‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 2)Chapitre 85 sur 141 · FONCTIONS DE LA SUBSTANCE GRISE DBS CORPS STRIÉS · texte numérisé non relu

FONCTIONS DE LA SUBSTANCE GRISE DBS CORPS STRIÉS

Le cervelet est Fappareil générateur d'une force nerveuse sut çeneris, incessamment produite par les éléments morphologiques de la substance corticale, et incessamment déversée, à Taide de ses fibres eiTérentes, vers les régions exclusivement motrices de l'axe spinal. L'influx qu'il dispense physiologiquement de chaque côté du corps, d'une manière égale, le long de la continuité des fibres spinales antérieures, est un élément indispensable à la production des manifestations locomotrices ; il intervient d^une façon incontestable dans l'évolution des phénomènes de la motricité volontaire ; sa participation effective aux actes moteurs de la vie organique, quoique moins facilement démontrable, paraît toutefois excessivement probable.

Il peut donc être considéré comme une source d* innervation constante, et, provisoirement, comme l'appareil dispensateur universel de cette force nerveuse spéciale (sthénique) qui se dépense en quelque point que ce soit de Céconomie^ chaque fois qu'un effet moteur volontaire ou involontaire est produit (1).

§ i«r. .. roB«tloiMi d« la «obstMiee «rlM des eorp« «trié*.

Si l'on se reporte aux détails histologiques que nous avons donnés au sujet des éléments constitutifs de la substance grise

(1) Voyez planche I, figure 5, destinée à montrer que les lésions du cervelet^ suivant qu'elles portent sur les lobes ou sur les pédoncules^ peuvent être successivement suivies d'eflcts directs ou croisés.

Ces conclusions sont, sauf quelques variantes^ celles de Rolando. En voici le résumé : Rolando admet dans le cervelet la sécrétion d'un fluide, et Texistence des filets nerveux, conducteurs de ce fluide destiné à irriter la fibre musculaire pour en déterminer la contraction (page 398). Je me persuadai^ dit-il, d'après la ressemblance de quelques appareils de la torpille avec le cervelet des oiseaux, que cette partie de Tencéphale était un véritable électromoteur dans lequel se sécrétait un fluide analogue au fluide galvanique destiné à provoquer la contraction des muscles (page 395).

Il ajoute encore (page Û17) cette phrase non moins significative qui est la con* firmation de la critique que nous venons de faire du rôle du cervelet dans la coordination des mouvements : « que le cervelet influe sur leur intensité et non sur leur régularité. » {Archives de médecine , 1823, t. II, p. 272 et suiv.)

Comparez encore nos conclusions avec celles du travail de Wagner (Journal de physiologie de Brown-Séquard, loc, cit,) et avec celles d'OUivier et Leven {Journal de physiologie de Brown-Séquard> 1861, p. Ail).

AIO KMlOUI M0THIGB8 DU SYSTÈME NERtEVZ*

da corps slrié, on se souviendra qde nous avons indiqué qu'elle représentait au point de vue anatomique^ un centre d'amoTiiuê* ment commun^ dans lequel entraient en combinaison réciproque (t'ois groupes de conducteurs nerveux^ reliant dans une résuU tante unique trois foyers d'activité nerveuse (pi. II et III^ fig. S); que Tactivité de la région corticale y était représentée par les fibres cortico^striées ; Taclivité spinale par les fibres des faîseeadt antérieurs; et enfin l'activité cérébelleuse par les expansiooi périphériques des fibrilles pédonculaires, etc. (1)«

Les déductions physiologiques ressortent spontanément dsi faits que nous avons établis.

La substance grise du corps strié pdut étre^ eti effet, comparée & un terrain neutre, dans lequel le stimuluê de la volitioot émané des régions de la périphérie corticale^ se dissémine tout d'abordi pour entrer en conflit avec les fibres spinalesi et proro* quer média tement la réaction secondaire des diverses eipè^es de cellules motrices de l'axe spinal (pi. I, fig. 3).

G^est encore la que l'innervation du cervelet trouve un substratum tout préparé au sein duquel elle se répartit d'une manière incessante^ et qui est en quelque sorte le champ le plus excen^ trique de son activité locomotrice. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les lésions du corps strié ne se révèlent que par des phénomènes exclusivement localisée du côté de la motricité tolootaire, côrhmé cela se voit si fréquemment chez l'homme (2) ; ôl que lorsque Ton intéresse dans un but expérimental, sur des animaux vivants, celle même substance grise» on provoque ion médiatement l'explosion de manifestations motrices subites, en vertu desquelles les animaux sont entraînés dans une direction ptocursive. N^a-t-on ))as, en effet, inléfessé en même temps la sphère d* activité périphérique du cervelet, et agi comme lorsque l'on irrite isolément les régions homologues, la substance grise du bulbe par exemple, ou celle de la protubérance 7

(1) Si Ift cdttché opilttiié, eu égard à U pfOtefiâAeê et à la Bi^iOcàtioa tfttteflllqll des fibres qui s'y distHbUént, ptui êtfe cônlitarée I Utt Véritable êtnsoHum ûMumm, le eof ps strié, éhttsaté Au« métues f oint» dé fue^ petii étr« ésfâlemetit éHfHpk eemmé le reyer cemr«l dé c(^neétitratidn des incitation» motfiéesi

(2) Voyez le chapitre relatif aux léèiûhl dti étit^ atHéi

FONCTIONS ra LA SUBSTANCE GIlItB BBS GONm STRIÉS. Ail

Dans tôtis les <*àS| lorsque les deux corps striés sont intéressés à la fois, comme dans les expériences de Magendie (1), les manifestations consécutives se révèlent suivant une direction antéropostérieure qul éû pfé^lSéhiëfit ôêllè de rëHsemble des fibres pédonculaires supérieures (pU III» fig. 2).

C'est toujours, dans ces circonstances, Tinnervation cérébelleus<l périphérique qui est en cause, et qui se révèle soit par des tendances procursivesi soit par des mouvements d^entralnement latéral, suivant que les pédoncules supérieurs qui la propagent dans le corps strié seront ou simultanément tous les deux, ou isolément intéressés.

Quoique les expériences de Magendie n'aient pu être reproduites par Longet, nous sommes néanmoins porté à admettre que l'in*' oenration cérébelleuse est appelée à jouer un rôle prépondérant dans les actes qui s'opèrent au sein de la substance grise du corpi strié. Jd n'en citerai comme preuve que les curieux phénomènes de tournis, observés par Leven chez des moutons (2) qui ne pré* sentaient! comme lésions encéphaliques, qu'une compression plus ou moins accentuée d'un seul corps strié par un kyste hydatique| el ce cas non moins intéressant appartenant à l'espèce humainei dans lequel une tumeur de la base de l'encéphalei comprimant un seul corps strié dans le sens ântéro-postérieur, avait déterminé des troubles spéciaux dans la locomotion seule d'Un côté, et surtout une déviation très-significative dans les mouvements de progrès* sion (3).

Nous devons encore ajouter que la substance grise du corps strié est complètement insensible aux irritations mécaniques, ainsi que Magendie et Longet ont eu l'occasion de le constater d'une manière positive. Ce fait est, du reste, parfaitement con« cordant avec les détails anatomiques que nous avons signalés

(1) Ldtsqii'ôti cnlèTe chez un animal^ dit Magendie^ un Icul corps strié, l'anittial tHU encore maître de ses moutements, les dirige en di?ers sens, et s'arrête quâbd il lui plaît; mais immédiatement après la section du second corps striê^ il se pré* cipite en ayant comme poussé par un pouvoir irrésistible. {Leçons sur le système nerveux, 1. 1, p. 280.)

(2) Commtinications à la Société de biologie, 1863 et 186&.

(3) Observation rapportée par Mesnct, Archives de médecine, 1862, i. l, Des

iS2 RÉGIONS MOTRICES DU SYSTÈME MERVIUX.

précédemment, c'esUà-dire avec Vabsence complète de fibres sensitives au milieu de sa masse.

§ 2. — mêle do0 tmiaeetUÊM splBawx amtérleani.

Les connexions intimes que nous avons signalées entre les fibres spinales antérieures et les expansions cérébelleuses périphériques, nous dispensent d'entrer dans de longs développements sur les usages auxquels celte catégorie de fibres nerveuses aotérieures est plus particulièrement dévolue (pi. i, fig. 5).

Nous sommes donc naturellement amené à les envisager comme étant les voies naturelles de la transmission des incilatioDS descendantes qui partent du corps strié, et les agents directs de leur répartition dans les différentes régions de l'axe spinal : il suffit, en effet, dMntéresser ces fibres dans leur continuité, pour interrompre immédiatement le cours de Tinflux excitateur vokNH taire qu'elles exportent (1), et provoquer la paralysie des segments spinaux sous-jacents. Les rapports intimes qu'elles affectent, d'une autre part, avec les régions supérieures de Taxe spinal dam lesquelles se dissémine l'innervation cérébelleuse, rendent compte encore des propriétés nouvelles d'excitabilité qu'elles empruntent à ces mêmes régions.

Il arrive donc que ces fibres spinales antérieures soutirent an éléments histologiques variés avec lesquels elles sont en rapport des incitations excito-motrices de nature différente; qu'elles servent simultanément de voies de propagation naturelle, d'une part, à Vin/ltix de la volilion qui est essentiellement passager et fugace, et d'une autre part, à rinnervatiou cérébelleuse qui repré* sente au contraire une source d'incitations motrices a couraol continu, et qui s'accumule incessamment d'une façon latente le long de leur continuité, de telle sorte qu'elles en sont pour ainsi dire continuellement chargées. On sait en effet que si l'on vienli les irriter, ou bien a les intéresser dans leur continuité au moment où elles traversent longitudinalement la région de la protubérance, elles réagissent en déterminant dans les différents départements du système musculaire des phénomènes convulsifs passagers ou persistants (convulsions toniques ou cloniques).

(1) Voyez plus loin le chapitre relatif aux lésions des faisceaux spinaox antériem*

CELLULES MOTRICES DES RÉGIONS ANTÉRIEURES DE L*AXE SPINAL. A33 § 3. — Be* eeltale» WÊtmtrîeem é^n réclomi Milérieare* ée l*aie splBAi.

Les régions antérieures de Taxe spinal sont occupées, ainsi que nous l'avons précédemment établi (page 85 et suiv.), par une série d'agglomérations de grosses cellules qui, groupées entre elles d^une manière indépendante au niveau des points d^implantation des fibres radiculaires antérieures, constituent en quelque sorte autant de petits Toyers locaux d'incilalion motrice à direction centrifuge (pi. XIX, fig. 1 et 2). Les inléressantes expériences de Ghauveau ont donné une démonstration péremptoire de ces assertions (1).

Ces cellules motrices des régions antérieures dont nous avons déjà signalé les principales particularités dynamiques, se trouvent reliées aux réseaux ambiants de substance gélatineuse à l'aide de leurs prolongements postérieurs (pi. XXXVII, iig. 7), et, par leur intermédiaire, à toutes ces régions postérieures de l'axe spinal (colonnettes de la substance gélatineuse) à travers lesquelles se disséminent les impressions centripètes inconscientes. Elles sont donc, en raison de leurs connexions multiples, strictement rattachées à la sphère de la vie automatique, et destinées a recevoir le contre-<;oup des incitations de provenance variée, qui viennent ébranler le substratum organique servant de support commun aux réactions excito-motrices. Nous avons vu, en effet, qu^il y avait tel ou tel groupe de cellules motrices antérieures qui recevait indifféremment son stimulus incitateur de trois ou quatre foyers d'innervation différents, pouvant agir soit d'une manière alternative, soit d'une manière simultanée (voy. page 290 et suiv.).

Les connexions que ces cellules affectent avec les fibrilles terminales des faisceaux antérieurs, et médiatement ainsi avec la sub-

(1) n résulte, en effet, des recherches de Cbauvcau poursuiries sur des mammifères dont la moelle était mise à nu à l'aide de sections transversales, que des irritations localisées au niveau des points d'émergence des fibres des nerfs fnciun\ et des hypoglosses (pi. VIH, fig. 1 [8, 8';, et pi. Vil, fig. à 7, 7';) (là où se trouve l'aggloméraUon des grosses cellules motrices qui leur donne naissance), di-tcrmincnt une série de contractions exclusivement circonscrites dans les systèmes musculaires que cette catégorie de fibres nerveuses tient particulièrement sous ta dépendance, etc. (Ghauveau, Recherches sur les origines des nerfs moteurs crâniens, in Jnumal </r physiologie de Brown-Séquard, 1863, p. i8i.)

klh RÉGIONS IIOTRICES DU SYSTÈlft nntSM;

stance grise du corps strié d*oiïi émergent les incitations de la voliiion, les rattachent pareillement aux manifestations de raetivité cérébrale et de raclivité cérébelleuse (1). Le stimulus de ia volition n'est donc qu'une des nombreuses cooditions qui provoquent leurs réactions fonctionnelles.

Nous connaissons actuellement les difTéfenles pièces bolées dont se composent les appareils net*vetli qoi éont ttiis en actirité dans la production des phénomènes de la motricité volontaire. Nous avons successivement envisagé à part : 1^ le réie des libres cortico-striées ; â^ celui de la substance du corps strié ; S^ celui des faisceaux spinaux antérieurs; k* enfin celui des cellules antérieures motrices. Il nous reste & faire une espèce de synthèse* et à étudier les divers phénomènes afférents auk manifestations motrices, dite leurs modes de succession.

Le fait initial qui eSl au début de tout acte môtetlr ttitotitlnrv, n*est autre qu*un fait d'ordre psychique, lequel est toujours loi^ même, ainsi que nou^ l'avons indiqué (page S80), consécutif I une impression sensorielle antérieure, soit présente soft passée. Le stimulus de la volition, émergeant directement des tunes motrices de la périphérie corticale, est donc difectefnent transmis au milieu des réseaux de cellules du corps strié (pi. I, flg. 8) ; c'est là que s'opère sa première étape. Sorti de la sphère de ractivifé psychique, ce stimulus qui n'est, à cette première phase d'évolution, qu'un simple ébranlement des cellules cérébrales, entre

(1) Il est, en eR^t, intéressant de noter que si lei fibrillet dei rieurs transmettent dans nne direction descendante aui diventa ceUalca spinales l'influx intermittent de la volition, elles leur apportent en même tcmj», d ceU d'une manière continue, l'innervation cérébelleuse dont eUes sont incemnment chargées (pi. IV, fig. 5).

QueUe part eet influx cérébelleux, qui est pour elles une force d'emprunt, prends à leurs manifestations réactionnelles ? S'éteint- il au milieu de leur masse ? se coobine-t-il avec leur innenration propre, et reparait-il ensuite sous une fdrme noofdk pour jouer concurremment un rôle actif dans la provocation de l'activité des âitw systèmes musculaires périphériques ?

Ce sont là encore autant de problèmes insolubles ai^ourd'hui^ dont noos oots bornons à signaler les données principales aux investigations uUérienres 3e k physioloftc oxpérimcntalc.

kht déJA ëti «otifllt plus intimé aVec lëd pn^miérs étémenU itër* reox qui Tont dès lors lui Taire siibir ses preIniè^es li^atisfofttiâlibhs. Transmis ainsi aux grosses ôellules du totf^ latrie il lë§ ébfftfilé^ subit leur influence métabolique, et repàr&lt iràtl^fbffné, ]^odr se propager le long de la continuité des faiscedut antéHëurs dans une direction descendante, et gagner ainsi les cellules motrices de Taxe spinal.

Ici, un nouvel élément vient se ^l]t*aJouter, e^éit TinterVèAtkm de Vinnervation cérébelleuse périphéri()ue (pi. IV, flg. t). Cette innervation spéciale, qUé les fibres spinales antérieures soutirent incessamment des réseaux de la substance gfise du cOfps strié, du locusnigeTy de la protubérance, est donc une force d*empniftl qui vient se surajouter et se répartiri d'une façon occulte, le long de la continuité des Voies pareburues par le stimulus de la Tolilion (1).

G*est cette force surnuméraire sthénique qui se dépense dans b plupart de nos manifestations motrices, et t]ui donne a nos mouvements la durée et ta continuité^ Tinflux de la volition ii^étant, en Quelque sorte, qu'Une stimulation éphémère et fugitive to début.

Conduit par les âbres des faisceaux spinaux antérieurs, le stimuius de la volition, doublé de Tinflux cérébelleux, se répartit d^une manière variée suivant la distribution particulière des fibres qui te transmettent : il s amortit dans les cellules motrices de Taxe spinal situées du côté opposé à celui d*ou il émane dans le cerveau. Celles-ci, qui reçoivent simultanément et Tihâux de la volition d*une manière passagère, et TinHux cérél)élleux d*une ifaanière continue, opèrent immédiatement leur décharge du côté des nerfs moteurs qui en sont, en quelque sorte, les conducteurs centrifuges, el ceux-ci à leur tour provoquent la mise en activité des appareils muaculairea auxquels ils se distribuent.

(i) U se passe ici quelque chose d'aniilogue à ce que l'on roit dans les rapports d'un ^erf moteur avec le muscle dont il proToquc la contraction. Ls puissance de cou* traction du muscle, pruporliounelle au nombre des ûbres, existe en réserîe eo Ivi ; l'influx nenreux moteur ne fait que susciter cette force latente. Ici, la foret aerfeuse émanée du cervelet se trouve accumulée le long de la continuité des IlLifceaux antérieurs; elle y est en quelque sorte toujours condensée à Tétat statique. L'incitation Tolontaire qui en est complètement indépendante* ne Cui <iae provoquer ^ déchar^re et la faire passer à Tétat dynamique.

A39 RÉGIONS MOTRICES DU SYS^àHE NERVEUX.

C'est ainsi qu'en comparant les diverses phases du processus physiologique en vertu duquel un acte moteur volontaire est produit, et en envisageant la série d*appareils avec lesquels il est successivement en rapport, on arrive à se rendre compte de ce curieux phénomène en vertu duquel une force minime émanée de la sphère de inactivité physique au début, un simple ébranlement de cellule nerveuse, est capable, après s*être amplifié en passant à travers une succession d'appareils mulHplicateurSf de produire, à son dernier terme d'évolution centrifuge, des effets dynamiques imposants et de faire équilibre ides poids considérables (1).

§ 5. — Be riMflaeMee de l'lBAerYati*B eérélMUcoM tmr îm «pèèw de Vmeunié psyeUqae.

Nous avons vu jusqu'ici quel rôle considérable l'innervation do cervelet était appelée à jouer dans la plupart des actions motrices (le l'organisme. Nous avons vu, en même temps, comment elle semblait être en dehors de toute participation aux phénomènes de Tactivilé psychique.

A la suite des faits que nous avons précédemment passés en revuCi nous sommes actuellement autorisé à nous demander jusqu'à quel point cette indépendance est complète, et jusqu'à quel point le cervelet, appareil exclusivement moteur, reste étranger aux actes purement moraux de l'activité cérébrale ?

Nous avons indiqué la part considérable que la substance grise du corps strié, au point de vue anatomique, prenait à la coo« texture de l'appareil cérébral proprement dit, nous avons décrit ce système spécial défibres nerveuses convergentes (fibres cortico-

(1) Il y a dans cette série d'actes moteurs, qui se perfectionnent et se multiplin^ ainsi successivement les uns par les autres, quelque chose de comparable à ce ^ l'on Toit dans Tagencement des diverses pièces qui constituent une mtbioei vapeur. Il suffit en effet, au début du mouvement de toute la machine, d'une raihk> dépense de force humaine volontaire pour lever le frein qui lâche la vapeur soa$ i^ piston, lequel à son tour entraîne le balancier, puis le volant, et successiTfiiii«t les arbres de couche, etc. C'est par la combinaison et Tenchainement du jen àe ces différentes pièces, dont la masse va successivement croissant, que l'on irriTei obtenir ces rendements dynamiques prodigieux, dont les résultats effectif «oot m Tnanifett«ment en désarcorrd avec la force initiale qui les a provoqués.

RÔLE DE l'innervation CÉRÉBELLEUSE. &S7

striées) qui Tassociaient aux divers départements de la substance grise corticale, etc., nous avons insisté sur la propagation de rinnervation cérébelleuse au milieu de sa masse, et sur l'influence spécifique que cette force sthénique^ irradiée incessamment du cervelet, et accumulée à Tétat de tension permanente, devait exercer dans révolution des manifestations motrices volontaires.

Or, que parait-il résulter de cet ensemble de dispositions anatomiques qui s'enchaînent si étroitement entre elles?

N'est-on pas ainsi, au point de vue de l'ordre d*idées nouvelles que nous soulevons actuellement, porté à admettre que ces fibres coriico-striées pourraient bien transmettre au centre perceptif (c'est-à-dire à la périphérie corticale) la notion du degré auquel la tension de l'innervation cérébelleuse est arrivée au sein des deux corps striés, et lui fournir ainsi l'appréciation récurrente de la quantité d'influx moteur sthénique dont il peut disposer, pour l'accomplissement des actes volontaires qu'il va provoquer (1).

Si ces rapports intimes entre la substance grise du corps strié et la sphère de Tactivité psychique sont en réalité tels que nous les indiquons ici, on est amené naturellement à comprendre comment les divers états de tension de l'innervation cérébelleuse aa sein de la substance grise du corps strié doivent retentir sur les déterminations variées qui partent de la périphérie corticale; comment, à un moment donné, une surexcitation fonctionnelle de cette source dMnnervation peut se traduire par des phénomènes A* hypersthénie plus ou moins accusés, par des accès impulsifs irrésistibles, et toute cette série de manifestations motrices, telles que la fureur épileptique, devant Timpétuosité desquelles les déterminations volontaires s'amortissent impuissantes (2).

(t) U se passe dans ces circonstances un phénomène analogue à celui qui a lieu lorsque nous accomplissons une action motrice quelconque. Nous ne mouvons nos membres, en efTet^ qu'en vertu d'une perception antérieure : il faut que nous a}ons préalablement la notion (confuse^ il est vrai) de la disponibilité des divers groupes musculaires dont nous provoquons ainsi la contraction synergique. Dans ces deux cas, c'est donc l'état particulier des régions périphériques successivement mises en réquisition, qui retentit sur celui des régions centrales d'où partent les incitations provocatrices.

(2) On trouve dans l'ouvrage de Calmeil déjà cité^ une série d'observations rela- Uvcis à des aliénés, qui ayant présenté pendant la vie des phénomènes d'excitation

Ail Rteioiis MoraiCEs du sisfÈu mrvmx.

P6ut-étre, à un degré moindre» rinnervalion cérébelleuse se métamorphose-l-elle en audace téméraire et en courage; eldios Tordre des faits purement moraux, Tesprit d'entreprise, Tesprit de progrès, ne sont*ils, en dernière analyse, que les éclHM les plus éloignés, maintenus dans de justes limites, et la IransformatioQ ultime des impulsions progressives provoquées par VinnenratioD cérébelleuse fiu sein du corps strié ?

H est encore permis, à Taide des mêmes données, de eonprendre comment un ralentissement dans la production de rinSux cérébelleux doit retentir d'une manière inverse sur lei manifeslations intellectuelles, et provoquer ainsi une série de réactions dont Vasthénie sera le cachet principal.

Peut-être faut-il rechercher dans une insuflSsance stimulalriee de l'influx cérébelleux irradié au sein du corps sfrié rexplicilioa dû cette pusillanimité excessive, et de cette timidité particulière qui est Tapanage exclusif de certains individus (1)? et danssai

tumaltueasc, et de désordre des facultés locomotrices, ont offert à l*exanien nécreic*piqne une injection excesslTement intense du cervelet et des corps striés stmiittné' mtnt. Ei| voici quelques exemples :

Cm. l. — Exaltation subite, agitation, perte de connaissance, hébétude, com i-oosécutif ; mort au bout de dix jours. Injection de la substance corticale, le cervelet est pareillement injecté; les couches optiques et les corps striés sont légère ment Tiolacés. (Page 69, 1. 1.)

Obs. II. — Alternatives de violence et de stupidité, forme épilcptique, débilitaliii de U jambe et du bra^ droit, mouvements désordonnés, vociférations, fureur ; mvt au bout de huit jours. Injection de la substance corticale ; celle du cervelet al ramollie, les deux corps striés et les couches optiques ^nt zébrés de coloratioii Tiolettes et grises. (Page 77, id.)

Op8. III. — Gesticulations continuelles, pas une seconde en repos. IigeetiM * la substance corticale du cerveau, du cervelet et de la protubérance ; les caiyi striés sont très-rouges. (Page 159, id.)

Obs. IV. — Accès de violence ; ne peut marcher tout seul ; mort subite. Iqjectioo des drconvolutions ; le cervelet est violacé, les corps striés sont phis rouges f« normalement. (Page 213, id.)

Om. V. — Accès d'emportement, activité, pétulance insolite, loctUrttàm, monrements désbarmoniques, tumultueux ; mort en douze jours. Substance miMt hypérémiée, cervelet violaoé; protubérance rougeâhre, corps striés ronge vùi«i. (Page 293, id.)

Voyez encore pages 302, 812, 316, 329, 343, 349, 369, 38 J, 3fS, ««. 517, etc.

'1) Andral rapporte zm hH Wen curieux d'atrophie nnilatéralç du cervriH. ^^

extinction plus ou moins complète, le secret de l'apparition des symptômes mélancoliques^ qoi se monlranl d'une façon si caractéristique dans certaines formes dépressives d'aliénalion mentale.

Peut-être, à un degré moins accentué, Taut-tl ? eir dans la circonspection toute spéciale, et Tabsence d'entraînement que présentent certains hommes, la preuve apparente de l'atténuation progressive de l'innervation cérébeTleuse au moment où elle est répartie dans la substance grise du corps striét et la manifestation signiBcali?e de l'inSuence indirecte qu'eieree l'inQux irradié du aarralet sur rallaredu caractère et les propeosioos de T^^prit (1).

ém MaJIt «yMptMnatkiaai ^i mmH Uut à Mi cm ut(tré «? m Vtnlie d'idées ^ae nous Miii— ■ adueUeairal* En toioi le tésuné :

Il s'agit d'une femme de quarante^cinq ans chez laquelle Iç lobe gauche du cervelet manquait complètement ; dès son jeune âge elle avait été remarquable par une aorte d'imbécillité tout à fait particulière^ dont les principant caractères étaient une timidité y une disposition continuelle à la frayétff et une très-grande faièlealê d'esprit. Cette dtopoeition à la frayeur persista pendant tonte sa ?ie. Pour peu qu'on sa ttcbat coatre eUc, elle se mettak à htmhUr et ne savait plus ce qu'elle faisait, puis elle revenait à son état primitif. Elle comprenait bien les questions qu'on lui pressait, sa conversation était suivie et bien liée, surtout quand elle était tvec des personnes qui lui inspiraient de la confiance. Elle faisait bien les gros ouvrages de la maison ; mais elle se sentait une incapacité complète de faire les moindres choses i|vi etigedisefti un pea d'application et d'adresse ; si par hasaord elle entreprenait quelque elMse d'nu peu délicat, elle était prise aussitôt d'un tremblement cenvulsif des BMûasy dû à la crainte subite qui s'emparait de son esprit. Elle avait du reste une manie particulière, c'était de croire que tel objet qu'elle n'avait pas elle-même mis i sa place n'était pas bien placé, elle les déplaçait ainsi successivement, et était poussée à cette manie du déplacement par une force irrésistible à laquelle elle était teigours obligée de céder.

Son type général était une grande lentewr d'imagination, de pensée et de mouvements, eic, (Andral, Clinique médicale j t. V, p. 713 et suiv.)

On trouTO encore quelques faits de même ordre dans les coQections scientifiques : le malade dont l'observation résumée est rapportée plus loin, au chapitre des lésions du icervelet (obs. lviii), et qui présentait une compression antéro-postérieure d'un H9I corps strié ; était insensiblement devenu d'une pusillanimité telle, qu'il était iMtttt impunément par sa femme.

Un autre, qui avait des tubercules multiples dans le cervelet, était pareillement devenu craintif; c'était surtout pendant fa nuit qu'il était exposé à des accès de lerre^r invincible (voyes plus foin id.j id., obs. vi).

(I) n nous parait donc acceptable que rjnnervation cérébelleuse peut, dans une certaine mesure, se faire sentir d'une manière plus on moins directe dai^s nos dëterm^aations motrices et imprimer certaines allures particnlièrei au eeractère. A ce

ààO DE l'état de sommeil des centres nerveux.

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