‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 2)Chapitre 93 sur 141 · A68 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

A68 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE

dans leurs derniers moments, que sous Taspect de petites masses, de coloration ambrée, et d*un jaune serin souvent très-éclatant (l). Les matériaux solides de i*épanchement, l'albumine, la fibrine transformées en granulations moléculaires, sont peu à peu résorbés, de sorte qu'il ne reste bientôt plus dans un ancien foyer bémorrhagique, que les granulations hématiques primordiales qui se présentent, soit sous forme de grains jaunâtres, soit sous celle de petites masses conglomérées, couleur de terre de Sienne ou de cristaux d'hématoldine plus ou moins nettement accusés.

L'bématoïdine, en eflet, se présente dans les anciens fojren hémorrhagiques sous plusieurs apparences : tantôt elle est amorphe, et imprègne le tissu conjonctif et les parois vasculaires en formant des taches pigmentaires qui donnent à ces éléments un aspect tigré des plus significatifs; tantôt elle se condense eo cristaux rhomboédriques , et ainsi constituée sous une forme stable, peut persister pendant des années sans être résorbée (2).

III. A mesure que ce travail de transformation s'effectue au sein du liquide épanché, les parois du foyer obéissent à un mouvenient de retrait, et tendent à combler le vide; les portions de fibres qoi ont été respectées au moment de reflraction, se dégagent peu i peu, et reprennent leurs aptitudes fonctionnelles, si bien qu'il arrive un moment où, sous rinlluencc combinée de la résorption continue des molécules liquides de Tcpanchement par les parois des capillaires, et du retrait des parois du foyer, celui-ci ne se présente plus que sous l'apparence, soit d'une excavation à parois tomentcuses, soit sous celle d'un tissu aréolaire dont les mailles plongent au milieu d'une sérosité plus ou moins colorée.

IV. L'état des capillaires dont la déchirure a amené l'irruption du sang présente souvent des particularités importantes À noter:

(1) Lebcrt a reproduit avec une grande exactitude ces diverses phases de in» formation de la matière hômatique (Lcbert^ Traité d'anatomie patkohgt^ générale etspéciaic^ planche V, Paris, 1857).

(2) J'ai rencontré des cristaux d'hématoïdine dans un ancien foyer bémorrhi gique de la moelle lombaire, chez une femme qui avait été prise neuf années aiptravant d'accidents de paralysie subite, et, par conséquent, reconstitué mb» ^ preuves de rpxisicr.cc d'une ancienne hcmorrhngie intra>spinalr.

DES HÂMORRHâGIES DU TJSSU NERVEUX. AM

m les trouve, en effet, presque constamment altérés. Leurs parois lont infiltrées de granulations granule-graisseuses; quelquefois nènie on y rencontre des cristaux d'hématoldine, de sorte, qu'à proprement parler, leur défaut de résistance doit évidemment entrer pour quelque chose, sinon dans la provocation du wô/iVwcn bémorrhagique, du moins dans sa localisalion (1). Ces dégénérescences du système capillaire ne sont, presque constamment du reste, que la propagation vers les réseaux périphériques de la dégénérescence athéromateuse qui envahit les parois des gros troncs artériels, et qui se décèle particulièrement sur celles de Tartère basilaire et des artères cérébrales de Thexagone delà base (2).

Telle est, en résumé, la manière la plus habituelle dont les épanefaeinents sanguins se comportent au sein du tissu nerveux, •bstraction faite des complications inflammatoires qui peuvent survenir dans les régions circonvoisines. On comprend en effet combien les éléments constitutifs des collections hémorrhagiques peuvent varier, suivant que les parois du foyer auront subi à leur tour un travail réactionnel, et déversé dans sa masse, des exsudais fibrineux, ou suivant que la matière médullaire des tubes nerveux dilacérés s'y sera mélangée en plus ou moins fortes proportions.

Nous rattacherons aux troubles variés de la circulation des centres nerveux la formation des exsudais de diverse nature qui peuvent apparaître an milieu de leur trame. Nous allons donc passer successivement en revue les principaux phénomènes qui touchent à la constitution des exsudais purulents, tuberculeux et syphilitiques, nous réservant de traiter ultérieurement quelques points particuliers qui intéressent la pathogénie du ramollissement du tissu nerveux.

(1) Nous rappelons à ce propos qu'il est très-souvent impossible de reconnaître te point précis de la continuité d'un vaisseau qui a donné issue au liquide san^in : ee n*est que dans certaines héroorrhagies capillaires de la substance corticale, par exemple, que l'on peut constater, en voyant un conduit vasculaire dont les parois coarctées sont entourées d'un épancbement de sang, le point précis d'où le sang t'est échappé.

(2) Ordonez, Altérations athéromateuscs des capillaires de la moelle ci du cet- \ {Comptes rendus de In Société de biologie, 3« ?ér., 4862, t. IV, p. 131).

hfù àMàtÙUîE PATHOLOGIQUE CÉMÉftALB*

§ 3. •* lies exsadatioM purulente».

Les etsadalions purulenles des centres nerveux, si tant est gabelles soient Ia plupart du temps autogènes, et qn^elIcs ne pro* viennent pas d'infarctus dérives des régions p'^rî|ihéiique8 du système circulatoire, se présentent ovec les caractères généraux qu'elles affectent dans tous les autres tissus.

Les capildires, dans les régions envahies, sont en effet turgides^ et leurs réseaux beaucoup plus apparents : quand on les examine à la lumière réfléchie, au heu de se dessiner sous Taspecl de mailles d'un rouge plus ou moins vir, ils se présentent sous forme de sinuosités Llancliàlrcs et floconneuses : leurs interstices «ont oeeupés par une multitude infinie de granulations moléculaires qui donnent au tissu un aspect Lianch&tre; on y rencontre en même temps des corps granuleux en proportion souvent (rèsconsidérab'e. On note encore qtie leurs parois sont épaissies et engluées par une substance fibrino-albuniineusc qui se présente sous Tapparence de granulations d'aspect jauriA'.re ou grisâtre; €t que les éléments conjonclifs qui les constituent (cellules cl noyaux) sont lo siège d^une proi ficalion luxuriante de corpuscules nouveaux qui m'ont paru jusqu'ici dériver, soit des élémpuls primordiaux, soit de roignnisalion spontanée des matériaux plastiques infiltrés. Le contenu des ca|)illaires est lanlot conslilué (dans ceux d'un moyen calibre) par du sang coiigulé dont les globules, entassés les uns sur les autres, forment çn et là de pelites condensations partielles, et dans ceux qui représentent, â proprement parler, le réseau périphériq^ie, par une Substance (ibrindlJc qui m'a semblé ôtre constituée, soit par des anci<*ns globules aliérés et granuleux, soit par des granulations moléculaires plus ou moins cohérentes entre elles, suivant les diverses phases de la période régressive.

Quand la quantité des matériaux exsudés est en assez forte pro(torlion pour former do pelites collections, celles-ci, devenues confluentes, amènent bientôt la constitution d'uîi véi itable foyer purulent. Ces foyers, dont la localisation et les dimensions sont susceptibles de présenter de nombieuses variétés, s'infiltrent de proche en proche au milieu des élémimts nerveux an.bianls: or, comme ce travail d'exsudation locale ne s'est pas accompli sani

eptrulB^r, d«n9 un rayon plus ou moins étendu, la pirtieipalioa i$ê rés^ui capillaires circonvoisins, il en résulte qu9 rinfillraflion exsaJalive a d'autant moins de résistances à surmonteFi pour §e propager et s'étendre, qu'elle rencontre des tissus déjà ranolUs par une hypérémio concouiiianle.

£es colletions purulentes des centres nerveux, se présentent avec des caractères porliculiers : elles renlerment en effet, outre la inalière (ibrino-albumineuse Imbituelicrpent épanchée et les éléments liistologic|ues qui en dérivent, soii une forte proportion dtt gloJ>ulcs sanguins non altérés, provenant du travail hypéréminm^ des régions du voisinage, soit des matières grasses en plus fM nioins grand^t^ quantité, dont l'origine doit ôtre rapportée à la présence de la substance médullaire des tubes nerveux dilacffés, par suite du travail de désorgani&atjon locale qui vient de s'accomplir.

Cette composition spéciale du milieu au ^^jo duquel sont pl<^njés les éléments histologiques dérivés de Texsudot, dpit vraise^^- Llablement influer d'une manière jioljable 3ur leur compojsjlj^n intime et leur aspect physique. Il est excessivemerit rare, eq eflet, que Ton rencontre dans un foyer purulent des cçntres per* yeux, de véritables globules de pus analogues a ceui^ que Vqu trouve dans les autres régions de l'éconoinie : les néoplasjnt^s. i mesure qu'ils se forment aux dép^ps des ma).éridux exsudés, se trouvant immédiatement plongés dans des conditions de terroir toutes nouvelles (au sein de substances grasses oléoplios|ihoiées, etc.), les absorbent, et en font leur profit, de telle sorte qu'jl arrive un montent où, par suite d^ k«r évolution riégulière, ih ipppaf aissent avec un aspect insolite ^ ils se présentent alors sous la forme de masses spbérofdales et granulées (I ), dont le volume est susceptible de présenter des variations infinies : tantôt en effet il dépasse en diamètre deux ou trois (ois celui des globule^s 5anguin?, tantôt jl e§t quinze à vingt fois plus grand. Uur ^colora'tjan e^t ou grisàUeou jaunâtre, suivant leur degré d'an^itniM'ité^ leur nombre est souvent prodigieux ; ils sont, soit libres et âot* %mwis, au milieu du liquide rempli de granulations jaunAtres qui

U) Vn. la^H, TraUé iPûnaiomw patholê§iqut iénéraleei tjM/Êk, fl. XfiViU» t. II.

h72 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALB.

les environne» soit adhérents aux parois des capillaires et quel* quefois môme infiltrés au milieu de leurs fibres. Je les crois constitués par une série de granulations élémentaires de natare graisseuse, enfermées sous une enveloppe commune : ce sont elles qui, par suite de leur multiplication continue, font saillie sous Tenveloppe, et donnent a ces petits corps un aspect granulé tout spécial. Il est probable qu'au bout d'un certain temps ces granulations sont résorbées, ou bien que la membrane kystique se crève; le contenu, alors devenu libre, se dissocie pour se segmenter en petites masses irrégulières qui n'ont plus aucun caractère histologique appréciable; celles-ci se subdivisent à leur tour en granulations moléculaires qui deviennent bientôt individuellement indépendantes (1).

% à. — De* ex^adatloiui taberealeoses.

Les exsudais tuberculeux se présentent dans les centres nerveux, comme dans tous les autres tissus de Torganisme, à leur période de début, sous l'aspect de petites nodosités blanchâtres, disposées irrégulièrement le long de la continuité des capillaires. En étudiant leur mode d'apparition on constate que, si dans les canaux vasculaires d'un certain calibre, l'exsudat s'infiltre au milieu des fibrilles conjonctives des parois, et devient in situ une sorte de gangue proliférante, aux dépens de laquelle les co^ puscules nouveaux se développent; dans les réseaux capillaires les plus déliés au contraire, ceux dont les parois sont le plus

(1) On admet ^généralement maintenant que ces corps granuleux dits de l'i tion, ou de Glujfc, n'ont aurune valeur sémioloj^ique univoque. On les rencoDtre ci cflfet dans des circonstances trop dissemblables pour qu'on puisse leur attribuer ut signification précise : on en trouve dans le coiostrttm, dans certaines expectoratîMi bronchiques^ etc., de plus, il est reconnu que les cléments du tissu conjooctif, places dans certaines conditions de milieu, peuvent présenter les mêmes modes de transformation {j^anulo-praisseuse : les cellules nerveuses elles-mêmes, à m moment donné de leur période d'involution, sont aptes à se remplir de granulitioai jaunâtres et à se déformer.

On comprend donc l'énorme distance qui sépare le fait de la constatation d'ss corpuscule granuleux (fùt-il même bien nettement constaté) de la présomption de l'existence d'un travail inflammatoire antérieur, dont il serait en quelque sorte k témoin irrécusable. Ce sont assurément là deux idées qui, pour marcher quelquefois de conserve, ne doivent pas être constamment, et à tout propos, associées.

DES BX8UDATI0N8 TUBERCULEUSES. &7S

tenues, il se propage de part en part, et s'extravase, sous forme de taches nébuleuses, tout le long de la continuité du capillaire qui rimporte. On noie dans ces circonstances que cette matière est, en général, très-riche en granulations jaunâtres probablement de nature graisseuse, et que les éléments plastiques y font presque complètement défaut. Il est assez curieux de constater à ce propos, qu'en examinant attentivement le contenu de certaines g^rosses artères du voisinage, il n'est pas rare d*y rencontrer, soit des collections fibrinoldes décolorées, soit même des fragments de substance grisâtre amorphe, qui présentent souvent, au point de vue des caractères extérieurs, les plus grandes analogies avec l'aspect des dépôts exsudés (1).

Les exsudations tuberculeuses offrent les variations de volume les plus dissemblables; depuis le moment où elles se révèlent sous Tapparence d*une légère tache blanchâtre, jusqu'à celui où elles se présentent sous la forme d*un gros marron, ou d'un œuf de poule, elles passent par tous les degrés intermédiaires. Quel que soit leur volume, le mécanisme qui préside à leur apparition est presque constamment le même : c^est presque toujours un trouble passager de la circulation et une sorte d'éréthisme des voies circulatoires, qui en marquent le début (comme l'atteste, du reste, l'état d'hypérémie générale qui accompagne toujours une poussée tuberculeuse), et l'exsudation du plasma tuberculeux sert en quelque sorte de crise, ou de décharge à cet appareil flutionnaire momentané. On comprend, du reste, combien ces phénomènes seront susceptibles de présenter des variations suivant que la matière de l'exsudat sera en plus ou moins forte proportion, et que le travail de turgescence vasculaire se sera propagé à un nombre plus ou moins considérable de réseaux capillaires circonvoisins.

Une fois constitués, les exsudats tuberculeux se présentent sous l'aspect de masses uniques ou conglomérées, plus ou moins fermes, et d'une coloration soit jaunâtre, soit verdâtre; en général, leur densité est assez prononcée, surtout à la périphérie, les portions centrales sont au contraire (comme des géodes) le siège d'un ramollissement puriforme ou caséeux. C'est là Taspect le plus

(1) Voy. Lebert, Traité (tanatomie pathologique. Parit, 1860^ t. 11^ pi. ail.

474 AHâTIMlU FÂTflOLOOlQOB GÈKÈRkVE.

Qfd'înwiù des masses tuberculeuses, qui résultent cl*un nisui f$FmêtifiUê unique, mais, comme ceriaînes d^entre elles ne sont que reggiomératiofi d'une série do po(i(s dépôts juxtaposes, il es ré^uile qu^elies sa présentent avec des aspects variés et dei inégalités de consislaoce qui impliquent, par cela même» Il iQuUiplicité des apports nouveaux qui les ont constituées.

Ces exsudations tuLerculeu^^es du li^^su nerveux, comme tout les exsudais homologues appartenant aux autres tissus de Téce- OOinie ( I ), soni pourvues de certaines aptitudes plast iques ; et , chose remarquable, ces aptitudes se développent au maximum, pf éd^é^ Q9ent dans les zones de la substance exsudée qui sont en contact avec les tissus vivants ; c'est là, en effet, que Ton trouve les tractas de lî^u (ibrolde les plus complets ; c'est la que les néoj^ia^ies SWt le plus parfaitement achevées. Dans les zones centrales, aa eontraire, on ne rencontre rien de semblable : elles sont coostitMéespar un deliquium organique informe, dans Iequ4fl nagent des grenulalions moléculaires, des cellules à contours déchiquetés, des noyaux recroquevillés de toutes dimensions ; on y trouve encore une quantité plus ou moins considérables d'éléments mor|>bologiques imparfaits qui, faute des conditions indispensables à leur évolution naturelle, restent à Tétat d'ébauche, et sous le nom de corpuscules tuberculeux, ne représentent plus que des éclmatillons de noyaux ou de cellules avortés ou nécrosés.

Quant à U question de savoir si ces masses pathologiques soat susceptibles de s'accroître, et de prendre, par le fait meute de leur évplution, des proportions de plus en plus accentuées, nous n'avoas aucune donnée positive qui nous permette de nous prononcer avec certitude sur ce point de physiologie pathologique, l! e^t seulenieat probable que si elles n'ont pas comme le tissu cancéreux, la propriété d'augmenter de volume par le fait de la proliféîatioji autogénique de leurs éléments, elles sont aptes ;iéann»oins à s'ampliiier par un autre mécanisme^ que les capillaires qui les environneat peuvent déverser à leur surface des exsudations homologuer, et multiplier de la sorte leurs ii^ouches périphéi iques, et qu'ai<isj il est possible que de petites masses isolées et circouvoisine^ fiui^

(1) Luys, De l'évolution de la matière tuberculeuse dans If tissu puimonam iThtm M Fiiie, iâbl).

DM EtSODATlOm ftTPHlLlTift0Bft. &7k

seot par s'agglomérer entre elles, pour former À la longaè ané colieclion unique et multilobulée.

§ 5. ^ Iles exsnaAiiMHP •yphilimiiiM.

Les eisudations sypliilKiqnes, au moment ob elles apparaisselat au milieu de la trame des éléments nerveux, procèdent par un mécanisme analogue à celui qui Tournit les exsudais tuberculeux. Biles se montrent en elTet, à leur début, sous la forme de petites saillies mollasses et proéminentes le lonp: de la continuité des parois vasculaires (I). Elles constituent alors de petites tumeurs grisâtres, d*aspect perlé, qui forment çà et là des espèces de petits soulèvements le long de la continuité des parois capillaires, qui sont pareillement plus ou moins complètement infiltrées : il en résulte que celles-ci sont augmentées d'épaisseur et que, de plus, dles présentent quelquefois une coloration grisâtre perceptible même a Tceil nu. Dans les réseaux capillaires les plus ténus, la matière de Texsudation syphilitique traverse de part en part la membrane hyaline de la paroi vasculaire et s'infiltre directement ao milieu des éléments nerveux dont elle opère ainsi la dissocialion : elle se présente alors, sous forme de petites taches nébuleuses grisâtres, à contours diffus, et combinées en plus ou moins fortes proportions, avec la matière nerveuse ambiante (2).

Quand les exsudations syphilitiques ont acquis un volume moyen (celui d'un gros pois ou d'une noisette), elles se présentent alors sous Taspect de petites masses, tantôt adhérentes au milieu des (issus ambiants, et tantôt nettement détachées ; elles occupent soit ia substance grise, soit la substance blanche des centres nerveux. Leur forme est en général ovoïde; elles sont ou uniques et discrètes, ou bien conglomérées; leur coloration, qui est semi-transparente, est d'un gris jaunâtre qui rappelle assez bien les teintes d'un

(I) Voyez à ce propos les détails hittolog^qnet consignés par nous dans le traTiil iê Blacbei, GautU hebdomadaire de médecine et 4e chirurgien iS6i, p. i9S.

(3) J'ai reQcontfjé quelquefois des exsudais syphilitiques qui, loin de se présent sous forme de petites masses grisâtres et douces d'une certaine consistance, offraient an contraire l'aspect d'un liquide blanchâtre, d*aspcct laiteux^ facile par conséquent I tHnfiltrer an milieu des tissus, auxquels il communiquait des reSett âatoyants (WJ. Tbèm éê F#ria, 1861, Ladnit 4e U Gbarrièn, p. SS).

&70 anâtomie pathologiqub générale.

morceau de cire et quelquefois celles de la matière tuberculeuse. Quand la masse exsudative est unique, elle parait constituée en général par deux substances bien distinctement juxtaposées : on y voit une partie centrale, qui est de plus ancienne date, dont la consistance est pulpeuse, la coloration jaunâtre, et les éléments en involution; et une partie périphérique ou corticale, qui est de formation plus récente, et qui correspond à Tapposition de matériaux nouveaux : c*est là que les éléments histologiques (noyaux, cellules, fibres) sont le plus caractérisés, et que la matière amorphe offre en môme temps le plus de fermeté. Les capillaires qui se distribuent dans cette zone corticale sont très-multipliés ; ils sont en continuité avec les réseaux des tissus ambiants, de sorte que ces masses pathologiques sont souvent très-vascularisées d'une part, et d*autre part très-adhérentes aux tissus où elles sont implantées.

Le moment d'apparition des exsudations syphilitiques, soit dans les méninges, soit dans Tépaisseur du tissu nerveux, est en général accompagné d'un appareil congestif très-accentué. Les réseaux capillaires qui environnent le point où la matière plastique a fait irruption, sont effectivement, la plupart du temps, le siège dune violente hypérémie concomitante, qui s'étend plus ou moins loin, et qui implique une participation active, et une sorte d'éréthisme des voies circulatoires.

Les tumeurs syphilitiques du tissu nerveux qui, au point de vue de leur genèse, procèdent d'un processus analogue à celui des exsudations tuberculeuses, et présentent avec ces dernières des ressemblances souvent si frappantes, que le diagnostic an^ tomique est quelquefois indécis, ont cependant en elles-mènaes quelques caractères sémiologiques propres, qui permettent parfois de les différencier aisément. Aussi, en général, elles n ont pas cet aspect homogène et caséeux qui appartient spécialement aux dépôts tuberculeux-, elles sont nettement composées de zones diversement colorées ; et d'une autre part, elles sont pourvues de réseaux capillaires excessivement abondants. Ces vaisseaux, qui sont quelquefois les capillaires propres de la région envahie, et d'autres fois de véritables productions néoplastiques, leur apportent, sous forme de poussées successives, les matériaoi trophiques nécessaires à leur amplification autogénique ; ^m

DES EXSUDATIONS STPHILITIQUBS. 477

les gommes ont-elles, comparées aux masses tuberculeuses, un aspect vivace tout à fait caractéristique.

Elles semblent s'accroître en vertu des mêmes lois de développement que celles qui sont propres aux exsudations tuberculeuses, et qui se résument dans Tapposition de molécules nouvelles à la surface de Texsudat primitif; leur masse se trouve ainsi constituée par des dépôts d*àges différents : les plus anciens correspondent aux régions les plus centrales, et les plus récents aux zones périphériques.

• Quand on pratique, en effet, Texamen analytique de ces tumeurs; on rencontre ordinairement, dans leurs portions cen* traleSy outre une forte proportion de granulations amorphes de nature graisseuse, des noyaux, des cellules en involution, des capillaires altérés, et en un mot, toutes les traces d*un tissu en période régressive; tandis que, dans celles de leurs régions qui en représentent Técorce, les éléments y ont un air plus frais et plus vivant; ce sont ordinairement des noyaux d'un volume très-souvent uniforme (cytoblastions), des cellules, des fibres fusiformeSy et enfin, des fibres complètes, qui indiquent évidemment les liens qui rapprochent ces néoplasies des éléments du tissu conjonctif : les capillaires y sont en général très-nettement accusés, la matière amorphe est ordinairement de consistance mollasse, et constituée par des granulations grisâtres qui n^ont pas en général une très-grande cohésion entre elles.

On comprend, du reste, combien les intumescences syphilitiques seront susceptibles d'offrir de variétés, suivant qu'elles résulteront de la coalescence de masses exsudalives d'âges différents, agglomérées par le fait de leur amplialion réciproque; sui* vant que les zones d'une môme tumeur auront parcouru d'une façon plus ou moins rapide leurs périodes d'évolution ou d'involution ; suivant encore que des déchirures vasculaires auront, sous l'influence d'un travail d'hypérémie locale, laissé passer au milieu de leur trame, une plus ou moins forte proportion de matériaux hématiques ; on comprend encore combien le diagnostic anato* mique (en dehors de certaines conditions étiologiques qui sont souvent très-nettement accusées) peut être, la plupart du temps, diflScile à préciser, par suite de la complexité des éléments en présence, attendu que les exsudations syphilitiques, pas plus du

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nerveuse ambiante. Il est vraisemblable, en eOet, que, dans ces circonstances, le molimen impulsif qui tend à produire la déchirure vasculaire ne s'arrête pas au niveau de la région oh le sang s*épanche, qu'il se répand quelque peu dans les régions circonvoisines, et qu'il amène ainsi, par exhalation séreuse ou par le fait de Timbibition des matériaux hématiques provenant du foyer, une dissociation lenle des éléments constitutifs de la région.

Il est encore des cas dans lesquels les parois d'un foyer hémor* rhagique deviennent le siège d'un véritable travail d'exsudatioQ purulente; il en résulte alors, par suite de l'hypérémie circoovoisine, une infiltration plus ou moins accentuée de la substance nerveuse qui perd ainsi sa cohésion naturelle (1).

Disons, enfin, que des molécules solides charriées par les courants sanguins, des infarctus de diverse nature provenant des régions périphériques du système circulatoire, peuvent pareillement, soit qu'ils s^arrètent sous forme de caillots solides dans des gros troncs artériels, soit qu'ils se disséminent sous forme de poussière dans les réseaux capillaires les plus ténus, amener des arrêts partiels de la circulation encéphalique, des exsudations consécutives, des mortifications partielles des régions oji ib se déposent, et finalement des ramollissements multiples et variés. Ces divers foyers de ramollissement sont donc susceptibles d'offrir une multitude de dissemblances, tant au point de vue de leur coloration» de leurs aspects, que de la nature et de la prove* nance des infarctus qui les auront déterminés : ceux-ci peuvent être, en effet, soit des matières grasses athéromateuses, soit des granules ou des cellules pigmentaires, soit même des portions de fibrine provenant d'un foyer gangreneux ou purulent situés dans les organes les plus divers (2).

(1) n est une certaine forme de ramollissement blanc qui est propre à la substinee blanche, et qui se caractérise par un état pulpeux du tissu dégénéré, qui n'offre plis aucune trace de continuité dans ses éléments. Cette forme, qui m'a paru se produire souvent d'emblée (et non pas comme une phase d'évolution d'anciens foyers àe ramollissements jaunâtres), m'a semblé devoir être presque constamment rattachée i un molimen hémorrhagique, qui, n'ayant pas abouti à la rupture vasculaire, s*e8t décelé par une eitravasation considérable du liquide ténu, et par une sorif d*apoplexie séreuse.

(2) Voy. Lancereaux, De la thrombose et de l'embolie cérébrales dans leva rapports avec le ramollissement du cet*veau (Thèses de Paris, 1862).

DB l'induration DU TISSU NBRTEUX. A8i

f . — «e rtadaraCtoft «« Uam mti

L'induration est, comme le ramollissement du tissu nerveux, la période ultime d'une série de processus multiples ; c'est par conséquent une simple lésion de tissu qui, subordonnée dans son mode d'apparition à d'autres phénomènes antérieurs, est par cela même inhabile a se déceler par un ensemble symptomatologique toujours le même.

L'induration ou la sclérose du tissu nerveux se présente soit sous forme de plaques diffuses grisâtres, soit sous forme de noyaux isolés : elle occupe le plus fréquemment la substance blanche; lorsqu'elle frappe sur une grande surface, dans le cerveau par exemple, elle donne au tissu intéressé un aspect particulier et une coloration spéciale (1). Les régions sclérosées, à la coupe sont fermes et brillantes; elles ont un aspect sec et poisseux, se laissent déprimer, et réagissent sous la pression comme un morceau de caoutchouc. Lorsqu'on en prend quelques fragments et que Ton essaye d'en dissocier les éléments, on note que la cohésion générale est singulièrement augmentée, que les fibres nerveuses sont en général méconnaissables, que Içur continuité est effacée complét^ent par la matière amorphe qui les englue de toutes parts; et qu'enfin, celles qui persistent sont ou atrophiées, ou résorbées en partie, ou passées à Pélat granulo-graisseux.

Ces formes d'induration de la substance blanche qui accompagnent quelquefois la paralysie générale (2), sont précédées d^une vive hypérémie : ce sont ordinairement, dans ces cas, les matériaux plastiques qui ont succédé à la période aiguë des phénomènes congés tifs qui constituent, en grande parlie, la matière agglutinative infiltrée au milieu des éléments nerveux.

Il est encore une autre forme de sclérose du tissu ner- Tcux, dans laquelle, si l'élément vasculaire intervient peut-être au début localement sous une forme éphémère, c'est toujours le

(1) V'oyei, à ce sujet, les observations rapportées par Pinel fils. Journal de physiologie de Magemlie^ t. H, p. 191.

(2) Caliiieil a pareUlemenl rencontre des cas de ce genre, toy. Traité des mala^ dies inflammatoirtf du cerveau, Paris, 1859, obs. 63% p. A05, obs., 91% p. 591, t. I, etobs. 108% p. 19,1. 11.

ftft2 ANATMIE PATHOLOGIQUE QAVÉIIâLB*

tissu conjonctif de la région, dont les éléments obéissent à une suractivité proliférante spontanée, et devieiment ainsi rapidement le siège de formations nouvelles ; ces tractus de nouvelle formation s'avancent alors comme des ramuscules Bbroldes, au milieu des fibrilles nerveuses; ils les enlacent de leur mille réseaux, les ci^ conscrivent et les étouffent sous l'effort de leur travail envahisseof, et finissent par amener çà et là ces lésions de tissu, si paradoxales en apparence, constituées simultanément par une induration et un ramollissement

Cette production exubérante de tisâu coAjonctif, en effet, qai se révèle par des ramescences fibreuses et solides, s'accompAgnê néanmoins (par le fait même de la destruction d'un certain ùombre de fibres nerveuses) d'une certaine portion de tissu nerveux flui' difiéj et c'est de ce double processus j dont les phases s'opèrent ainsi en sens inverse, que résulte ce fait remarquable que certaines dégénérescences scléreuses passent si souvent inaperçue^ par le fait de l'extravasation concomitante dé substances déDquescenles qui masquent les effets du travail morbide.

Cette prolifération des éléments conjonctifs est presque constamment accompagnée d'un développement exubérant de co^ puscules amyloldes.

La dégénérescence scléreuse des centres nerveux se décèle i Tœil nu, sous Tapparence de petits Ilots grisâtres; lorsqu'on les incise, leur section fait crier le scalpel, ils sont en général adhéreals au tissu conjonctif des méninges dont ils ne semblent être qu'une propagation ; quand on promène légèrement le doigt à leur surface, on sent une légère résistance ; la vascularisation est en général peu prononcée dans leur intérieur; c*estàleur pourtour qu'elle se montre le plus souvent.

On rencontre ce mode spécial de dégénérescence, ordinaireroeat, le long de la continuité des faisceaux spinaux au niveau des régions supérieures de l'axe spinal; il paraît atteindre même quelquefois d'emblée la substance grise du cervelet, dont il détermine l'atrophie consécutive (1).

(i) Voy. lo trataU de DugOGi, Sur la tûiéroie et Vairophit du eerveUi (Sm. mtt., i852,p. 9).

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ARTICLE III

La dégénérescence cancéreuse du tissu nerveux, si tant est Quelle existe réellement comme lésion primitive, nous parait être ssez rare pour que, sur un assez grand nombre d'autopsies ne nous avons faites jusqu'ici, nous n'ayons pas été assez Kvorisé pour la rencontrer plus de trois fois : peut-être le tissu enreux, en raison du peu d'abondance relative des éléments etissuconjonctif qu'il renferme, est-il par cela même en quelque Kie plus réfractaire que d'autres à cet ordre de lésion ? Peuttre le soin que l'on met depuis quelque temps à rechercher » exsudats syphilitiques dans les centres nerveux^ fait-il rejeter éla classe des cancers une catégorie de tumeurs qui, auparavant, «rtissaient devoir y être légitimement classées? Toujours est-il [a'i répoque de transition où nous sommes actuellement, les iléments typiques propres à servir à la description du tissu canéreux au milieu de la substance nerveuse, sont presque partout reppés de suspicion, et amènent par conséquent un certain degré rb^itation dans le diagnostic anatomique.

Dans les cas que j'ai (3u l'occasioti d'examiner, lé tissa patholo* pqae occupait, au tnilieu de la masse du ôërveau, lés confins le la aabstance blahché et de la substanéé gfisê iM^tifcale; il se NréaiBnfaiit sous l'aspect de masses tiiarrènnées, fenfies, d'aspect {ritfttr^ et implantées, A l'aide de prolongements multiples, au ttHieo des tissus ambiants plus où moins hypérémiés. Ces masses Paient surtout remarquables par leur vascularisation, et d'une iQtre part, par la dureté squirrheuse, la multiplicité des fibres de tissu conjonctif qu'elles présentaient par places, tandis que d'itttres points étaient le siège, ou bien d'un ramollissement local, <nUefi de petites hémorrhagies partielles, jprovenartt vraisetnbla- Wemcnt dfe )a rupture de capillaires de nouvelle formation.

La trame de ces néoplasmes était formée par des éléments de ussu conjonctif en voie de prolifération : les corpuscules conjonctts appartenant aux parois vasculaires étaient en quelque sorte '^ véritables foyers de cette hypergénèse d'élémetttt BOureattl :

48& anâtomie pàthologiqub générale.

ils étaient en effet distendus par des noyaux multiples, et fournissaient (par génération endogène surtout) des éléments nouveauX) destinés à former ultérieurement des cellules, puis des éléments fusiformes, puis enfin des fibrilles et des néoplasies multiples, appelées à prendre part individuellement, soit à la constitution de la trame môme du tissu morbide, soit à celle des capillaires de nouvelle formation.

Il est d'autres circonstances dans lesquelles ce ne sont pas, i proprement parler, les capillaires intra-cérébraux dont les parois servent de point de départ à l'évolution des produits cancéreux : ce sont, ou bien les réseaux des méninges, ou bien ceux des plexus choroïdes, dont les parois deviennent à leur tour Torigine de ces déviations végétatives. Les masses pathologiques qui en résultent, par cela même qu'elles ont pour substratum des canaux qui charrient du sang veineux, empruntent on cachet spécial i cette origine : elles ont ordinairement l'aspect de fongva et se présentent quelquefois avec les caractères d^un véritable tissa érectile (1).

Parmi les dérivés du tissu conjonctif, on trouve souvent dans la cavité encéphalique, et proéminant plus ou moins profondément au milieu de la masse même de la substance nerveuse, des tumturs d'un volume souvent très-considérable, qui adhèrent la plupart du temps au périoste de la boite du crâne, dont elles ne semblent être que des intumescences. Elles offrent une consistance fibreuse souvent très-accentuée, et s'implan^tent par leur base élargie dans l'épaisseur des os sous-jacents : quelques-unes cependant sont libres et comparables, eu égard à leur structure^ à certains corps fibreux de T utérus.

Leur constitution bistologique, qui se rapproche de celle da périoste d'oii elles dérivent, est assez simple; on y rencontre, outre une matière amorphe unissante souvent très-abondante, des fibres de tissu conjonctif plus ou moins tassées les unes contrt les autres, et des globes épidermiques très-multipliés (2).

(1) Voy. Leberl, Anâtomie pathêlogique générale et spéciale^ l. II, pi. Ql et

pi. cm.

(2) Yoyes la description histologique d'une tumeur de cette nature (BuUetms é h Soc. amt.f 18^5, p. 92), par Gb. Uobin et Luys.

▲NATOIUE PATHOLOGIQUE ftPSGlALB. i8&

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