, et, l'entendement cependant accomplir encoreides opérations encbat* nées, et manifester son activité à l'aide de réactions parfaitement logiques et strictement systématisées.
Il semble que dans ces cas, par suite du collapsus ou de la des* truction de certaines zones de la substance corticale, les éléments cérébraux persistants, incapables de réagir devant l'impression sensorielle qui les provoque et de discerner comme avant si elle est juste ou fausse, se mettent automatiq-uement en moavemeot, et entraînent à leur suite ceux qui sont habituellement associés à leurs manifestations fonctionnelles. Il semble que dans ces exemples si étranges de monomanies raisonnantes^ l'appareil cérébral découronné, et privé de ses attributs les plus caraclé ristiques, le jugement et la réflexion, soit descendu au nivcaa d'un appareil purement spinal, et apte tout au plus a recefoir inconsciemment les impressions périphériques, pour les reper* eu ter sans aucune réaction spontanée, sous forme de manifestations automatiques douées de caractères réflexes.
ARTICLE II
PBÉNOUiNBS DE l' ACTIVITÉ CÉRÉBRALE, EN RAPPORT AVEC Llf MANirBtTATIOIS