‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 2)Chapitre 79 sur 141 · DE LA FACULTÉ DU LANGAGE ARTIGOLÊ · texte numérisé non relu

DE LA FACULTÉ DU LANGAGE ARTIGOLÊ

celle période de la vie, douées d*uneréceplivilétoule exceptionnelle pour les impressions exlérieures qui les envahissenl de loules paris; c^esl grâce à leur suraclivité spontanée que son cerveau absorbe, compare, transforme ces impressions, et qu'il s'habitue insensiblement, en les enregistrant avec méthode, à les combiner, et à les associer de mille façons : c'est en eflet à ce moment que commence la véritable éducation spontanée de l'entendement.

Quand le jeune enfant voit les objets qui l'environnent, et qu'on les dénomme devant lui, il s'instruit à la fois et par les yeux et par les oreilles.

Le son articulé destiné à représenter tel ou tel objet ambiant, et l'impression visuelle concomitante, se gravent à la fois dans sa mémoire et deviennent bientôt pour lui l'image vivace de lobjet absent. Il s'établit dès lors dans son esprit un lien indissoluble, un rapport intime entre l'impression visuelle, l'impression auditive et l'objet lui<méme, si bien que par une sorte d'alternance automatique, la vue de Tobjet provoquera rémission de sons appropriés qui Texpriment, et que d'une autre part, lorsqu'il entendra prononcer ce même son articulé, immédiatement l'image représentative et récurrente de ce même objet, surgira dans sa mémoire.

Chaque son articulé, spécialement affecté à la désignation isolée et précise de chaque objet extérieur, est donc Gxé d'une manière indépendante et isolée au milieu des milliers de cellules de la sub* stance corticale ; il y est mis en dépôt, et susceptible sous des influences provocatrices variées (les impressions visuelles entre autres), d'être exhume de la mémoire et d'apparaître d'une façon distincte.

A côté de celte réceptivité si spéciale qui caractérise si bien les cellules cérébrales infantiles, on voit encore qu'elles sont douées d'une autre prppriélé non moins remarquable, en vertu de laquelle elles provoquent des actes de motricité en accord avec l'impression primordiale, et transmettent ainsi leurs modalités variées à l'aide de manifestations sensibles.

Il résulte, en effet, de cette espèce de consensus préétabli entre les zones de lu substance corticale afTectées à la perception des impressions sensorielles, et celles qui sont le point de départ de manifestations motrices, qu'une incitation volontaire

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(consécutive elle-même à une réaclion des cellules sensorielles) qui en émane, se répartit d^abord au milieu des cellules du corps strié (pi. I, fig. 3 [1, 3, 4], et fîg. 1 [1, 3]), puis détermine, en passant par les fibres spinales antérieures qui provoquent la mise en activité des muscles phonajteurs, une série de contractions rhythmées, dont la succession régulièrement coordonnée afee rincitation cérébrale a pour but de reproduire par une explosioo vocale consonnante le son primitif, comme une sorte d*écbo répercuté.

C'est ainsi quun enfant devant lequel on prononce les mots arbre, fruits et qui les prononce à son tour, implique par cela môme, que les impressions acoustiques sont nettement perçues dans les régions cérébrales destinées à les élaborer, et que les diverses modalités secondaires qu^ elles provoquent dans ces mômes régions, sont réfléchies avec précision vers la zone des cellules motrices destinées à les exprimer (pi. I, fig. 2[a etrf]).

Chez celui au contraire à qui Ton montre un arbre, un fruit, et qui spontanément prononce la dénomination affectée à ces divers objets, il y a une participation cérébrale plus active qui inlervient : c'est qu'en effet dans ce cas, c'est l'impression opti([Qe, la vue de l'objet extérieur, qui se propagent jusque vers les cellules sensorielles de la substance corticale où l'impression acoustique, propre à signifier l'objet en question a été mise en dépôt; celles-ci à leur tour réagissent médiatement vers les cellules motrices qui sont habituées à traduire leurs ébranlements, et il résulte de cet enchaînement d'incitations et de réactions qui s'appellent et se commandent les unes les autres, l'émission d*uD son articulé parfaitement en rapport avec l'objet extérieur (pi. l Dg.2[ô]).

Il arrive donc, par ce double mécanisme, que les régions cérébrales moirices (lobes antérieurs) d'où part le principe incilateur des mouvements propres à l'articulation des sons vocaux, sont suscitées à réagir sous l'influence de deux sources d'incitations complémentaires, comme les diverses régions motrices de l'axe spinal : dans le cas actuel, elles sont à la fois tributaires tout d'abord des impressions acoustiques [a'], et secondairement, des impressions optiques [6].

Quelle que soit la région du cerveau d'où part Timpressico

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seosorielie pour provoquer des sons articulés, il faut toujours qu'elle arrive dans cette circonscription spéciale, où l'impression acoustique a été préalablement déposée, et où elle trouve des appareils à réactions motrices j à l'aide desquels elle opère habituellement ses manifestations (pi. I, fig. 2, K) : l'impression sensorielle acoustique et l'incitation motrice qui la suit sont donc dans des rapports d'une solidarité intime. Associées l'une à l'autre par une longue habitude et un patient apprentissage commencé dès l'enfance, elles s*enchainent dans leurs réactions réciproques, si bien, que lorsqu'une incitation part de la zone des cellules sensorielles acoustiques, les cellules de la zone affectées à la motricité, réagissent automatiquement d'une façon régulière et coordonnée, comaie un appareil tout préparé qui se meut en vertu de la seule disposition préétablie de ses différentes pièces (1).

L'observation prouve que les impressions optiques n'ont pas seules le privilège d'être les impressions succédanées des impressions acoustiques, dans la mise en activité des appareils cérébraux propres à provoquer des sons articulés. Les impressions olfactives, tactiles, gustatives, sont aptes pareillement, à des degrés variés, à provoquer des réactions semblables, et à converger ▼ers ces mômes régions de la substance corticale (indiquées en K, fig. 2, pi. I), d'où émerge l'incitation spécifique qui met en jeu les appareils de la phonation et de l'articulation des sons.

Ainsi quand, les yeux fermés par exemple, odorant le parfum d'une Qeur, je la dénomme -, quand , dégustant une substance sapide, je la spécifie; quand, avec ma main, reconnaissant un objet quelconque, je dis quel il est, il est évident que dans ces exemples, les impressions sensorielles irradiées de la périphérie olfactive, gustative, tactile, etc., ont été perçues au sein des réseaux de la substance corticale, comparées avec des impressions anciennes et

(i) On pourrait comparer cette série de manifestations cérébrales à ce qui sa passe lorsque les doigts d'un pianiste, dans leurs mouvements successifs^ abaissent les unes après les autres les touches d'un clavier ; rébranlement subit, communiqué à la touche, fait parler médiatement la corde qui entre en vibration; et les séries de noies qu s'enchaînent^ ne sont que les résultats d'une série d'ébranlements, transformés en elTets moteurs et accomplis en passant à travers une suite d'appareils prédisposés à l'avance.

de là répercutées vers les régions particulières de la périphérie corticale {lobes antérieurs), qui élaborent le principe incitateur affecté à la production des sons articulés (pL I, fig. 2 [e, g]).

§ 3. — De Ui faenlié du laBS*se éerîi.

L'action d^écrire et de transmettre la pensée à l*aide de signes conventionnels implique, comme l'action de parler et d'émettre des sons articulés, une série d'opérations de l'entendement, reliées entre elles, dont les premiers actes se rapportent à l'arrivée de l'impression optique dans les centres moyens de la couche optique (pi. I, fig. 1 [c], les seconds à leur irradiation vers les divers départements de la substance corticale [6, c], et les derniers i l'intégrité des fonctions des muscles de la main, dont le rôle est de traduire en signes physiques, et en quelque sorte A^artictdet sur le papier, les différentes conceptions qui germent et se développent dans le cerveau [2, à].

Nous avons déjà passé en revue les impressions optiques dans leurs origines et leurs transformations (page 288). Nous avons pareillement parlé des régions motrices antérieures de l'axe spinil qui tiennent sous leur dépendance l'innervation des muscles digitaux; il ne nous reste plus, pour compléter le circuit, qu'à les envisager dans cette période intermédiaire de leur transformation dans laquelle, disséminées au milieu des réseaux de cellules de la substance corticale, elles provoquent* comme les impressions acoustiques, des réactions régulièrement coordonnées de motricité volontaire.

La faculté d'écrire, de même que celle qui préside à l'articulation des sons, impliquela présence d'une impression sensorielle, comme fait initial. Ici l'impression provocatrice vient de la périphérie optique; c'est donc elle qui joue médiatement le rôle à'agent premier moteur.

L'enfant à qui l'on fait voir, à côté d'un objet extérieur le signe physique qui le représente, s'habitue à trouver un rapport intime entre cet objet et ce signe qui l'exprime-, bientôt môme l'impression visuelle du signe graphique prend racine dans son cerveau, se réunit au souvenir de l'objet dont il est le représentant, el

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ragglomération de lettres groupées en raots devient en quelque sorte pour lui comme une qualification surnuméraire de l'objet lui-même : à la vue d'un arbre, d'un fruit, etc., à côté des qualités intrinsèques de coloration, de sapidité, de pesanteur, etc., qui le frappent, il évoque instantanément, et associe d'emblée le scavenir du signe graphique qui représente ces objets ; et c'est ainsi que par cette sorte d'action en retour incessamment renouvelée (en vertu de laquelle son esprit va automatiquement du signe graphique expression convenue de Vobjet, à l'objet lui-môme, et de Tobjet au signe graphique dont il est la représentation), il arrive à établir des rapports intimes entre l'un et l'autre, et à les associer intimement dans sa mémoire.

Lorsqu'un enfant écrit les mots arbre ^ fruits qu'on lui présente en exemples^ il ne fait que réfléchir comme un miroir, une impression optique incidente, sans participation active de son entendement, et montrer qu'à propos d'une impression sensorielle quelconque, la réaction des appareils moteurs propres à la déceler extérieurement, est parfaitement coordonnée et concordante avec Fappel d'où elle dérive. Il accomplit une opération intellectuelle d*Qne portée analogue à celle en vertu de laquelle il répèle avec précision un son articulé qu'il vient d'entendre.

Mais lorsque, au contraire, on lui présente un objet, et qu'on lui fait écrire spontanément le mot qui le caractérise, il y a là un pbénomèno bien plus complexe qui s'accomplit, et qui implique déjà la conservation, à l'état de souvenir, de l'impression visuelle produite par le signe physique, son évocation immédiate à propos de l'objet présenté, et d'une autre part, la réaction subséquente des régions corticales affectées à la motricité, celles-ci entraînant i leur tour la production de mouvements partiels et coordonnes, chargés de traduire le signe physique commandé par l'entendement (pi. I, fig. 2 [ô, c, 2, 4]). Il y a donc pour la faculté d'écrire un consensus préétabli entre l'impression visuelle qui provoque et la réaction motrice qui succède, tout à fait comparable à celui qui existe entre l'impression acoustique et la manifestation motrice analogue à laquelle elle est si étroitement associée.

Émettre des sons phonétiques articulés et voulus, traduire sur le papier des signes graphiques pareillement voulus, sont donc les deux principaux moyens d'expression, à l'aide desquels l'en-

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Icndement révèle au dehors l'expression de son activité propre, el traduit les différentes opérations dont il est incessammeot le siège.

De même que nous avons vu précédemment que les régions de la périphérie corticale d'où partaient les incitations volontaires provocatrices de sons articulés [k] étaient aptes à recevoir leurs incitations d*une série d'impressions sensorielles autres que celles qui leur sont habituelles (les impressions visuelles, par exemple) [6, a'] ; de même ici, à propos de la faculté d'écrire, nous constatons l'apparition d'un phénomène physiologique analogue.

Les impressions acoustiques sont à leur tour, par une sorte d'action compensatrice ^ aptes à provoquer la réaction des zones motrices de la pépiphérie corticale habituellement tributaires des impressions optiques [dj 2]; dans l'action d'écrire sous la dictée, par exemple, l'impression acoustique, premier moteur^ doit inévitablement être propagée à travers les réseaux de la substance corticale Jusqu'au niveau de la région où Timpressioa visuelle du signe physique qui représente l'objet que Ton dénomme, a été préalablement déposée, pour de là susciter, par une sorte de répercussion automatique, la mise en activité des appareils moteurs destinés à l'exprimer sur le papier.

% à, — De la loetnre Mlonelense et de I» leetwre A luHite vMz.

I. Dans Faction de lire silencieusement, il se fait dans le cerveau une série d'opérations successives qui se succèdent sans se déceler par aucune manifestation sensible. Il semble qu'il y ait une absorption continue et rapide d'impressions visuelles qui, déposées et emmagasinées dans les réseaux de la substance corticale, éveillent des idées anciennement acquises, provoquent des réactions nouvelles de ces mêmes réseaux, et stimulent ainsi l'activité des régions les plus diverses de la périphérie corticale.

Ces impressions visuelles, à mesure qu'elle se déposent dans le cerveîiu, apportent en môme temps avec elles les idées appropriées que les signes graphiques représentent, et, comme l'arrivée (le CCS impressions se multiplie d'une manicrcexccssivcment rapide.

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